30/05/2008

Le patois de Genève

1479062291.jpgLa Salévienne, dont j’ai parlé la semaine dernière, a réédité, il y a quelques années, une chanson en patois de Genève, écrite par le citoyen Jean Mussard, et dirigée contre les Savoyards et leurs curés, La Conspiration de Compesières. (En effet, cette chanson a été composée à une époque où Compesières, non encore rattachée à l’Etat de Genève, rassemblait des comploteurs qui pensaient ramener la cité de Calvin à l’Eglise latine et au duc de Savoie.) Le volume avait été préfacé par Claude Barbier, et la traduction assurée par Olivier Frutiger, un écrivain franco-suisse, membre de la Société des Auteurs savoyards mais actif aussi dans la Culture romande. Il s’est rendu, en propre, l’auteur de plusieurs articles sur les traditions locales, ainsi que de quelques poèmes en patois de Bogève, dans la Vallée verte. C’est à ce titre que je lui ai consacré un article cette semaine dans Le Messager. Olivier Frutiger est un spécialiste du patois local, et peut attester que celui de Genève et celui de Bogève ont des proximités, que d’ailleurs suggère le suffixe similaire, renvoyant au mot désignant l’eau, chez les vieux Allobroges : ëwa. (Tout comme le Salève et Megève, pour ainsi dire - mais aussi Evian !)

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28/05/2008

Michel Butor et la Corée

335559786.jpgDans un texte consacré à sa maison de Lucinges, récemment publié chez Gallimard, Michel Butor énonce l’idée amusante que la frontière, à Genève, sépare, comme celle entre les deux Corées ou les deux Allemagnes, deux parties d’un même pays !

Cela dit, on pourrait objecter que c’est exactement le contraire : que les relations économiques seules rapprochent Genève du nord de la Haute-Savoie, et non une communauté culturelle claire. Entre les deux Corées, il y a justement la même culture, à la base, mais pas de relations économiques !

Je crois qu’il y a une certaine confusion. Lucinges même, où habite Butor, appartenait au Faucigny, rattaché à la Savoie en 1355 (jusque-là, cette province faisait partie du Dauphiné). En 1401, le Genevois aussi fut rattaché à la Savoie : le comte de Genève l’avait légué à son cousin de Chambéry. Mais la cité de Genève contesta continuellement que sa communauté urbaine pût être dite rattachée à la Savoie en même temps que le reste, n’ayant plus dépendu du Comte depuis plusieurs siècles : on sait que celui-ci s’était installé à Annecy au XIIe, parce que l’Empereur avait donné la cité même de Genève à son évêque, et que c’est ce qui a donné à la bourgeoisie genevoise le sentiment de son autonomie.

Au départ, après la fondation de la république, il n’y eut pas le sentiment que cette bourgeoisie pût être dite régnante à la place du Comte sur le Genevois. Si jamais il a existé, les Bernois l’ont empêché de s’épanouir, parce qu’ils voulaient limiter le pouvoir des Genevois ; or, sans leur secours, le Duc n’eût pas pu être vaincu. Les Bernois espéraient sans doute remplacer celui-ci plus au sud : l’intervention de François Ier a changé la donne, à cet égard.

Il est finalement apparu que la province même du Genevois revenait légitimement au duc de Savoie, conformément aux intentions du comte de Genève.

La communauté entre les Genevois et les Savoyards remonte soit à l’époque où l’Empereur n’était pas encore intervenu pour faire de Genève une cité autonome, soit à l’époque de Napoléon et du département du Léman. Mais soit cela remonte à loin, soit ce fut assez court.

Les échanges économiques, en revanche, depuis Napoléon, se sont développés progressivement (quoiqu’avec des hauts et des bas) ; aujourd’hui, ils sont plus intenses que jamais, grâce notamment aux salariés de Genève domiciliés en France, dans l’ancien diocèse de Genève. Cependant, les différences restent fortes. Et comment en serait-il autrement ? La Haute-Savoie est un département français, soumis à la loi française, favorable à l’accès facilité à la propriété privée, et Genève, de son côté, est favorable à une grande latitude pour les entreprises. Et c’est ce qui fait que les entreprises sont à Genève et les salariés en France. Or, même à l’époque du duché de Savoie, il était facile de se rendre propriétaire en Savoie, et inversement, le Roi avait un régime fiscal proche de celui de la France : les travailleurs savoyards payaient beaucoup d’impôts, et cela limitait le dynamisme économique - la liberté d’entreprendre. (Tout gros investissement passait par le Prince.) La seule vraie différence avec maintenant, c’est que les frontières se sont ouvertes, et que les passeports ne sont plus demandés à tout bout de champ par la force publique : sur ce point, l’administration sarde était intraitable.

C’est donc bien l’inverse de la Corée.

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26/05/2008

Genève, Paris

887205618.jpgLes responsables du musée de l’Hermitage, à Lausanne, au sein de l’exposition qui a été consacrée aux dessins de Victor Hugo, ont malicieusement ouvert un de ses livres à la page où il parlait de Genève, dont on sait qu’il condamnait la tendance à imiter Paris, qu’il trouvait ridicule. Cependant, il affirmait que cela ne lui gâcherait pas le plaisir du Salève, du Léman et du mont-Blanc. Et de fait, dans L’Homme qui rit, il a parlé de la Savoie comme d’une terre bénie, dans La Légende des siècles, il a chanté le mont-Blanc, et, dans d’autres récits de voyage, la vallée de l’Arve en général (il s’y était rendu dans sa jeunesse avec Charles Nodier), et les Alpes suisses.

Sans vouloir enfoncer le clou, cela m’a rappelé un passage de Stendhal où celui-ci fait l’éloge de Chambéry justement parce qu’on n’y imite pas Paris : on y suit la mode italienne, dont l’écrivain dauphinois raffolait, comme on ne l’ignore pas. Il aimait tout particulièrement, à Chambéry, les arcades qui protègent à la fois du soleil et de la pluie. Pour critiquer les villes françaises, il dit qu’elles ont le défaut d’imiter ce qui se fait ailleurs sans réfléchir à ce qui est vraiment utile et beau : c’est le goût classique dans toute sa niaiserie, affirme-t-il. Cependant, grand admirateur de Rousseau, pour Chambéry, il était probablement partial. Et puis si jamais il pensait à une ville en particulier, lorsqu’il évoquait celles qui se contentaient d’imiter les autres, c’était Grenoble, bien plus que Genève...

Mais enfin, la Savoie a plus qu’on ne le sait paru originale et culturellement dynamique, aux écrivains romantiques. Qu’elle ait été rattachée à la France donne à présent le sentiment qu’elle est plus provinciale que Genève - plus timorée, dans ses initiatives. Mais au XIXe siècle, on avait une impression différente : rattachés à l’Italie, à la Sardaigne, au Saint-Empire romain germanique, même, les Savoyards paraissaient avoir quelque chose d’exotique que n’avaient pas les Genevois, davantage liés à la France et au courant calviniste. De fait, Calvin, on le sait bien, était de Noyon, en Picardie. Face à cela, le duc de Savoie fut roi de Chypre, de Jérusalem : cela se reliait à l’empire byzantin - l’Orient, la Méditerranée. Depuis Paris, l’impression était forcément autre.

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24/05/2008

Le train Genève-Chamonix

1078140170.jpgOn aimerait bien qu’il existe un train reliant Genève à Chamonix. Mais fait par qui ? Assumé par qui ? A ma connaissance, les Français préfèrent créer des trains pour amener au mont-Blanc des Parisiens, des Lyonnais. Pour ce qui est des Savoyards, ils peuvent bien sûr demander des trains. Mais je crois que le tourisme est déjà bien développé, au mont-Blanc, et que certains élus de la vallée se plaignent, même, de la pollution que cela crée (le sommet de l’Europe se couvre des déchets que laissent les touristes derrière eux). A mon avis, un train permettant aux Genevois (ou même aux Anglais et aux Américains qui transitent par l’aéroport de Genève pour visiter les Alpes), d’aller au pied du mont-Blanc, devrait être surtout assumé par ceux qui le prendraient. Si c’est rentable, c’est possible. Mais je ne pense pas que les Français offriront un tel service à des personnes qui ne paient pas leurs impôts en France. Cela paraît bien utopique.

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22/05/2008

Lord Byron à Chillon

137229305.jpgOn le sait, Lord Byron a consacré un poème à François Bonivard, champion de la Liberté, héros de l’indépendance genevoise. On sait sans doute moins qu’à l’origine, Bonivard appartenait à la noblesse savoyarde ; il était issu du Bugey, qui alors appartenait à la Savoie (il fut rattaché à la France en 1601, quelques décennies plus tard). Il fit le choix d’épouser la cause genevoise.

Il resta cependant jusqu’au bout, selon Byron, attaché à ses chères montagnes. Il était donc bien justifié d’évoquer ce célèbre poème dans Le Messager, ce que je fais cette semaine. (Je me suis appuyé sur un article de mon camarade Claude Lacroix, dont le blog m'a également fourni l'image ci-contre.)

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20/05/2008

Echos du Salève

112914615.gifAh ! le Salève : montagne sacrée des Genevois !

Mais elle est en Savoie, et c’est pourquoi une société d’histoire qui a récemment vu le jour, et qui se consacre au nord du Genevois (l’ancien comté de Genève), s’est appelée la Salévienne.

Elle est d’un dynamisme remarquable, ce qu’elle doit sans doute à l’esprit de cette noble montagne, qui anime les cœurs, éclaire les âmes.

Elle édite une revue annuelle, les Echos saléviens, et je puis vous annoncer que le dernier numéro (16) vient de paraître.

J’y ai participé à deux titres. En premier lieu, la revue a reproduit une conférence que j’ai donnée sur le grand poète local Jean-Vincent Verdonnet. En second lieu, elle a reproduit une mienne conférence sur le statut général de la littérature du duché de Savoie au sein de la République française.

Elle peut intéresser les Genevois, car dans mon introduction, comme la conférence avait lieu au lycée Mme de Staël de Saint-Julien, j’ai voulu m’appuyer sur les écrivains de Genève, pour établir une comparaison. Car somme toute, dans les universités françaises, même si on reconnaît le génie d’un Amiel, on ne l’étudie guère : on a une vision assez nationale de la littérature française. La dissertation de Littérature française, à l’Agrégation de Lettres (si importante pour la carrière des enseignants), s’appuie sur une telle ligne : la Littérature française se rattache toujours à la France en tant qu’Etat. (En Lettres modernes, la dissertation de Littérature comparée, dont le résultat a moins d’importance, s’ouvre plus volontiers à l’espace francophone en général.)

La littérature savoyarde, même si la Savoie est à présent en France, ne souffre pas seulement de sa réputation de conservatisme, mais aussi de ce qu’elle est liée à un Etat aujourd’hui abrogé, et autrefois étranger. (Car la littérature de la Suisse romande a un centre d’étude à l’université de Lausanne ; mais l’université de Chambéry n’a rien d’équivalent.)

Un n° à découvrir, donc !

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18/05/2008

Mystères d'Annecy

1401869981.jpgMon éditeur a diffusé, sur sa chaîne de télévision par Internet, un reportage sur mon livre Portes de la Savoie occulte, consacré aux secrets et mystères de la littérature (ou culture) savoyarde. Ce petit documentaire a été réalisé à Annecy, et outre le plaisir (limité) qu’on peut avoir de m’y voir et de m’y entendre, on peut avoir celui (plus grand) de découvrir les symboles intéressants de la tradition proprement annécienne. Le seul lien avec Genève, dans le reportage, passe bien sûr par la résidence du prince-évêque dans la capitale du Genevois (Annecy), depuis ce que j’appelle, dans ce petit film, l’insurrection genevoise.

J’évoque aussi Rousseau, qui a un buste, au-dessus d’une fontaine, à l’endroit où il a rencontré Mme de Warens : l’image de son noble visage peut être vue.

Quant au lac d’Annecy, il est bien joli, n’est-ce pas...

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16/05/2008

La place

1571342100.jpgDes amis genevois m’ont un jour dit que le canton de Genève manquait de place, et que c’est à cause de cela qu’eux-mêmes avaient dû acheter en Haute-Savoie leur maison. A mon avis, c’est un peu théorique. La loi est telle qu’un terrain agricole, en France, peut plus facilement devenir un terrain à bâtir qu’à Genève. Mais ce n’est pas forcément à cause de la place. La Haute-Savoie ne contient pas forcément de vastes prairies où l’on chasse le bison. Ni même de vastes pâtures sans propriétaires, comme à l’aube des temps, où paissaient des vaches qui appartenaient à tout le monde... Malheureusement, ce n’est pas l’Arcadie rationalisée, et sans faunes et sylvains, imaginée par Rousseau.

Le dogme donnant un accès facilité à la propriété est fondamental, dans la République française. Victor Hugo n’a, par exemple, jamais cessé de le défendre.

Quoi qu’il en soit, acheter en Haute-Savoie est un droit.

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15/05/2008

Les Allobroges de Bonneville

1795198746.jpgBonneville était autrefois une cité de magistrats : elle a été créée pour diriger le Faucigny. Sa littérature est donc essentiellement pratique, d’une nature avant tout utilitaire, et destinée à l’administration. C’est ce que j’explique en détail dans un article qui paraît cette semaine dans Le Messager, en distinguant trois étapes : les chroniques historiques, d’inspiration latine, les mémoires administratifs, d’inspiration plus moderne (et française), et la littérature politique, depuis l’instauration de la République.

Or, un des auteurs dont je parle eut un lien avec Genève, puisqu’il y fut franc-maçon : Jean-François Décret, libéral de la fin du XVIIIe siècle qui épousa la cause de la Révolution, et fut président de l’Assemblée des Allobroges, à Paris. Il atteste clairement de la tendance démocratique qui a animé les magistrats savoyards, et en particulier bonnevillois, sous l’influence de Genève.

Remarquez que Décret s’est fait connaître peu de temps après le passage à Bonneville d’Horace-Bénédict de Saussure ! Jusque-là, la tradition ecclésiastique, issue des évêques de Genève, était écrasante. Au XVIIIe siècle, une alternative fut créée, qui cependant resta pacifique. De fait, Décret fut jugé trop tiède, par la Convention. Globalement, les libéraux savoyards sont restés modérés. (Il est possible que l’application locale des décisions prises dans la capitale leur ait fréquemment paru trop rude.)

Quoi qu’il en soit, pour appréhender la tradition proprement bonnevilloise (qui doit beaucoup, sinon, à la Maison de Savoie, ainsi qu’à la République française), n’hésitez pas à lire mon article !

 (J'ajoute qu'à la journée du livre de Bonneville, qui aura lieu dimanche prochain et dont j'ai déjà parlé ici, l'invité d'honneur sera Michel Butor, qui habite près de la capitale du Faucigny surtout parce qu'il a enseigné à l'université de Genève.)

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13/05/2008

Les dessins de Victor Hugo

Je suis allé à Lausanne voir les dessins de Victor Hugo, un écrivain que j’ai toujours aimé, et qui m’a donné envie d’écrire des vers, car j’aime le style épique. Les premiers recueils de poésie que j’aie lus sont les Poèmes barbares de Leconte de Lisle et la Légende des siècles. Les romans de Hugo sont aussi parmi les premiers grands titres du roman français que j’aie lus, notamment Han d’Islande (il y eut aussi le Roman de la momie, de Gautier).

Bref, Hugo est un homme que j’aime infiniment, et son idée que la poésie est une lanterne pour le monde inconnu, que la fable même éclaire les mystères, m’est particulièrement chère. Ses dessins dits visionnaires attestent que dans tous les arts, il eut cette philosophie. Ils donnent le sentiment que dans le brouillard de feu de l’âme sensuelle qu’il avait, il distinguait des formes d’or, parfois traversées d’éclairs d’argent dont la vivacité est extraordinaire. L’eau blanche de la fontaine d’Altdorf, coulant d’une statue qui n’est qu’une armure, est sublime : apparaît alors, dans les ténèbres du monde, la source de vie, qui est en même temps celle de la justice.

Les édifices qu’il imaginait étaient vraiment des figures tirées du monde de l’esprit. Ils étaient au fond des sortes de temples intérieurs, arrachés au néant de la matière, et bâtis dans le brouillard intime de l’âme. Ils apparaissaient dans le vague du papier qui était aussi celui du sentiment, du cœur.

A vrai dire, les flammes, en Hugo, léchaient constamment cet univers ; il avait la tête chaude. Parfois, il s’en dégage un rayonnement, un feu envoûtant, qui rappelle que le poète était un mystique charnel, sensuel, un peu à la façon des Orientaux. Je trouve que ses images, en littérature, ne sont pas sans rappeler celles de la tradition arabe : l’atmosphère est souvent comparable.

Hugo était fasciné par les houris, les filles de l’air, les fées ! Leur mystère le captivait.

Ses dessins de châteaux gothiques, qui tendent au baroque, me font songer, plus directement, par leur sujet, aux édifices mystiques que saint Jean de la Croix créait dans sa poésie, dont il évoquait l’apparence, la disposition : le sens en était allégorique, bien sûr. Dans les deux cas, l’imagination est riche et détaillée, et un peu étrange : les bâtiments semblent suspendus dans le vide. Chez le poète espagnol, ils sont néanmoins plus réguliers, plus symétriques, plus soumis à la raison. Hugo aimait l’entassement, le bric-à-brac.

Hugo a par ailleurs dessiné des têtes d’esprits ténébreux, ou de la tempête, qui ont quelque chose de bien désincarné : il disait sortir de ses rêves la figure intime des éléments. De fait, l’éclat de rêves éveillés perce l’obcurité du mystère, chez Hugo !

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10/05/2008

Echanges agricoles

J’ai lu, récemment, dans Le Messager, que les agriculteurs savoyards n’arrivaient généralement pas à vendre leur production à Genève. L’Etat de Genève protège ses propres agriculteurs.

Parallèlement, les salariés de Genève doivent de plus en plus habiter en France. Souvent, ils construisent sur du terrain agricole savoyard (ou gessien, ou même bugiste) déclassé.

Est-ce cohérent, d’un strict point de vue économique ? Pour qu’on trouve que oui, il faut que l’économie ait été pensée en fonction des Etats, à mon avis.

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09/05/2008

Jacques Chessex à Genève

Le salon du livre de Genève était intéressant, comme toujours. Au départ, je trouve que s’y rendre est compliqué ; au bout du compte, je suis bien content d’y être allé.

Il y avait quelques amis lettrés savoyards, soit venus d’eux-mêmes, soit invités par l’intermédiaire de la Région Rhône-Alpes : car pour les organismes spécifiquement savoyards, je n’ai pas l’impression qu’ils soient spécialement contactés. Il est vrai qu’ils devraient peut-être se relier plus activement à la Région Rhône-Alpes. Mais le fait est qu’ils ne le font pas, et qu’à mon avis, les organisateurs du salon n’en tiennent aucun compte.

Cela dit, mon opinion est que quand un Savoyard prend des initiatives, on les trouve fréquemment ridicules et vides de motivation profonde.

Je parlerai donc plus volontiers des Suisses, et notamment de Jacques Chessex, dont j’ai écouté une partie de l’intervention, tout en discutant avec un ami lausannois. A un certain moment, cet ancien prix Goncourt, dont j’ai lu quelques pages qu’il a écrites sur ses compatriotes du Pays de Vaud, a évoqué sa mère, qu’il n’a jamais vue nue, dit-il. Il avait l’air d’accorder à ce fait profondément moral une importance très grande. C’est curieux, car moi, j’ai des parents qui dans leur jeunesse ont fait beaucoup de nudisme, et sur lesquels les idées nouvelles sur l’amour avaient beaucoup de prise. Chessex voulait se défendre de n’avoir jamais eu aucun sentiment incestueux. Il a raison : il vaut mieux donner de soi bonne réputation. Mais j’ai aussi compris qu’il présentait un livre qu’il avait écrit. Or, il existe tellement de tragédies antiques sur des relations incestueuses, ou même de magnifiques films sur la question, que je me suis demandé ce que, sur le plan esthétique, cela pouvait signifier. De surcroît, rien de ce qui est humain ne doit être étranger à un écrivain, à mon avis. Parlait-il en tant qu’homme public qui devait défendre sa réputation, ou en tant qu’artiste qui eût pu faire n’importe quel bon livre avec n’importe quel sentiment ? J’hésite à répondre.

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07/05/2008

Journée du Livre à Bonneville

Presque chaque année, je me rends à la Journée du Livre de Bonneville, dont je suis quasi citoyen. Cette année, elle aura lieu le dimanche 18 mai, à l’espace Agora.

Ah, Bonneville ! charmante capitale de la seigneurie du Faucigny, dont l’origine remonterait au comte de Genève Olivier, fameux pair de Charlemagne qui mourut à Roncevaux après avoir vaillamment combattu le puissant Fierabras ! Le Faucigny serait, ainsi, d’origine genevoise...

En tant que capitale de la vallée de l’Arve, Bonneville en assume l’âme : elle en est le temple. De fait, le monument le plus prestigieux de la cité contient une représentation de la nymphe de l’Arve, enchaînée par une chaîne d’or sous l’œil de la Pointe d’Andey et de la rayonnante Vierge qui s’y dresse. L’art magique, hérité de Salomon (qui enchaînait les démons, comme on sait), qui a posé cette chaîne autour de son pied est ici celui du roi Charles-Félix, qui a sa statue au sommet d’une colonne supportée par le cube où est représentée cette nymphe, sur le modèle d’une colonne de Trajan (le seul empereur païen que les chrétiens aient célébré).

De fait, Charles-Félix finance l’endiguement de l’Arve, au temps où son ministre principal était Roget de Cholex, un Bonnevillois pieux et travailleur qui gouverna du mieux qu’il put les États du Roi.

Fait étrange, la salle de délibération de l’Hôtel de Ville se nomme elle-même la salle d’Andey : l’esprit d’Andey siège parmi les magistrats de la ville. Il les guide. Celui qui verrait au-delà des apparences le verrait assis au milieu d’eux, peut-être en tailleur, à la façon d’un Bouddha : c’est l’ange de la cité. Il est figuré par la montagne tutélaire peinte par Hodler et Turner. Ils ont eu le pressentiment qu’il en émanait quelque chose, une sorte de lumière ! De vivantes couleurs...

Bref, Bonneville est une cité à découvrir. La qualité intime des eaux de l’Arve y est représentée, mystérieusement, par la cité elle-même, dans ses formes, son architecture, son organisation. Or, finalement, c’est à Genève que ces flots jaunes se jettent dans le bleu Rhône (comme disait Victor Hugo).

Un petit voyage à Bonneville s’avère donc indispensable, et cette Journée du Livre en est l’occasion ! Les éditions Le Tour, à travers moi, y présenteront leurs ouvrages. Il y aura aussi mes Portes de la Savoie occulte, un livre passionnant sur l’histoire méconnue de la littérature savoyarde et la part d’âme qu’elle exprime dans cette noble région.

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05/05/2008

Collections permanentes du musée d'Art et d'Histoire

J’ai dit que j’avais visité l’exposition sur la préhistoire au bord du Léman, au Musée d’Art et d’Histoire de Genève ; mais ce ne fut pas long. J’ai donc profité de l’occasion pour visiter une nouvelle fois les collections permanentes, bien que la partie réservée à la peinture fût fermée. A vrai dire, j’ai été fasciné par les dieux des civilisations antiques mieux connues que celle de nos amis allobroges, notamment parce qu’ils étaient sculptés dans des matières plus durables que le bois : les nymphes et les sylvains de Rome, l’empereur Trajan, c’était fantastique ; Diane, dans son petit temple votif, aussi.

Et que dire, pour les Grecs, d’Apollon, tueur de lézards svelte et lumineux (car ses membres fins avaient la qualité de la lumière), et d’Aphrodite, aux cuisses tendres comme une mer, ou pareille à l’éclat bombé du ciel lorsque le soir tombe, et qu’il fait beau ? Et de cette divinité du fleuve au visage profond ? Et d’Hadès, veillant sombrement sur le royaume des spectres ?

Les Égyptiens sont toujours les plus impressionnants, parce qu’ils sortent du réalisme, pour matérialiser des forces occultes d’une portée incroyable. Cette déesse solaire à tête de lionne fait peur : et en même temps, sa patte a de la majesté. Ramsès II a une noblesse incomparable : on dirait un Bouddha. Osiris est d’une douceur sublime. Anubis trône glorieux au seuil de l’empire des morts. Le portail de l’autre monde, aux angles droits et aux perspectives rentrantes, est lui aussi fabuleux, d’une suggestivité extraordinaire.

Enfin, je dois dire que les nymphes romaines me sont chères, et aussi les sylvains : ils peuplent forcément, de leurs formes douces et palpitantes, fortes et souples, l’éther de vie qui emplit nos forêts, nos rivières, nos montagnes. Les Romains nous sont particulièrement accessibles, même s’ils ne furent pas de grands sculpteurs mystiques, explorant les arcanes de l’univers à la façon des Égyptiens - dont le style marque un temps très antérieur à celui de Rome, à vrai dire : l’Occident moderne n’était pas encore né, à l’époque de Ramsès II ! Ce qui est certain, c’est que les divinités de la nature élaborées par les Romains étaient sans doute très proches de celles qu’adoraient les Allobroges, tout comme les héros latins n’étaient sans doute pas sans rapport avec les leurs. Mais il y avait probablement aussi un air plus poétique, plus évanescent, à leurs figures, comme dans la tradition irlandaise.

J’ai aussi vu les icônes byzantines, que je trouve également très belles. A la fois colorées, raffinées et mystiques, elles font une profonde impression. Saint Georges est systématiquement magnifique.

Mais on ne peut pas parler de tout. Ce musée d’Art et d’Histoire, c’est un petit Louvre : cela fait plaisir, de le revoir. Le régionalisme genevois est une occasion de revoir les dieux et les saints antiques, en quelque sorte !

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03/05/2008

Les Allobroges au musée d'Art et d'Histoire

Je suis allé voir l’exposition sur les origines du Léman et de son peuplement, au musée d’Art et d’Histoire de Genève, et c’était intéressant et amusant : il y avait les restes d’une statue en bois d’une divinité allobroge, seul exemple d’idole taillée qui soit resté des anciens Celtes du continent, et qui rappelle, en réalité, que les Allobroges s’étaient latinisés et hellénisés. Tite-Live n’a-t-il pas dit que le plus grand royaume gaulois était celui des Allobroges ?

Cependant, comme cette statue avait passé beaucoup de temps dans la vase, sa figure était plutôt informe, et c’est sans doute le signe que les Allobroges appartiennent, en tant que tels, à un passé révolu, remplacés qu’ils ont été par les Genevois, les Dauphinois et les Savoyards, tous adorateurs à présent de divinités différentes ! Calvin et François de Sales sont deux personnes bien dissemblables, n'est-ce pas. Tout comme Stendhal et Joseph de Maistre.

Cela dit, Jean-Jacques Rousseau était de Genève, a marqué l’histoire intellectuelle de Chambéry (il y eut des adeptes), et Stendhal le Grenoblois le vénérait : peut-être qu’il était la réincarnation du héros dont on avait fait l’idole, dans l’Antiquité allobrogique !

De la belle unité antique, quoi qu’il en soit, que reste-t-il ? D’ailleurs, l’exposition de Genève accordait aussi une large part aux Helvètes de la rive vaudoise...

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01/05/2008

Genève et la conquête du Pays de Vaud

Comme on sait, au Moyen Âge, le Pays de Vaud a appartenu à la Savoie. On sait un peu moins que les Bernois l’ont conquis parce que les Genevois leur avaient demandé de l’aide contre le duc de Savoie, qui s’efforçait de les soumettre, et avait ordonné un blocus, autour de leur noble cité : Lausanne était sur la route. C’est ce que raconta en tout cas le grand historien, professeur de Lettres à l’université de Lausanne, Charles Gilliard, auquel je consacre cette semaine un article dans Le Messager. Je résume son livre, que j’ai lu avec plaisir et intérêt. La question religieuse lui donnait une certaine profondeur, notamment. Cela donnait des perspectives sur les motivations humaines, je veux dire.

(Pour les amateurs, je signale que Le Messager de cette semaine consacre aussi une page entière à une interview de Michel Butor, écrivain profondément lié à Genève, comme on sait, bien que les prix de l'immobilier l'aient poussé à s'installer en Haute-Savoie, à l'époque il enseignait à l'université de Genève. Il en est plutôt content, j'ai l'impression, et il évoque parfois les Savoyards, dans ses livres. En tout cas, les lieux qu'ils habitent !)

Sinon, cet après-midi, entre 15 h et 17 h, je serai au stand de la Société genevoise des Ecrivains, à Palexpo, pour présenter mes deux derniers livres, ainsi que deux que j’ai préfacés et édités.

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