22/06/2008

Libéralisme transfrontalier

  1. Tramway.jpgCertains, en France voisine, ne sont pas réellement favorables à la construction de transports en commun pour les frontaliers, parce qu’il existe certains secteurs où des Français, motivés surtout par les perspectives salariales, vont travailler en Suisse alors que les entreprises françaises manquent de bras. Ils le font, de surcroît, après avoir été formés gratuitement en France, en général.

Pour résoudre ce problème des transports en commun, indispensable pour l’environnement, et utile sur le plan global, il faut tenir compte de cet aspect. Sinon, on continue de s’étonner de l’ineptie des Français voisins qui ne font rien.

Mais de fait, dans certains cas, payer un transport en commun, c’est sacrifier un argent immédiat à des bénéfices plus grands sur le long terme. Cela demande de l’abnégation. Dès qu’on l’a compris, on a aussi compris qu’un tel sacrifice doit être global, commun à tous les acteurs, à tous ceux qui sont impliqués dans cet emploi de gens qui habitent loin de leur lieu de travail, ainsi que les contrats de travail l’indiquent clairement. Cela veut dire qu’en rendant valables ceux-ci, l’État de Genève, par exemple, est aussi partie prenante : il a aussi sa responsabilité.

A mes yeux, même, la charge doit être calculée non en fonction des territoires, mais de la plus-value réalisée par la situation. Je crois que c’est ce qui est réellement équitable. Il faut raisonner en fonction de l’économie, et non des États. L’Etat n’est là que pour vérifier que l’équité est respectée.

Raisonner en fonction des frontières, c’est bien raisonner aussi en fonction du territoire. Trop de frontières, dans le monde, servent à protéger le capital dans un sens, à l’accroître dans l’autre. Le vrai libéralisme a pour base la vie de l’entreprise, et la regarde comme un tout, au-delà des nations. Et à l’intérieur même de l’entreprise, ainsi délivrée des nations, l’équité doit régner. En effet, aucune liberté ne peut durablement s’exercer sans sens de la responsabilité. L’Etat exploite précisément les injustices qui se répandent dans l’entreprise pour se donner le droit d’y intervenir, parfois abusivement. Le marxisme même repose sur le présupposé qu’aucune justice ne peut régner au sein de la libre entreprise.

Je crois, néanmoins, qu’on peut le détromper : cela dépend de la volonté humaine. L’Etat même peut n’intervenir que ponctuellement, quand, je dirais, le Capital exagère.

Cela dit, une économie responsable n’est pas seulement celle où les propriétaires du Capital sont soucieux des autres hommes : car c’est là une règle morale qui s’exerce même en dehors de l’économie ! Sur le strict plan économique, la responsabilité consiste à regarder le long terme, et les effets finaux de l’action. On pourrait ainsi évaluer le coût environnemental. Or, la création de richesses ne doit pas être fondée sur le vol : y compris de la Nature. On ne devrait pas laisser se répandre l’idée que tout accroissement de richesses est fondé sur la création d’un déséquilibre. Car cela amène les esprits responsables à contester la légitimité de la croissance même.

Quoi qu’il en soit, comme c’est là aussi une affaire de foi, ou du moins de philosophie, on ne peut s’appuyer sur tout le monde, pour créer une vision responsable de l’économie. Mais les transports en commun restent quand même de la responsabilité de ceux qui les utilisent, ou les font utiliser, ou de ceux qui les y autorisent. A mon avis.

09:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

Commentaires

Rémi, ça vous dirait d'émigrer au Québec pour vous y lancer en politique et venir vous faire élire en tant que notre Premier Ministre ??? Sur la foi de ce billet...

Il me faudrait vérifier, mais je ne susse point qu'il faille être né zici.

Très fort en sainte-aise, votre billet.

Amitiés outre-océaniques.

Écrit par : marie danielle | 23/06/2008

Tiens ! cette nuit même, j'ai rêvé que je ne sais plus qui me conseillait de faire de la politique : c'était vos pensées qui s'incarnaient dans la figure d'un homme, au sein du monde des songes ! Non, mais Premier Ministre d'un pays comme le Québec, je n'ai pas vraiment l'autorité nécessaire, la rigueur qu'il faudrait : on ne me prend pas assez au sérieux, car j'aime trop les blagues. En revanche, cet article, je l'ai vu et revu, je l'ai allongé et écourté plusieurs fois, et cela m'a pris du temps. Si un mécène voulait consoler ma pauvre famille de ce temps passé au pur plaisir d'écrire, il serait le bienvenu ! Car croyez-le si vous voulez, mais malgré que ce blog proooge le contrat publicitaire global du site électronique de "La Tribune de Genève", aucune ristourne même symbolique ne m'en est faite.

Merci, quoi qu'il en soit, de ce salut par-delà les mers, au travers du câble du téléphone ! Du coup, notez-le, c'est par dessous la mer, car le câble entre nos deux continents est en fait au fond de l'eau. Nos paroles ne volent qu'au sein du rêve, ô Marie-Danielle !

Écrit par : R.M. | 23/06/2008

Erratum : "malgré que ce blog proRoge le contrat publicitaire global".

Écrit par : R.M. | 23/06/2008

Je trouve un peu "gonflé" de la part des habitants de France voisine de se permettre d'être contre les transports publics pour les frontaliers....

C'est facile de profiter des impôts que rapportent les frontaliers pour faire de beaux giratoires, de belles mairies, de beaux trottoirs, etc... mais se foutent complètement que ce soit le DESERT complet pour ce qui est des transports publics ! HONTE A EUX ! à Douvaine, la nouvelle gendarmerie (fonctionnaires) a été construite grâce aux fonds frontaliers !!!! HONTE A EUX ! BANDE D'EGOISTE !!! Les entreprises françaises, plombiers, électriciens, etc.. sont bien contents de faire des affaires grâce aux frontaliers qui gagnent bien leur vie.... il n'y qu'à voir les villas qui se sont construites en France voisine....

Écrit par : CAFE | 23/06/2008

Mais les gendarmes installés à Douvaine, pourquoi sont-ils là ? N'est-ce pas pour garder les biens et les personnes de Douvaine ? Et ce bourg n'est-il pas rempli de frontaliers ? Sa population ne s'est-elle pas accrue uniquement sous la pression des frontaliers ? Un nouveau local pour les gendarmes n'est-il pas apparu uniquement parce que les frontaliers s'y sont installés ? Croyez-vous réellement que les vieilles familles de Douvaine sautent de joie lorsqu'elles voient s'installer à Douvaine et les frontaliers, et les gendarmes qui deviennent nécessaires parce qu'il y a des frontaliers ? En fait, je crois que la plupart des gens aimeraient qu'il n'y ait pas de gendarmes nouveaux ; si on veut des gendarmes, c'est parce que c'est nécessaire. Et ces gendarmes nouveaux sont nécessaires non parce que les vieilles familles de Douvaine deviennent soudain criminelles, mais bien parce que la population qui arrive pose forcément des problèmes nouveaux. Les fonctionnaires sont bien payés avec des impôts. Pourquoi pas ceux des frontaliers, si ces fonctionnaires rendent service aux frontaliers, s'ils sont prêts à venir armés pour défendre les propriétés des frontaliers ? Je ne comprends pas. Ils ne font pas cela, eux-mêmes, pour le plaisir. Et enfin, l'Etat français est maître de son territoire, et les gendarmes le garantissent dans les faits. Ou alors, il faudrait que la police genevoise vienne aussi protéger les frontaliers !

Écrit par : R.M. | 23/06/2008

Cher M. Café, je n'ai jamais dit que LES habitants de France voisine étaient contre le tramway pour les frontaliers ; certains seulement le sont. Ce sont évidemment ceux qui n'ont aucun intérêt à l'existence d'un tel moyen de transport, et que vous ne mentionnez pas. Par exemple, les fonctionnaires, ou apparentés. Les infirmières, ainsi, sont formées en France, et ensuite vont travailler en Suisse, alors que les hôpitaux frontaliers (et qu'utilisent les frontaliers) en manquent.

Pour les gendarmes, je ne pense pas qu'on les ait mis là pour le plaisir : en fait, on les a mis là pour que les propriétés et la personne des habitants soient gardées par la force publique. Or, si on les y a mis récemment, ou si on a élargi leur bâtiment, c'est certainement parce que la population croît. Or, elle croît essentiellement par le fait des frontaliers. Il est donc parfaitement normal que l'argent des frontaliers serve à des gendarmes qui ensuite garderont les biens des frontaliers. Ou alors, il ne faut pas qu'il y ait de gendarmes, et que les frontaliers se débrouillent pour garder leurs biens des voleurs, par exemple. A mon avis, sans gendarmes, la sécurité ne sera pas facile à trouver. Et à quoi bon travailler à Genève si c'est pour acheter en Haute-Savoie une maison qui sera régulièrement pillée ?

Écrit par : R.M. | 23/06/2008

(De fait, j'ajoute que l'Etat n'a pas réellement pour vocation d'offrir gratuitement et bénévolement des services aux gens : si les gens paient, c'est parce qu'ils souhaitent qu'il y ait ces services ; s'ils souhaitent qu'il y ait ces services, il faut payer. Or, je ne pense pas que les frontaliers souhaitent qu'il n'y ait plus de gendarmes pour garder leurs biens et leur personne.)

Écrit par : R.M. | 23/06/2008

Je n'ai jamais dit qu'il ne fallait pas utiliser les fonds frontaliers pour les gendarmes, mais il faut que les français qui travaillent en France cessent de jalouser ceux qui travaillent en Suisse, car ceux qui travaillent en France profitent également des revenus des frontaliers en ayant de belles places de villages, de belles écoles, etc.. je vous conseille d'aller voir un peu plus loin où il n'y a pas de frontaliers et vous verrez dans quelle décrépitude se trouvent certains villages... Pourquoi y aurait-il seulement des transports pour ceux qui travaillent en France, alors que ceux qui travaillent en Suisse rapportent plus à la communauté ? les frontaliers demandent simplement à ce qu'il y ait des transports les amenant JUSQU'A LA FRONTIERE ! c'est-à-dire sur territoire français ! exemple jusqu'à la frontière d'Hermance !!!!

Écrit par : Café | 23/06/2008

Certainement, l'Etat français peut participer à un tel transport en commun. Mais traditionnellement, si l'Etat de Genève donne l'argent des impôts aux collectivités locales voisines, au lieu, comme le canton de Vaud, de les donner directement à Paris, c'est parce que ces collectivités locales n'ont réellement en charge que le lieu de vie. De fait, le problème des transports n'est pas à régler par une commune en particulier, ni même par un département en particulier, puisqu'il existe aussi bien pour la Haute-Savoie que pour l'Ain. Et d'ailleurs, les transports en commun dépendent fréquemment de sociétés nationales, et non départementales. Si l'Etat de Genève donnait, comme le Pays de Vaud, l'intégralité des impôts des frontaliers directement à Paris, je pense que la question des transports pourrait être plus facilement résolue. Mais Genève a choisi de donner aux Français voisins parce que c'était économiquement intéressant. Peut-être qu'il y a eu aussi la volonté de dire que Genève finalement avait son ancien diocèse pour arrière-pays : et c'est justement la Haute-Savoie et le Pays de Gex. Entre Genève et les collectivités locales, la relation était privilégiée, parce que le pôle était Genève. Mais cela veut dire que c'est Genève seule qui peut prendre l'initiative d'un projet global. Or, précisément, le problème des transports n'existe pas seulement à Douvaine. Ce n'est même pas là, je crois, qu'il est le plus important. A mon avis, faire résoudre un problème aussi général au coup par coup, commune par commune, relèverait de l'absurdité la plus complète, et coûterait très cher pour donner peu de résultats. Et donc, mon avis est qu'il faut une autorité claire pour résoudre le problème de façon générale, et que l'initiative en revienne à cette autorité claire. Or, pour le moment, il me semble que la sorte de relation privilégiée établie par Genève même avec les collectivités locales frontalières montre que c'est Genève qui doit en prendre l'initiative. Même si justement Genève ne voulait pas prendre d'initiative à l'égard des transports en commun qui mènent à ses entreprises, ou à ses propres tramways, il faudrait qu'elle prenne déjà l'initiative de laisser Paris la prendre, en versant les impôts selon le même régime que le canton de Vaud. Car la vérité est bien que les collectivités locales ne sont absolument pas en mesure de régler le problème, vu que l'argent qu'on leur donne ne sert justement qu'à embellir les lieux de vie des frontaliers : c'est bien ainsi que cela a été conçu au départ. C'est bien de ce cadre de vie médiocre que s'est plaint un maire genevois ancien, lorsqu'il vivait dans une commune savoyarde, et qui a provoqué le versement des impôts à ces communes frontalières directement. Les maires français font exactement ce que leur ont demandé au départ les autorités genevoises, lorsqu'elles leur ont proposé de leur donner une partie des impôts. Ainsi, il me paraît simplement un peu décalé de s'en prendre à ces municipalités françaises voisines. La responsabilité principale de la situation ne leur incombe pas réellement. C'est ce que j'ai essayé d'expliquer dans mon article.

Écrit par : R.M. | 23/06/2008

(Pour la question du territoire français, la question ne peut justement être résolue que par Paris, où se trouve la souveraineté territoriale : elle n'est pas dans les mains des assemblées locales. En France, c'est ainsi. Mais à mon avis, l'Etat de Genève peut demander une concession, pour la superficie - sous forme de bande - que représenterait un tramway. Des échanges de territoires ont lieu régulièrement. En tout cas, cela montre que le problème est à résoudre de Genève à Paris, et que s'en prendre aux locaux est relativement dénué de sens.)

Écrit par : R.M. | 23/06/2008

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