Langues régionales

La_Fontaine_par_Rigaud.jpgCes derniers temps, les parlers régionaux, en France, sont revenus à la mode, et je crois que cela s’explique par ceci, que le français, depuis qu’il est devenu langue constitutionnelle, semble avoir perdu de sa fraîcheur, de sa spontanéité : de plus en plus, au sein de l’Education nationale, on ne l’apprend plus comme une langue vivante, enracinée dans l’âme individuelle, mais comme un outil, un instrument, une simple technique pour communiquer. La langue est devenue glacée, sclérosée, figée, et seuls des mécanismes froids la meuvent. Face à elle, les parlers régionaux paraissent justement avoir conservé la fraîcheur du français ancien, de celui de La Fontaine, par exemple. Les sentiments, ou les sensations, et non seulement les intentions conscientes, les projets politiques, les rapports parlementaires, les arrêtés préfectoraux, les verdicts du tribunal, ou la science objective, peuvent s’exprimer, à travers eux. Alors que dans le français technique de l’institution éducative, le sentiment qu’on exprime n’a pour dessein que de séduire l’interlocuteur, qu’il est une forme de ruse, dans le patois, il est le fondement même de l’expression, son ressort : le plaisir qu’on a à représenter ce qu’on perçoit ou ce qu’on ressent au moyen de sons qu’on forme avec la bouche, dans les langues régionales, reste intact !

C’est bien la funeste évolution du français, orientée vers toujours plus de technicité, qui a, par contrecoup, donné le désir aux Français de se rabattre sur le patois, finalement bien plus proche du français de Racine et La Fontaine que ne l’est le français officiel contemporain !

La solution est donc de rendre au français sa fraîcheur, sa poésie, sa spontanéité, et de mettre fin à un enseignement effroyablement orienté vers les techniques de communication seules. Inversement, pour que les relations sociales continuent d’être baignées de chaleur, de fraternité, de communion, on pourrait accepter le développement du patois. Car le français technicisé, si je puis dire, glace les rapports. Il les précise, peut-être, mais il les distancie, aussi. Il les rend mécaniques, figés, semblables aux rapports que pourraient avoir entre eux des robots !

Commentaires

  • Vous écrivez: "C’est bien la funeste évolution du français, orientée vers toujours plus de technicité, qui a, par contrecoup, donné le désir aux Français de se rabattre sur le patois, finalement bien plus proche du français de Racine et La Fontaine que ne l’est le français officiel contemporain !"
    Je sais que - comme en France - vous utilisez le mot "patois" pour vos dialecte dits "francoprovençaux" par les linguistes, mais les langues dites "régionales" de France sont de véritables langues à part entière pas de vulgaires "patois". Le gascon, le provençal, le breton, l'alsacien (dialecte allemand ou "germanique" pour faire politiquement correct), le corse (réunion de dialectes toscans et sardes), le catalan, etc... ne sont pas du tout proche du français de Racine et de la Fontaine car elles ne sont pas du français tout court !
    S'il vous plaît, renseignez-vous un peu plus.
    Amistats,

  • Je ne prenais pas "patois" dans un sens péjoratif forcément. Il est vrai qu'en plus du sens de "dialecte parlé par une petite communauté généralement rurale", le Petit Robert évoque l'aspect péjoratif, mais je pense que c'est préjuger des idées qu'on peut avoir sur les petites communautés rurales : car pour moi, j'ai au contraire un sentiment favorable, à leur sujet.

    Je n'ai pas voulu dire que les dialectes non français avaient le moindre rapport formel avec le français, sinon l'origine latine commune, mais avaient une qualité que possédait autrefois le français, et qui a été perdue, qualité qu'appréhendent mal les professeurs de français, qui enseignent plutôt une langue administrative qu'une langue qui a servi à la poésie, et à exprimer l'intimité des sentiments. De fait, l'occitan était anciennement la langue lyrique par excellence, mais je pense que même au temps de La Fontaine, le français était spontanément une langue plus poétique qu'aujourd'hui.

  • (Et il me semble, donc, que les langues régionales ont fréquemment conservé ce caractère spontanément poétique, perdu fréquemment par un français trop "normé". Même le "ch'ti" du film récemment sorti - du picard de Flandre, en fait - a plu, à mon avis, parce qu'il portait en lui une part de cette poésie. Par exemple, les implications de sens de "biloute" sont très parlantes, ou le fait de traduire "plaît-il" par "hein" prononcé fortement, donne le sentiment que le "ch'ti" est un langage qui part du coeur, quand le français semble partir du cerveau. C'était le sens de mon propos, qui n'était pas d'essayer de prouver que l'occitan et le français, par exemple, étaient le moins du monde similaires. La Fontaine lui-même, dans ses lettres, dit qu'à Limoges, on ne parle pas français, même si on parle une langue qui en soi a autant de valeur que le français. En fait, en citant La Fontaine, je ne voulais pas renvoyer à Louis XIV, à l'Académie française, mais au charme de ses fables, charme frais et plein de spontanéité. J'aurais pu aussi parler de la lyrique occitane, qui a un charme encore plus grand.)

  • Où voulez-vous en venir, R.M. exactement? les dialectes et l'ancien français étaient caractérisés par une qualité mélodieuse qu'a perdu notre langue après sa codification (mais qu'a su conservé l'italien, langue musicale s'il en est). La figure de style par excellence était l'hyperbole, employée abondamment dans la poésie, par les troubadours.

    Est-ce à dire qu'aujourd'hui, on ne sache plus exprimer ses sentiments, une certaine vivacité (grâce à l'intonation et les différents registres de la langue)?

    L'unification du français a été faite pour que les gens d'un même pays puissent communiquer et se comprendre jusqu'à imposer aux diférentes régions de perdre leur accent. (Une copine provenant du Jura a dû "monter" à Paris pour un cours de communication afin de perdre ses particularités et son accent, ce au XXIe siècle.)

    Restons tout de même optimistes et tâchons de relever dans ce phénomène une volonté de se comprendre! Je ne pense pas que la revivification des dialectes régionaux apportent quoique ce soit.

    Bon WE !

  • Toujours aussi incurablement nombrilistes ces francophones, même en Suisse !
    L'idée qu'il puisse y avoir d'autres langues que le français en France (et dans le monde) ne semble pas avoir effleuré l'esprit de M. Rémi Mogenet...
    Si les langues régionales sont à la mode en France, c'est parce que le français tel qu'il est enseigné n'est plus assez frais et spontané...
    Il faut donc rafraîchir la langue française...
    Les Bretons, les Basques, les Corses, les Catalans, les Flamands, les Alsaciens-Mosellans se disaient bien que c'était là la solution de tous leurs problèmes....
    Imaginez un instant l'horreur d'une Suisse à la sauce française, et vous comprendrez notre calvaire :

    1) la Suisse est désormais une république centralisée « une et indivisible » sur le modèle jacobin français

    2) l'unique « langue de la république », gravée dans le marbre de la Constitution Suisse, est l’allemand. Çà ne se discute pas.

    3) Le devoir « d’intégration républicaine » des Romands est d’accepter l’assimilation scolaire germanophone de leurs enfants dès la maternelle, ainsi que l’hégémonie exclusive de la langue allemande dans toute la sphère publique : administration, vie professionnelle, médias etc. La langue allemande doit devenir la nouvelle langue d’usage courant des Genevois et des Lausannois. La langue régionale française ne sera pas complètement interdite, mais rigoureusement marginalisée dans la sphère privée : le soir après 18 heures, dans les catacombes des maisons de vieillesse, au bistro ou "chez les ploucs".
    Bien sûr, une fois germanisés, on ne persécutera plus les Suisses anciennement francophones. Comme chez moi en Alsace, ils pourront même apprendre un peu la « langue du voisin français » comme une langue seconde strictement facultative. Mais attention : toujours derrière et en dessous de l’allemand qui reste ultra-prioritaire ! S’ils sont sages, les Romands auront même droit à 8 minutes de « Rund Um » par jour dans leur langue, obligatoirement sous-titré en allemand, sur la chaîne de télévision régionale romande, car la Suisse germanophone est infiniment bonne et généreuse. Etant bien entendu que tout le reste des programmes de la télévision régionale romande seront en allemand, la « langue de la république » suisse…

    4) Les suisses germanophones respectent beaucoup le folklore désuet des autres langues, notamment celui du "patois" régional français d’antan, mais tout citoyen suisse germanophone (ou germanophonisé) doit pouvoir s’établir sur n’importe quelle parcelle du territoire suisse sans avoir à apprendre le sabir local, le français, l’italien ou le romanche d’autrefois, car la langue commune de tous les Suisse doit être l’allemand, au nom de « l’égalité républicaine » suisse.

    5) Les Suisses encore francophones, italophones ou romanches qui ne sont pas contents de ce grand progrès républicain et qui osent revendiquer des droits culturels, voire l’égalité linguistique au lieu de ‘l’égalité’ germanophone de tous les citoyens Suisses sont, dans l’ordre : des « communautaristes ethniques passéistes», des « arriérés », des « repliés identitaires », des « suppôts de la féodalité et de l’Ancien Régime », des « valets de la mondialisation et de l’hégémonie anglo-saxonne », des « renégats de l’anti-Suisse » etc…
    La Suisse républicaine ‘une et indivisible’ est germanophone de Genève à Bâle et de Lausanne à Lugano : tu l’aimes ou tu dégages !

    6) Les « ethnicistes » Romands qui affirment que la République Suisse "une et indivisible" opprime la francophonie sont de fieffés menteurs. Ils «se victimisent » sans raison, dans le noir dessein de réhabiliter en Suisse « la langue de l’absolutisme royal, de l’esclavage, de Pétain et de la Saint Barthélemy ». Du moment où tout l’espace public est germanophone, les Romands sont parfaitement libres de parler français le reste du temps. On les incitera juste fortement à parler allemand à leurs enfants pour ne pas hypothéquer leur avenir scolaire et professionnel qui se fera intégralement en allemand. Les Romands sont également parfaitement libres de réapprendre le français en cours du soir, et à leurs frais. Les Romands devront toutefois financer de leurs impôts l’Education Nationale Suisse chargée de germanophoniser leurs enfants ainsi que le ministère suisse pour la promotion de la germanophonie dans le monde. En contrepartie, la République Suisse "une et indivisible", bonne fille, tolèrera même l’existence de 7% de classes bilingues associatives que les Romands les plus teigneux auront finalement réussi à créer eux-mêmes. Les droits des francophones sont donc parfaitement respectés dans la nouvelle république suisse ‘une et indivisible’.


    Question 1 : aimeriez-vous vivre dans une telle Suisse ? Non ?

    Et bien nous non plus, nous en avons pardessus la tête de vivre quotidiennement dans une telle France. La France est le pays occidental qui a le plus de mouvements séparatistes sur son sol, ce qui n'étonnera personne.

    Question 2 : Comment la France peut-elle prôner le plurilinguisme chez les autres, exiger la reconnaissance publique des minorités régionales francophones en ‘Acadie’, au Québec, en Wallonie et en Romandie, défendre leur droit imprescriptible à une « société distincte » basée sur « l’exception culturelle francophone», tout en érigeant chez elle l’impérialisme du français à l’encontre des Bretons, des Basques, des Corses, des Catalans, des Occitans, des Alsaciens-Mosellans ?

  • Lingelser,

    L'Allemand première langue de Suisse ? Vous plaisantez... depuis quand les Suisses-allemands parlent allemand ? Ce n'est que du PATOIS étant donné que c'est une langue qui ne s'écrit pas ! ou alors citez-moi une seul Code Pénal ou autre écrit officiel qui soit écrit en Suisse-allemand !

  • Micheline, la volonté de comprendre l'autre, c'est magnifique, mais du moment que ce n'est pas imposé. Car la volonté de contraindre les autres à comprendre ce qu'on dit, c'est quand même moins joli. Cela a d'ailleurs pour conséquence de scléroser les rapports, en les soumettant à la règle, plutôt qu'au désir mutuel de se rencontrer, d'aller dans la direction de l'autre. Cela manque d'amour, je dirais. C'est bien ce dont je parlais ici.

    Et, M. Ingelser, j'ai ainsi, précisément, dit que pour ramener de l'amour spontané dans les rapports sociaux, il fallait laisser se développer les langues régionales - qui ne sont pas d'origine française, en général : c'est bien vrai. Car imposer aux populations une langue, je suis d'accord, ne favorise jamais l'amour entre les différentes communautés concernées.

    Cependant, pour la Suisse, même si elle impose moins à sa population de décisions unilatérales venues de sa capitale, que la France, sans doute, il faut savoir que les Bernois, à la Renaissance, ont imposé le français aux populations romandes nouvellement annexées : ils voulaient, dans les faits, remplacer le latin des prêtres catholiques par le français des pasteurs protestants. Mais, dans les faits aussi, cela a marginalisé les parlers francoprovençaux, finalement assimilés au catholicisme, parce que les prêtres catholiques, s'ils parlaient latin avec leur hiérarchie, utilisaient ces parlers avec la population locale.

    Ensuite, les Bernois n'ont pas regardé leur propre dialecte de la même façon, précisément parce qu'il n'avait rien de commun avec le latin des prêtres, cela s'entend. Et puis les Vaudois étaient réputés pour parler le même dialecte que les Savoyards, dont on pensait qu'il y avait de bonnes chances qu'ils restassent catholiques.

    Cela dit, il est parfaitement exact que les Bernois n'ont jamais songé à imposer l'allemand aux populations romandes, mais pas non plus à eux-mêmes, en fait : car ils ont horreur, m'a-t-on dit, de l'allemand d'Allemagne, l'allemand officiel, et ne le parlent jamais. Or, il leur eût été difficile d'imposer leur dialecte, qu'eux-mêmes n'écrivent pas forcément beaucoup, comme le dit M. Café. La base écrite manquait. C'est ainsi qu'ils ont imposé le français des pasteurs réformés français aux Vaudois.

    Cela dit, je le répète : j'ai bien dit qu'il fallait accepter le développement des langues régionales, même celles qui n'ont rien à voir avec le français, car l'aspect de fraîcheur existe dans toutes les langues qui n'ont pas fait l'objet de trop de législation, à mon avis. Trop de législation fige une langue. En même temps, et à mon avis ce n'est pas un hasard, elle finit par contraindre tout le monde à parler la langue de l'Etat central, dont émane la législation. Je pense qu'il faut davantage de souplesse et de liberté, et c'est ce que jai voulu dire. La Suisse est évidemment un bon modèle, de ce point de vue, même s'il n'existe pas de perfection, en ce monde.

  • Réponse à R. M. qui a répondu lui-même :
    """Je ne prenais pas "patois" dans un sens péjoratif forcément.""""

    Si vous ne prenez pas patois dans LE sens péjoratif, ALORS N'UTILISEZ PAS LE MOT.

    Ne vous avilissez pas de mépris comme PM Coûteaux qui qualifie l'Occitan de patois. L'utilisation de ce mot est réservée aux ignares de toute langue... (Voir
    http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=11317 premier argument).

    Réservée aussi aux gens de la ville, jamais sortis de la ville...

  • Soit, mais est-ce que je pourrai quand même penser que l'auteur de la définition, dans le Petit Robert, est lui aussi fautif d'avoir impliqué de façon nécessaire le caractère péjoratif, alors même que j'en ai entendu plus d'un utiliser le mot pour dire tout le bien qu'ils pensaient de la chose ? Vous savez peut-être que c'est le caractère préjoratif lié traditionnellement (au sein même des dictionnaires) au mot "savoyard" qui ont poussé certains à réclamer un changement de dénomination pour ce dont il s'agit. Finalement, j'ai vu que les auteurs des dictionnaires avaient fini par ôter au mot son caractère forcément préjoratif. Le mot nouveau défendu par les précédents a pris, de son côté, une connotation politique, dans l'usage.

  • (Car le problème est quand même que le dictionnaire émane de l'Etat central, au même titre que le législation : il est d'ailleurs une forme de législation lexicale, que Victor Hugo, par exemple, a critiquée, en tant que telle.)

  • (Au même titre que LA législation - erratum. Et je dois dire que j'ai entendu en Savoie, par des gens de la campagne, défendre le patois en utilisant ce mot. Je suis un peu sceptique. Peut-être ne savaient-ils pas eux-mêmes qu'il est d'habitude utilisé de façon péjorative, et qu'ils ne savaient pas trop comment le nommer. Mais je ne pense pas que les gens de la campagne utilisent spontanément un mot aussi savant que "dialecte", par exemple. Dites-vous toujours "langue" ?)

  • (Par ailleurs, chez M. Coûteaux, la qualification de patois exclut le caractère de langue, il utilise un mot par refus d'en utiliser un autre ; mais j'ai eu plutôt le sentiment d'utiliser les mots sans arrière-pensée, et pour éviter les répétitions, pour varier le vocabulaire, pour rendre mon texte agréable à lire. Cependant, je veillerai à tenir compte de la définition - à mon avis injuste - que donne l'auteur de la définition du Petit Robert, dont le plus grave est d'ailleurs qu'il laisse entendre qu'une petite communauté rurale est par essence peu civlisée et méprisable sur le plan culturel : car c'est réellement ce qui est écrit - dans l'édition 2008.)

  • CivIlisée, erratum.

    (Et dans le message précédent, pour me corriger, je commencerai tout de suite par dire que j'ai entendu des gens de la campagne défendre leur dialecte en utilisant le mot défini comme péjoratif par le dictionnaire parisien, mais évidemment sans y mettre ce caractère préjoratif.)

  • Péjoratif : erratum ; décidément !

  • En Suisse-romande, plus personne ne veut apprendre l'allemand, car les suisses-allemands ne parlent pas allemand ! La preuve en est qu'en Suiise-alémanique, ils sont obligés de faire venir des professeurs d'Allemagne pour enseigner. Le problème est tel que 60% dea profs en Suisse-alémanique sont Allemands ! Alors que doit-on en conclure ? Nous en concluons simplement qu'un Suisse-romand qui rencontre un Suisse-allemand se parlent EN ANGLAIS !!!! et oui même au sein de l'UBS banque Suisse par excellence (pour l'instant...) le courrier se fait en ANGLAIS !

    En fait, un Zurichois, qui ne sait pas écrire sa propre langue, c'est tout de même assez grave, ne trouvez-vous pas ? Car, étant-donné que les gens parlent dialecte entre-eux, c'est un très gros problème dès qu'ils doivent rédiger un texte, car pour eux celà veut dire rédiger dans une langue étrangère... mais étant donné que leur langue est un PATOIS, qui ne s'écrit pas... s'ils n'ont pas un niveau d'éducation de type supérieur.... ils sont en fait très ignorants du point du vue grammatical et orthographique.

  • Remarquez, M. Café, que les Zurichois et les Bernois n'étant absolument pas ruraux, la définition du Petit Robert, pour le mot "patois", n'est pas ici adéquate ; je recopie cette définition : "parler local, dialecte employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale, et dont la culture, le niveau de civilisation sont jugés comme inférieurs à ceux du milieu environnant (qui emploie la langue commune)". Je ne pense pas que les Zurichois et les Bernois soient spécialement sans culture, non plus. Cette définition donne vraiment le sentiment d'émaner d'un Etat centralisateur, puisqu'elle présuppose qu'un locuteur qui parle une langue minoritaire a toujours un niveau de culture inférieur par rapport à celui qui parle une "langue commune". Je pense que pour les Suisses alémaniques, c'est une idée complètement incongrue, mais que pour l'ensemble de l'humanité, c'est plutôt inepte. Car cela finira par faire dire que le locuteur francophone a un niveau culturel inférieur au locuteur anglophone, qui, pour ainsi dire, est beaucoup plus nombreux. Je crois vraiment qu'ici, ce qui est plutôt absurde, c'est la définition du dictionnaire, sauf le respect des messieurs qui le rédigent, et qui sont quand même des gens très intelligents.

  • Le fait est que les Suisses-allemands parlent une langue et en écrivent une autre ! Avez-vous déjà entendu parler des hommes politiques Suisses-allemands ? et bien je peux vous dire que ce N'EST PAS DE L'ALLEMAND ! Mis à part celà, je crois savoir que les Suisses-allemands ne sont pas très très littéraires... dirons-nos...

    Le pire dans tout celà est que dès ques les Suisses-romands se donnent la peine d'apprendre une langue difficile comme l'allemand, ils sont DENIGRES par les Suisses-allemands.... Essayez d'aller en Suisse-alémanique et demandez un renseignement en allemand ! ils vous répondront dans un dialecte incompréhensible ! je trouve celà très très déplacé de leur part ! Ou alors s'ils ne sont pas contents ils n'ont qu'à faire du Suisse-allemand une vraie langue ECRITE ! Sauf, qu'il va falloir choisir entre les différents patois....

  • R.M., votre article est tout à fait pertinent, même si l'emploi du terme "patois" crispe un peu. Le français s'est technicisé, mécanisé et figé parce que c'est le destin naturel d'une langue utilisée comme un outil d'opression, le but étant de rayer l'identité propre des individus, leur "altérité". Voici pourquoi notre lutte pour les langues régionales est fondamentalement une lutte pour la démocratie et l'Etat de droit.
    En tout cas, merci aux Suisses pour leur regard différents. La France, république coufie d'orgueil, a énormément à apprendre de ses voisins !
    Amistats occitanas

  • Pour revenir sur le terme de patois, je vous recopie un passage (en français dans le texte) du livre "Petite grammaire de l'occitan dauphinois" ouvrage collectif paru en 2002 :

    " Le terme de "patois" apparu en France à la fin du XIIIème, est défini par le dictionnaire de l'Académie française en 1694 comme ceci : "langage corrompu tel qu'il se parle dans presque toutes les provinces... On ne parle la langue que dans la capitale." On remarquera que cette définition est bien vaque et peut s'appliquer à des langues différentes. Dans l'histoire de France, les xénophobes de tout poil ont rarement brillé par l'empoi d'un vocabulaire précis ; pour servir leur cause, les discriminations et les amalgames grossiers sont bien plus commodes.
    Nous savons que le mot "patois" est encore employé par les occitanophones naturels et signifie alors "le vieux parler de notre village, le parler que nous aimons employer entre nous." Bien sûr, nous adorons ce sens. Mais nous ne pouvons nous empêcher de souligner que le sens premier, péjoratif, discriminatoire, a servi pour tenter d'assassiner notre langue, la leur, et d'autres aussi. "

  • Cher Laurent, merci de votre bienveillance. J'ai moi-même appris un peu d'occitan médiéval avec Gérard Gouiran à l'université de Montpellier : nous étudiions aussi l'art des troubadours et la phonétique romane comparée. C'était très beau.

    Pour le mot "patois", je possède un recueil de chansons du Savoyard Nicolas Martin qui l'utilise aussi en bonne part ; or, il date du tout début du XVIe siècle, et on peut se demander si ce n'est pas l'Académie qui, dès le départ, a voulu imprimer au mot une valeur péjorative, conformément à son intention centralisatrice. De fait, si la définition que vous citez avait un sens en soi, on devrait dire qu'on ne parle la langue occitane qu'à Toulouse, et que le flamand de Dunkerke dépend d'Amsterdam. Qu'est-ce que c'est, la capitale ? Cette définition ne tient aucun compte de la réalité des langues parlées, et impose le français de l'Académie, qui a son siège dans la capitale du royaume, comme la seule bonne langue du royaume. Cela fait partie de l'absolutisme monarchique en général. Que l'acception des langues régionales participe simplement de la liberté et de la démocratie est exact. La Suisse elle-même a toujours été un fer de lance des libertés publiques (Guillaume Tell a même été un modèle, pour les premiers révolutionnaires), et on y pratique couramment les dialectes ; la Confédération a quatre langues officielles, dont la quatrième (le romanche) était au départ un groupe de dialectes des montagnes en voie de disparition : la Suisse l'a rendue officielle aussi pour sauvegarder ce qui lui apparaissait comme élément de patrimoine - et pour reconnaître l'identité spécifique de ses locuteurs.

    Cela dit, si j'approuve cette politique, c'est, comme vous, de l'extérieur, car quoique je vive le long de la frontière suisse, c'est quand même en France que j'ai mon domicile, et en plus, je suis de nationalité française. C'est ma passion pour les langues médiévales, ainsi que mon intérêt pour le patois savoyard moderne, qui m'ont poussé à aimer la diversité linguistique, et à défendre le libre emploi des langues, dialectes, ou tout ce qu'on veut parler. D'ailleurs, La Fontaine, à propos du Dauphiné, avait fait le même genre de remarques : chaque province est bien libre de parler ce qu'elle veut. Mais il n'était lui-même pas favorable à l'absolutisme monarchique. C'est aussi pour cela que j'ai retenu son exemple.

  • A vous,

    Parlez-vos italien ? Car moi, je parle italien et notamment le patois Napolitain, très connu du point de vue artistique et littéraire, pour ne citer que Oh sole mio, Santa Lucia etc. etc.. En fait, en Italie, il y a une vingtaine de dialectes ou patois bien distincts les uns des autres et un Milanais ne va jamais comprendre un Napolitain. C'est très sympa de garder des langues régionales, mais il est primordial de garder une langue qui rassemble une nation ! Si vous allez en Italie et vous demandez un renseignement JAMAIS on ne vous répondra en dialecte, car c'est très malhonnête, j'ajoute que ceci est valable également pour le canton du Tessin qui a également son propre dialecte mais qui s'exprimera dans un Italien impeccable à la radio ou à la TV, ce qui n'est pas le cas pour les Suisses-allemands !

    Bref, tout ceci pour dire que personne n'empêche le peuple de parler sa propre langue mais une langue connue de tous et d'une manière impeccable s'impose. Car, comme nous l'avons vu, les Suisses-allemands sont très mal à l'aise dès qu'ils doivent s'exprimer en allemand et ceci n'est pas admissible. J'ai connu des jeunes de 22 ans qui, une fois sortis du Haut-Valais, faisaient figure de piètres paysans retardés...

  • Bonjour R.M.,
    intéressant, votre petit article sur les langues régionales (LR) de France, on en parle beaucoup actuellement, des LR, c'est un sujet brûlant de l'actualité !

    Cependant, même si votre article est gentil, sympathique, je ne pense pas que votre théorie soit exacte. Car combien de Français n'habitant pas dans les régions où ces langues sont parlées, les apprennent quotidiennement ? Qui s'y "rabat" ? A mon avis, les apprennent uniquement ceux qui y habitent, pour lesquels ces langues font partie du patrimoine familial, régional !

    Beaucoup les défendent, mais combien les parlent vraiment ? Hélas, je crois qu'elles n'ont plus ou quasiment plus de locuteurs natifs. Si vous avez des chiffres, ça m'intéresse.

    Ce qui fait qu'on en parle beaucoup, c'est à cause du film Bienvenue chez les Ch'tis et de la réforme constitutionnelle, dont certains députés ont profité pour essayer d'ajouter une phrase sur l'ajout des LR dans l'article 1. C'est un cheval de bataille de longue date pour pas mal de députés des régions concernées.

    Mais en tout je ne comprends pas du tout votre idée sur la technicité croissante du français, sa perte de poésie ... C'est du n'importe quoi, ça. La langue française reste une langue de poésie ! La technicité n'empêche pas la poésie, que diable ! Au contraire, c'est lié.

  • Oui, M. Café, je parle italien. Mais je pense, en fait, que le bilinguisme spontané a toujours existé. En Italie, il y a eu le latin, et puis le français, par exemple à Turin ou à Venise, et puis le toscan, avant même l'unité italienne : les écrivains écrivaient en toscan par choix. Je pense, donc, que faire intervenir l'Etat non pour soutenir et aider ce choix, mais pour l'imposer, et même, parfois, imposer l'uniformité, ce n'est pas du tout approprié.

  • Aleks, pensez-vous que la photographie ait aidé directement la peinture, ou seulement par contrecoup, indirectement ?

  • (Pour les chiffres, non, je n'en ai pas, mais en fait, je ne pense pas qu'ils soient utiles pour estimer qu'en matière de langue, d'art, ou même d'agriculture, plus de liberté, dans la pratique concrète individuelle, est bénéfique, et que la technicité, par exemple, est aussi un moyen - plutôt prétextuel - pour imposer l'uniformité. Or, celle-ci n'a souvent qu'un facteur dynamisant par la voie de l'émulation collective : en soi, elle ne repose pas forcément sur des modèles très légitimes.)

  • Je suis breton et je donne 20/20 à lingelser qui a remarquablement décrit la situation française.
    Sa fiction est une véritable pièce d'anthologie qui permet, mieux que tout long discours, de comprendre la situation culturelle invraisemblable des non Franciens au sein de la république française.

    En fait on vous demande, pour être français, de gommer vos origines, votre renier votre identité de base et vos racines ancestrales pour adhérer au modèle majoritaire. L'assimilation est la règle.

    L'effort exigé est bien entendu nul pour les Franciens, dont la culture coincide avec la culture imposée par l'Etat, mais il est ingérable pour les autres, qui en France métropolitaine sont en gros au nombre de sept : Flamands, Alsaciens et Lorrains, Bretons, Occitans (32 départements du sud !), Basques, Catalans et Corses. Et il y a aussi l'outremer, pas mieux loti...

    En plus de ce que lingelser a dit : vous ne ferez pas carrière dans les médias pour peu que vous ayez un accent régional ! La création régionale (littérature, même en langue française, musique etc ) n'est pas, sauf exception, diffusée sur les réseaux nationaux. Et les crédits culturels sont engloutis par la région parisienne.
    Depuis ma Bretagne natale, je n'ai aucune chance de prendre connaissance de la création alsacienne ou basque, tout doit passer par le filtre et le contrôle central.

    Heureusement qu'Internet est en train de rendre ce système autoritaire et discriminatoire plus difficile à gérer, en attendant que la France jacobine soit enfin obligée, dans le cadre européen, de pratiquer sur son territoire la liberté linguistique et la démocratie culturelle dont elle se fait sans vergogne le héraut à l'extérieur de ses frontières.

  • Je suis assez surpris de ce que j'ai pu lire dans certains commentaires.
    Certains se permettent de décider du droit de vie et de mort sur des langues, sous couvert d'une unicité quelconque, un droit à l'intercompréhension ! Sur ce principe , autant décider de choisir une langue unique pour la planéte.
    Ma langue ,le Breton, est en train de mourir grace a ce genre de réaction , quasiment interdite dans l'enseignement - seulement 12000 éléves en classes bilingues breton/français sur les 700.000 jeunes BRETONS scolarisés, uniquement grace au courage et a l'action de militants - aucune reconnaissance officielle, une présence limitée a quelques heures hebdomadaires dans les média malgré la volonté du peuple Breton de voir sa langue vivre. Comment a-t-on pu en arriver là dans un Etat qui se réfère en permanence aux Droits de l'Homme.
    De voir de quel façon est considérée cette langue dans les hautes sphères politiques parisiennes, pourtant la dernière langue Celtique du Continent patrimoine de l'Humanité, est un affront a la Société tout entière.

  • M. Buzug, le titre de mon blog vous invite à ne pas oublier la Savoie. Sinon, pour la Bretagne, je me fais une joie de vous dire que j'ai profité de mes voyages en icelle pour acheter et lire Hersart de La Villemarqué, ou Le Braz, lesquels j'aime beaucoup. J'ai lu aussi Guillevic simplement parce que j'ai fait un séjour à Carnac : sinon, je crois que je ne l'aurais pas lu. Je ne le regrette pas, du reste. C'est aussi une sorte de toile psychique : le touriste qui va en Bretagne n'aura, hélas, pas toujours tendance à s'intéresser à la littérature du pays, par habitude de mépriser ce qui n'a pas reçu le blanc-seing de l'Education nationale. C'est dommage, car au sein d'un voyage, la lecture des écrivains de la région qu'on parcourt prolonge la découverte vers ce que j'appellerai le monde de l'âme. L'initiation aux dialectes aussi, bien sûr.

    Et il est vrai que la nécessité pratique n'autorise pas à limiter les droits culturels en principe. Le principe qui doit dominer la culture, à mon avis, c'est la liberté, et cela ne peut être limité que par forme d'exception, quand les circonstances paraissent - provisoirement - le requérir. Mais je crois que cela ne peut pas devenir une règle : non. Le film sur les Ch'tis, lesquels sont régionaux, mais quand même liés à la France du nord, a bien révélé le besoin, au sein du peuple, de la diversité, de la variété, laquelle, pour La Fontaine, était intimement liée à la poésie. Pas de voyage poétique en Bretagne sans appréhension de ses écrivains, de son histoire, de sa langue, de son folklore, de ses saints, voilà ce que je pense. Et un voyage non poétique, rien de plus ennuyeux.

  • Pour votre gouverne, le breton par exemple, n'est pas un patois, mais une langue à part entière, qui existait bien avant le français.

  • Kévin,

    On peut aller loin avec des idées pareilles... on peut aussi dire que le latin existait avant l'italien ou le français ! Revenons au latin, alors ! bonjours la grammaire pour nos chers petits...

    Je répète, qu'il est souhaitable que chaque région garde son langage, mais il est primordial que la langue nationale soit maîtrisée avant les autres langues et pas comme font les suisses-allemands, qui eux ne sont pas capables de s'exprimer dans un allemand correct. Je précise que l'allemand est leur seule langue ECRITE et qu'en fait ils ne maîtrisent pas la grammaire allemande. Les suisse-allemands ont la chance pour l'instant, de ne pas devoir chercher du travail en Allemagne...

  • M. Lesage, certes, le breton est une langue, et dans mon précédent commentaire, c'est bien ainsi que j'en ai parlé, évoquant la Bretagne et sa langue.

    Cependant, si on ôtait au mot sa valeur péjorative, estimeriez-vous également inapproprié d'utiliser le mot "patois" pour désigner une variante locale de la langue bretonne en général, valable par exemple pour un seul village, ou un canton, du moins ? Dites-vous dialecte, pour une variante locale ?

  • Quelle mauvaise foi R.M. et Cie !! Merci à Café pour son honnêteté intellectuelle !!
    La Suisse est un exemple de plurilinguisme pour les manuels de tourismes ou les traités diplomatiques. Mais au-delà de cette politique d'affichage, on remarque aisément que le modèle se craquelle!

    (1) Les Suisses-Allemands sont très mal à l'aise dès qu'ils doivent s'exprimer en allemand et ceci n'est pas admissible; les profs viennent d'Allemagne et les cadres sont de préférence allemands : c'est proprement scandaleux pour notre économie, nos ressources en logements; politiquement, c'est un échec sur toute la ligne ...(a) les arrêtés fédéraux rédigés en allemand ne sont pas moins compris par les francophones que par les Suisses-Allemands (la honte!), (b) les liens entre les parties linguistiques sont inexistants si ce n'est sur papier et souvenons-nous M. Delamuraz, premier Conseiller fédéral s'étant déplacé physiquement dans un canton alémanique (Zürich, je crois), s'était fait hué par la foule qui lui criait "Si tu veux te faire comprendre ici, tu dois parler notre langue!" (= notre suisse-allemand à nous et non le bon allemand).

    En conclusion, il apparaît clairement qu'une langue connue de tous et d'une manière impeccable s'impose pour pouvoir simplement se comprendre à défaut de s'entendre !

    (2) Lorsqu’en France, au XVIIe, il fut décidé de codifier la langue pour que tous les habitants du territoire français puissent se comprendre, il ne faut y voir aucune raison romantique, contrairement à ce que semble l’affirmer R.M. Les grammairiens de la Cour avec Vaugelas en tête ont ainsi décrété les règles communes de notre langue (la dernière langue romane d’ailleurs à être codifiée, si tardivement). Au 17e, les Traités de Villerets-Cotterets durent le premier texte officiel par un français.

    Quelle ingratitude face à toutes ces siècles d’efforts !

  • Cher RM,

    Mille excuses pour ne pas avoir cité votre magnifique Savoie que j'ai eu moi aussi le bonheur de parcourir à plusieurs reprises. Mais je pensais votre langue rattachée au franco-provençal, c'est-à-dire aux langues occitanes. Me suis-je trompé ? C'est très possible, étant donnée mon incompétence en la matière.

    Merci au visiteur ouvert et respectueux que vous avez été lors de vos visites chez nous.

    Bien cordialement.

  • La définition historique du patois est "la langue que l'on parle avec les pattes"; c'est pourquoi les linguistiques imposent le terme de dialecte pour désigner la langue régionale (orale et non forcément écrite). Mais à part la connotation péjorative, il s'agit de la même chose.

    Pour clore sur ce point, il faut juste veiller à ce que les particularismes ne s'éveillent encore et encore dans le mouvement mondialisant car ça finirait comme la guerre des Balkans ...

  • Merci, Buzug ! Le francoprovençal n'est ni vraiment du français, ni vraiment de l'occitan. Des textes en cette langue ont été écrits à Lyon ou dans le Dauphiné aux XIIe-XIIIe siècles. L'un des plus célèbres est constitué par les visions mystiques d'une moniale lyonnaise du XIIIe siècle (évoquant le Christ sous une forme visionnaire, donc).

    Micheline Pace, proposer à l'apprentissage du français à tous les citoyens d'une république libre, pourquoi pas ? Mais s'en prendre aux langues régionales, je n'en vois vraiment pas l'utilité. Je ne vois même pas le rapport, car le bilinguisme n'a absolument rien de problématique. Je crois que s'en prendre aux langues régionales, c'est plutôt un héritage des sentiments plutôt crispés et angoissés de la jeune république française, qui craignait le morcellement à la périphérie du territoire. La Première République se sentait assiégée de toutes parts, et voyait des ennemis partout : elle craignait des complots, notamment en dialecte. Savez-vous que Staline a interdit l'espéranto pour les mêmes raisons ?

    Mais en temps de paix, et une fois la République reconnue du monde entier, je ne vois vraiment pas l'intérêt d'une telle position hostile aux langues régionales. Il faut savoir se détendre, après deux siècles d'existence. En tout cas, c'est mon avis. Les langues régionales appartiennent au patrimoine culturel de la France, et l'Etat a simplement le devoir de les défendre, et non de les attaquer. Pour les complots en langue régionale, je pense que ces langues régionales sont à présent assez bien connues pour que les fonctionnaires eux-mêmes les apprennent et n'aient plus de problème.

    Enfin, à présent, croyez-vous que les Japonais seraient encore dans l'impossibilité de comprendre le langage amérindien utilisé par les Américains contre eux ? Quel dialecte demeure non répertorié et identifié ?

  • Erratum : proposer l'apprentissage (et non à l'apprentissage).

  • Cher RM,

    Mille excuses pour ne pas avoir cité votre magnifique Savoie que j'ai eu moi aussi le bonheur de parcourir à plusieurs reprises. Mais je pensais votre langue rattachée au franco-provençal, c'est-à-dire aux langues occitanes. Me suis-je trompé ? C'est très possible, étant donnée mon incompétence en la matière.

    Merci au visiteur ouvert et respectueux que vous avez été lors de vos visites chez nous.

    Bien cordialement.

  • @ R.M. Vous sur-interprétez mon propos développé prcédemment. Proposer l'apprentissage du français à tous les citoyens d'une république libre fut une décision politique qui, je crois une fois n'est pas coutume, fut salutaire. Cet acte découla dans la constatation que ce pays était une nation, qu'elle avait une identité nationale et que la première institution (politique) devait être une langue unique, ce pour des raisons avant tout vernaculaires (moyen de communication).

    Par ailleurs, je ne m'en prends nullement aux langues régionales. Le bilinguisme est un phénomène qu'il faut évidemment encourager; moi-même, je me suis formée en plusieurs langues car j'aime les voyages, les cultures et les modes de vie me touchent toujours avec le même étonnement.

    Mais c'est le statut des LR qui pose problème car c'est faire fi des énormes efforts d'unification, en d'autres termes de notre héritage culturel. Apprendre le français est déjà bien difficile pour beaucoup (sans parler des allophones) et l'apprentissage d'une deuxième langue vivante devrait constituer une priorité par rapport aux dialectes. J'ai développé le cas de l'allemand et de la Suisse-allemande. A l'inverse, on remarque que l'italien est parlé et écrit par tous les Italiens alors qu'existent des dialectes régionaux; le toscan constitua - avec le latin classique et dit "vulgaire" - d'ailleurs aussi une des bases de la codification de cette magnifique langue, en 1300.

    Il reste impératif simplement de veiller à ce que ne se créent des particularismes et des guerres entre voisins comme c'est déjà le cas.

    Bien à vous et à nos chers amis savoyards!

  • Et bien Mme PACE, si les Suisses avaient suivi votre raisonnement, les genevois parleraient allemand à l'heure actuelle. Ou bien les zurichois français.
    Magnifique !
    Mais au lieu de ça, ces arriérés de Suisses ont préféré garder chacun leur langue, si bien que la Suisse aujourd'hui un pays profondément désuni, sans identité. Les pauvres...
    Précisez nous : est-ce le fait de choisir une langue unitaire qui fut salutaire, ou bien est-ce le fait de choisir en particulier le français ?

  • Oh Laurent ! Les raciocinations, c'est pas mon truc. Pire : je les compare au bavardage. Le français et l'allemand sont des langues (et non pas des dialectes) ...

  • La discussion devient scientifique.
    L'occitan, le breton, le catalan, le basque...
    Langues ou dialectes ?

  • Bon pas d'ironie, des arguments ! Ceux d'une France monolingue sont les suivants :
    - Hors de l'uniformité, point de salut. La diversité est dangereuse, elle mène obligatoirement à la guerre civile. l'Etat ne veut connaître que des individus. La question de la démocratie et de l'Etat de droit est secondaire.
    - Le français est LA langue, supérieure par l'histoire. Les autres langues parlées en France ne peuvent avoir de noblesse, de statut, de litérature, de capacité à exprimer le monde. Elle ne sont pas des langues.

  • Laurent,

    Savez-vous, qu'en Suisse-romande, l'Allemand est obligatoire à l'école jusqu'à 15 ans, (il y a quelques années jusqu'à la matu (bac)) Or, il faut savoir que J A M A I S les écoles romandes n'ont fait d'échange linguistiques avec la Suisse-alémanique !!!!! mais toujours avec l'Allemagne ou l'Autriche !!!! C'est bien la preuve que bien que l'Allemand soit la première langue de Suisse... officiellement, la Suisse ne parle pas Allemand ! Je n'ai rien contre cet état de fait, mais qu'on vienne pas nous bassiner et nous dire que le suisse-allemand est une langue !

  • Chiffre 80.

    France = quatre-vingt
    Suisse = huitante (Vaud)
    Belgique = octante

    Qui dit juste ?
    8 = huit, 800 = huit cent, 80 = huit (ante) ?

    S'encoubler, se tromper...est-ce le véritable but ?

  • Micheline, tant que les hommes auront besoin, pour vivre fraternellement, de parler tous la même langue, d'avoir tous les mêmes idées, de penser et de dire tous la même chose, à mon avis, aucune évolution décisive sur le plan social n'aura été effectuée. C'est au-delà de la forme, des apparences, qu'il faut vivre dans l'amour de son prochain. Rester lié de trop près à la norme du français, c'est aussi, malheureusement, se couper de tous les êtres humains dont la citoyenneté est totalement dénuée d'obligation vis à vis du français. Il faut donc être souple. Car les Français eux-mêmes n'ont pas vocation à ne rester et à ne vivre qu'entre eux, mais au contraire à aller à la rencontre des autres. Cela dit, je n'ai pas compris en quoi je surintérprétais vos propos. Moi, je défends les langues régionales : je n'attaque pas le français. Si vous contestez mes idées, c'est bien parce que vous me reprochez de défendre les langues régionales. Ou alors, est-ce que vous avez interprété mes propos, en pensant que j'attaquais le français ? Mais l'ai-je fait ? Défendre la langue de La Fontaine, est-ce attaquer le français ?

    Sinon, le catalan est reconnu comme langue officielle en Espagne, mais pas en France : les distinctions entre langue et dialecte peuvent aussi ressortir à la politique et varier d'un Etat à un autre, sans que les langues mêmes en soient changées le moins du monde. Je ne suis pas persuadé que la linguistique ait besoin d'entrer dans des considérations statutaires, sur les langues, lesquelles sont la représentation par des sons de la voix de ce qu'on perçoit, ressent, pense, veut. Une langue peut-être apparaît quand les référents de ces représentations sont reconnus de quelqu'un d'autre que soi. Ensuite, plus grand est le nombre des personnes qui se comprennent, plus forte est la collectivité concernée. Selon sa taille ou sa force, on l'appelle comme ceci ou comme cela. Si elle est souveraine, si aucune autre communauté ne lui dicte ses lois, on dit que c'est une nation. Mais en fait, cela n'a peut-être bien rien à voir avec la qualité des elles-mêmes. Cela peut aussi être le hasard, qui fait d'une communauté restreinte en nombre une communauté souveraine : par exemple, parce que cette communauté vit dans une vallée inaccessible, même à des communautés plus nombreuses et plus puissantes. Mais la qualité d'une langue, par rapport à une autre, n'a à mon avis rien à voir avec ces questions de statut, en tout cas pas directement. Ce qui rend indépendante une communauté, c'est au départ sa capacité à subvenir à ses propres besoins : les Français d'Île de France bénéficiaient de larges plaines fertiles autour de Paris, et cela explique à la fois leur puissance finale, et que leur parler ait un statut glorieux, sur le plan politique. Mais en fait, avant La Fontaine, précisément, les langues poétiques par excellence, dans l'actuelle France, n'étaient pas spécialement regroupées autour de Paris, et même dans la France du nord, l'anglo-normand et le champenois ont plus brillé que le francien (le français d'Île de France). Moi, je pense que la poésie est aussi importante que la capacité d'une communauté à créer des richesses. La poésie est en soi une richesse. Il n'y a pas que la production de blé qu'on peut échanger avec les autres nations, qui compte. En tout cas, c'est mon avis.

  • Erratum : "Mais en fait, cela n'a peut-être bien rien à voir avec la qualité des LANGUES elles-mêmes".

  • Bonjour RM,

    Sans vouloir vous offenser, on voit bien que vous êtes un poète ;)
    Car au-delà des belles phrases, de beaux mots, je vois peu de concret dans vos commentaires.
    Alors je vous fais part de mes interrogations sur le sujet, et attends vos réponses.

    Parlez-vous, vous-même, une langue régionale ? Même questions aux autres lecteurs de ce blogue.
    Combien de personnes ont l'alsacien, l'occitan ou une autre langue régionale (LR), comme langue *maternelle* ? Et combien parmi elles l'ont comme langue maternelle *exclusive* (c'est à dire n'ont pas le français comme langue maternelle mais juste cette LR) ?

    Quelle est votre conception personnelle des choses ?
    Souhaitez-vous, comme certains régionalistes, que l'occitan, l'alsacien etc, soient au même niveau que le français, autrement dit, que le français descende au niveau de ces LR ?

    Faut-il ratifier la Charte européenne des LRM, et accepter ainsi que chacun s'adresse à l'administration dans une langue régionale ? Que les accusés fassent venir des traducteurs aux procès ? Tous les partisans des LR sont-ils prêts à payer les impôts supplémentaires rendus nécessaires par ces augmentations de coûts de fonctionnement ?

    L'occitan et les autres LR peuvent actuellement être appris à l'école, au collège, au lycée. Que faut-il de plus ?
    Descendons de nos nuages, arrêtons les grands discours, mettons fin aux insultes qui volent de part et d'autre, et parlons concrètement.

    Y a-t-il un pays que vous considérez comme un modèle ? L'Espagne semble vouloir revenir de la place trop grande laissée aux LR, qui tendent à supplanter l'espagnol, à discriminer ses locuteurs, à obliger les étrangers à parler le catalan plutôt que le castillan. Voir le manifeste lancé il y a peu par des intellectuels espagnols. En Suisse, de plus en plus, l'anglais est utilisé comme langue commune entre locuteurs des différentes langues nationales. La preuve que malgré les beaux discours (plurilinguisme, égalité, bla bla), dans les faits, je doute que les Suisses soient bien tous quadrilingues ! La Belgique, n'en parlons même pas, la solution est explosive.

    La situation est-elle meilleure dans un autre pays ? En Italie ? En Allemagne ?

    Mais, somme toute, sommes-nous vraiment comparables en l'affaire ?
    Je ne suis pas sûr.

    Quel est le problème avec la situation actuelle ?
    Quelle est votre situation cible ?
    Quels moyens devraient être mis en oeuvre pour l'atteindre ?

    Merci d'avance pour toutes vos explications !

  • C'est vrai que la politique m'intéresse peu, et que la poésie m'intéresse bien davantage. J'ai surtout voulu énoncer un principe : en matière de langue, la liberté doit régner. Mais remarquez qu'au fil de mes commentaires, on peut s'apercevoir que j'admets qu'il existe des contraintes qui empêchent ce principe de base de s'appliquer complètement. La politique est précisément d'appliquer le principe en tenant compte des contraintes, et je le laisse aux hommes politiques, car moi, je ne suis pas élu. Ce que je rejette, c'est que le principe soit autre que celui que j'ai dit ; que la réalité soit différente du principe, je l'accepte : je m'y résigne. La nécessité est aussi un principe dont il faut tenir compte, bien sûr.

    Personnellement, ma langue maternelle est le français : je suis né à Paris, et ma mère est issue de la petite bourgeoisie de Châteauroux, dans le Berry.

    Je souhaite simplement que la France, sans suivre aucun modèle, soit plus souple et libérale qu'elle ne l'est, vis à vis des langues régionales, que finalement les langues régionales soient officiellement reconnues, malgré l'opinion des sénateurs, comme patrimoine national, et que la charte européenne sur les langues régionales soit signée par la France, oui. Je souhaite aussi que le centre national du livre puisse aider des livres en langue régionale, ou qu'il n'aide plus personne. En bref, je souhaite qu'entre le français et les langues régionales, un régime de libre concurrence soit institué, tout en garantissant aux citoyens leurs droits, lorsque leur application dépend d'une question de langue. Je souhaite évidemment que les gens aient envie d'apprendre la langue des autres afin que la compréhension mutuelle se renforce. Moi-même, j'ai appris un peu d'occitan et de francoprovençal, et si j'avais du temps, je ferais pareil avec le breton, le basque, l'alsacien, le néerlandais, le catalan, mais aussi le créole et les langues polynésiennes, et enfin, toutes les langues du monde. Car le jour où on parlera toutes les langues, l'humanité sera forcément très unie. Il ne faut donc pas commencer par supprimer un certain nombre de langues, ou les regarder mourir avec satisfaction. Je crois que la défense des langues régionales est aussi importante que celle de la biodiversité.

  • Funeste français, funestes Français, funestes Francophones de la Confédération !
    La franco-provençal mérite aussi bien votre intérêt que le français, mais en Suisse aussi cette langue (il faudra apprendre la linguistique aux francophones de Suisse ! Chers amis germanophones aidez-les !!) n'a aucun statut.
    La seule partie suisse qui parlait français, avant la francisation est le Jura !

    L'occitan (que l'on nommait gascon à l'époque) fut "officiel" pendant plus de 400 années en Aquitània (Aquitaine)... Je pourrait donner d'autres exemples. Plus sa littérature ancienne et moderne, un exemple pour une langue sans État.

    Les Français de París ne connaissent l'histoire que de ce qui les concerne, et surtout pas de leurs colonies, comme si elles n'avaient pas de vie avant leur "fabuleuse arrivée", souvent militaire. Il donne l'information aux autres, or, elle est perverse et très orientée.

    Les langues en France ont une vie, l'ethnisme français est d'expansion, il fut formalisé dans la Constitution en 1992, 1992... Le fallait-il ? Je pense que non. Depuis la Constitution était à réviser.

    La différence entre l'ethnisme allemand et l'ethnisme français, est de plusieurs ordres ; je peux indiquer simplement que contrairement au français l'etnisme allemand n'est pas d'expansion.

    Dominer les territoires ou régions, puis les peuples et leurs cultures propres, puis leurs langues (véhicules de leurs échanges bien loin d'être régionaux), est le projet parisien, et donc Français. C'est détruire la diversité planétaire, le français est un OGM linguistique.

    Re = pouvoir, region = espace de pouvoir, la seule langue d'un espace de pouvoir en France demeure cependant le français, malheureusement. Donc, malheureuesement, le français est encore une langue régionale sur cette planète !! Il faudra que les Français s'en rendent compte ; je suis triste qu'un helvétique de langue françoise ne s'en soit pas rendu compte avant.

    Les langues ne sont pas des freins à la communication, les États oui. La manipulation des langues par les États est un des freins à la communication. l'Éducation donnée dans ces langues d'État est souvent un des instruments de manipulation des esprits. L'armée française avait diagnostiqué la défaite de Sedan, comme un manque de compréhension entre la troupe et la hiérarchie de l'armée française (blanche et aristocrate pariseinne et d'un patois spécifique du pouvoir), quelques années plus tard, c'est Jules Ferry, qui, sous des travers de gratuité des écoles, imposât la langue des élites, le patois parisien ... Le but était guerrier, pas autre chose ! Sinon on n'aurait pas confondu alphabetisation et francisation ! Faut-il que je rapelle la "belle" phrase colonialiste de Jules Ferry « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures. Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. [....] Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. [...] Messieurs, dans l’Europe telle qu’elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, la politique de recueillement ou d’abstention, c’est tout simplement le grand chemin de la décadence ! »

    L'Occitanie est une colonie français, ce qui ne veut pas dire que nous n'avons pas fourni à la France ces plus beaux généraux colonisateurs. Je nomme ceci la collaboration avec l'impérislisme français.

    Les langues de France sont maintenant dans la Constitution, mais elle n'ont pas encore rend d'égalité, ce que toute création humaine devrait avoir concernant les langues. Pourquoi le français serait-il supérieur à l'occitan ? Parce que la pouvoir royal l'aurait décidé ? Parce que M.Mauroy -socialiste- préfère des références royales que républicaines à ce sujet ! Et l'autonomie des peuples ? Qu'en fait la Constitution française ? La Constitution n'est pas pour les peuples, elle légitime le pouvoir parisien, vous devriez le savoir en Suisse, pays qui est une confédération !!!

    Heureusement les institutions internationales cherchent une voix différente que la française. Mais, nos chers parisiens -eux- préfèrent l'anglais pour s'exprimer, la faute aux occitans ? aux bretons ? aux corses ? aux basques ? aux catalans ? aux polynésiens ? aux kanaks ? etc. aux colonisés ? (massviolence.org par exemple).

    Il faudra aussi vous reveiller en Suisse car avec ce texte vous ne faites pas progresser votre recherche personnelle. Quand les prêtres protestants ne purent être éduqués en France (Royaume intégriste catholique, très cher à M.Mauroy, Chevènement, Mélenchon, Myard, Balladur, etc.) ils allaient à Genève ; l'enseignement à Genève pour les Béarnais se faisait dans leur langue, regardez vos archives. Malheureusement, ces protestants "français" ("" car ils étaient majoritairement d'Occitanie, ne prirent pas le chemin de l'emploi de l'occitan, vu que le chemin avait été balisé par les pouvoirs d'État royaux ; 1229 interdiction papal de l'emploi de l'occitan aidait la francisation royale française, la fille ainée de l'église, il y a bien des raisons; il fallait un certificat officiel pour les diffusions des Bibles en Occitanie ; ce certificat de l'évêque ne put être obtenu depuis cette date, quand le document était en occitan ; Vatican II a libéré les traductions). Ce cas religieux n'est pas le seul que je pourrais indiquer... pour noter la répression lingüistique du pouvoir parisien en faveur du français. Car il ne s'agit pas simplement de petites fleurs, de petits oiseaux ou de litérature... Quand les Français gouvernent, ils détruisent.

    1903, c'est Frederic Mistral a qui on a interdit de quitter le territoire pour aller chercher son prix Nobel de littérature ; il le fit en 1904 ! Un an de combat pour ceci... On lui fit la proposition. Il refusât d'entrer à l'Académie française.

    Il faudra apprendre cher Français et Française ... les langues de France, notamment l'occitan, est beaucoup plus parlé que le Maltais, et pourtant bien moins de droit linguistique que ce dernier au niveau européen...

  • Lorsque j'ai ajouté ma réflexion parue sur ce blog dans la rubrique "Archaismes supposés":

    http://remimogenet.blog.tdg.ch/archive/2008/07/20/archaismes-supposes.html#c40388

    je n'avais pas connaissance de toutes ces interventions ni de cette rubrique sur "les langues régionales", mais du coup je vous renvoie à mon texte :

    "Langues régionales Constitution: pas d'amnésie"

    que je reproduis ci dessous même s'il, se trouve déjà sur le blog au lien cité plus haut (ne m'en veuillez pas Remi Mogenet, mais il trouve tellement sa place naturelle ici, il me semble), car sans le savoir il répondait à certains arguments échangés ici dans cette rubrique sur les langues régionales.

    Juste un point sur ce que j'ai lu ici au sujet du français "proposé" à tous!

    Mais comment pouvez-vous écrire une chose pareille, ne savez-vous donc pas ce qu'on fait "les hussards noirs de la République", les Instituteurs de la III° République dans nos écoles à nos enfants durant presque un siècle, pour détruire les langues régionales et forcer ces mêmes enfants à parler uniquement français en leur interdisant de parler leur langue maternelle, celle que parlait leur propre mère, celle de qui il tenaient la vie et qui les avait porté et mis au monde.
    La République les en a spolié de force contre leur gré!

    Non le français n'a pas été "proposé" à tous le pays! Il a été imposé par la force par une politique nationale d'éradication des langues régionales délibérée, décidée à et par Paris et par des méthodes totalitaires (indignes d'un pays qui se prétend "patrie des droit de l'homme et du citoyen"), des brimades traumatisantes infigées à nos petites et petits, dans les écoles de la République pendant 70 ans.

    Donc je vous en prie, rayez le mot "proposé" SVP qui serait un mensonge historique et remplacez le par "imposé", par la force de surcroît, hélas! (cf ci dessous pour plus de détails et des exemples concrets suffisamment parlants il me semble).

    Bien à vous.



    "Langues régionales, République, Constitution: pas d'amnésie."

    Un peu d'histoire de la République ne peut nuire à voir les choses dans toute leur perspective, une perspective qui vient de très loin, au sujet des langues régionales:
    Le premier point concerne la "politique d'éradication" menée par les gouvernements de la III° République. C'est un sujet habituellement tabou, la République n'ayant jamais eu une très grande capacité à faire une auto-critique sur ses propres dérapages éventuels (la guerre d'Algérie pourrait ici, toutes choses égales par ailleurs, figurer en gage d'archétype).

    Il y a eu de manière répétée des instructions des "Ministres de l'Instruction Publique" successifs de la III° République, envoyées aux Recteurs d'Académie, leur demandant de parvenir à "l'éradication" des langues régionales, dans les différentes régions concernées.
    La mise en oeuvre n'était pas toujours identique au niveau local mais un très grand nombre d'instituteurs se montraient particulièrement zélés (j'y reviendrai infra), dans le relais de cette politique gouvernementale décidée au niveau national.
    Il est vrai que l'ont sortait tout juste, lors de l'installation de la III° République en 1870, de la débâcle militaire du Second empire et qu'on n'a dû alors le rétablissement de la République qu'au refus intraitable et obstiné du Cte de Chambord, dernier Bourbon prétendant au trône, d'accepter le drapeau tricolore. Rappelons-nous que Thiers, Mac Mahon élu Président de la République, et beaucoup d'autres d'une assemblée dominée par les monarchistes qui voulaient alors rétablir la royauté, lui offraient le trône sur lequel il serait monté sans coup férir, s'il avait eu un esprit moins rigide et passéiste.
    Pour combien de temps? Ce serait une autre question, mais s'il s'était agi d'un esprit plus ouvert et moderne à la Juan-Carlos d'Espagne, acquis et attaché aux valeurs des Lumières, sans doute pour longtemps.

    La jeune République était fragile et elle voyait d'un très mauvais oeil les langues régionales perçues à tort ou à raison comme un ferment de régionalisme associé à un rappel la monarchie (cf. l'exécution à la guillotine des Girondins, Républicains fédéralistes et régionalistes, par Robespierre et les Montagnards jacobins parisiens, pendant la révolution, en 1792) et surtout perçue comme une menace directe de division contre l'unité de la République (ce qui subsiste, c'est remarquable, dans l'argumentation complaisante de certains aujourd'hui sous la forme de l'argument de la "balkanisation").
    Peut-être qu'une touche paranoïaque est-elle là inconsciemment à l'œuvre depuis longtemps, depuis les premiers temps de la République révolutionnaire menacée dès ses débuts par l'Europe des monarchies coalisées et par le soulèvement notamment des régions de l'ouest, contre le tout nouveau régime?
    Un autre point important à souligner est que l'on avait à l'époque vers 1870, aucune notion des possibilités d'une éducation bilingue, voire trilingue (langue nationale, langue régionale et langue étrangère: anglais, allemand, espagnol ou italien par exemple). Alors qu'on sait aujourd'hui, les meilleurs chercheurs et linguistes en attestent, que cette éducation, si elle est bien conduite, je veux dire avec les moyens qu'elle suppose, permet non seulement une ouverture d'esprit aux autres et au monde plus grande de ceux qui peuvent en bénéficier, mais que, si elle n'empêche aucunement une bonne maîtrise de la langue nationale et de son écriture, elle est de plus extrêmement propice à l'apprentissage ensuite facilité de plusieurs autres langues étrangères.
    Ce n'est peut-être pas un hasard si les français sont hélas connus pour leur niveau médiocre en langues étrangères, la politique anti-langues régionales alliée à celle d'un enseignement mono-lingue privilégiant exclusivement l'apprentissage du français sans insister suffisamment celui des langues étrangères pendant plus d'un siècle jusqu'à il y a peu, n'y sont peut-être pas pour rien? C'est peut-être une des racines inconscientes (donc complètement inaperçue) de ce difficile problème collectif français.

    La France, patrie des droits de l'homme et du citoyen, la République, n'aime pas beaucoup disais-je supra la "repentance" ou ce qui ressemble a un mea culpa sur sa conduite en matière de droits de l'homme (cf. la façon dont est habituellement traitée la période de la Terreur révolutionnaire dans les programmes des manuels scolaires d'histoire). Elle est par contre assez championne, il faut le reconnaître, pour donner la leçon aux autres nations y compris en matière de diversité culturelle et de respect de leurs minorités culturelles et aussi linguistiques (cf. les Inuits au Groenland ou autres etc.). Cela pourrait paraître un comble, mais c'est en fait assez logique car le: "faites ce que je dis et pas ce que je fais", caractérise fréquemment la posture de celui qui ne veut pas regarder le réel de son histoire nationale en face, sans fard, ce qui n'est certes pas toujours agréable. Aussi est-il remarquable que l'éducation que nous fournit l'école de la République est proprement amnésique et muette sur le sujet des langues régionales et surtout de cette politique d'éradication menée pendant 70 ans jusqu'en 1940 où ce furent des brimades, des humiliations morales et physiques jusqu'aux châtiments corporels répétés qui étaient employés par la République sur une partie de ses enfants, pour parvenir par tous les moyens à ses fins. Violence assez totalitaire tant dans l'esprit que dans la pratique faisant penser à des procédés de régimes de sinistre mémoire et irrespect flagrant de la diversité culturelle et de l'altérité hélas..! Mais là, on franchit à nouveau la ligne rouge, cela est politiquement incorrect à rappeler, bien que ce soit la triste réalité de ce qui s'est passé.
    A décharge est-il important de souligner qu'à l'époque les châtiments corporels envers les enfants étaient communément admis dans l'éducation, tout comme dans un tout autre domaine était aussi tout autant admis le colonialisme en matière de politique nationale par exemple. Mais cela ne réduit pas les conséquences sur plusieurs générations des traumatismes durablement inscrits ainsi. Qui n'a pas connu dans sa famille dans les régions concernées, qui un grand père, qui une arrière-grand-mère envahis par un véritable sentiment de honte intense à l'idée de devoir parler sa langue régionale, perçue et définitivement intégrée au psychisme comme quelque chose de sale, de rabaissant ou d'humiliant?..

    Peut-être que la façon dont est traité du sujet des langues régionales est-elle la meilleure illustration de ce que j'avance ici de ce formatage inconscient auquel on a abouti par le silence, l'amnésie et une forme d'autisme de l'enseignement de l'histoire nationale par l'école de la République, mené depuis si longtemps. C'est vrai en particulier, mais pas seulement, sur le sujet des langues régionales et sur le regard dépréciatif que l'on peut voir porté le cas échéant sur elles notamment en les qualifiant de "dialectes" ou pire de "patois" (cf. infra), dans un "bien penser collectif" commun assez intouchable, l'"arriéré" le disputant au "ringard" ou au "plouc" dans les étiquettes dont elles sont affublées, quand on les entend quelques fois brocardées. Rappelons à titre de simple exemple que la langue d'Oc (occitan) est une langue de grande culture, c'était rien moins que la langue des troubadours du moyen âge, ceux de l'Europe entière de la Scandinavie à la Sicile, une sorte d'anglais poético-littéraire de l'époque d'une rare richesse, plus littéraire encore que peut l'être le français aujourd'hui. A l'époque ou les chevaliers de langue d'Oïl de la moitié nord de la France signaient d'une croix, ne sachant pas écrire, les comtes de Toulouse ne s'exprimaient-ils pas, eux, en langue occitane, en vers? Mais qui le dit à l'école aux enfants actuellement, qui leur en parle?

    A titre d'illustration de ce qui se vivait en particulier dans les écoles sous la III° République, deux exemples:

    - en Bretagne on lisait: "Défense de cracher par terre et de parler breton" dans les lieux publics et les écoles et on attachait un sabot pendant toute une journée au cou de l'enfant ayant été surpris par le maître d'école à prononcer ne serait-ce qu'un seul mot dans sa langue familiale et régionale. On imagine les dégâts de semblable méthode.
    Point n'est besoin d'être grand analyste pour apercevoir l'ampleur du trauma psychique vécu par l'enfant, ainsi devenu l'objet de dérision de tous ses camarades pendant toute une journée et sa souffrance morale alliée à un sentiment de honte extrême..
    - en Languedoc et dans toute l'Occitanie (soit 32 départements du sud de la France de langue d'Oc): dans certains villages l'enfant surpris était amené à s'agenouiller les bras en croix sur l'estrade pendant le temps que le maître le voulait, sur une règle en fer, sous les quolibets suscités de ses petits ou petites camarades. D'autres, décidément très ingénieux dans leur zèle, avaient mis au point le système particulièrement pervers du "témoin", au sens de celui des courses de relais. Le premier enfant surpris se voyait remettre par l'instituteur le "témoin" et il lui incombait d'espionner, toute la journée le cas échéant, ses petits ou petites camarades pour le repasser dès que l'un ou l'une laissait échapper par mégarde, malgré la menace de l'interdit qui pesait constamment, un mot ou une expression dans sa langue familiale et régionale. Et pourquoi fallait-il qu'il soit si attentif, mis en situation de délation des ses camarades? Parce que le malheureux enfant qui le soir, à la fin de la journée, était possesseur de ce "témoin" était châtié en public, à la main, voire à la règle et même hélas parfois chez certains instituteurs les plus sadiques au fouet, devant toute la classe, pour faire un bonne leçon à tous. Il est sûr que la leçon qui se voulait "inoubliable" devait en effet être inscrite et pour longtemps dans les mémoires et l'inconscient des petits et petites et, partant, dans la mémoire collective des populations des régions concernées.
    A l'inverse il est vrai que certains instituteurs courageux n'appliquaient pas, quels que soient les risques qu'ils prenaient ainsi pour leur carrière, cette politique.
    Afin de ne pas allonger mon propos, je n'ajouterai pas d'autres exemples qui, nombreux, seraient tout aussi saisissants et éloquents. Ceux-ci ne suffisent-ils pas amplement déjà?
    Il est à noter que les maîtres d'école comme les maires et autres représentants des différentes Institutions menaient parallèlement une active politique de sensibilisation des mères de famille, basée sur l'argument central que si elles continuaient à parler à leurs enfants la langue (d'ailleurs systématiquement ravalée au rang de "patois", expression employée à dessein bien que pourtant absolument impropre puisqu'uniquement idoine pour les parlers issus du français, ce qui n'est le cas d'aucune des langues régionales de France qui via le roman médiéval dérivent directement du latin pour certaines (catalan, occitan, corse) ou sont d'une tout autre origine comme le breton, le basque, le lorrain, l'alsacien le flamand etc.) elles feraient de leurs filles ou de leur fils des "ratés" sans avenir qui ne pourraient jamais réussir dans la vie, ou qui resteraient des "ploucs".

    Il y eu au moment de la signature de la Charte européenne des langues régionales par le gouvernement de la République, une brève ouverture qui s'était, jusqu'au débat récent sur l'amendement constitutionnel, bien vite refermée. Le Ministre de l'Éducation Nationale d'alors, Jack Lang, avait décidé de l'intégration des écoles bretonnes Diwan dans le Service public de l'éducation, entraînant une levée de bouclier sans précédent des parangons de l'unité de la République "menacée", République jacobine s'entend (cf. les réactions de J.P. Chevènement, M. Charasse notamment et de bien d'autres) ayant abouti, suite à une action menée devant le Conseil d'État à l'annulation pure et simple de la décision du Ministre qui dût reculer, rappelons-le nous quand même ce n'est pas rien, la décision du Juge Administratif suprême s'imposant bien évidemment à lui. Le Ministre avait eu pour la première et unique fois jusqu'à ce jour dans l'histoire de la République, des paroles très fortes et courageuses de reconnaissance du tort causé aux enfants de France des régions concernées par cette politique d'éradication des langues régionales (qualifiant d'indignes ses méthodes passées), prise de position que certains ne lui ont d'ailleurs jamais pardonnée.

    Il est vrai que nos langues de France sont moribondes (voire mortes) en ce péril extrême où elles ont été mises par la politique menée si longtemps et qui, c'est un fait, s'est avérée très efficace, puisqu'elle a dramatiquement et fort bien réussi en un siècle, à la quasi disparition de leur pratique et de leur usage dans la vie courante.
    Le premier véhicule de la culture et de "la diversité culturelle" dont on célébrait la journée récemment est, d'abord la langue. L''émotion impressionnante ressentie par les habitants du Nord, du Pas de calais et de la Picardie dans les retrouvailles qu'ils ont pu faire avec leur langue picarde-chti à l'occasion de la sortie du film "Bienvenue chez les Chtis" n'en est-elle pas un magnifique exemple et témoignage? Elle a même raisonné pour 20 millions de spectateurs de toutes régions. N'est-ce pas un signe qu'un manque existe chez les français dans cette amnésie forcée que la politique d'éradication linguistique délibérée et systématisée des langues régionales, menée pendant 70 ans par les gouvernements de la III° république a causé?

    Le Président de la République lui-même, pourtant peu suspect de sympathie envers les langues régionales (dont il s'était dit hostile à leur enseignement pendant la campagne présidentielle), ne s'y est pourtant pas trompé, lui qui vient de faire le réalisateur de "Bienvenue chez les Chtis", Dany Boon, chevalier de la Légion d'Honneur ce 14 juillet à l'Élysée..

    Ne faudrait-il pas enfin sortir d'une vision jacobine de la culture française (à laquelle nous sommes restés collés depuis Robespierre, Napoléon et la III° République tout spécialement en matière linguistique!)? Où y a-t-il eu "balkanisation" en Europe chez tous nos voisins qui ont ratifié et appliquent la Charte? Quand renoncera-t-on à agiter ces épouvantails aussi caricaturaux que risibles?

    J'ai conscience d'avoir été long, mais je pense que cet échange peut faciliter un travail de mémoire qu'il faudra pourtant bien que la République arrive à faire un jour, peut-être stimulée par l'Europe et nos voisins tant Espagnols qu'Italiens ou Allemands et même Anglais (sans parler de nos amis Québécois) qui n'ont pas, eux, ce qu'ils disent clairement et unanimement à ce sujet être pour les Français: "un problème"..!

  • Pour l'occitan, je voudrais ajouter qu'il fut employé à la cour des comtes de Savoie, au début du XIIIe siècle : et qu'en particulier, dans le Pays de Vaud, qui alors faisait partie de la Savoie, on l'a entendu être prononcé par plusieurs poètes venus d'Aquitaine, notamment Aimeric de Belenopi? Un prince de Savoie, fondateur du château d'Aix-les-Bains, écrivit lui-même des poèmes en occitan, alors la langue des poètes y compris en Italie du nord. Ensuite, les Savoie ont utilisé le français. A ma connaissance, ils n'ont pas tellement utilisé le francoprovençal, contrairement, par exemple, aux comtes de Vienne, desquels les comtes de Savoie étaient rivaux.

  • (Pour imposé ou proposé, en fait, je crois que je voulais dire qu'un Etat peut toujours proposer une langue commune ; si la majorité des citoyens sont d'acccord, pourquoi pas ? Mais pour autant, s'en prendre aux langues régionales n'est pas légitime, et ne peut pas l'être. En France, de toutes façons, les programmes sont imposés par le Ministère, et je ne dis pas que je trouve que c'est bien, mais c'est vrai de toutes les disciplines enseignées à l'école.)

  • Erratum : lire, dans l'avant-dernier message : "notamment Aimeric de Bélénoi."

  • Il y a un malentendu que je regrette j'aurais dû être plus précis et citer avant de commenter. Car ce n'est pas ce que vous disiez à quoi je me référais cher Remi Mogenet, loin s'en faut! mais c'est très précisément la citation de quelqu'un d'autre reproduite ci-dessous qui est du 29.06:

    "Proposer l'apprentissage du français à tous les citoyens d'une république libre fut une décision politique qui, je crois une fois n'est pas coutume, fut salutaire. Cet acte découla dans la constatation que ce pays était une nation, qu'elle avait une identité nationale et que la première institution (politique) devait être une langue unique, ce pour des raisons avant tout vernaculaires (moyen de communication)".

    C'est contre ce propos que je me suis insurgé! Comment peut-on employer le mot "proposé" ici et en plus dire que ce fut "salutaire"! On ne peut réécrire l'histoire de cette façon, ce serait une falsification pure et simple de ce qui s'est hélas réellement historiquement passé, une unification forcée imposée par des méthodes indignes.

    Ce qui suit n'est pas mal non plus, contredit que c'est par tous les spécialistes et meilleurs linnguistes mondiaux, (cf ce que je dis ci-dessus d'une éducation bilingue voire trilingue):

    "Mais c'est le statut des LR qui pose problème car c'est faire fi des énormes efforts d'unification, en d'autres termes de notre héritage culturel. Apprendre le français est déjà bien difficile pour beaucoup (sans parler des allophones) et l'apprentissage d'une deuxième langue vivante devrait constituer une priorité par rapport aux dialectes".

    "Louables efforts d'unification" on aurait presque de l'émotion de tant d'obligence, alors qu'il s'est agit d'un laminage à type d'uniformisation par la force. Et aussi quid de la culture des langues niées par la politique monolingue du français imposé, alors?

    Alors que vous vous disiez déjà vous-même avec équilibre le 28.06 :

    "Micheline, la volonté de comprendre l'autre, c'est magnifique, mais du moment que ce n'est pas imposé. Car la volonté de contraindre les autres à comprendre ce qu'on dit, c'est quand même moins joli".

    Ce avec quoi je ne peux que consonner totalement, car tout est dit.

    Nous sommes donc bien d'accord.

  • Je renvois tous ceux qui ont écrit ici sur les langues régionales à ce lien et à ce texte qui bât en brèche tous les arguments mensongers et caricaturaux invoqué contre langue régionales d'habitude, lieux communs qui témoignent le plus souvent d'une grande méconnaissance et qu'on ne peut décemment plus colporter de bonne fois après avoir lu ce texte.

    Voici le lien de la page où c'est plus agréable à lire du point de vue de la mise en page, mais je vous met le texte ci-dessous, tant il est pertinent:

    http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=11317

    Voici le texte en question:

    Onze arguments contre les langues régionales : entre caricature et mensonges
    COMMUNIQUE de : Eurominority
    Porte parole: Mikael Bodlore-Penlaez.
    Publié le 26/06/08
    QUIMPER/KEMPER — Le débat sur les « langues dites régionales », à savoir les langues minorisées en Alsace, Bretagne, Catalogne nord, Corse, Flandre, Pays basque ou Occitanie … est un film sans fin. On imaginait un épilogue du type « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants… polyglottes. » Mais après un maigre espoir insufflé par les députés qui souhaitaient que les langues régionales fassent partie du patrimoine de la nation, ce que certains appellent la « géronto-génération » siégeant au Sénat en a décidé autrement. Pour prendre une décision pareille, ils ont certainement évalué le pour et le contre. Le pour est simple : « Toutes les langues naissent et demeurent libres et égales en droit. » C'est vrai, existe-t-il des langues supérieures et des langues inférieures, des langues élues et des langues vouées à disparaître, des langues transcrivant parfaitement les principes d'universalité et des langues communautaristes ? Toute personne sensée répondra rapidement à cette question.
    Partant du principe que toutes langues sont égales, comment expliquer qu'il existe encore des opposants aux « langues régionales » ?

    Pourtant, les pires clichés circulent dans la presse. Peut-être agacé par le récent sondage de Ouest-France, estimant que 68 % des sondés sont favorables aux « langues régionales », une presse très conservatrice, Le Figaro, a emboîté le pas, laissant ses colonnes à l'expression des clichés les plus caricaturaux qu'on puisse trouver. Ces interventions, fortement imprégnées de ce qu'on appelle l'anti-communautarisme, ne sont autres que l'expression la plus simpliste d'un nationalisme d'un autre âge. Celui qu'on hait souvent pour son intolérance et sa bêtise, et qui parfois a eu des effets désastreux. L'analyse de différents articles parus dans la presse nationale (Figaro donc, mais aussi L'Express ou Le Monde) ces dernières semaines de juin permet de prendre conscience des maigres arguments développés par ces éditorialistes attitrés ou d'un jour.

    — Premier argument : les langues régionales ne sont pas des langues mais de vulgaires patois
    Lorsqu'on lit Paul-Marie Coûteaux, député européen, proche des milieux souverainistes et villiéristes, on s'aperçoit immédiatement du dédain qu'il exprime envers les langues autres que le français. Relatant ses vacances en Occitanie, il nous dit avoir « assisté un soir d'été à une représentation théâtrale jouée par une compagnie d'amateurs du canton entièrement en patois » (Le Figaro, 24/06/2008). L'occitan est en effet immédiatement qualifié de patois. Pourquoi parlerait-il de langues parce qu'il estime apparemment qu'il ne s'agit que de sous-langues, le terme patois étant utilisé de manière évidemment volontaire et péjorative. Il s'agit souvent d'une façon dévalorisante d'écarter tout débat sur la place des langues régionales dans nos sociétés.

    — Deuxième argument : il y a 73 langues minoritaires en France et elles sont trop nombreuses pour les protéger toutes
    Le même auteur voit « un autre problème : les minorités linguistiques sont si nombreuses en France, 73 selon le rapport de l'ancien délégué à la Langue française, M. Cerquiligni, que leur protection serait infinie » (Paul-Marie Coûteaux, Le Figaro 24/06/2008). En effet, les opposants aux langues régionales avancent le fait qu'il y aurait 73 langues minoritaires en France, selon le rapport officiel et très contestable de Bernard Cerquiglini. Il s'agit d'une longue liste de langues et de leurs variantes, comme si, pour le français, on comptait les variantes du Québec, et celles parlées en Afrique ou ailleurs. Il s'agit pourtant de la même langue prononcée parfois de manière différente. Un autre rapport, rédigé par Bernard Poignant pour le Premier ministre (Lionel Jospin à l'époque) était plus pragmatique et recensait pour sa part 8 langues métropolitaines : l'alsacien-mosellan (forme écrite allemand), le basque, le breton, le catalan, le corse, l'occitan, le flamand (forme écrite néerlandais) et l'arpitan (appelé franco-provençal), ainsi que les créoles et les langues des DOM-TOM, dont le tahitien et le kanak sont les plus emblématiques et le cas particulier des langues d'oïl. Et qu'importe en définitive, toutes les langues se valent, qu'il y en ait 300 ou 2 !

    — Troisième argument : les langues régionales mettent en péril l'unité nationale
    Les langues régionales sont vues comme des ennemies à la nation. Le 18 juin dernier, l'Académie française, sortant de son rôle (la promotion du français), estimait que l'inscription des langues régionales dans la Constitution était une atteinte à l'unité nationale française. En effet, les opposants aux langues régionales développent souvent des théories des plus saugrenues sur les objectifs des défenseurs des langues autres que le français. Pour les opposants aux langues régionales, sans caricaturer outre mesure leurs arguments, les locuteurs de langues régionales sont téléguidés par les ethnicistes allemands, eux-mêmes très influencés par les Américains impérialistes n'ayant qu'un seul objectif : détruire la France. Pour preuve Alain-Gérard Slama , éditorialiste au Figaro, estime que la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution « serait faire droit à des revendications extrémistes et une poussée de replis identitaires » (Le Figaro 21/06/2008). Arrêtons-là la plaisanterie. Il existe en effet des liens au niveau européen entre les communautés de langues minoritaires. Des échanges de pratiques existent, en termes linguistique (terminologie, lexicographie, mise en place d'observatoires…), et parfois politique. De là à imaginer que l'Allemagne, rance de son passé peu glorieux, est un modèle pour les communautés minoritaires de France, il y a des limites que la décence ne peut pas accepter.

    — Quatrième argument : l'encouragement de la francophonie est incompatible avec la défense des langues régionales
    Cette théorie développée dans un article de François Taillandier, écrivain, est pour ainsi dire bizarre. Il prône l'encouragement de la francophonie, en affirmant qu'« une France qui voudrait se relier au monde commencerait par renforcer les liens de la francophonie » (Le Figaro, 24/06/2008). N'est-ce pas déjà le cas ? La promotion de la francophonie est dotée de moyens que les langues régionales aimeraient bien se voir attribuer. Même s'il est vrai que les défenseurs des langues régionales, étant souvent francophones, ne s'y opposent pas. F. Taillandier doit imaginer que la reconnaissance des langues régionales serait un frein à la francophonie. Le fait que les francophones défendent leur langue est légitime. En effet, la langue française vaut tout autant que l'anglais, le swahili ou le basque. Elle n'est ni supérieure, ni inférieure. Mais en quoi les langues régionales peuvent-elles nuire à l'épanouissement du français ? Prône-t-il en filigrane l'impérialisme francophone, devant entraîner l'éradication de la pluralité linguistique ?

    — Cinquième argument : les langues régionales ne permettent pas de véhiculer la modernité
    Cet argument consiste à mettre sur des plans différents le français et les langues régionales. Le français est la langue de la modernité, tandis que les langues régionales sont des langues du passé. F. Taillandier parle des « langues que la modernité« [et pas seulement en France] »voue à mourir », thèse également développée par Alain-Gérard Slama qui estime que les langues régionales « tendent à décliner, moins par la volonté de l'État que sous le choc de la modernité ». Le premier insiste en estimant que « le comportement de nos élus en cette affaire a donné une pénible impression d'irresponsabilité ». Il enfonce le clou en indiquant que les promoteurs des langues régionales souhaitent accomplir « les rêves pastoraux du maréchal [Pétain] ». Ces propos ne sont pas tenus dans une gazette anonyme d'illuminés mais un journal d'audience nationale, se disant sérieux, à savoir Le Figaro. Pas besoin de lire entre les lignes pour comprendre qu'ils souhaitent véhiculer un message des plus grotesques, à savoir que les langues régionales condamnées à mourir ne peuvent pas transmettre la modernité et sont la réminiscence d'idées pétainistes, chose défendue par nos élus qui se laisseraient embarquer dans l'affaire. On croit halluciner !

    — Sixième argument : les langues régionales mettent en péril l'apprentissage du latin et du grec ancien
    F. Taillandier pose la question suivante : « Donnera-t-on demain au basque, au catalan, au breton ces heures d'enseignement, ces postes que l'on s'obstine à retirer au latin et au grec, deux langues anciennes qui constituent le socle historique et culturel de la maison Europe ? ». Sait-il que l'apprentissage d'une langue régionale stimule l'apprentissage des langues en général ? Est-il un monolingue frustré pour imaginer cela ? Sait-il que les lycéens Diwan obtiennent souvent des résultats au baccalauréat que de nombreuses écoles leurs envieraient certainement.

    — Septième argument : il vaut mieux apprendre l'anglais qu'une langue régionale
    On nous le répète sans cesse. « Tout jeune Français devrait apprendre une des langues de l'Union, ainsi qu'une des grandes langues véhiculaires [l'espagnol, l'anglais]. » Mais cela n'est pas opposé à l'apprentissage d'une langue régionale. L'apprentissage d'une langue régionale, entretenant des liens avec le territoire, de manière précoce, vaut largement la pédagogie désastreuse d'apprentissage de langues étrangères à un âge avancé. Les différentes études menées sur ce sujet, dont celles de Gilbert Dalgalian, spécialiste de l'apprentissage précoce des langues, le prouve largement. Nous savons ainsi qu'un enfant apprenant le breton, le basque, le catalan dans leur région auront plus de facilité à apprendre une langue d'un autre pays.

    — Huitième argument : le français doit être la langue exclusive en France
    C'est ce qu'on comprend à la lecture d'Alain-Gérard Slama qui se fait plus direct quand il estime que « l'affaire ne souffre aucune discussion ». Donc ni débat, ni confrontation. Monsieur a raison et c'est tout. Soit, mais comment justifier cela ? C'est simple : pour lui l'Académie française a dit « depuis plus de cinq siècles, la langue française a forgé la France ». Faux, archi-faux, mensonge historique éhonté. Ces cinq derniers siècles, les langues régionales ont été parlées en France et sur des territoires qui, à cette époque, n'étaient pas français. L'exclusivité du français sur le territoire n'a jamais été le cas.

    — Neuvième argument : les langues régionales sont en bonne santé, pourquoi les défendre alors ?
    « La demande d'enseignement en breton est forte. Donc pourquoi en faire plus ? » lancent certains détracteurs. Il s'agit évidemment d'un mensonge. Les langues régionales agonisent, sont étouffées par une administration française zélée ne leur laissant aucune place. Les blocages pour l'ouverture de classes sont permanents. Certes, la demande est forte, mais l'offre n'est pas promue.

    — Dixième argument : l'Europe veut imposer à la France sa vision de la pluralité
    Le plus nationaliste des « écrivains » français s'inquiète a priori que la France puisse se démocratiser. En effet quand il écrit que « faire entrer [les langues régionales] dans la Constitution peut être une porte ouverte vers la ratification de la Charte européenne sur les langues régionales », il a raison. Et nous pourrions lui répondre que c'est un bien. En effet, pourquoi les différents États européens ayant adhéré à l'UE ont-ils été obligés de signer et ratifier ce texte (souvent sommés par la France de le faire), et que la France pourrait s'en dédouaner ? La France doit respecter les mêmes critères démocratiques que ses voisins ! La protection légale des langues régionales et minoritaires est un droit améliorant le standard démocratique permettant d'atteindre un niveau élevé de cohésion d'une société. Il ne s'agit en rien d'un élément de division, mais plus de cohésion européenne. L'Europe ne pourra se construire que dans le respect des autres, de leurs différences et des langues pratiquées par les citoyens, qu'elles soient nationales ou régionales.

    — Onzième argument : la France est une exception culturelle
    Si on suit ce raisonnement, cela veut peut-être dire que la France ne peut pas suivre la vague de démocratisation déferlant sur le reste du monde, car ses coutumes et ses dogmes l'en empêchent. En effet, si l'exception culturelle prônée par les détracteurs des langues régionales empêche toutes avancées en matière de reconnaissance de la diversité culturelle, peut-on estimer que la France est un modèle universaliste ? Après en avoir fait l'expérience, lorsqu'il arrive de discuter avec un Allemand, un Italien ou un Chinois de cette exception française, ils rient, bien évidemment. Ils répondent tout simplement qu'ils sont aussi une exception car, qu'il s'agisse des peuples majoritaires ou minoritaires, chacun a ses particularismes culturels. La France n'est donc pas une exception. Elle crée son exception. Les plus beaux discours peuvent être tenus quant à la survie des peuples premiers (le musée du quai Branly à Paris en est la preuve formelle), mais s'ils ne s'appliquent qu'à l'extérieur, n'est-ce pas des incantations sans fondement ? Le conseil constitutionnel estimant que le concept de minorité n'existant pas sur le « sol français », la défense des langues minoritaires n'est par conséquent pas possible. C'est le cas surtout depuis 1992, lorsque pour s'opposer à l'anglicisation de la société, les parlementaires ont ajouté à la Constitution l'article 2 stipulant que « le français est la langue de la République », principe s'étant retourné immédiatement contre les langues régionales. Les parlementaires avaient pourtant fait la promesse que ce ne serait pas le cas.


    L'attitude qu'on peut qualifier de sectaire, pour rester gentil, des défenseurs exclusifs du français est honteuse. Leurs arguments sont caricaturaux, faux et méprisants. Ils rappellent le plaidoyer de Marine Le Pen contre les panneaux bilingues en Bretagne, estimant que le rôle de la France est d'assimiler les populations au détriment de leurs origines et de leurs langues. En les lisant, on a l'impression que la langue française est supérieure aux autres langues. Le français n'est pas la seule langue parlée en Bretagne, au Pays basque, en Catalogne nord, en Alsace ou en Corse... Des locuteurs de langues minorisées veulent les parler, qu'elles soient enseignées et officialisées. Comment, au moment où l'ONU a décrété l'année 2008 Année mondiale des langues, de tels comportements peuvent-ils encore exister ? Espérons, comme le montrent les récents sondages, que les citoyens européens soient plus ouverts d'esprit que ces derniers spécimens d'une autre époque. Ces raisonnements écœurants ne peuvent qu'amener les Alsaciens, Basques, Bretons, Catalans, Corses, Flamands ou Occitans a ne plus croire dans ce modèle fait de mensonges, de mauvaise fois et de mépris.


    Eurominority.eu est une association créée en 1999 en Bretagne, qui diffuse des données et des informations sur les Nations sans État et les peuples minoritaires d'Europe, grâce à un site Internet en 30 langues. Voir le site

  • Pas-d'Amnésie, merci pour cet article, que j'ai lu, et avec lequel je suis d'accord. Pour la nation qui s'est sentie nation et donc a eu besoin d'apprendre une langue unique, je crois que c'est un peu bizarre : car pour moi, le sentiment national passe par la langue qu'on parle spontanément, et non celle qu'on ne connaît pas encore. Soit donc le sentiment national était déjà là, et apprendre une autre langue était inutile, soit apprendre une langue commune était nécessaire à l'apparition d'un sentiment national commun. Mais commun à quoi ? A ceux qui vivaient sous le régime de l'Etat français, bien sûr. En fait, c'est la vénération pour l'Etat (vénération héritée des anciens Romains, sans doute) qui a créé le désir chez les plus zélés de créer une nation qui fût à la mesure de cet Etat. Le moyen en était la langue commune. L'utilité pratique d'une langue commune (qu'on peut toujours admettre, y compris pour l'anglais, aujourd'hui) n'explique pas tout, et du reste n'empêchait pas en soi la présence des langues régionales. Aujourd'hui, la Constitution le reconnaît : le Peuple, quoique solidaire, n'est pas uniforme. Et je m'en réjouis.

  • moi je suis une petite fille et je suis pour ma langue :le breton !
    c'est comme les plaques d'immatriculations des voitures il y a eu beaucoup de plaintes a ce sujet car on y est très attaché
    le breton(et toute autre langues régionales également) c 'est la mème chose
    si on continue a le délaissée on sera obligée de retourner a notre francais monotone qui deviendras lui mème de l'anglais a force !

  • Merci de ton témoignage.

  • Je n'aime pas toute distorsion de la langue, comment dire-dialecte! J'aime incivilité et le manque de connaissances, contrairement à communiquer avec ces gens!

  • c'est une bonne chose que les préoccupations quelqu'un sur la pureté de la langue))))

Les commentaires sont fermés.