30/06/2008

Poésies végétales

Pan and Daphnis.jpgLe 21 juin, à Samoëns, à la villa de la Jaÿsinia, un récital de poésie a eu lieu, conformément à ce que j’avais annoncé : des poètes ont lu des poèmes sur le règne végétal. J’ai moi-même lu plusieurs poèmes, dont un célébrait mystiquement la Dame de la Nature, et était de Sylvie Curioz, qui m’a dit être à demi genevoise. Les poèmes d’onze poètes contemporains, portant sur la vie végétale, et ses mystères, ont été rassemblés par les éditions Le Tour dans un ouvrage : Poésies végétales.

Globalement, le public a trouvé bon ce récital, et les organisateurs ont de toute façon trouvé l’idée originale. La seule critique est venue de responsables des musées nationaux, qui visiblement pensaient qu’il ne fallait pas mélanger la poésie à la science, en matière de botanique.

On trouve souvent chez les savants une forme de matérialisme plutôt radical. Ce qui ressortit à la vie secrète des plantes, à leurs métamorphoses, à leurs ressorts internes, tels que les observait Gœthe, par exemple, est d’emblée rejeté. Mais je ne crois pas que cela soit justifié.

A mes yeux, la plante ne se limite pas plus à ses enchaînements chimiques que l’action humaine individuelle peut être réduite à une équation. Je crois en le caractère spontané de la vie, en ce que certains artistes appellent le vide qui est entre les choses, et dont Valère Novarina ne disait pas sans raison qu’il était habité par la lumière. Et je l’ai déjà dit, je crois, aussi, que la poésie est particulièrement apte à appréhender, imaginativement, cette lumière - ou ce vide.

Quoi qu’il en soit, pour se procurer ce recueil de poésies végétales qui appréhendent le monde des plantes à travers l’âme, et expriment ces rencontres intimes à travers l’art des mots, on peut, naturellement, s’adresser aux éditions Le Tour.

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28/06/2008

Langues régionales

La_Fontaine_par_Rigaud.jpgCes derniers temps, les parlers régionaux, en France, sont revenus à la mode, et je crois que cela s’explique par ceci, que le français, depuis qu’il est devenu langue constitutionnelle, semble avoir perdu de sa fraîcheur, de sa spontanéité : de plus en plus, au sein de l’Education nationale, on ne l’apprend plus comme une langue vivante, enracinée dans l’âme individuelle, mais comme un outil, un instrument, une simple technique pour communiquer. La langue est devenue glacée, sclérosée, figée, et seuls des mécanismes froids la meuvent. Face à elle, les parlers régionaux paraissent justement avoir conservé la fraîcheur du français ancien, de celui de La Fontaine, par exemple. Les sentiments, ou les sensations, et non seulement les intentions conscientes, les projets politiques, les rapports parlementaires, les arrêtés préfectoraux, les verdicts du tribunal, ou la science objective, peuvent s’exprimer, à travers eux. Alors que dans le français technique de l’institution éducative, le sentiment qu’on exprime n’a pour dessein que de séduire l’interlocuteur, qu’il est une forme de ruse, dans le patois, il est le fondement même de l’expression, son ressort : le plaisir qu’on a à représenter ce qu’on perçoit ou ce qu’on ressent au moyen de sons qu’on forme avec la bouche, dans les langues régionales, reste intact !

C’est bien la funeste évolution du français, orientée vers toujours plus de technicité, qui a, par contrecoup, donné le désir aux Français de se rabattre sur le patois, finalement bien plus proche du français de Racine et La Fontaine que ne l’est le français officiel contemporain !

La solution est donc de rendre au français sa fraîcheur, sa poésie, sa spontanéité, et de mettre fin à un enseignement effroyablement orienté vers les techniques de communication seules. Inversement, pour que les relations sociales continuent d’être baignées de chaleur, de fraternité, de communion, on pourrait accepter le développement du patois. Car le français technicisé, si je puis dire, glace les rapports. Il les précise, peut-être, mais il les distancie, aussi. Il les rend mécaniques, figés, semblables aux rapports que pourraient avoir entre eux des robots !

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26/06/2008

Aymon de Montfaucon

Lausanne-cathe.jpgAymon de Montfaucon fut un grand seigneur, grand prince, évêque de Lausanne à l’époque où la cité était dirigée par son évêque sous la protection du duc de Savoie. Il fut aussi un poète, et son rayonnement, sur Lausanne, a laissé de nombreuses traces. La cathédrale lui doit beaucoup. Je crois que les figures de la Vierge inspirées par saint Amédée ont été sculptées sous son règne. Pour la partie littéraire de son œuvre, je lui consacre cette semaine un article dans l’hebdomadaire de Haute-Savoie Le Messager.

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24/06/2008

Lumières transfrontalières

CarloAlberto.jpgOn dit souvent que la Haute-Savoie est profondément liée à Genève. A mon avis, souvent aussi, c’est exagéré. Peut-être qu’on conserve vif le souvenir du département du Léman : on n’a pas pris pleinement conscience de l’essor d’Annecy, depuis ce temps. Le roi Charles-Albert, après la perte de Carouge, a, de fait, voulu faire de la capitale du Genevois un pôle économique important. Napoléon III a prorogé ce projet en faisant d’elle le chef-lieu du département de Haute-Savoie nouvellement créé. Son épouse Eugénie a fait l’essentiel de son succès touristique en tombant amoureuse de cette cité : pour elle fut construit l’Hôtel Impérial. Mais même auparavant, ce sont les Français qui ont popularisé cette ville, en particulier Eugène Sue. Or, celui-ci s’appuyait sur les écrits d’un Savoyard méconnu, Jacques Replat, qui avait participé à la refondation de l’Académie florimontane, sous couvert précisément du roi Charles-Albert, qui avait voulu rendre à Annecy aussi son lustre culturel. Ainsi, l’essor moderne d’Annecy, ville créée jadis par le comte de Genève puis développée par le prince-évêque de Genève, ne doit rien à Genève. Même les artistes français qui ont vanté les mérites de son lac l’ont avantageusement comparé aux lacs suisses (en général), auxquels ils reprochaient d’avoir des rives trop domestiquées : c’était la même comparaison que Stendhal faisait entre le lac de Côme, qu’il adorait, et le lac Léman, qu’il n’aimait pas.

Pour le mont Blanc, il est vrai que son altitude fut établie par le Genevois Horace-Bénédict de Saussure. Mais pour ainsi dire, il doit à son altitude même, plus qu’à son évaluation, son succès. Avant cette découverte, c’est François de Sales qui a nommé le premier cette montagne dans la littérature. Après, ce sont surtout les écrivains français, ou anglais, ou même allemands, qui ont célébré le mont Blanc et l’ont fait partout connaître.

Pour l’industrie de la vallée de l’Arve, elle peut remonter à l’emploi hivernal des paysans dans l’horlogerie genevoise. Mais en réalité, cet emploi a été effectué parce que les paysans passaient déjà l’hiver, auparavant, à forger leurs propres outils. Et l’emploi n’est devenu complet et professionnel que sous le roi Charles-Félix, qui a fait reconstruire Cluses et Sallanches incendiées dans ce sens ; même l’endiguement de l’Arve à Bonneville se comprend de cette façon : c’est bien le roi de Sardaigne qui a fait du décolletage une industrie au sens propre, qui l’a professionnalisé. Genève a représenté une étape importante, mais non fondamentale.

La rive gauche du Léman doit certainement davantage son succès à Genève, tout comme l’arrondissement de Saint-Julien, qui comprend Annemasse. Mais ce n’est pas forcément l’essentiel du département. D’ailleurs, Julien Gracq a salué dans cette rive gauche du Léman la simplicité, comme on l’avait déjà fait pour le lac d’Annecy : il déclara un jour avoir craint que cette rive gauche ne fût, comme la rive droite, semblable à la Côte d’azur, et avoir découvert qu’en réalité, elle était plutôt comme ses chers bords de Loire !

Les tendances aristocratiques de la Suisse ne sont pas nécessairement aussi universellement louées qu’on se l’imagine. La Savoie a toujours été appréciée, notamment des Français, pour son humilité, sa spontanéité : son naturel. Or, les échanges avec Lyon et Paris représentent l’essentiel de l’activité économique en Haute-Savoie. Pour bien l’apprécier, il faut en réalité sortir de l’arrondissement de Saint-Julien, et découvrir la Haute-Savoie telle qu’elle est. La Savoie a été globalement faite par ses princes et ses grands hommes, et ma foi, depuis qu’elle est française, il faut avouer que la France y a joué un rôle majeur.

Sans doute, elle a tendu à occulter sa spécificité. Mais est-ce que Genève s’en soucie beaucoup, de cette spécificité ? Je n’en suis pas persuadé. François de Sales n’y est toujours pas spécialement à la mode, je crois. Même l’origine savoyarde de Bonivard et Castellion n’est jamais rappelée. La Savoie n’est importante à Genève qu’au travers des récits qu’ont faits à son sujet les Genevois eux-mêmes.

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22/06/2008

Libéralisme transfrontalier

  1. Tramway.jpgCertains, en France voisine, ne sont pas réellement favorables à la construction de transports en commun pour les frontaliers, parce qu’il existe certains secteurs où des Français, motivés surtout par les perspectives salariales, vont travailler en Suisse alors que les entreprises françaises manquent de bras. Ils le font, de surcroît, après avoir été formés gratuitement en France, en général.

Pour résoudre ce problème des transports en commun, indispensable pour l’environnement, et utile sur le plan global, il faut tenir compte de cet aspect. Sinon, on continue de s’étonner de l’ineptie des Français voisins qui ne font rien.

Mais de fait, dans certains cas, payer un transport en commun, c’est sacrifier un argent immédiat à des bénéfices plus grands sur le long terme. Cela demande de l’abnégation. Dès qu’on l’a compris, on a aussi compris qu’un tel sacrifice doit être global, commun à tous les acteurs, à tous ceux qui sont impliqués dans cet emploi de gens qui habitent loin de leur lieu de travail, ainsi que les contrats de travail l’indiquent clairement. Cela veut dire qu’en rendant valables ceux-ci, l’État de Genève, par exemple, est aussi partie prenante : il a aussi sa responsabilité.

A mes yeux, même, la charge doit être calculée non en fonction des territoires, mais de la plus-value réalisée par la situation. Je crois que c’est ce qui est réellement équitable. Il faut raisonner en fonction de l’économie, et non des États. L’Etat n’est là que pour vérifier que l’équité est respectée.

Raisonner en fonction des frontières, c’est bien raisonner aussi en fonction du territoire. Trop de frontières, dans le monde, servent à protéger le capital dans un sens, à l’accroître dans l’autre. Le vrai libéralisme a pour base la vie de l’entreprise, et la regarde comme un tout, au-delà des nations. Et à l’intérieur même de l’entreprise, ainsi délivrée des nations, l’équité doit régner. En effet, aucune liberté ne peut durablement s’exercer sans sens de la responsabilité. L’Etat exploite précisément les injustices qui se répandent dans l’entreprise pour se donner le droit d’y intervenir, parfois abusivement. Le marxisme même repose sur le présupposé qu’aucune justice ne peut régner au sein de la libre entreprise.

Je crois, néanmoins, qu’on peut le détromper : cela dépend de la volonté humaine. L’Etat même peut n’intervenir que ponctuellement, quand, je dirais, le Capital exagère.

Cela dit, une économie responsable n’est pas seulement celle où les propriétaires du Capital sont soucieux des autres hommes : car c’est là une règle morale qui s’exerce même en dehors de l’économie ! Sur le strict plan économique, la responsabilité consiste à regarder le long terme, et les effets finaux de l’action. On pourrait ainsi évaluer le coût environnemental. Or, la création de richesses ne doit pas être fondée sur le vol : y compris de la Nature. On ne devrait pas laisser se répandre l’idée que tout accroissement de richesses est fondé sur la création d’un déséquilibre. Car cela amène les esprits responsables à contester la légitimité de la croissance même.

Quoi qu’il en soit, comme c’est là aussi une affaire de foi, ou du moins de philosophie, on ne peut s’appuyer sur tout le monde, pour créer une vision responsable de l’économie. Mais les transports en commun restent quand même de la responsabilité de ceux qui les utilisent, ou les font utiliser, ou de ceux qui les y autorisent. A mon avis.

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20/06/2008

Le nom du Lac

Thonon.jpgOn sait que le lac Léman s’appelle parfois le lac de Genève, notamment dans la bouche des anglophones, mais en réalité, dans les vieux documents, à l’époque où les noms n’étaient pas fixés définitivement dans le marbre des dictionnaires officiels (marbre vain et éphémère, sans doute), on l’appelait aussi le lac de Lausanne, notamment dans le Pays de Vaud. Et c’est normal, car ce complément de nom ne signifie pas forcément la propriété exclusive. Ce n’est pas parce qu’on dit que Montmartre est le quartier des peintres que tout habitant de Montmartre est peintre.

Le lac Léman appartient de fait à toutes les cités qui sont sur ses bords, et on pourrait aussi bien l’appeler le lac de Thonon. Maurice-Marie Dantand, le grand griot de Thonon (une sorte d’auteur épique qui a chanté Thonon et ses légendes, à la fin du XIXe siècle), disait que le Léman était entouré de sept villes - et, bien sûr, que la plus belle, et la plus belle importante, était Thonon !

De fait, le Léman n’est pas simplement mare nostrum, mais aussi mare vestrum. Or, non est delenda Carthago ! Le Léman est une occasion de fraternel partage. Ramuz le sentait bien, quand il chantait les temps de Pierre II, à l’époque où de Chillon à Yvoire les nefs glissaient sur l’onde claire, et, sans interruption, transportaient, de l’une à l’autre rive, gens et marchandises ! Ô la Comtesse, cheveux blonds au vent, glissant sur le miroir de cristal telle une fée sur sa barge qui ne s’enfonce pas ! On eût vu, par le regard de l’âme, des sillons d’or traversant de toutes parts le lac : c’eût été les luisants élans d’âme que ces trajets accomplis manifestaient ! Et j’ose le dire, le lac en prenait une teinte plus belle, quoiqu’on n’eût su dire de quelle façon... Les poissons même s’en réjouissaient ! Et quand on les mangeait, ils en prenaient un meilleur goût...

Cela dit, Ramuz a aussi déclaré que les Chablaisiens donnaient du bois, tandis que les Vaudois donnaient vin et fromage. Cette opposition entre matière première et produits manufacturés paraît bien partiale. Plus récemment, un blogueur de la Tribune de Genève a opposé les vins vaudois à l’eau d’Evian. Mais un versant qui regarde vers le nord a ses vertus propres. Le Chablais, lui-même, a sa propre industrie. Fournir de l’eau pure au monde en la gardant pure est aussi une forme de transformation, car toute eau pure envoyée loin des montagnes enneigées devrait cesser d’être pure. Il y faut des secrets, de la magie, pour la conserver dans sa pureté ! C’est la magie des Savoyards, peut-être : garder pur, dans le monde moderne, ce qui semble couler des strates primitives et édéniques de la vie ! François de Sales a bien fait cela, n’est-ce pas : raviver la tradition, l’entretenir en l’arrosant du Saint-Esprit. C’est plus dur qu’on ne pense, d’être créativement conservateur !

Bref, il ne faut pas, a priori, juger défavorablement l’autre, si l’on veut renouer avec les échanges fraternels d’antan.

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18/06/2008

L’œil de Ramsès II

377693655.jpg

Je voudrais encore revenir sur ma visite au musée d'Art et d'Histoire de Genève, car longtemps m'a fasciné le souvenir de la figure sculptée de Ramsès II qu'on y trouve. En particulier, le regard de ce sphinx me paraît incroyable: c'est vraiment celui qui perce les énigmes, qui voit au tréfonds de l'univers - qui plonge dans le mystère de la divinité et de la destinée! En réalité, c'est l'œil de Râ, que possède Ramsès II.

Dans l'esprit des Egyptiens, Pharaon n'était pas seulement un chef temporel, mais aussi un guide mystique, un initié, agissant selon un ordre de connaissance supérieur. Il était le fils d'Horus, incarnation de Râ.

Or, cet œil, quoique de pierre, a tant de noblesse, de majesté, qu'on le dirait lumineux - rayonnant. Il distingue dans l'éblouissement des mondes la figure même des dieux, et cela se reflète dans son regard en un scintillement grandiose -même après plusieurs milliers d'années! Le Roi était aussi le miroir de la divinité: il en renvoyait l'image, qui éclatait dans son regard.

Son sourire vague de méditant - de Bouddha - aide à inspirer le sentiment de sérénité qui doit caractériser celui qui perce sans crainte, et en pleine possession de ses moyens intellectuels - en toute quiétude -, les plus profonds mystères. Son esprit est à la mesure de ce qu'il contemple.

Ses pattes de lion renvoient au soleil, dont Pharaon émane!

Qu'en reste-t-il? La Présidence de la République française a parfois quelque chose d'égyptien, sur le plan formel. La mise en scène en a été conservée. La statue de Ramsès II permet de le comprendre. Il faut, pour être un Président de la France, arborer le sourire vague du grand initié, du Sphinx, face à des secrets qu'on est le seul à connaître. Même si on ne sait rien de réellement divin, naturellement. Comme à mon avis c'est souvent le cas.

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16/06/2008

Anniversaire

870486232.jpgIl y a quelque jours, c’était mon anniversaire : je suis né sous le signe des Gémeaux, lié à l’Air ; d’où ma propension à aller d’un sujet à l’autre, comme une abeille qui butine ! Car mon esprit a tendance à suivre le mode propre au vent. (On ne saurait mieux dire, proclameront certains.)

Pour l’occasion, j’ai composé un sonnet qui est aussi une sorte de prière à l’âme de cette constellation (c’est à dire à Castor et Pollux, selon les anciens Grecs) : je lui demande de m’être propice en cette nouvelle année de vie.

Je ne mets pas ici ce petit poème, car Lionel Chiuch, journaliste littéraire à La Tribune de Genève, a un jour déclaré que mes poèmes ne lui parlaient pas du tout ; je ne veux donc pas infliger aux lecteurs de cette même Tribune de Genève des mots qu’ils ressentiront, eux aussi, comme creux. Il sera dans mon prochain recueil, s’il sort jamais ; j’annoncerai sa parution à l’occasion. Pour le moment, je prépare d’autres choses, qui pourraient effectivement sortir d’ici un an.

Pour l’année qui vient de s’écouler, je pense que l’événement majeur, c’est la sortie officielle de mon livre sur la littérature savoyarde. Ensuite viennent les articles des Echos saléviens dont j’ai parlé l’autre jour. L’ouverture de ce blog a aussi représenté quelque chose de nouveau. J’ai pu voir que les Genevois avaient une vision plutôt abstraite des Savoyards, héritée en général de la tradition historique, de l’époque de l’Escalade ou de celle du département du Léman. Sinon, au fond, ils ne les connaissent guère. Ce qu’ils en connaissent vient principalement de l’histoire genevoise, ce qui est somme toute assez logique. Mais j’ai parfois eu le sentiment qu’ils pensaient que pour les Savoyards aussi, la relation avec Genève était très importante, alors que chez les écrivains savoyards, cela n’occupe pas forcément une grande place. Même les écrits fondamentaux de François de Sales n’y font jamais allusion.

Jacques Replat, écrivain annécien de l’époque romantique, a un jour écrit un petit opuscule pour dire que nul n’avait mieux parlé de la Savoie que Horace-Bénédict de Saussure et Rodolphe Töpffer, qu’il regardait néanmoins comme non savoyards. Il a lui-même beaucoup imité Töpffer, qui du reste était très lié à Xavier de Maistre.

Le parti conservateur a évidemment eu des mots parfois assez durs, pour Genève. Joseph de Maistre, quoiqu’il aimât, sur le plan personnel, Mme de Staël, estimait que rien n’était plus opposé que le catholicisme et le calvinisme : même Luther, disait-il, était plus proche de “nous”. L’historien Ducis, qui était chanoine, a plus directement évoqué la façon dont les Savoyards ont vu leur pouvoir décroître après que Genève eut fait appel à Berne contre le Duc : son ton était clairement rancunier.

Parfois, le souvenir de la Réforme et de ses conséquences a également donné lieu à des plaisanteries.

Mais globalement, je le répète, les Savoyards ont parlé de bien autre chose. Et d’abord, ils ont parlé d’eux-mêmes, et de leurs montagnes, de leur histoire, de leurs princes, de leurs saints, de leur dieu. Ils n’ont passé que très peu de temps, au fond, à parler des autres, que ce soit pour en médire ou pour les bénir. A la rigueur, quand ils l’ont fait, ils ont surtout parlé de la France : ainsi de Joseph de Maistre. Mais sinon, cela reste anecdotique.

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14/06/2008

Salon du livre de botanique alpine

1509948962.jpgAux portes de Genève (ou tout comme), à Samoëns, aura lieu, les samedi 21 et dimanche 22 juin, un salon du livre de botanique, organisé par l’Association Jaÿsinia Animata (responsable de l’accueil du public au jardin botanique alpin de Samoëns, la Jaÿsinia) et les Éditions Le Tour.

Les Genevois ont toujours été passionnés de botanique alpine, et André Charpin, l’ancien conservateur du jardin botanique de Genève, a rédigé, par exemple, le chapitre sur la flore bonnevilloise que contient le Notre Bonneville de Paul Guichonnet. J’invite donc tout le monde à venir à Samoëns, village du reste principalement mentionné dans la littérature, au départ, par les Genevois, en particulier R. Töpffer et F.-J. Martin.

Il y aura des savants, des peintres, des photographes, mais aussi des poètes du monde végétal. Un récital poétique aura lieu (le samedi à 16 h 30, à la villa Jaÿsinia), avec le groupe de Poésie à Trois Voix de Marcel Maillet, Solange Jeanberné et Marcel Gaden : ils liront des poèmes de tous les lieux et de tous les âges en relation avec le règne végétal, et je les accompagnerai un petit temps. Devrait également être présent Jean-Vincent Verdonnet, dont plusieurs poèmes seront lus, ainsi que Georges Bogey et Danielle Drab.

Venez nombreux ! Le jardin de la Jaÿsinia est de toutes façons digne, en lui-même, d’être visité. Fondé par Marie-Louise Cognacq-Jaÿ, la fondatrice de la Samaritaine (à Paris), il a fêté récemment ses cent ans (les Éditions Le Tour ont sorti un livre pour commémorer ce premier siècle d’existence, du reste), et il est fait dans un style tel qu’en son sein, on se croirait dans un poème de Lamartine ! En tout cas, c’est mon avis.

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12/06/2008

Charles-Albert Costa de Beauregard

478765277.jpgNi le comte Auguste de La Ferronnays, ministre des Affaires étrangères françaises sous la Restauration, ni le marquis Charles-Albert Costa de Beauregard, qui lui a consacré un livre, n’entretinrent de rapport avec Genève ou la Suisse en général, mais comme mon article du Messager de cette semaine porte précisément sur ce livre qui fait en réalité le tableau de l’immigration française sous la Révolution, La Ferronnays étant un comte breton, je ne résiste pas au plaisir de présenter au public genevois ce grand historien, figure majeure de la littérature savoyarde, qu’est Charles-Albert Costa de Beauregard.

Du reste, c’est chez un bouquiniste de Genève que je me suis procuré, il y a déjà quelques années, son livre le plus connu, Un Homme d’autrefois, qui évoquait le marquis Henry Costa de Beauregard, un proche de Joseph de Maistre qui partageait les principes majeurs de la Révolution - Liberté, Egalité, Fraternité -, mais qui, par fidélité au Roi, la combattit dans les rangs de l’armée sarde. (Il était né dans un château des bords du Léman qui existe encore.)

Pour moi, la plus belle œuvre de l’historien Costa est celle qu’il a consacrée au roi Charles-Albert, duquel il tenait son prénom (tout comme Charles-Albert Cingria, notez-le) : elle mêle la grande histoire à la petite, en allant voir ce qui habitait le prince d’un point de vue totalement individualisé, humain. C’est magnifique.

C’est vraiment un écrivain à découvrir, par exemple dans un des livres qu’il a consacrés à la noblesse française, comme cet Auguste de La Ferronnays que je présente cette semaine dans l’hebdomadaire de Haute-Savoie sus nommé.

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09/06/2008

Ecriture automatique

654304638.jpgIl y a quelque temps, Jean-Noël Cuénod a présenté la démarche d’Aimé Césaire en disant que son choix de l’écriture automatique avait ramené sur le papier, au-delà du vernis français et européen, son moi profond : son moi africain.

Est-ce la même chose ? Je crois, personnellement, que le moi humain est situé à un stade plus profond que le moi européen, américain, ou africain. Il est impossible que le moi lié à une partie donnée de l’humanité soit le stade ultime de l’âme, puisque l’espèce humaine est unitaire.

Je lisais l’album Breton de La Pléiade, l’autre soir, et c’est la réflexion que je me suis faite : la façon d’interroger l’Inconnu qu’avait le Surréalisme était fascinante, mais il n’est pas évident que les moyens utilisés aient toujours donné des résultats probants. André Breton recherchait, disait-il, les Grands Transparents, et voulait, avec l’écriture automatique et les cadavres exquis, trouver une forme de Révélation.

L’instinct se rattache-t-il réellement à quelque chose de plus universel que l’humain à proprement parler ? Il faudrait pour cela qu’en s’exprimant même automatiquement, l’instinct ne passe par aucun médium : mais si on utilise un instrument d’expression donné, aussitôt, à mon avis, on est limité. La somme des instincts animaux n’est jamais exprimée par un animal seul : chaque espèce a en réalité un instinct différent. Si l’être humain suit son instinct, loin de toucher à l’universel, il exprime en lui ce que Teilhard de Chardin appelait des tendances à la spéciation : il exprime une forme de particularisme qui renvoie surtout à ce qu’il est, indépendamment de ce que sont les autres. L’instinct déversé dans la langue française, par exemple, tendra simplement à manifester l’esprit propre non au langage en général, mais à la langue française en particulier.

Ce qui peut tromper, à cet égard, c’est qu’on définit à l’avance l’esprit de cette langue, dans les universités et les académies ; or, s’il est mis à nu, cela peut ne pas ressembler à ce qu’on en dit. Car ce qu’on en dit se recoupe aussi avec ce qu’on voudrait qu’il fût : un objectif, un idéal. L’orthographe, par exemple, suit cette vision idéalisée du français ; mais le français, dans sa version parlée, peut avoir un tout autre esprit. Mieux encore, il est régionalisé, et donc épouse mieux le sentiment intime qu'on peut avoir à son égard. Et dès lors, la qualité du Surréalisme en général est de le révéler, voire d'autoriser à ce qu'on s'en serve, et donc à créer une poésie plus spontanée - et, partant, plus imagée, plus inspirée, au sens naïf qu'on donne d'ordinaire à ce terme - qu'au sein de la tradition.

Mais l’intérêt, en soi, de ce parler nouveau risque aussi de n’être que scientifique, en un certain sens. C’est la linguistique expérimentale opposée à la grammaire normative. Mais rien ne prouve que la poésie touche alors davantage à l’humanité dans ses profondeurs et son universalité.

Ce qui à mes yeux donne à la poésie un caractère universel, c’est sa façon d’épouser les grands rythmes cosmiques, les vers à cet égard reflétant les heures, ou du moins les battements cardiaques, si on veut humaniser la chose. Mais est-ce différent ? Il faut être aveugle, pour ne pas voir que les rythmes animaux découlent de ceux des végétaux, lesquels suivent les rythmes cosmiques. L’indépendance relative acquise, par rapport aux rythmes naturels, par un être aussi évolué, par essence, que l’être humain, ne doit pas faire oublier le lien initial et donc fondamental entre les deux. On respire, on dort, on procrée encore selon des rythmes imposés à l’Homme par la Nature en général. Le vers reflète ces rythmes, et j’y reviendrai en détail quelque jour prochain.

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07/06/2008

Rêves de machine

iron-man.pngQuand j’étais petit, je lisais avec le plaisir le plus vif les aventures dessinées d’Iron Man; je suis donc allé en voir l’adaptation filmée.

Je ne sais pas si le film était bon ou mauvais, et à mon avis, sur le plan humain, il avait peu de valeur, car les personnages étaient stéréotypés, sans humanité: ils n’avaient pas d’intériorité authentique.

Cependant, dans le merveilleux propre à ce film, existaient des aspects dont on ne mesure généralement pas la portée: on ne mesure pas la portée du mythologique, en art.

Or, s’il est bien une forme de mythologie typiquement américaine, et qui rend précisément la culture américaine fascinante - ou du moins frappante, curieuse -, c’est celle qui fantasme à partir des machines, de la mécanique.

En réalité, la partie la plus réussie du film Iron Man est celle animée par ordinateur. D’ordinaire, les images de synthèse manquent de naturel; mais comme, ici, elles s’appliquaient à des machines, elles étaient au contraire parfaitement adaptées. C’est ainsi que sous les yeux du spectateur ébahi, une machine prenait vie, s’animait.

Le procédé miraculeux découvert par Tony Stark pour irriguer d’énergie vivante son armure et en même temps lui servir de nouveau cœur, est de nature fondamentalement magique: c’est par là qu’on touche au mythe. Le secret de la vie enfin maîtrisé est symbolisé par cet objet à l’énergie blanche et inépuisable, qui paraît contenir le feu d’un astre, la lumière de la Lune. Rien ne l’alimente, et il ne consume rien: c’est le feu du buisson ardent.

Ensuite, les mille rouages de l’armure peuvent s’imbriquer, comme s’ils étaient doués de volonté propre, comme s’ils s’animaient de l’intérieur: comme si le métal même palpitait, était vivant. Pareille aux armes des anciens héros, elle est saturée d’énergie divine. D’ailleurs, la couleur, rouge et or, renvoie au Soleil. Et quand le héros vêt son heaume, de l’ouverture des yeux et de la bouche, il ne sort qu’une éclatante clarté de neige, comme si cet être n’était que l’enveloppe d’une âme sidérale.

Il vole et lance des rayons d’or avec ses mains. Rien n’a été oublié des comics: la portée symbolique des couleurs trop souvent disparaît lors des adaptations filmées; il n’y avait guère que les Batman de Tim Burton qui n’omettaient pas de mettre en exergue le symbolisme de la chauve-souris, ou la dignité obligatoire des costumes, leur valeur totémique (puisqu’il s’agissait d’hommes-animaux). Cet aspect mythologique persistant est la réussite du film: elle vaut en soi. L’histoire n’est ensuite qu’un prétexte; elle n’a pas de véritable intérêt, sinon d’illustrer la volonté nécessaire de justice d’un héros revêtu d'une armure solaire qui l'exige.

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05/06/2008

Au temps d'Amédée VIII

255620784.jpgMartin Le Franc fut un poète et un chroniqueur officiel à la cour du premier duc de Savoie, Amédée VIII. Or, ce titre de Duc a été donné à celui-ci en 1416 par l’empereur Sigismond, alors que le Genevois venait d’être rattaché à la Savoie. Il conférait à son dépositaire le pouvoir de l’Empereur lui-même, localement. Et c’est ainsi que Genève même passa sous l’autorité du Duc, et que le Prince-Evêque commença à dépendre de celui-ci. Or, Martin Le Franc est important pour Lausanne, où il avait des titres, pour Thonon, à cause du château de Ripaille (construit par Amédée VIII pour abriter l’ordre des saints Maurice et Lazare, qu’il avait créé), mais aussi pour Genève, car il y devint un proche du syndic Jean Servion, chroniqueur lui aussi du duc de Savoie. Ensemble, ils s’employèrent à traduire la Bible en français, sous couvert du Duc, et on dit que c’est la source de la Réforme genevoise.

Quand on sait qu’Amédée VIII devint bientôt pape schismatique sous le nom de Félix V, et qu’il fut porté à cela par les évêques du Saint-Empire, on saisit toute l’importance de cette période pour l’histoire moderne. Même la suite, sur le plan local, se comprend quand on sait qu’Amédée VIII renonça, depuis Thonon, à son titre de Pape par fidélité à l’Eglise. Pendant ce temps, se détachant du Duc, la bourgeoisie genevoise développait en son sein la Réforme...

Sur Martin Le Franc en particulier, et son œuvre, quoi qu’il en soit, je publie cette semaine, dans Le Messager, un article que je vous invite à lire.

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04/06/2008

Parkings

2142338161.jpgJean-François Mabut a proposé, il y a quelque temps, sur son blog, de créer, à la frontière, de grands parkings pour les travailleurs frontaliers, afin de désengorger les rues genevoises. C’est une bonne idée, mais comme M. Mabut pensait à des parkings créés du côté français, on a du mal à croire qu’elle est réalisable, puisqu’il serait étonnant que les contribuables français acceptent de payer pour désengorger les rues genevoises. De surcroît, il proposait d’allonger les lignes de transports en commun jusqu’à ces parkings ; or, il paraît plus sensé de placer ces parkings aux bouts actuels de ces lignes : on ferait des économies, dans l’absolu. Enfin, M. Mabut, en tant que citoyen genevois, lui-même, peut essayer de convaincre son propre gouvernement de créer des parkings ; tandis que je doute que les élus français aient à son endroit une oreille spécialement attentive, sauf son respect. Bref, on peut rêver tout haut le monde futur, mais une fois encore, il s’agit d’être réaliste. Ou alors, il faut se consacrer à la poésie : car dans la poésie, on peut décrire le monde futur idéal sans se soucier des moyens de sa mise en œuvre. C’est ce qui est beau.

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01/06/2008

Libéralités du Capital

317443671.jpgDans La Tribune de Genève du 7 mai dernier, Armand Lombard stigmatisait les riches qui gagnaient de l’argent pour gagner de l’argent, et ne voulaient rien en faire pour aider leur prochain. L’idée était déjà énoncée par Robinson Crusoë dans le roman de Daniel Defoe, selon laquelle tout gain superflu devait servir à la libéralité : être donné aux autres.

Armand Lombard a parlé de sommes vertigineuses, pour les patrons. Il a recommandé aux patrons suisses plus de solidarité avec le reste de l’humanité.

Personnellement, je l’ai dit, je pense que le souci de l’environnement est un bon placement ; mais aussi, l’investissement social que représente la création d’un chemin de fer local, pour les employés, notamment frontaliers, des entreprises suisses, est bon, parce qu’il crée du bien-être général. Je ne dis pas que ce soit les seules choses à faire. On peut aussi aider les arts, la culture, la science, les pauvres, la défense des Etats souverains, la paix dans le monde, la sécurité intérieure, la formation, l’éducation, tout ce que l’Etat assume tant bien que mal (et avec plus ou moins d’équité et de jugement) avec les impôts, et donc, aussi, aider à la baisse de ces impôts (ou à un meilleur équilibre dans la redistribution, selon ce qu’on croit juste).

Mais Armand Lombard évoque en particulier les patrons qui pensent à assurer bien-être et travail à leurs salariés. Or, leur transport sur leur lieu de travail est en ce moment une préoccupation majeure. Il est donc possible d’y songer.

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