31/03/2008

Les auteurs de Genève

J’ai beaucoup aimé les écrivains genevois, en général, et pas seulement Rousseau, Mme de Staël et Amiel, les plus connus, mais aussi Töpffer, Cingria, Pourtalès, Haldas : ils ont toujours montré, à mes yeux, une sorte de netteté de la pensée qui, quoiqu’elle empêchât le merveilleux, la fable - le baroque -, n’empêchait absolument pas la poésie. Évidemment, elle se faisait, ainsi, plus discrète, plus subtile - mais aussi plus naturelle. Je crois que cela jure avec la littérature française, en tout cas pour le XIXe siècle, sauf peut-être avec Stendhal et d’autres héritiers du XVIIIe. Car les Genevois eux-mêmes demeuraient dans les travées du classicisme : il faut l’avouer. Pour les Savoyards, ils ont été davantage de l’école française, en réalité.

Les Genevois me font plutôt penser à l’école anglaise, et Mary Shelley, par exemple, n’était pas genevoise seulement dans son sujet - Frankenstein étant censé être citoyen de Genève -, mais aussi dans son esprit, sa pensée : le romantisme de son style admettait le fantastique, mais soumis à la raison. Les Genevois ont bien une forme de bonhomie de caractère qui les rapproche des Savoyards, et les différencie des Français (comme cela se voit chez Töpffer), mais sinon, ils se différencient des premiers comme des seconds par leur goût spontané pour la pureté morale, l’éthique grandiose qui au fond fit de Rousseau l’enthousiaste que l’on sait.

Quoi qu’il en soit, cette forme d’austérité non dénuée d’élégance, de beauté, de charme, d’éclat, de vie propre, je l’ai chantée dans deux poèmes de mon dernier recueil, lesquels ont cependant été retranscrits sur un site électronique consacré aux écrivains du Léman, et dont voici l'adresse : http://autourduleman.blogspot.com . Son auteur est d’Évian, et vit à Lyon ; c’est un professeur bien sympathique et qui aime tendrement son lac où se reflètent les cieux ! N'hésitez pas à le consulter.

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29/03/2008

Plate-forme

Je voulais publier, ces jours prochains, un article sur les écrivains genevois et le blog d’un camarade savoyard consacré aux écrivains du Léman, mais les changements opérés au sein de la page d’accueil des blogs de La Tribune de Genève me laissent perplexe. Certes, je dois l’avouer, l’administration du blog est à présent bien plus facile, et les commandes sont devenues bien plus maniables. On peut s’éditer soi-même plus efficacement. Mais j’ai déjà fait remarquer au directeur des Editions Le Tour, dont je suis le secrétaire, que produire n’est rien, si on ne parvient pas à diffuser. Et de fait, je m’interroge sur la façon dont à présent nos blogs apparaissent : aussi longtemps que les autres blogueurs n’ont pas publié leurs propres textes ! On se croirait à un concours de recrutement. Cela doit être l’effet du libéralisme sur la culture : il faut aller plus vite que les autres. Mais je ne vois pas ce que la littérature peut y gagner. De fait, il est troublant que par le biais même du site de La Tribune de Genève, une fois qu’on a été chassé de la page d’accueil par la production des autres écrivains, il n’y ait plus moyen de toucher le blog : aucune page d’accueil secondaire n’a été créée ; aucun lien ne renvoie aux autres blogs. On disparaît purement et simplement. Sur le plan personnel, cela donne le sentiment que les autres sont des ennemis, alors que leur production est complètement légitime. C’est vraiment bizarre.

En outre, un espace publicitaire a été ajouté au blog ; or, le contenu de ce dernier est de la responsabilité du blogueur. Je vois par exemple une publicité pour une montre : mais personne ne me l’a envoyée pour que je vérifie si elle marche bien. D’un autre côté, me dira-t-on, les responsables du journal ne l’ont pas vérifié non plus. Oui, mais ils touchent les sous, et pas moi. Cela aussi est bizarre. Les écrivains bénévoles nourrissent les éditeurs. Je suis donc perplexe.

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27/03/2008

Lumières du corps

Cette semaine, dans Le Messager (Haute-Savoie), un autre article sur Valère Novarina, le dramaturge franco-suisse, mais cette fois, sur sa poétique du théâtre, telle qu’elle est exposée dans son ouvrage Lumières du corps, qu’il m’a fait l’obligeance de m’envoyer, et qui est magnifique. L’aphorisme 212, par exemple, n’est-il pas sublime ? “En ces temps de communication galopante c’est à dessein que les manuels scolaires coupent le souffle. Ôtent l’esprit. (...) C’est très-très sciemment que la chair très obscure et très impure du langage : son ombre, son sous-sol, sa mémoire, ses méandres, son esprit spiral, ses volutes, sont partout interdits - et de partout chassés -, et qu’il faut désormais parler clair en langue aseptique - et écrire en déjà traduit” (Lumières du corps, 2006, P.O.L., pp. 116-117). Ce qui est trop clair est forcément mort : quoi de plus clair, sur le plan médical, qu’un cadavre ? Un être vivant voit des forces passer incessamment d’un organe à l’autre, et subir un rythme qui ne s’explique que dans le temps, et est matériellement insaisissable. Pour le mort, on peut prendre ses organes, les placer les uns à côté des autres, et additionner les choses dans l’espace : pour lui, n’est-ce pas, le temps ne passe plus ! Le souffle, au reste, ne l’anime plus non plus, et si la science observe l’espace et les objets, l’art que n’anime aucun souffle n’est rien. Valère Novarina l’a parfaitement compris. Or, somme toute, l’être humain cherche à se connaître pour mieux vivre, et non pour accroître sa science de façon théorique, dans l’absolu. L’art lui est donc indispensable : il est une forme de science du vivant, et du temps. Cela dit, pour connaître le contenu objectif de l’ouvrage du maître, il faut lire mon article dans Le Messager : ici, je commente.

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24/03/2008

Salon du livre (Palexpo)

La Société genevoise des Ecrivains tient un stand au salon du livre de Genève, et ses membres ont des plages horaires qui leur sont réservées. J’y serai donc dans l’après-midi du jeudi 1er mai.

Je suis assez fier de faire partie de la SGE, qui a été fondée par Amiel, un écrivain que j’aime infiniment. Il a souvent évoqué les environs savoyards de la cité au travers de ses récits de promenades, et j'ai publié plusieurs extraits concernés dans “Le Messager” (Haute-Savoie) ; l'article a été repris sur le site électronique officiel de l’écrivain : http://www.amiel.org/ . J’en suis assez fier aussi, à vrai dire.

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21/03/2008

Valère Novarina

Cette semaine, dans Le Messager (Haute-Savoie), je publie un article sur L’Acte inconnu, la dernière pièce du dramaturge Valère Novarina, qui est originaire de Thonon mais est né à Chêne-Bougeries, comme chacun sait : on ne peut pas faire plus sabaudo-genevois !

Sa dernière pièce a été jouée en Avignon et à Paris, naturellement, mais aussi à Genève (où je l’ai vue : j'en ai fait un compte-rendu ici http://ramiel.fr.arviblog.com/article-199169.html ), et à Thonon.

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18/03/2008

Second tour

A Saint-Julien, Jean-Michel Thénard s’est maintenu, contre un candidat du parti de Bayrou, qui lui-même a été battu à Pau. Dans le canton de Boëge, pareillement, le fils bayrouiste d’un ancien sénateur a été battu par le Conseiller général sortant, du parti de Sarkozy. Le parti-pris de Bayrou de critiquer systématiquement le Gouvernement alors que son programme économique était celui qu’applique le Gouvernement me paraît plutôt bizarre, et à vrai dire, fatigant. Déjà, sous Chirac, je trouvais qu’il en faisait trop.

J’ai travaillé une année à Saint-Julien, et j’ai cru comprendre que M. Thénard était un fonctionnaire professeur de niveau universitaire assez typique, un peu brouillon, et qui conçoit la culture avec enthousiasme comme la répercussion jusque dans les villes de province de ce qu’on subventionne depuis Paris. Cela dit, son opposant ne m’a pas convaincu. Sa ligne n’était pas claire. Sur le plan culturel, il a parlé des associations. Mais lesquelles ? Celles des professeurs fonctionnaires qui dépendent du Lycée (du genre “cafés philosophiques”, disons) ? La Salévienne, plus traditionaliste ? On n’en sait rien. Or, ce candidat bayrouiste avait l’air de croire que c’était sans importance, qu’il suffisait de dire qu’on dépenserait moins d’argent pour la Culture. Cela ne risquait pas de déclencher l’enthousiasme de tout le monde. Au moins, avec Thénard, c’était clair : il prend le pli d’Annemasse. Les travailleurs frontaliers n’en sont du reste pas mécontents. Car le même esprit règne finalement dans la cité de Genève.

Pour Boëge, je m’y intéresse, parce que j’ai publié un livre sur la Vallée verte, et que ce fut grâce au Conseiller général et à sa suppléante, Joël Baud-Grasset et Marielle Duret. Le premier s’est imposé au travers du syndicalisme agricole, un vrai travail de fond. Il s’agit d’un homme franc et sincère, qui œuvre réellement pour la culture locale, et se démène. Mais certains trouvaient qu’il n’avait pas assez l’air d’un notable, qu’il se présentait trop comme un paysan. En vérité, je suis content qu’il ait été réélu. C’est quelqu’un d’actif, qui veut créer des choses nouvelles. C’est lui, qui a fait en sorte que le Conseil général accorde davantage à la culture rurale. Jusque-là, Annecy dominait le budget, pour ainsi dire. Or, moi, je suis pour qu’on aide la Culture activement, mais tous azimuts, et non dans une seule ornière politiquement déterminée. D’où peut-être ce qui a pu surprendre : que je défende des gens qui avaient une politique culturelle claire, engagée, mais souvent dans des travées idéologiques opposées. Je reproche au parti de Bayrou d’être resté dans le vague, sur le plan culturel. Mon sentiment est qu’il veut dire qu’il représente tout le monde, mais qu’il n’ose pas forcément le faire d’une façon très nette !

Antoine Vielliard, par exemple, aurait été plus inspiré d’annoncer qu’il défendrait mieux la Salévienne, tout en maintenant un programme important de “spectacles achetés”, comme il qualifiait ce que préférait son rival : il aurait été mieux inspiré, s’il avait dit qu’il serait actif avec plus d’équité, au lieu de rejeter d’emblée ceci ou cela. Comme peut le faire effectivement M. Thénard, pour ce qui n’appartient pas à sa propre culture de classe, comme qui dirait...

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16/03/2008

Le Larousse de la poésie française

Cette semaine, dans “Le Messager” (Haute-Savoie), je publie un article sur la présence de Jean-Vincent Verdonnet, prince des poètes savoyards (si l’on peut dire), dans l’“Anthologie de la poésie française” rédigée par Jean Orizet et éditée chez Larousse en septembre dernier. Un chapitre y est réservé aux poètes de la Romandie depuis le XIXe siècle. Genève est représentée par Charles-Albert Cingria et Vahé Godel, notamment. Rousseau y est, par ailleurs, présent pour un poème qu’il a fait sur son paradis des Charmettes...

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12/03/2008

Elus au premier tour

Je suppose qu’on pouvait attendre d’un “Savoyard de la Tribune” qu’il évoque ici les élections municipales françaises, au moins en Haute-Savoie. Personnellement, je n’ai pas fait campagne. Ma commune ne proposait que la liste du maire sortant, et j’approuvais son action, faite à la fois d’encouragement à la libre initiative, de souci de cohésion et de partage au sein de la commune, et d’éclectisme culturel, puisqu’il soutient à la fois les traditions locales et les propositions novatrices - le tout étant dominé par une forte connotation écologiste et le désir affirmé de respecter aussi bien la nature en général que la place qu’y occupe l’être humain.

Je parlerai cependant du résultat dans les grandes villes, notamment celles dont je me sens proche, dont j’ai été ou me sens plus ou moins citoyen.

J’ai longtemps vécu à Annecy, et on sait que le dauphin de Bernard Bosson, Jean-Luc Rigaut, l’a emporté haut la main, en prenant dans sa liste des écologistes, et en mettant peut-être un coup d’arrêt aux ambitions du sénateur Pierre Hérisson, qui était plus à droite. Quelqu’un a dit qu’Annecy, comme Lyon, Genève ou Paris, se tournait toujours plus vers la social-démocratie, vers le “boboïsme”. C’est vrai. Jean-Luc Rigaut l’illustre assez bien. Le socialisme traditionnel ne risquait pas de s’imposer à Annecy. Mais la droite dure, conservatrice, orientée soit vers les profits économiques, soit vers la défense des traditions, a elle aussi de moins en moins de chances de s’imposer. Sans doute, c’est plutôt bon signe. En fait, la liste de Jean-Luc Rigaut est celle qui ressemblait le plus à l’unique liste de ma propre commune ! (Sauf peut-être pour les traditions locales, dont à mon avis les Annéciens actuels n’ont que faire, en général : ils préfèrent répercuter au mieux ce qui se fait à Paris ou à Lyon ; comme j’édite de vieux auteurs savoyards, cela ne m’arrange guère.)

Pour ce qui est de Bonneville, Martial Saddier, le maire sortant, a également été réélu dès le premier tour. Il est du camp de Hérisson, mais à Bonneville, cité industrielle au sein de laquelle tout de même la classe moyenne a des propriétés, des biens dont elle vit, c’est un peu normal. De surcroît, Bonneville dispose des logements sociaux les plus nombreux et les plus abordables (pour ce qui est du prix) de tout le département : même la gauche avoue approuver cette politique, qui cherche à équilibrer les choses au mieux dans un contexte pas toujours facile. De fait, l’atmosphère n’est pas forcément aussi détendue qu’à Annecy, mais le maire essaye constamment d’animer culturellement la Cité, et notamment en s’appuyant sur les traditions. Lors des dernières fêtes de Noël, les illuminations étaient d’une profusion inouïe, par exemple. Je suppose qu’il fait ce qu’il peut pour créer dans sa commune une forme de dynamisme : cela facilite toujours les relations entre les citoyens, n’est-ce pas.

Pour Annemasse, la liste de l’héritier de Robert Borrel a aussi été consacrée dès le premier tour. La politique suivie y a été également assez équilibrée. Le contexte frontalier n’y est pas facile non plus. La cohésion sociale, dans une telle situation, est difficile à créer. La culture y est donc de type généraliste, comme on pourrait dire : un peu comme à Annecy. Il s’agit d’enseigner la tolérance, peut-être en ne s’impliquant pas trop, en ne prenant pas trop de risques, et en ne cherchant pas trop à innover. C’est la tradition propre aux fonctionnaires, pourrait-on dire.

Au bout du compte, les raisons pour lesquelles des listes sont élues au premier tour sont souvent plus intéressantes que de savoir si c’est bien ou mal. La politique ne se fait pas dans l’absolu, je crois. On peut parler d’un pur point de vue logique et général, on peut aussi réclamer des rééquilibrages en faveur de ce à quoi on croit, mais ensuite, il s’agit justement de toujours trouver le meilleur équilibre entre la stabilité et l’évolution, dans une situation donnée. Je crois que les listes dont j’ai parlé aujourd’hui allaient globalement dans ce sens.

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10/03/2008

Le Chat botté

“Le Messager” (en Haute-Savoie) contenait une publicité pour une représentation adaptée du “Chat botté”, à Genève, et je suis allé y assister. Les acteurs sont bons et savent animer une scène : c’est certain. La mise en scène était de qualité.

Les traitements que l’on a fait subir au texte m’ont laissé plutôt perplexe, en revanche. J’avais l’impression que, pour Perrault, le roi du conte était un de ces petits rois des temps antiques ou barbares, à peine chefs de tribu (malgré la présence d’un carrosse) : cela explique qu’il ait volontiers accepté comme présents un lapin de garenne et une perdrix. Or, ici, le choix a été fait d’appeler ce prince Louis XV, roi de France. Comme je me souvenais mal du texte original, je me suis dit qu’un tel monarque allait forcément mépriser des présents aussi modestes. Mais non : car l’intrigue suit fidèlement le conte de Perrault, d’une manière plutôt illogique.

On a visiblement voulu rajouter de la satire. Je ne suis pas persuadé qu’elle ait été bien présente au départ, sinon de façon très allusive, indirecte. (En tout cas, Perrault n’a pas pu penser à Louis XV, qui n’était pas encore roi, quand il fit paraître son recueil de la Mère l’Oye. Louis XIV a sans doute gardé assez de prestige pour qu’on ne puisse pas facilement ironiser sur lui ; avec Louis XV, la situation est différente. Mais cela ne vient pas de Perrault même : évidemment.) Le fond du conte est plutôt centré autour du chat même, de sa ruse : c’est un avatar de maitre Renart.

Au reste, l’univers du conte était quelque peu détourné et rationalisé, et l’Ogre est peu crédible : on ne voit que son ombre, derrière une vitre opaque. Cela sent l’idée qu’on peut avoir d’un ogre à notre époque : c’est un peu un spectre, une abstraction. Évidemment, la question de la transformation de cet ogre en lion puis en souris posait des problèmes particuliers, à la mise en scène.

Les effets de lumière et les coups de tonnerre, le rendu du fantastique, m’ont rappelé une adaptation du “Don Juan” de Tirso de Molina (la version du mythe la plus chargée de merveilleux) que j’ai vue à Annemasse : d’un mystère baroque écrit par un prêtre jésuite, la troupe avait fait une fantaisie spectaculaire et colorée. Le fond en était en quelque sorte allégé : le plaisir d’un folklore plutôt dépassé était présent surtout pour l’œil. Il perdait de sa signification intrinsèque. (Walt Disney fit subir aux contes de Grimm - ou de Perrault même - globalement la même évolution, à vrai dire.)

Quoi qu’il en soit, ce fut une pièce animée, et on ne s’y ennuie pas. Les acteurs ont bien su matérialiser une action, et le théâtre est avant tout cela, n’est-ce pas.

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06/03/2008

André Vuillermoz, de Saint-Claude

Cette semaine, dans “Le Messager” (Hte-Savoie), je fais paraître un article sur un écrivain du haut-Jura, André Vuillermoz, qui a joliment évoqué la Haute-Savoie, dans un de ses livres. Vuillermoz est un chanoine de Saint-Claude, où j’ai un peu vécu. Le lien avec la Savoie existe depuis l’origine, car la Terre de St-Claude fut colonisée au Moyen-Âge par des Bugistes et des Vaudois, à une époque où le Bugey et le Pays de Vaud appartenaient à la Savoie. Genève avait été encore auparavant le centre historique de ce territoire, même si le Genevois demeura indépendant jusqu’au début du XVe siècle : cela remonte au royaume de Bourgogne. Bref, je suis heureux de pouvoir évoquer un écrivain de cette Terre de Saint-Claude, que j’ai apprise à connaître avec beaucoup de plaisir et d’émotion. J’y ai du reste plusieurs fois rencontré André Vuillermoz lui-même.

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02/03/2008

Paris

J’aime bien les films de Cédric Klapisch : ils sont d’une grande humanité. Je suis allé voir “Paris”, le dernier qu’il ait fait, à Archamps, et je l’ai bien aimé aussi, malgré un début plutôt glaçant. Mais je me disais que j’étais sûr que Cédric Klapisch allait proposer une voie de sortie, une sorte de façon d’apprendre à affronter sa destinée. Or, je l’ai trouvé très convaincant, et à la fin, j’ai versé des larmes.

La ville même de Paris y est chantée dans son fonctionnement concret : le cheminement de la nourriture depuis Rungis, où elle est amenée, est montré, avec les hommes et les femmes qui s’en chargent, et qui sont somme toute la base de la vie à Paris : sans eux, il n’y aurait pas de vie possible.

Et puis il y a la classe des intellectuels, qui explorent Paris depuis l’intellect et la connaissance scientifique, et qui semblent utiles, mais aussi un peu décalés, et sans perspective véritable, sans doute parce qu’ils se contentent d’une science fondée sur “des éléments tangibles”, comme le personnage joué par Fabrice Lucchini (un professeur d’Université spécialisé dans l’histoire de Paris) le dit.

Son frère est bâtisseur : il bâtit les quartiers nouveaux ; il bâtit Paris. De ses projections dans l’avenir sort la ville. Il construit Paris pour créer du bonheur terrestre, mais il se laisse aussi enfermer dans son monde virtuel : et il en fait des cauchemars. C’est une sorte d’artiste pratique, rempli de sensibilité, mais au fond, le vrai bonheur lui vient quand un enfant lui naît.

Cependant, l’attention à la vie des Parisiens, à leurs sentiments, à leurs aventures propres, d’une part ; la beauté, l’éclat des monuments de Paris, d’autre part, enrichissent assez l’âme pour lui donner des ailes, dirait-on. En contemplant la tour Eiffel la nuit, le personnage principal (le héros) parvient à représenter à un enfant (qui est son neveu) le Père Noël qui dépose les cadeaux, la nuit de Noël, dans tous les foyers allumés de la capitale.

A la fin, il voit l’ange de la Bastille, la Liberté, toute d’or. Et puis le ciel de Paris, lumineux entre les nuages blancs. Le film s’achève sur son sourire.

C’est bien une ode à Paris : l’âme d’un lieu vue comme enrichissant l’âme individuelle. Et il s'agit d'un lieu auguste, où toute sorte d'hommes et de femmes peuvent se rencontrer, et communier, peut-être, dans le partage, où l’on peut s’aimer. De fait, j’avais déjà remarqué, dans un précédent film de Klapisch, qu’il parvenait à faire de l’amour un vrai sacrement. C’est un réalisateur qui m’est vraiment sympathique.

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