31/07/2008

Débat parlementaire

Institut_de_France.jpgOutre les pressantes sollicitations des partenaires de l’Union européenne, le succès des Ch’tis a pu jouer dans la décision des Parlementaires français de placer les langues régionales dans la Constitution comme patrimoine de la Nation. Mais, on le sait, les Sénateurs avaient commencé par abroger cette modification, et cette fois, ce qui avait pu jouer, c’est la réaction spontanément hostile de l’Académie française.

Cette Académie défend-elle seulement le français, ou aussi sa suprématie ? Richelieu en la créant a bien cherché à lui donner un rôle politique.

De fait, une fois les langues régionales officiellement reconnues, les écrivains de l’Académie sont mis en concurrence, en France même, avec des écrivains qui n’ont pas vocation à y entrer - ce qui limite sa représentativité. Le monopole est perdu, en quelque sorte !

Les députés de l’Assemblée nationale ont été déterminants : ils ont sans doute pensé libérer les énergies sur le plan local et favoriser une économie décentralisée et dynamique, dans le domaine culturel. La vérité est que si on veut continuer à centraliser la culture (ce qui après tout peut être le choix de la cohérence), il faut ouvrir à Paris même des Académies des langues de France ! Empêcher ces langues de se manifester est trop facile : il ne faut pas procéder à cet égard par élimination ; car la centralisation en ce cas, sous prétexte de cohérence, s’attaque simplement à la culture en général. Mais le progrès d’un État centralisé ne peut être sur le long terme assuré que s’il existe quelque chose à centraliser. L’État centralisé comme moyen de cohérence, soit ; comme instrument d’un monopole, non.

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29/07/2008

Le sens de l'Escalade

Marmite-Escalade.jpgEn tant que Savoyard, je m’étonne un peu de cette fête patriotique de l’Escalade qui rassemble les Genevois. En fait, il me semble que la communauté genevoise précède, dans son existence, l’assaut du duc de Savoie, et que l’échec de cet assaut n’a fait que la dévoiler, la manifester. L’événement qui a réellement créé l’indépendance de cette communauté, du reste, je crois que c’est le bannissement du prince-évêque, et non l’Escalade.

Si c’était l’Escalade, cela voudrait dire que la communauté genevoise n’existe qu’autant que le duc a échoué dans son entreprise : mais qu’elle a été quand même créée par son initiative. Ce qui serait bien absurde. Cela voudrait dire que la cité de Genève n’existe qu’en tant que partie détachée du duché de Savoie, et non par elle-même. Cela n’a aucune espèce de vraisemblance.

D’un certain point de vue, l’Escalade flatte les Savoyards : chaque année, à Genève, on parle d’eux. On les mange rituellement, comme une hostie, comme le Corps du Christ !

Ils sont le Christ qu’on mange pour nourrir son âme, et y faire naître l’Esprit.

Cependant, si on y réfléchit bien, cela donne le sentiment que Genève a pour ressort profond une pulsion d’inimitié contre les Savoyards. Personnellement, je considère que la communauté genevoise remonte à l’Antiquité, aux Allobroges. Un début d’indépendance et de conscience de soi s’est forgé à l’époque où Genève a été détachée du Genevois et du royaume de Bourgogne et placée directement sous l’autorité de l’Empereur par l’intermédiaire de l’Evêque ; et, comme je l’ai dit, son indépendance, sa constitution en tant que République est liée au départ de cet évêque.

Les Savoyards ne doivent pas trop se flatter. Ils ne sont pas plus à l’origine de la république genevoise que les Prussiens ne sont à l’origine de la république française : car ce n’est pas Valmy, qui a créé cette République, mais bien la Révolution, en 1789 : c’est à dire un acte symbolique, la Prise de la Bastille, émanant de la volonté même du Peuple !

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27/07/2008

Poésie du dimanche

JupiterStator.jpgJean-Noël Cuénod, à propos d’Aimé Césaire et du Surréalisme, a un jour critiqué les poètes du dimanche qui ne comprenaient pas la valeur poétique de l’écriture automatique, laquelle permet de briser les limites de la raison, et de trouver de nouvelles images, dans un élan qui ne doit plus rien aux idées imposées par l’éducation, la culture : comme la recherche désespérée d’une liberté qui semble de plus en plus inaccessible !

De fait, habituellement, on appelle poète du dimanche celui qui se contente de forger des vers réguliers et de manier des images déjà créées par d’autres - ou simplement des perceptions matérielles, émanées de la nature, et inscrites dans le souvenir.

Cela dit, un poète n’est pas un critique, et on peut pratiquer la poésie du dimanche sans pour autant n’avoir rien compris à la poésie des autres jours de la semaine...

Je dis les autres jours de la semaine, mais en réalité, les poètes surréalistes ont fait leurs vers surtout le jeudi : c’était le jour de congé des écoliers, et certains ont commencé la poésie très tôt, et d’autres sont restés enseignants très tard.

La poésie du jour de congé institué par l’Etat était une coupure laïque, pour ainsi dire. Elle échappait à la règle issue de la religion officielle : elle instituait une règle nouvelle, et le congé du jeudi (aujourd’hui du mercredi) n’était pas celui où le peuple se replaçait sous la lumière de Dieu, mais celui où l’intellectuel laïque se ressourçait dans l’espace laissé vide au cœur de son travail. Ce néant diffusait sa propre lumière, inconnue et mystérieuse.

Pourtant, notons qu’au-delà de l’inconnu apparent, le jour restait celui de Jupiter, le dieu préféré des anciens Romains, le roi des dieux de l’Olympe. Est-ce vraiment des considérations techniques et pédagogiques qui ont ramené ce jour de congé au mercredi, relatif à Mercure, le dieu préféré des Gaulois selon Jules César ? De toutes façons, ce pur néant laissait passer une lumière qui n’était pas sans rapport avec la tradition nationale dans ses rapports avec l’Antiquité, et donc dans un référencement à l’esprit éternel de la nation même.

Peut-être cela eut-il un lien indirect avec les Grands Transparents que disait chercher intérieurement André Breton, au travers de l’écriture automatique...

Mais est-il impossible de trouver une voie de liberté le dimanche, c’est la question qu’on peut se poser : car Jean-Noël Cuénod dit implicitement que non, mais je n’en suis pas si sûr. Il faudra en reparler, à l’occasion.

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25/07/2008

Stendhal et le clergé savoyard

Stendhal.jpgJ’ai lu sur un blog littéraire français que Stendhal eût pu prendre modèle, dans Le Rouge et le noir (qui se passe dans le département du Jura), sur les curés savoyards, lesquels, en 1814, en fidèle de Napoléon, il accusait de laisser le peuple dans l’obscurantisme.

Cependant, dans sa relation de voyage à Chambéry, écrite sept ans après la publication de son roman, en 1830, Stendhal affirme que les curés savoyards sont différents de leurs homologues français, parce qu’ils sont plus mêlés à la population, qu’ils partagent leur sort, et ne voient pas la prêtrise comme un moyen de réussir socialement, et de s’arracher à leurs origines paysannes : qu’elle correspond par conséquent, chez eux, à une vocation plus naturelle, plus spontanée.

Les curés savoyards, suivant les préceptes de François de Sales - qui se posait davantage comme un ami qui accompagnait sur le chemin qu’un maître qui traçait les plans du chemin -, se montraient proches de leurs ouailles : ils vivaient parmi leurs paroissiens, et les soutenaient moralement. De toutes façons, la prêtrise, en Savoie, ne permettait pas d’acquérir de grands honneurs, des titres glorieux suite à l’éclat de sermons prononcés en chaire, par exemple : les possibilités d’ascension sociale restaient limitées.

En réalité, Stendhal critiquait la politique de la Restauration en France, qui enrôlait des paysans dans la prêtrise en leur promettant un statut social meilleur : il estimait que cela menait à l’hypocrisie. Si jamais il a pris modèle sur un clergé en particulier, il est probable qu’il s’est appuyé sur ses souvenirs d'enfance : il a toujours dit beaucoup de mal des jésuites de Grenoble qui l'avaient éduqué. Or, dans les Mémoires d’un touriste, sus évoqués, il a réellement fait l’éloge du clergé de Chambéry. On doit sans doute comprendre qu’il réprouvait avant tout l’utilisation politique de la religion catholique, à laquelle s’adonnaient les frères de Louis XVI, qu’il haïssait aussi. Le gallicanisme lui sortait par les yeux. L’image d’un clergé plus italien, traditionnel, à tendance contemplative, voire imaginative, tel qu’il l’a décrit au travers de l’abbé Blanès, qui scrute les étoiles à la suite du Vicaire savoyard, lui plaisait beaucoup plus. Il était fondamentalement romantique, à cet égard. Le Jocelyn de Lamartine, vivant parmi les pauvres Savoyards de la montagne et lui aussi voyant Dieu dans les astres, correspondait en fait à ce que Stendhal même ressentait.

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22/07/2008

Poésie aux sommets

chamonix.jpgJeudi 24 juillet, après-demain, entre 15 et 19 heures, j’aurai l’honneur de dédicacer mes ouvrages de poésie, en compagnie d’autres poètes, à Chamonix, Place de la Poste, à l’occasion d’une manifestation organisée par l’Association Poètes aux Sommets, et qui comptait et compte d’autres événements. Le directeur des éditions Le Tour, qui publie fréquemment de la poésie, sera également présent.

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20/07/2008

Archaïsmes supposés

Sénat.jpg

Au Sénat, lors du débat sur les langues régionales, celles-ci, comme en 1792, ont été facilement assimilées à une forme de culture regardée comme dépassée et archaïque. Un Sénateur qui s'en était déjà pris, il y a quelque temps, au Tibet avec le même genre d'idées, a alors renchéri pour la Bretagne bretonnante, et les écoles qui en émanent.

Descartes écrivait en français, n'est-ce pas: tandis qu'en breton, par exemple, on priait encore, à la fin du dix-neuvième. Le catéchisme s'est effectué jusqu'à des temps tardifs en langue régionale. Or, même au sein du catholicisme, le gallicanisme a eu une tendance plutôt rationaliste: il était tourné vers l'Etat - les dispositions pratiques de la vie collective. Les saints locaux ont toujours ce côté fabuleux au sens propre que n'a pas Louis XIV, dont la grandeur passait davantage par les travaux des hommes que par l'action mystérieuse des anges!

Mais enfin, j'espère que cela ne découragera pas les éditeurs savoyards de publier et de rééditer des poètes en langue vernaculaire, tel mon arrière-grand-oncle Jean-Alfred Mogenet, dont un poème sur la Jaÿsinia a déjà été mis en vente - comme de juste - à la Villa de la Jaÿsinia.

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10/07/2008

Antennes relais

antennes-relais.jpgDans La Tribune de Genève du 27 juin dernier, un article sur les antennes relais et leur possible nocivité rapportait que le seuil d’émission autorisé à Genève était de dix fois inférieur à celui de la France. Et de fait, les inquiétudes justifient qu’on se soucie de la santé des citoyens. Mais pourquoi en France ne baisse-t-on pas le seuil ? L’Etat, discrètement, mentionne çà et là les dangers. Mais il ne fait rien, probablement parce que l’État, en France, se sent, à tort, responsable de l’économie, et que ces antennes rapportent.

L’État devrait se soucier de l’économie non sur son initiative, mais sur celle des citoyens : il est là pour aider les gens à investir, lorsqu’ils ont une bonne idée. On dit fréquemment que l’État se soucie du bien-être des citoyens, lorsqu’il se soucie de l’économie en général ; mais comme on sait que plus le pays engrange de l’argent, plus l’État lui-même est riche, on peut quand même se demander si le seul sentiment philanthropique anime les acteurs de l’État.

Et de fait, quand les fonctionnaires constatent que les revenus fiscaux baissent, que doivent-ils faire ? Soit baisser leurs revenus, soit eux-mêmes créer des entreprises pour redresser la barre, à mon avis. Mais l’habitude est plutôt de dire aux entrepreneurs comment ils doivent s’y prendre. C’est dommage.

Car lorsqu’une entreprise est en pleine action, l’État doit à mes yeux surtout surveiller d’une part que les termes des contrats internes à l’entreprise soient observés avec rigueur, d’autre part que les effets de l’activité de ces entreprises ne nuisent pas à la santé et à l’ordre publics. Au lieu de cela, me semble-t-il, il regarde souvent comment l’entreprise sera en mesure de payer ses taxes.

Les citoyens aiment déjà bien s’enrichir : ils aiment aussi entreprendre, créer, être actifs ; pourquoi l’État doit-il les diriger jusque dans leurs sentiments à cet égard, je ne sais pas. Et je crois qu’abstraction faite de la solidarité que je dois à mes compatriotes, j’approuve profondément la vision suisse d’un État proche des citoyens, et comme émané d’eux.

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09/07/2008

Immaculée Conception

Franz_von_Sales.jpgUn militant laïque a un jour écrit, dans un blog de la Tribune de Genève, qu’en ce qui le concernait, il n’entendait pas appeler culture des idées comme celles de l’Infaillibilité du Pape ou de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. J’y ai déjà fait allusion à propos de la première de ces deux doctrines, défendue particulièrement par Joseph de Maistre dans son Du Pape: il le dit inspiré mécaniquement et nécessairement par le Saint-Esprit. Or, récemment, j’ai lu un recueil de textes (d’ailleurs acheté chez un bouquiniste genevois) de l’autre grand écrivain savoyard qu'était François de Sales, et qui rassemblait les écrits que celui-ci avait consacrés à la sainte Vierge: il contenait effectivement l’idée de son immaculée conception.

Elle est devenue officiellement un dogme, et un lecteur de ce blog, voulant m'éclairer sur son sens exact, m'a cité le canon: Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. Ce qui s'est passé spirituellement au moment de sa conception n'est d'ailleurs pas forcément rendu net par ces expressions consacrées, et peut-être le catholicisme moderne manque-t-il de la tendance à l'occultisme propre aux temps anciens, car on peut comprendre, de ce point de vue, que le démon qui se place dans chaque corps humain du fait de la conception par la voie charnelle, a été empêché d'entrer dans le corps de la Vierge Marie par une grâce divine, l'intervention d'un ange. Mais pas que Marie ait été comme son fils conçue autrement que par un homme s'unissant charnellement à une femme.

Quoi qu'il en soit, sans lui non plus l'expliquer précisément François de Sales affirme que cette grâce accordée à la Vierge sainte la rendait rayonnante aux yeux des anges mêmes - lesquels, dit-il, étaient penchés admiratifs sur son berceau! Il fait des mystères du christianisme une féerie qui n’est pas sans rappeler celle des contes de Charles Perrault. Même goût pour un merveilleux dont la signification morale est claire, et qui ne se déchaîne pas dans le monde de l’imagination, mais dont le caractère sFrancisco_de_Zurbarán_066.jpgpécifique ne fait pas l’objet d’une remise en cause particulière: à plusieurs reprises, François de Sales a défendu le merveilleux en littérature, s’il était inspiré par la religion; et personnellement, il estimait que la foi devait porter l’esprit à recevoir comme authentique, à cet égard, même ce qui apparaissait à première vue comme invraisemblable.

Sa grande idée était que la controverse, la polémique sur des points théologiques, était complètement inutile, et même, nuisible. Pour lui, on était efficace contre ce qu’on estimait être une hérésie quand on prêchait avec amour ce en quoi on croyait. Or, une doctrine religieuse présentée avec amour passe forcément par des images qui parlent au cœur; il en est bien ainsi des récits de miracles, des légendes telles que les a racontées jadis Jacques de Voragine, par exemple.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, néanmoins, ce n’était pas une simple ruse pour séduire: François de Sales était sincère, et il estimait qu’il fallait l’être. Peut-on aimer ce qui est faux, et peut-on communiquer un amour qu’on ne ressent pas? Sa méthode a pu être imitée par des esprits froids, et sceptiques, mais lui-même n’était pas ainsi. Au fond, il essayait de maintenir vivante, y compris sans sa propre âme, la vieille tradition, qui faisait de la divinité un être personnel, aimant, ayant des sentiments, et pouvant, donc, intervenir dans le monde qu’il avait créé, pour le modeler à sa guise. Le Père tout-puissant et miséricordieux pouvait-il être enchaîné par sa propre création? Il pouvait seulement sembler s’en désintéresser, si les hommes eux-mêmes ne se tournaient pas vers lui. Or, à coup sûr, pour l’évêque de Genève, la naissance de la Vierge Marie était une marque d’intérêt profonde pour l’humanité: elle était l’effet de la bonté divine ! Elle devait donc être sans tache, dans sa source.

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07/07/2008

Helvétisation de l'emploi

Genève jet d'eau.jpgJe crois que quand on a passé un contrat de travail de droit suisse, il faut se considérer, en tant qu’on travaille, comme dépendant d’abord de la Confédération helvétique, même quand on est de nationalité française. Psychologiquement, d’ailleurs, on épouse, peu ou prou, la culture d’entreprise propre au pays où l’on est employé.

En outre, un contrat de travail se signe sous couvert de l’Etat de tutelle de l’entreprise, et conformément au droit qui est le sien. Or, le droit du travail, dans un pays, dépend totalement de la philosophie qui domine le pays, et donc de sa culture, de ses traditions.

Que les Français salariés à Genève se sentent liés à cette cité plus qu’à leur lieu de domicile (dont somme toute leur subsistance ne dépend qu’indirectement, tandis que leur employeur subvient directement à leurs besoins), cela est sensible, en réalité, quand on est en relation avec eux.

Un jour, une amie qui était annécienne mais avait, par sa mère, la nationalité suisse en même temps que la française, décida de travailler elle aussi à Genève, dans un restaurant. Elle fut assez surprise d’entendre dire beaucoup de mal, et souvent, des Français voisins, par les employés ses collègues : c’était sans arrêt. Or, un autre jour, elle fut encore plus surprise d’apprendre que de tous les employés du restaurant, elle était la seule à avoir la nationalité suisse : tous les autres étaient français.

Peut-être que quand on devient salarié en Suisse, on se sent appartenir à un autre monde, à un monde plus beau, plus noble. Peut-être aussi qu’on répète et même amplifie les moqueries et les critiques qu’on entend énoncer par les Genevois, qui somme toute détiennent encore le capital dont le salaire dépend (au moins par le biais de l'immobilier). En tout cas, il n’est guère douteux que, quoi qu’il y ait écrit sur la carte d’identité, quelque soit le lieu où on habite et où on est né, quand on devient employé, on modèle, plus ou moins consciemment, son esprit sur celui de son employeur !

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05/07/2008

Les Allobroges retrouvent leur Voix

Lac d'Annecy.jpgQue reste-t-il de l’identité savoyarde, c’est le dossier constitué ce trimestre par La Voix des Allobroges, journal édité à Chambéry, dans son n° 17. J’y ai participé par une évocation de la littérature savoyarde, et aussi par un article faisant l’éloge du francoprovençal. André Palluel-Guillard, président de la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, a réalisé un article très bon sur la vision qu’ont des Savoyards leurs voisins, évoquant aussi les Genevois, et faisant à ce sujet une erreur, quand même, en disant que le mont Blanc ne serait rien sans Saussure : car le mont Blanc doit tout à son altitude, qu’a créée la nature seule. Parfois, on finit par s’imaginer que les premiers à avoir parlé d’une chose l’ont créée ; mais ce n’est pas exactement le cas !

En outre, l’écrivain Philippe Sollers répond aux questions posées par le journal sur les tentatives de réhabilitation du Savoyard Joseph de Maistre, qu’il a effectuées ces derniers temps. Sollers est un grand admirateur de Joseph de Maistre.

D’autres aspects de la tradition savoyarde sont évoqués, y compris les produits du terroir, lesquels peu à peu deviennent emblématiques - et auxquels, peu à peu, on ramène les Savoyards inexorablement : cela a remplacé la figure du ramoneur !

Un poème évoquant la fée du lac d’Annecy, est dont l’auteur est un mystérieux Charmeur giffriote, essaye de saisir un élément de l’âme même du pays : c’est intéressant.

Un journal qu’on peut acheter même à Saint-Julien et à Annemasse !

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03/07/2008

Jacques de Bugnin, Savoyard vaudois

tamie2.jpgJacques de Bugnin fut un poète mystique vaudois du XVe siècle bien inséré dans le duché de Savoie, puisqu’il est mort dans l’abbaye de Tamié, qui est restée en Savoie jusqu’au bout. On le dit parfois premier des poètes romands, ou du moins vaudois, et il est aussi un des plus anciens poètes de l’ancienne Savoie. Je lui ai donc consacré un article, cette semaine, dans Le Messager : à lire !

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02/07/2008

Mondialisation et Haute-Savoie

visite_guidee.jpgUn journaliste littéraire du Monde, sur son blog, a récemment évoqué mon livre sur la Savoie, et une partie de ce qu’il énonce concernait Genève. Selon lui, j’aurais à peu près dit que la mondialisation avait eu pour effet de faire manger aux Genevois des reblochons. A vrai dire, si j’ai dit cela, c’est assez absurde, car le reblochon a surtout du succès à Paris.

Ce que je me souviens plus précisément avoir dit, c’est que durant la seconde moitié du XXe siècle, les machines étaient venues en Haute-Savoie depuis Genève et plus généralement la Suisse. De fait, Genève est connue en France, au sein du peuple, par ce dont les journalistes ne parlent guère (ils préfèrent aborder des sujets plus élevés, sans doute) : c’est simplement la présence en son sein de grosses et belles voitures. La Suisse est réputée pour avoir des voitures automobiles qui brillent !

Le plus amusant est que si on lit Michel Butor, par exemple, on s’aperçoit que cela s’y reflète : car dès qu’il regarde vers Genève, il voit les avions qui s’élèvent des bords du Léman, et s’enfoncent dans l’azur du ciel. Butor est un grand écrivain parce qu’il sublime ce dont parle le peuple, et non parce qu’il évoque de préférence des sujets qui paraissent élevés au commun des journalistes qui écrivent.

Ce qui est remarquable, et spécifique, en Suisse et en Haute-Savoie, c’est le mélange permanent entre la nature - les montagnes, les lacs, la campagne - et les machines les plus modernes ! A Paris, les choses sont différentes : l’industrie étant centralisée, c’est la ville qui est imaginativement mécanisée, tandis que la campagne est restée agricole et dénuée de machines visibles. C’est ce qu’on appelle le désert français.

Or, la Haute-Savoie épouse, spontanément, le modèle suisse, plus décentralisé, qui dissémine la technologie, qui ne regroupe pas l’activité économique autour d’une capitale administrative en particulier. Cela crée, je crois, des images poétiques du type de celles de Butor, qui a également évoqué le travail d’usinage des gnomes, sous la terre, durant l’hiver savoyard, quand ils préparent le printemps ! Ce mélange entre l’organique végétal et le mécanique m’a toujours paru profondément intéressant, et se différencier d’une vision parisienne au sein de laquelle la machine est plus intimement liée à la pierre des cités - à la civilisation urbaine, à l’héritage romain. C’est cela dont j’ai réellement voulu parler : non du reblochon.

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