13/08/2008

Chantres de nos montagnes

Horace_Benedict_de_Saussure.jpgJacques Replat, auteur romantique annécien du XIXe siècle, a un jour écrit que les seuls qui eussent su parler de la Savoie et de ses montagnes étaient les Genevois Horace-Bénédict de Saussure et Rodolphe Töpffer. A vrai dire, le seul qui ait bien parlé et en abondance de Chambéry, c’est un autre Genevois, Jean-Jacques Rousseau. On pourrait quand même ajouter à cette liste Alphonse de Lamartine, qui était du Mâconnais, en Bourgogne, et qui a su merveilleusement parler du lac du Bourget et des montagnes qui s’élèvent sur ses bords...

Il est vrai que les Savoyards n’ont d’abord pas cherché à parler en abondance de leur propre pays. Rien à ce sujet chez Joseph de Maistre. Son frère Xavier a magnifiquement parlé des Alpes, mais plutôt de celles de la vallée d’Aoste. Pour saint François de Sales, il a fréquemment parlé souvent des saints propres à la Savoie, voire évoqué son affection pour le lac d’Annecy et les montagnes qui l’entouraient, mais il n’est pas entré dans le détail, à cet égard : l’époque, tout entière tournée vers les questions morales, ne le permettait pas ; Racine ne procédait pas différemment...

Le cardinal Gerdil, au XVIIIe siècle, en resta lui aussi à la pure sphère morale, au sein de ses écrits.

Cependant, ayant constaté que le monde visible, pour ainsi dire, n’avait guère été, en Savoie, poétiquement décrit que par des étrangers, Jacques Replat lui-même évoqua beaucoup les paysages savoyards, en les nimbant généralement d’un voile de mythologie, de légendes, de folklore. Davantage inspiré par Lamartine que par les Genevois, le poète Jean-Pierre Veyrat fit de même, en instaurant entre lui et les montagnes de sa “petite patrie” un lien intime, préfigurant, je crois, celui qui unit les personnages de Ramuz à leur environnement. Un peu plus tard, Maurice-Marie Dantand pour le Chablais, François Arnollet pour la Tarentaise, s’efforcèrent eux aussi de relier la poésie et le paysage montagnard ou lacustre qui les entourait.

Que ce soit mérité ou non, néanmoins, il demeure que ces écrivains savoyards sont bien moins connus que Töpffer et de Saussure. Il faut dire qu’ils demeuraient dans une sorte de voie participative qui rappelle volontiers Hugo décrivant l’Océan dans sa poésie ou Les Travailleurs de la mer : ils se fiaient bien autant aux images nées de leur émotion, face aux paysages, qu’à la forme de ce qu’ils voyaient. Le goût moderne, orienté vers le naturalisme, s’en accommode mal. Finalement, de Saussure et Töpffer préfigurent davantage Flaubert, par exemple.

Nos poètes sont intéressants quand même, bien sûr.

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Commentaires

DANTAND,LA SAVOIE ET LES AMBASSADEURS D'ETHIOPIE AU MOYEN-AGE (14-15°s)
Réponse à une lectrice.

Le séjour à Thonon d'une reine d'Ethiopie, en l'an 1321 (Dantand, "Gardo", pp.58-61), est une métamorphose des séjours en Savoie de nombreux émissaires et moines mendiants éthiopiens qui traversaient cette aire, depuis Rome jusqu'aux diverses cours des ducs de Bourgogne (Bruxelles, Lille, etc.), munis parfois des passeports délivrés par le pape (des "liber passus")
Unique pays d'Afrique doté de sa propre écriture (non latine et non arabe), l'Ethiopie put ainsi, dès le Moyen Age, établir une diplomatie avec les diverses cours d'Europe (cf. archives du Vatican ; archives des rois d'Aragon, des ducs de Bourgogne, etc.).
Egalement unique terre d'Afrique à n'avoir pas été colonisée, l'Ethiopie, chrétienne avant la Gaule, a bénéficié de privilèges exceptionnels : durant des siècles, les Ethiopiens furent les seuls hommes de couleur noire à pouvoir circuler librement sur les terres d'Europe, et leur passage par " le lac de Genève ", certain dès le XV°s, n'aura pas manqué de susciter la stupéfaction, avant que celle-ci n'engendre la légende...

Écrit par : Serge Aroles | 26/09/2008

Merci, M. Aroles.

Le saint patron de la Savoie, Maurice, était réputé lui aussi de couleur noire, néanmoins. La surprise pouvait être relative. Mais le fait d'une venue d'Ethiopiens, naturellement mémorable.

Écrit par : R.M. | 26/09/2008

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