16/06/2008

Anniversaire

870486232.jpgIl y a quelque jours, c’était mon anniversaire : je suis né sous le signe des Gémeaux, lié à l’Air ; d’où ma propension à aller d’un sujet à l’autre, comme une abeille qui butine ! Car mon esprit a tendance à suivre le mode propre au vent. (On ne saurait mieux dire, proclameront certains.)

Pour l’occasion, j’ai composé un sonnet qui est aussi une sorte de prière à l’âme de cette constellation (c’est à dire à Castor et Pollux, selon les anciens Grecs) : je lui demande de m’être propice en cette nouvelle année de vie.

Je ne mets pas ici ce petit poème, car Lionel Chiuch, journaliste littéraire à La Tribune de Genève, a un jour déclaré que mes poèmes ne lui parlaient pas du tout ; je ne veux donc pas infliger aux lecteurs de cette même Tribune de Genève des mots qu’ils ressentiront, eux aussi, comme creux. Il sera dans mon prochain recueil, s’il sort jamais ; j’annoncerai sa parution à l’occasion. Pour le moment, je prépare d’autres choses, qui pourraient effectivement sortir d’ici un an.

Pour l’année qui vient de s’écouler, je pense que l’événement majeur, c’est la sortie officielle de mon livre sur la littérature savoyarde. Ensuite viennent les articles des Echos saléviens dont j’ai parlé l’autre jour. L’ouverture de ce blog a aussi représenté quelque chose de nouveau. J’ai pu voir que les Genevois avaient une vision plutôt abstraite des Savoyards, héritée en général de la tradition historique, de l’époque de l’Escalade ou de celle du département du Léman. Sinon, au fond, ils ne les connaissent guère. Ce qu’ils en connaissent vient principalement de l’histoire genevoise, ce qui est somme toute assez logique. Mais j’ai parfois eu le sentiment qu’ils pensaient que pour les Savoyards aussi, la relation avec Genève était très importante, alors que chez les écrivains savoyards, cela n’occupe pas forcément une grande place. Même les écrits fondamentaux de François de Sales n’y font jamais allusion.

Jacques Replat, écrivain annécien de l’époque romantique, a un jour écrit un petit opuscule pour dire que nul n’avait mieux parlé de la Savoie que Horace-Bénédict de Saussure et Rodolphe Töpffer, qu’il regardait néanmoins comme non savoyards. Il a lui-même beaucoup imité Töpffer, qui du reste était très lié à Xavier de Maistre.

Le parti conservateur a évidemment eu des mots parfois assez durs, pour Genève. Joseph de Maistre, quoiqu’il aimât, sur le plan personnel, Mme de Staël, estimait que rien n’était plus opposé que le catholicisme et le calvinisme : même Luther, disait-il, était plus proche de “nous”. L’historien Ducis, qui était chanoine, a plus directement évoqué la façon dont les Savoyards ont vu leur pouvoir décroître après que Genève eut fait appel à Berne contre le Duc : son ton était clairement rancunier.

Parfois, le souvenir de la Réforme et de ses conséquences a également donné lieu à des plaisanteries.

Mais globalement, je le répète, les Savoyards ont parlé de bien autre chose. Et d’abord, ils ont parlé d’eux-mêmes, et de leurs montagnes, de leur histoire, de leurs princes, de leurs saints, de leur dieu. Ils n’ont passé que très peu de temps, au fond, à parler des autres, que ce soit pour en médire ou pour les bénir. A la rigueur, quand ils l’ont fait, ils ont surtout parlé de la France : ainsi de Joseph de Maistre. Mais sinon, cela reste anecdotique.

09:29 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Rémi, si votre "esprit a tendance à suivre le mode propre au vent", il faudrait préciser que ça n'en fait pas une girouette pour autant. Pas péjorativement, du moins car si vous savez souvent indiquer la direction du vent, il n'est pas dit que vous vous y soumettiez sans jugement de ce qu'il vaut...

Permettez-moi de vous offrir mes meilleurs vœux, bien que tardivement ! Puisse la Joie être votre compagne, ce qui sous-entend le meilleur des accomplissements.

Ma lecture de vos Portes de la Savoie occulte progresse. Un élément qui me frappe, c'est le fait que, contrairement aux idées qui ont cours souvent sur la Savoie (étroitesse d'esprit, idées reculées, etc.), la narration que vous faites de son histoire montre que, sinon initiatrice, elle a été souvent en phase avec le monde, voire d'avant-garde. Autrement, le 1er chapitre à lui seul m'a été très fécond en connaissance de l'histoire de la langue de mes ancêtres français, et si votre propos est parfois plus savant, votre langue ne jargonne jamais; je la crois accessible à tous. Et puis enfin, je dois confesser ici ce que vous n'ignorez pas : j'aime qu'à la relation des faits soit insufflée une vision symboliste, d'autant que le lecteur n'est pas ici tenu à une adhésion absolue.

J'en viendrai bien à lui consacrer un billet sur mon blog éventuellement, sinon plusieurs car vos thèmes ont aussi leur propre autonomie.

Salutations cordiales.

Écrit par : marie danielle | 18/06/2008

Merci, Marie-Danielle, d'avoir si bien compris ma démarche.

Trop souvent, du reste, la Savoie est simplement assimilée au conservatisme alpin, et c'est censé la définir complètement, dans un monde dominé par l'intellectualisme progressiste des grandes cités. Mais il y a mille manières d'être conservateur, et il y eut aussi un temps où le conservatisme signifiait en réalité avoir conservé les qualités d'antan qui ont été perdues. Or, au début du XVIIe siècle, c'est bien l'image qu'avait la Savoie, dans une France qui avait été déchirée par les conflits, que mille factions différentes avaient tirée à hue et à dia en créant sur le plan culturel même beaucoup de confusion. Les rois de France d'alors avaient besoin de retrouver une ligne cohérente, une voie claire, et la Savoie leur a fourni un point de mire, à cet égard. Les Valois et leur cour lui étaient intimement liés, dans l'esprit de tous. Et Mme de Lafayette a montré qu'on regrettait ce temps. Son héros est mort à Annecy, en fait !

C'est qu'il y a un temps pour tout : un temps pour le changement, et un temps pour la refondation, la stabilisation. Or, c'est aussi une forme de joie, de progrès, que de retrouver, après beaucoup de tribulations, une forme de culture achevée, stable, claire, qui puisse avec limpidité guider les âmes. Le progressisme a souvent de lui-même une vision étriquée. Mon prochain article, sur ce blog, devrait le rappeler, que le conservatisme savoyard n'a jamais renvoyé à une culture figée, sclérosée, éteinte, mais simplement à une certaine lenteur, liée à l'omnipotence de la nature. La poésie de Jean-Vincent Verdonnet en est une bonne image, par exemple !

A bientôt, et merci encore.

Écrit par : R.M. | 18/06/2008

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