28/04/2008

Genève aux éditions Le Tour

A l’occasion de la création du site Internet des éditions Le Tour : http://letoureditions.blogspot.com/ , par Marie-Danielle Bourdages, une Québécoise qui tient un excellent blog : http://leserpentmarginal.blogsome.com/ , je voudrais, en tant que directeur de collection de cette maison, et secrétaire de l’Association dont elle émane, faire le bilan des liens qui peuvent exister entre ses publications et la tradition genevoise.

D’abord, dans mon propre recueil, Poésies d’Ombre pâle, je l’ai dit, existent deux poèmes sur les écrivains genevois, d’hier à aujourd’hui. J’ai également parlé du livre de Paul Guichonnet sur Bonneville, qui contient un chapitre de l’ancien directeur du Jardin botanique de Genève, André Charpin, sur la flore bonnevilloise.

Mais je n’ai pas dit que la poétesse Jacqueline Fromin, dont nous avons édité un des derniers recueils, anima plusieurs sociétés littéraires genevoises, en particulier les Poètes de la Cité, dont je suis membre : bien qu’elle soit de Saint-Julien, et qu’elle y ait été professeur de Philosophie, c’est à Genève que je l’ai rencontrée. Il faut dire qu’elle ne fréquente pas spécialement les écrivains savoyards, et que je crois que c’est assez volontaire. Son ouvrage a été présenté par Viviane Söntag, que j’ai aussi rencontrée à Genève, quoiqu’elle soit bien plus insérée dans la vie culturelle savoyarde. C’est d’ailleurs dans les salons de Haute-Savoie qu’en général nous nous sommes revus, par la suite.

En outre, nous avons édité un ouvrage sur la construction du château de Bonneville. Ce n’est pas lié à Genève, mais au Pays de Vaud, car l’ordonnateur de cette construction fut le comte de Savoie Pierre II, fondateur de la patrie vaudoise, comme on dit souvent : Pierre II était alors l’époux de la Dame du Faucigny, dont la seigneurie pouvait effectivement se transmettre par les femmes, et qui ne dépendait cependant pas encore, à cette époque, de la Savoie. Il fut même intégré au Dauphiné, durant quelque temps.

Enfin, les Aphorismes de Ramiel de Saint-Génys sont censés avoir été écrits par un écrivain genevois, qui en réalité n’existe pas. L’auteur de ces aphorismes demeure une énigme !

Tous ces livres peuvent être commandés chez l’éditeur, ou en ligne au travers d’organismes partenaires. La librairie Decitre, en particulier, permet d’acheter l’ouvrage de Paul Guichonnet. N’hésitez pas !

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26/04/2008

Panthéon martiniquais

Il semble qu’on ne s’oriente pas du tout vers la mise au Panthéon de la dépouille d’Aimé Césaire, ainsi que le recommandait Ségolène Royal. Les Martiniquais l’aiment trop : ils veulent le garder près d’eux. Au reste, d’ordinaire, on ne va au Panthéon qu’assez longtemps après sa mort.

Et puis en principe la République française est réputée pour être centralisée, mais elle ne l’est pas absolument : Chateaubriand appartient lui aussi au panthéon des grands auteurs, mais il repose à Saint-Malo, en Bretagne, dans sa terre natale. La Bretagne a donc aussi son petit panthéon propre. La Martinique a le droit d’en avoir un. Césaire peut tout à fait reposer à La Martinique après ses obsèques nationales !

D’ailleurs, il faut rappeler qu’en tant que député de la République, il s’est surtout efforcé de demander un département, pour sa chère île des Antilles, qui l’avait vu naître. Or, il l’a obtenu, et tant qu’il fut vivant, et même pour ses successeurs, cela signifie bien, pour ce département, une certaine autonomie : le fondateur de la patrie martiniquaise, c’est lui, et la relation avec Paris était fraternelle plus que hiérarchique.

Son esprit et son cœur peuvent à bon droit rayonner principalement sur sa belle île. Au reste, cela n’empêche pas les flots de pouvoir en amener l’éclat jusqu’aux rivages de la métropole...

Notons tout de même que ce département lui a été accordé, me semble-t-il, par Mitterrand et son gouvernement socialiste, de telle sorte que Mme Royal avait le droit de demander sa mise au Panthéon. Césaire était devenu réformiste : il n’a pas eu besoin de révolution pour imposer ce qu’il demandait ; cela s’est fait légalement, en collaboration avec l’Etat. Il est donc faux que Mme Royal ait pensé récupérer quoi que ce soit, comme cela a été dit. Aimé Césaire avait abandonné depuis longtemps la voie parallèle : son sentier lumineux passait en terrain ouvert, public. C’était un grand démocrate.

Je voudrais cependant dire que moi-même, je proposerais volontiers, pour Joseph Dessaix, l’auteur de l’hymne des Allobroges, ou de la Liberté (dont j’ai déjà parlé), une panthéonisation locale, à Chambéry. Je sais bien qu’en métropole, on est plus centralisé que vis à vis de l’Outre-Mer, mais enfin, si Joseph Dessaix ne peut pas, par exemple, être au Panthéon à Paris parce qu’il fut surtout sujet du roi de Sardaigne, rien n’empêche de créer à Chambéry un panthéon spécial, sous couvert de la République, comme fut créé le département de La Martinique. La vérité est que je suis plutôt favorable à une décentralisation, sur le plan culturel. Il est normal que chaque région ait ses propres divinités, ses propres grands hommes, n’est-ce pas. L’Eglise catholique elle-même a toujours (bon gré, mal gré) accepté le sacre des saints locaux !

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24/04/2008

Ménaché à Genève

Mon camarade Claude Lacroix, sur son blog consacré aux écrivains du Léman, a cité abondamment des extraits de Ménaché, qui a longtemps vécu à Annecy, et a possédé une maison au bord du Léman : http://autourduleman.blogspot.com/2007/11/155-menache.html . J’en ai fait un article qui paraît cette semaine dans Le Messager (Haute-Savoie), mais avec la partie concernant Genève d’une façon spécifique, on aurait pu aussi créer tout un article, car il y a de la substance. De fait, Ménaché, durant l’Occupation, se réfugia, avec ses parents, dans la cité de Calvin, depuis Lyon, où sa famille s’était installée : elle était originaire de Constantinople et était de confession juive. Il affirme que le Jet d’eau de Genève lui paraissait pouvoir éloigner les bombardiers qui accablaient alors l’Europe. Il avait un pouvoir magique ! Mais Ménaché a voulu surtout présenter le Léman en général comme un havre de paix. C’est un écrivain à découvrir, très lié à la vie culturelle d’Annecy, quoiqu’il soit retourné vivre à Lyon, depuis qu’il a atteint l’âge de la retraite. Au demeurant, ses activités ne se limitent pas à la région Annecy, où il fut surtout professeur au lycée Gabriel Fauré. (Je ne l’ai pas connu, j’étais au lycée Berthollet.)

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22/04/2008

Tibet

Il y a quelque temps, j’ai lu (dans La Tribune de Genève) que la Chine était moins centraliste qu’on ne le disait, qu’elle avait créé une école à Pékin réservée aux Tibétains, bilingue, et où l’on apprenait à la fois la culture officielle et la tradition proprement tibétaine. Le Tibet est d’ailleurs une région autonome. On n’a peut-être pas tort de dire que ce qui s’est passé est surtout symptomatique d’un État plutôt brutal, y compris avec les condamnés de droit commun.

La France, au reste, n’est pas un pays décentralisé sur le plan culturel : on le sait. Comme je les connais bien, j’ai cherché à faire entrer les auteurs du duché de Savoie dans le panthéon littéraire français, mais je crois que politiquement, cela pose un problème, alors même que l’enjeu est d’abord celui d’un patrimoine culturel. A Paris, on scrute toujours la portée politique d’une action culturelle. En ce domaine, même si on ne réagit pas, ensuite, de la même façon, on a au départ plutôt le même regard qu’en Chine.

Quoi qu’il en soit, le Tibet a évidemment toute ma sympathie. D’abord, comme je l’ai dit, la Savoie compte un monastère tibétain, dans ses montagnes, où le dalaï-lama est venu. Et c’est légitime : le catholicisme local a cherché, en général, à proroger un mysticisme médiéval chargé de merveilleux. François de Sales ne naviguait pas dans des concepts péremptoires, mais plutôt dans des figures héritées des légendes et des textes, toujours si remplis de poésie, des grands écrivains religieux qui l’avaient précédé, voire des poèmes chantés dans les vieux monastères - auxquels il ajouta son style qui devait faire aimer, et même honorer et adorer aux fidèles ce que les Réformés, au même moment, appelaient des idoles. Eh bien, cette tendance à la mythologie, si propre, en réalité, aux peuples de montagnes (Samivel l’a démontré), est bien celle des Tibétains. Joseph de Maistre, en tentant d’allier le catholicisme et le martinisme, d’ailleurs souvent par le biais de la tradition mystique de François de Sales, comme il l’explique à mots couverts dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg - Joseph de Maistre, dis-je, continuait cette tradition, dans sa ville de Chambéry, dirigée par des magistrats, au pied des montagnes. C’est une tendance propre à un monde qui est aux frontières de l’inconnu dans le sens de la verticalité : des rêves en permanence s’exhalent du front neigeux des sommets entourées de nuées, et ils sont ressentis par ceux qui y vivent. Pour paraphraser Victor Hugo, quand on vit parmi les sommets, si on n’image pas ses émotions, elles laissent hébété. Ramuz l’a traduit, à sa manière. Et aussi Rousseau - même si Calvin, dont il héritait, me ferait plutôt penser à Confucius qu'aux sages du Tibet !

De surcroît, j’admire infiniment le compositeur Philip Glass, qui s’est converti au bouddhisme tibétain : je l’écoute sans arrêt ; c’est l’un de mes artistes préférés. Le Tibet a vraiment toute ma sympathie.

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21/04/2008

Taxes franco-suisses

Certains s’étonnent de ce que le Conseil général de la Haute-Savoie ne trouve pas de quoi payer des transports en commun pour les travailleurs frontaliers : avec tout l’argent que l’État de Genève lui donne ! Mais que représente cet argent ? Celui qui le reçoit constate qu’il n’y a pas vraiment assez pour des tramways. Seul celui qui donne a l’impression que cela représente déjà beaucoup ! Classique.

Cependant, l’essentiel de la plus-value réalisée par les entreprises, où va-t-il ? Il reste en Suisse, à mon avis : car les salaires les plus élevés le font aussi, et je crois savoir qu’à Genève, la principale imposition est justement sur les salaires, que les entreprises ne sont pas taxées comme en France.

Or, si l’on veut qu’il y ait de quoi financer un tramway, il paraît évident que la plus-value réalisée par les entreprises ne doit plus être répartie selon le rang occupé dans l’entreprise, mais selon les besoins des employés : en tout cas, pour ce qui est de la somme ensuite acquise par l’État. Car se rendre à son travail est une nécessité.

La solidarité doit ici jouer à plein, sans se soucier de la frontière. Il suffit, pour être sûr de la bonne utilisation des fonds, de demander des garanties : ou même, de payer directement ce qui est utilisé finalement par les salariés des entreprises dont on a politiquement la responsabilité, même si c’est sur un territoire voisin.

Il s’agit évidemment de contrer la tendance naturelle du libéralisme : tout bien public suit ce principe. On peut avoir peur de faire fuir l’investisseur, bien sûr. Mais compter sur les autres, en ce cas, serait un peu naïf, je crois.

Au reste, quelqu’un l’est-il, en réalité ?

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19/04/2008

Aimé Césaire au Panthéon

Ségolène Royal a proposé que la dépouille d’Aimé Césaire soit au Panthéon au nom du métissage des cultures que représente la France. Elle a bien raison. J’ai moi-même fait étudier un poème de lui qui faisait de la liberté pour tous un éclair dans les nuages, et donc une sorte de coup de la Providence, d’une action divine qui métamorphosait le monde en le rendant plus juste, et j’aime ce genre de prémonitions, d’annonces prophétiques.

Son ombre lumineuse peut éclairer la République, la chaleur de son âme peut lui donner un surcroît de vie. Ses reliques, en un mot, peuvent renforcer la Liberté, l’Égalité, la Fraternité : il les habite de sa volonté généreuse et salvatrice, sur le plan social. Comme dans le catholicisme médiéval, elles demeurent des voies de passage, pour lui, maintenant qu’il est parmi les astres ! Oui, Aimé Césaire, comme tous les vrais, les grands poètes, est digne qu’on lui rende un culte.

D’ailleurs, moi-même, pour célébrer l’union entre les Français et les Savoyards, réalisée depuis bientôt cent cinquante ans, j’ai un jour proposé de placer les restes de Joseph de Maistre, au Panthéon. Si ce n’est pas assez républicain, je propose de placer ceux de Joseph Dessaix, l’écrivain qui a rédigé l’hymne des Allobroges, lequel, par son engagement en faveur de la Liberté, et son assurance qu’elle aime l’air de nos montagnes, a lui aussi des accents humanistes que la République peut reconnaître et célébrer. D’ailleurs, la Résistance savoyarde a confirmé que cet hymne énergisait les âmes même en faveur de la France, ainsi que je l’ai déjà dit, à propos de la visite de Nicolas Sarkozy aux Glières. Bravo, Mme Royal, vous êtes une âme généreuse, vous aussi. Le peuple martiniquais a droit à une représentation sur la montagne Sainte-Geneviève : il a lui aussi droit à un héros local !

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17/04/2008

L'infaillibilité de "Du Pape"

On m’a dit que la collection “Bouquins” des éditions Robert Laffont avait réédité en un seul volume les œuvres complètes de Joseph de Maistre sans y insérer son Du Pape. En tant que Savoyard, je me devais de réagir : Joseph de Maistre a sa statue à Chambéry, n’est-ce pas.

S’il se vérifie que cet ouvrage ne se trouve pas dans ce volume, cela rappelle à mon avis ce qu’un militant de la laïcité me disait récemment : la culture au sein de la laïcité certes est libre, mais on n’appellera pas culture, mais vulgaire folklore, le dogme de l’infaillibilité du Pape.

Evidemment, le folklore, dans une région comme la Savoie, est très important. Mais en plus, il est exact que l’ouvrage de Joseph de Maistre était un éloge de la papauté, et une tentative pour démontrer l’infaillibilité du Saint-Père. De fait, Maistre voulait renouer avec l’idée médiévale que le Saint-Esprit était derrière l’Eglise catholique, et que le Pape soumettait sa volonté à cette divine inspiration.

Ainsi, il montre que les règnes des papes ont été globalement plus sages, plus justes et plus stables que ceux des rois héréditaires. Et ce qu’on peut au moins reconnaître, c’est que le Pape était élu, même si c’était par des dignitaires, et que, peut-être, c’est sur ce modèle que les peuples ont estimé, en Occident, pouvoir élire leurs gouvernements, et leurs représentants, d’ailleurs parfois puissamment chargés sur le plan symbolique - comme peut l’être le Président français, par exemple. De Gaulle, qui était catholique, quoique gallican, l’a voulu ainsi : il faut l’admettre. L’immunité présidentielle à la française en émane, probablement.

Joseph de Maistre ne parle évidemment pas de cela. Il crée nombre de figures belles et poétiques, pour convaincre son lecteur qu’il a raison, et il se lit avec plaisir. Car il était un excellent écrivain, quoi qu’on dise, et Philippe Sollers ne l’a pas par hasard appelé récemment le plus grand de tous nos maudits. Maistre se nourrissait de motifs issus des écrits médiévaux, de François de Sales, du Coran, même, et la fin de son livre, qui fait des saints les successeurs moralisés des dieux de l’Olympe, et qui chante en particulier la sainte Vierge - figure du Saint-Esprit -, est poétiquement très réussie.

Je l’ai lu grâce à l’éditeur Droz, qui n’a pas eu de scrupules particuliers à publier un ouvrage qui défend l’infaillibilité papale. Il le présente comme un document, et un livre bien écrit. Droz était suisse, et la laïcité, en Suisse, m’a paru parfois moins crispée qu’en France, à tort ou à raison : elle m’a paru moins déborder sur le culturel, parce que les Français politisent tout, et considèrent a priori que la culture est importante dans sa portée politique, en réalité. Ils n’accordent pas à la culture une place réellement indépendante, malgré le Romantisme : cela date de Louis XIV.

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15/04/2008

Jean-Luc Mélenchon et le Dalaï-Lama

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Sacré Jean-Luc Mélenchon! Dernièrement, il est venu prendre le contrepied de ce que disait tout le monde, au sujet du Tibet: car ce grand socialiste devant l'Eternel, resté fidèle à Mao et aux purs principes de la Vraie Laïcité, a eu le courage d'être logique avec lui-même, en fustigeant le régime théocratique des Tibétains.

Mais ce qui m'a le plus intrigué, ce sont ses allusions, directes ou indirectes, à la Franche-Comté. Car il a déclaré que Besançon était française depuis moins longtemps que Lhassa n'était chinoise: Besançon, comme on sait, a été annexée par Louis XIV, à la fin du dix-septième siècle. Et il a eu des accents très étranges, pour évoquer le régime tibétain, car ils m'ont rappelé étroitement ce qui finalement relevait bien plus du régime théocratique que la Savoie du temps de François de Sales: c'est la Terre de Saint-Claude, dirigée par un prince-abbé depuis les origines - le royaume burgonde -, et jusqu'à la Révolution.

Les serfs, que Jean-Luc Mélenchon dit avoir existé au Tibet jusqu'à l'invasion chinoise - précisément survenue pour les affranchir - ont pareillement été présents à Saint-Claude jusqu'à l'avènement de la République. Voltaire lui-même s'était indigné de cette situation, et avait traité les moines de stériles paresseux. De surcroît, cette Terre de Saint-Claude (appelée aujourd'hui le haut-Jura) est extrêmement montagneuse et difficile d'accès: les Francs-Comtois vivent plus que les Savoyards dans les montagnes, en réalité, car en Savoie, ce sont les vallées, qui sont surtout peuplées, tandis que les hauts plateaux du Jura ont permis la colonisation - relativement tardive, du reste - d'altitudes assez élevées.

C'était la réflexion que je voulais livrer aujourd'hui.

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14/04/2008

Citoyens et salariés

Je ne sais pas comment on peut être à la fois journaliste à La Tribune de Genève et invité de La Tribune de Genève. Or, sans vouloir critiquer, sur la plateforme dudit journal, c’est ce qui semble être le cas : les journalistes se mêlent aux invités, en plus d’avoir leur permanence. C’est un peu comme si on était invité chez quelqu’un, mais servi en dernier.

Il y a aussi les blogs citoyens, qui apparaissent ainsi deux fois. C’est vrai que moi, je suis citoyen de la Haute-Savoie : je n’ai donc pas de permanence à Genève. Je fréquente pour ainsi dire plus les salariés des entreprises genevoises, que les patrons : le pouvoir décisionnel est moindre.

Cela dit, j’enseigne le français, je dois le dire, à nombre d’enfants de frontaliers. Ensuite, ils en ont besoin, je suppose, dans leur travail, et en plus, cela occupe les enfants dont les parents sont trop occupés.

Or, cela revient cher. Et le pire est que je ne suis pas payé de façon mirobolante. Je pense que les décideurs genevois pourraient faire un effort, en faveur des salariés frontaliers et des gens qui leur rendent service sur leur lieu de domicile !

Et notez que la question n’est pas nationale, car je rends volontiers service à des enfants de frontaliers de nationalité suisse, mais les patrons français qui ont une entreprise en Suisse et y vivent ne sont pas non plus pressés d’augmenter mon salaire, à mon avis. C’est surtout social. La frontière a bon dos.

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12/04/2008

Envoyé spécial à trois kilomètres

Il y a quelque temps, le bon Jean-Noël Cuénod a publié dans La Tribune de Genève un article sur les lycéens qui manifestent à Paris contre les suppressions de postes prévues par le gouvernement. Il a cité beaucoup de lycées de la banlieue parisienne, qui ont évidemment besoin de moyens. Car Jean-Noël Cuénod est un envoyé spécial de La Tribune de Genève à Paris.

Seulement, les lycées français sont tous, en théorie, soumis au même régime, et donc, on pouvait aussi se renseigner sur les lycées français en donnant l’exemple de ceux de Saint-Julien et Annemasse. C’eût été moins cher. (Et puis le lycée de Saint-Julien a pris le nom d’une citoyenne de Genève : Mme de Staël ; tout de même !)

Peut-être que Jean-Noël Cuénod a voulu dire que l’égalité de traitement, en France, est une fiction. Ou alors, il pense que la banlieue parisienne a plus de besoins que la Haute-Savoie. Mais l’a-t-il vérifié ? Au reste, la banlieue lyonnaise, qui est également moins loin, n’est pas réellement différente de celle de Paris.

Peut-être que Jean-Noël Cuénod s’est laissé charmer par l’idée que la capitale est un symbole - au lieu, pour ce qui est des lycées, de ne contenir que des exemples : les journalistes français justifient la concentration de leurs reportages de cette façon, alors que la principale raison est justement l’économie, et les aspects pratiques : eux aussi, dans la majorité des cas, habitent Paris ou sa banlieue !

Jean-Noël Cuénod n’est donc pas un vrai plouc, contrairement à moi : car en ce qui me concerne, j’aurais réellement parlé des lycées de Haute-Savoie, pour donner des exemples des effets de la politique du Gouvernement ! M. Cuénod est déjà peut-être intégré : je veux dire, chez les bobos. Qui sait s’il ne trouve pas somme toute plus facile de se rendre à Paris qu’à Annemasse, par exemple ? Le TGV, c’est quand même plus pratique que le tramway : plus direct ; plus rapide !

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11/04/2008

Carla B. & les Allobroges

Je signale aux lecteurs enthousiastes que dans le nouveau numéro de La Voix des Allobroges, qui vient de sortir, on peut trouver une interview exclusive de la Première Dame de France, réalisée le 1er avril par téléphone, et qui déclare qu’elle se sent totalement “savoyarde, puisque piémontaise” - conformément à ce qu’elle avait déjà déclaré dans L’Express.

A voir également, un article (de moi-même) sur l’absence des poètes du duché de Savoie dans l’anthologie poétique française récemment parue chez Larousse, ainsi qu’un poème sur le mont-Blanc qui évoque Saussure, entre autres grandes figures liées au sommet de l’Europe. La substance du n° est néanmoins constituée par un dossier (plutôt critique) sur Le Dauphiné libéré, le grand quotidien local. N’hésitez pas à vous procurer cet excellent journal - à Annemasse et Saint-Julien, par exemple !

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10/04/2008

Napoléon

Les Savoyards n'avaient pas de sentiment particulier pour le roi de France, étant attachés au duc de Savoie, mais ils furent de grands admirateurs de Napoléon, en général. Le montre la carrière poétique de Joseph Béard, un écrivain rumillien du XIXe siècle sur lequel Le Messager publie cette semaine un article. Il a fait paraître le premier livre d’une épopée sur le grand homme - avant de le voir interdire de diffusion par le roi de Sardaigne. Ce lien avec Napoléon a pu jouer dans la réussite de l'Annexion par Napoléon III, sans doute. Les Savoyards ont été de presque toutes les républiques de la France, et aussi de l'Empire : il n'y a que la royauté française, qu'ils n'ont pas réellement connue. Après cet échec, dont les circonstances sont précisées dans l'hebdomadaire de Haute-Savoie sus nommé, Béard se reconvertit dans la chanson en patois : ses succès, dans ce domaine, seront présentés la semaine prochaine.

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09/04/2008

Les Ch'tis

On a récemment découvert, avec une certaine stupéfaction, que les Français n’étaient pas du tout, comme on le disait, très attachés au centralisme culturel : ils sont allés voir en masse un film sur les Picards. Le succès a été phénoménal aussi parce que personne n’aurait osé le prévoir, dans un pays aussi institutionnellement attaché au centralisme.

Bien que mon patronyme soit savoyard, j’ai une grand-mère picarde, originaire de Roubaix, et dont les parents parlaient effectivement patois, de temps en temps. Bien que (n'étant pas friand de comédies à la française) je ne sois pas allé voir le film, je suis évidemment de tout cœur avec mes camarades picards, sur cette question.

De fait, je suis opposé à ce qu’une ligne politique impose quoi que ce soit à la culture. S’il existe une culture régionale, elle doit pouvoir s’exprimer librement ; si elle n’existe pas, évidemment, inutile de la créer en tant que telle.

On a entendu parler d’attaques plutôt basses, et collectives, contre les Picards, de la part de supporters de l’équipe du Paris-Saint-Germain. Il est vrai que si, à Paris, on est, dit-on, très ouvert sur le monde, on ne l’est pas toujours beaucoup sur la province. La culture nationale se confond avec celle de la capitale, n’est-ce pas. Mais la capitale a aussi ses traditions locales et populaires, son folklore. C’est aussi une ville où vivent des êtres humains ordinaires : pas seulement le chef-lieu administratif d’une grande nation.

Entre Français, constitutionnellement, ne doit pas régner seulement l’Egalité : il doit également régner une authentique, une profonde fraternité.

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07/04/2008

Président du Conseil général

Le nouveau président du Conseil général de Haute-Savoie, après la retraite d’Ernest Nycollin, est Christian Monteil, Conseiller de Seyssel (la cité dont était originaire François Bonivard, comme on sait). Il n’est pas d’origine savoyarde, mais dans son hebdomadaire, Pierre Plancher laisse entendre que la succession d’Ernest Nycollin s’est décidée dans des cercles, en amont. Ernest Nycollin, du Parti radical, n’a jamais fait mystère de ses accointances avec la franc-maçonnerie : lui-même est de tendance mystique, et il a déclaré, récemment, vouloir partir à la rencontre des sages de l’Orient, sereinement assis aux carrefours dans les pays du Maghreb, et ayant déjà la partie gauche de leur esprit dans l’éternité... Il a donc pris sa retraite y compris de sa fonction de Conseiller de Taninges, où il s’était installé. Car il était originaire de Groisy.

A vrai dire, sur le plan personnel, je connaissais mieux les conseillers davantage liés à la démocratie chrétienne, en quelque sorte. Il ne faut pas, bien sûr, théologiser le débat, car Christian Monteil a dirigé des Maisons familiales - qui émanent du syndicalisme agricole chrétien, autant que mes connaissances peuvent me permettre d’en parler. Les lignes se croisent, et il n’y a pas de véritable solution de continuité, comme il peut y en avoir entre les grands partis nationaux, opposés les uns aux autres. De fait, l’opposition entre les démocrates chrétiens et les radicaux vient du XIXe siècle ; au XXe, il y a eu le socialisme. Au Conseil général de Haute-Savoie, il n’y a que deux Socialistes. Le reste s’affronte donc à pas feutrés, et d’une façon qui échappe à celui qui ne s’intéresse qu’à la politique nationale.

En Haute-Savoie, la droite est - à peu près - unie lors des élections nationales, même si Bayrou a opposé y compris localement l’UDF et l’UMP. Mais en général, la première s’est ralliée à Sarkozy. Et le Parti radical aussi. Les conflits sont donc internes, mais au sein du Département, ils se recoupent avec des tendances propres, qui remontent à l’Ancien Régime. C’est l’influence du théisme de Voltaire, qui est passé par Genève, et du conservatisme chrétien des jésuites et magistrats de Chambéry, que peut représenter Joseph de Maistre... Depuis, Karl Marx n’est guère parvenu à faire bouger les lignes ! Et pourtant, l’opposition entre les partis dits bourgeois est devenue moins nette. Il s’agit donc d’un département globalement consensuel. Les guerres civiles, en Savoie, n’ont jamais été bien vives, même aux grandes époques critiques...

Cela s’explique par ceci, que la Haute-Savoie est remplie de petits propriétaires : la propriété y est morcelée. C’est le paradis républicain imaginé par Victor Hugo. Les gros propriétaires et les locataires y sont en nombre restreint, relativement aux autres régions de France. Les oppositions de classe n’y sont pas franches. Les inégalités ne tournent pas clairement à la lutte entre une élite de rayonnement mondial et une base cantonnée dans des zones ouvrières ou des banlieues closes sur elles-mêmes. C’est d’ailleurs peut-être une source de conflits avec les autres régions de France, qui regardent les Savoyards soit comme de minables petits bourgeois, soit comme d’arrogants et d’insupportables parvenus. Mais le bonheur n’est sans doute pas dans les extrêmes : aurea médiocritas, disait le bon, et même l’excellent, le sublime Horace !

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04/04/2008

Ecrivain francoprovençal

Cette semaine, dans Le Messager, je publie un article sur un écrivain contemporain, Pierre Grasset, qui écrit dans le patois d’Arvillard, dans le Val Gelon, dont il est originaire - et où se trouve, soit dit en passant, un monastère tibétain, dans une ancienne chartreuse : le Dalaï-Lama y est même venu. C’est dans le département de la Savoie, et au-delà des limites de l’ancien comté de Genève, par conséquent. Mais le patois savoyard appartient à la famille du francoprovençal, qui était aussi parlé à Genève - où se sont conservées, dans cette langue, quelques chansons (de caractère patriotique, en général).

Le francoprovençal a des limites qui reprennent celles de l’ancien royaume de Bourgogne, et il n’est pas vrai, comme l’a écrit André Vuillermoz (l’écrivain chanoine de Saint-Claude dont j’ai déjà parlé), que le francoprovençal ne s’appuie sur aucune réalité politique passée. C’est d’ailleurs impossible : une langue est parlée par une communauté qui a une forme d’organisation interne, même larvée, même inconsciente. Joseph de Maistre disait avec raison que les groupes humains s’étaient constitués naturellement : la parole écrite ne pouvait pas les créer de toutes pièces. Les groupes linguistiques ont une forme de cohérence qui est en deçà de la loi, sans doute, et davantage au niveau de la coutume. Mais cela n’empêche rien.

Du reste, le francoprovençal est issu du latin, et après la chute de l’Empire romain, le pays n’a pas été livré totalement au chaos : des princes l’ont dirigé, et ils régnaient sur des groupes. On peut dire, au fond, que le francoprovençal est le latin parlé au sein du royaume de Bourgogne ; que cela fût inconscient, chez les princes concernés et leurs sujets, n’y change rien.

Cette langue - ou groupe distinct de dialectes frères - est donc la trace, le souvenir d’une époque (révolue, certes) au sein de laquelle Genève et la Savoie étaient soumises aux mêmes chefs. Elle remonte en fait à plus loin que les débuts de Maison de Savoie et le statut impérial de la future cité de Calvin. C’est une forme de substrat. (Certains l’ont dit lié aux Allobroges, et dans la mesure où les rois de Bourgogne ont pensé proroger le royaume de ceux-ci, ils ont raison : car sinon, il n’est pas vraisemblable que le latin se soit déformé avant son apparition, et le royaume des Allobroges a été aboli par Néron, avant que l’ensemble de la population n’ait le latin pour langue première !)

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02/04/2008

Nicolas Sarkozy aux Glières

article_glieres.jpgIl y a quelque temps, Nicolas Sarkozy est venu faire sa visite annuelle au plateau des Glières, conformément à la promesse qu'il avait faite juste avant son élection à la Présidence de France. Il s'est recueilli sur la tombe de Tom Morel, un des acteurs les plus respectés de la Résistance savoyarde, et a déclaré le lieu magique. Les anges veillaient sur lui et le souvenir de ses héros, sans doute!

Il a aussi déclaré qu'il avait découvert la région grâce à son ami Bernard Accoyer, le député-maire d'Annecy-le-Vieux et président de l'Assemblée nationale, et qu'il adorait la fondue. (On dit que c'est le plat qu'il a mangé le soir de ses noces avec sa troisième épouse.) Il n'a pas dit, en revanche, qu'il avait eu une grand-mère issue d'une famille savoyarde sujette du roi de Sardaigne: cela ne prouve rien, évidemment; en plus, sa grand-mère s'était installée à Paris avant de se marier.

En venant saluer la Résistance à l'occupant en Haute-Savoie, il marche (volontairement ou non) dans les traces de Dominique Strauss-Kahn, allobroges.jpgqui (à l'époque où il pensait pouvoir devenir lui aussi président des Français) avait déclaré, à Bonneville - au sujet de son député de 1940, qui n'avait pas voté les pleins pouvoirs à Pétain -, que l'âme de la République s'était réfugiée dans nos Alpes, durant l'Occupation. C'est amusant, car (consciemment ou pas) cela faisait écho à l'hymne des Savoyards, dit des Allobroges - en réalité de la Liberté -, qui affirme aussi que cette dernière, chassée de partout, et notamment de France (après le coup d'Etat de 1851), s'était réfugiée chez les Allobroges. On connaît le refrain (que j'ai entendu entonner à Samoëns, alors que je ne savais pas encore parler moi-même):

Allobroges vaillants, dans vos vertes campagnes,
Accordez-moi toujours asile et sûreté,
Car j'aime à respirer l'air pur de vos montagnes,
Je suis la Liberté !

Des paroles de Joseph Dessaix, dont j'ai déjà parlé à propos de sa pièce de théâtre satirique sur le rapt du mont-Blanc par la Jungfrau, où cette chanson se trouvait: elle terminait la représentation.

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