26/08/2008

Etat et économie

Tramway.jpgJe crois que c’est dans l’économie, plus que dans les États, qu’il faut chercher la solution des transports en commun transfrontaliers. Dire que l’économie doit forcément avoir pour base le profit par tous les moyens, c’est méconnaître la réalité de l’économie aussi sur le long terme. Car l’environnement a un coût final : il n’est pas une simple lubie, un caprice. Le rôle de l’État est précisément de rappeler le sens économique sur le long terme : c’est de refuser de motiver les actions en gardant la tête dans le guidon. Or, les acteurs économiques ont d’abord cette caractéristique. S’ils ne l’avaient pas, du reste, ils temporiseraient trop, dans leur activité. Mais il faut nécessairement aussi écouter, de temps à autre, ceux qui ont le temps de regarder les choses sur le long terme. (Ici, je nomme l’État.)

Cependant, le financement ne fait que passer par l’État : il n’en vient pas.

07:53 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

Commentaires

Sauf que le transport en Suisse ne vient QUE par l'Etat, que ça soit la route ou le rail. Avec l'interdiction des péages en Suisse, il est impossible de mettre en place un partenariat public - privé pour la gestion des routes, comme ça se fait chez nos voisins Français, du reste.

J'ajouterais que l'aménagement du territoire est également le privilège exculsif de l'Etat: c'est in fine lui qui deside quoi et où construire.

Écrit par : PtitSuisse | 26/08/2008

A mon avis, si l'Etat a l'argent, il ne refuse pas des transports en commun. Or, l'argent vient bien de l'économie. Je ne pense pas que, en deçà des procédures officielles, il n'y ait jamais de discussion, à Genève, entre des représentants du patronat et ceux de l'Etat. Au demeurant, si ces discussions informelles n'existent pas (ce qui m'étonnerait), on peut les instituer à tout moment, à l'initiative de l'une ou l'autre des parties.

Écrit par : R.M. | 26/08/2008

Mon point de vue ne sera que théorique, mais il me semble bien qu'à l'heure actuelle, peu d'États ne font office de vue à long terme, ou ne le font dans les meilleures considérations du bien commun. Et puis l'argent étant principalement entre les mains de conglomérats géants, ceux-ci exercent un grand pouvoir sur les États et leur laissent des brindilles à gérer. Du moins c'est ce qui me senble.

Écrit par : marie danielle | 26/08/2008

Marie-Danielle, vous décrivez une tendance indéniable, mais à mon avis, en la caricaturant. Les magistrats qui dirigent les cités ont peut-être trop souvent la vue courte, mais je pense que la plupart d'entre eux pensent sincèrement en avoir une d'une tout autre sorte. Ensuite, bien sûr, ils peuvent toujours avoir une vue sur le long terme qui n'est en fait que la projection simpliste de la vue acquise sur le court terme. C'est aussi le rôle des philosophes, des sages de la cité, pour ainsi dire, de proposer quelque chose de moins simpliste. En dernier ressort, bien sûr, les magistrats, si on peut dire, décident.

Pour les conglomérats, là aussi, il ne faut pas caricaturer, car si le secteur économique s'empare du secteur politique, dans les faits, cela veut dire que spontanément, les préoccupations deviendront politiques. Or, il ne faut pas croire qu'un commerçant ne se soucie pas du long terme : il tient lui aussi à garder durablement son argent, à se sécuriser. Or, ce n'est pas possible si on navigue en permanence à vue. Votre navire finit par couler ! Même quand le commerçant paie le pilote, il est bien obligé de s'en remettre à son art. Dans mon article, j'ai justement voulu montrer que l'environnement avait un coût sur le long terme. Je ne l'ai pas fondé seulement (ou même réellement) sur le sens social immédiat, ou l'amour romantique de la nature.

Écrit par : R.M. | 26/08/2008

Je ne caricaturais pas : je cherchais à montrer les articulations invisibles ou insuffisamment prises en compte. Lorsque, dans une société, l'argent asservit plutôt que d'être asservi par qui en a et/ou le gère, les vues sur quoi que ce soit s'en trouvent travesties. Sinon, ce que vous prêtez en bonnes intentions aux élites intellectuelles, financières ou dirigeantes, puissent-elles être véritablement réelles ! Mais, si l'on observe que les multinationales, alors qu'accumulant des profits faramineux de dépôt de bilan en dépôt de bilan, obtiennent souvent des États des subventions pour "subsister", pour ensuite aller s'établir ailleurs lorsque la source de leurs exploitations s'est tarie ou parce que la main d'œuvre leur coûterait trop cher*, l'on voit bien que leur souci du long terme ne sert qu'elles.

*le "trop cher" étant, parce que visée de plus grands profits encore.

Écrit par : marie danielle | 26/08/2008

Je ne caricaturais pas : je cherchais à montrer les articulations invisibles ou insuffisamment prises en compte. Lorsque, dans une société, l'argent asservit plutôt que d'être asservi par qui en a et/ou le gère, les vues sur quoi que ce soit s'en trouvent travesties. Sinon, ce que vous prêtez en bonnes intentions aux élites intellectuelles, financières ou dirigeantes, puissent-elles être véritablement réelles ! Mais, si l'on observe que les multinationales, alors qu'accumulant des profits faramineux de dépôt de bilan en dépôt de bilan, obtiennent souvent des États des subventions pour "subsister", pour ensuite aller s'établir ailleurs lorsque la source de leurs exploitations s'est tarie ou parce que la main d'œuvre leur coûterait trop chère*, l'on voit bien que leur souci du long terme ne sert qu'elles.

*le "trop chère" étant, parce que visée de plus grands profits encore.

Écrit par : marie danielle | 26/08/2008

Désolée, pour le doublon, mais en premier j'avais tenté d'envoyer celui qui apparaît étrangement en second et ne l'ayant pas vu apparaître, j'ai envoyé le second (qui apparaît en premier !), corrigé. Ah !

Écrit par : marie danielle | 26/08/2008

De toutes façons, Marie-Danielle, notre zone transfrontalière n’est pas un endroit où les entreprises s’en vont, mais un endroit où elles arrivent - où elles sont arrivées, du moins. Les entreprises s’installent en Suisse, les salariés en France, s’entend : car du côté français de la frontière, notamment dans la vallée de l’Arve, il y a bien des entreprises qui s’en vont, naturellement. Mais l’ailleurs où on délocalise, cela peut quand même être un ici. Du reste, délocaliser, c’est un mot mal choisi, car une entreprise se retrouve bien toujours dans un endroit précis, quel qu’il soit. En traversant les frontières, qui sait si les entreprises ne préparent pas l’instauration d’un gouvernement mondial qui finalement créera plus d’égalité dans le monde ? On ne peut pas délocaliser indéfiniment. Et puis ce n’est pas parce que les entreprises peuvent s’en aller qu’il faut tout accepter. D’un autre côté, si on s’en prend aux entreprises, on est sûr qu’elles vont s’en aller. Ce qu’il faut, donc, c’est discuter, sans mettre en cause en bloc les entrepreneurs. Ce qu’il faut, c’est éviter la lutte des classes, à mon avis : éviter de donner aux entreprises une raison de s’en aller qu’on peut comprendre si on se met à leur place, et qui n’a rien à voir même avec le sens de la solidarité des entrepreneurs, pour la bonne raison qu’on peut imposer la solidarité, mais qu’on ne peut pas en fabriquer le sens dans les âmes. Or, le but ne peut pas être de toujours tout imposer. Il faut aussi compter sur l’humanité. Sinon, honnêtement, tout est vain.

Écrit par : R.M. | 27/08/2008

Les entreprises sont bien dirigées par des humains, alors s'il fallait compter sur l'humanité, comme vous dites, ces dirigeants-là devraient en faire également preuve. C'est bien ce que je disais avant vous-même, que ce n’est pas parce que les entreprises peuvent s’en aller qu’il faut tout accepter, mais quand l'appât du gain mène avant tout dirigeants politiques ou d'entreprises, ou la soumission à la facilité pour les premiers, elle est vraisemblablement envoyée se promener, l'humanité !

Écrit par : marie danielle | 27/08/2008

Mais Marie-Danielle, on peut dire cela de tout le monde : pourquoi le dire spécialement des entrepreneurs ? Les salariés de Genève se délocalisent bien, eux aussi, puisqu'ils vivent en France, et qu'en plus, en général, ils se sont installés dans la zone frontalière depuis des régions françaises beaucoup plus centrales (et souvent plus riches, à l'origine : mais eux-mêmes les appauvrissent en déplaçant leur capital autour de la frontière suisse). Donc, si on ne compte pas sur le sentiment humain, sur qui faut-il compter ? La politique ne peut pas se borner à faire des constats pessimistes sur la nature humaine, tout de même. La vérité est que les entrepreneurs n'ont ni plus ni moins de sentiment humain que les autres.

Écrit par : R.M. | 27/08/2008

(Ni plus ni moins que l'Etat, notamment : car l'Etat aussi est dirigé par des humains. A vous écouter, on ne peut plus travailler avec personne, puisque tous les hommes sont des bêtes qui ne pensent qu'à leur profit : car croyez-vous que les fonctionnaires n'y pensent pas ?)

Écrit par : R.M. | 27/08/2008

"La vérité est que les entrepreneurs n'ont ni plus ni moins de sentiment humain que les autres."

M'enfin, ce sentiment-là, comme tout autre, varie en degré ou en présence selon les humains.

C'est le souci de justice qui fait une différence. Or, prenez pour seul exemple le salaire de 17 millions que recevra un pdg, et celui nettement insuffisant du salaire minimum d'un ouvrier : on aura beau dire que les ouvriers n'ont guère fait de longues études, etc., ça ne justifiera jamais les 17 millions de l'autre : il aurait étudié 100 siècles peut-être ? Et acquis de l'expérience durant 100 autres ?

C'est totalement hors-proportions, or il se trouve qu'on met en cause ces critères de formation académique et d'expérience pour les petits salariés, et pourtant on n'entend guère la même chanson du côté des plus hauts niveaux administratifs d'entreprises qu'on se garde bien d'évaluer en fonction d'eux. Et qu'on ne vienne pas me dire que ce serait un plus haut degré de responsabilité qui ferait la différence : il n'y a rien qui justifie ces disproportions. Mais une certaine l'explique, par contre.

Écrit par : marie danielle | 27/08/2008

Ah ?

Écrit par : R.M. | 28/08/2008

(Mais enfin, Marie-Danielle, si les chefs d'entreprise ont de tels salaires, cela montre bien qu'ils sont à même de créer par exemple une fondation pour permettre à leurs employés de prendre le train pour venir sur leur lieu de travail. C'est ce dont je parle dans mon article. Nous sommes donc d'accord. Car si l'argent, au sein de l'économie et donc des revenus, n'existait pas, ma proposition n'aurait aucun sens. De fait, vous n'avez pas l'air de comprendre qu'il y aura peut-être bientôt un temps où si les entreprises s'en vont, les gens seront plutôt contents, parce que le coût environnemental deviendra supérieur aux bénéfices de l'entreprise. Mais si les chefs d'entreprise se font de l'argent ailleurs, grand bien leur fasse.)

Écrit par : R.M. | 28/08/2008

Rémi, j'avais avisé des le 1er commentaire que mon avis serait théorique : comment pourrait-il être autre, moi qui suis d'outremer atlantique...

Là où je ne suis pas d'accord, Rémi, c'est qu'on administre et exploite des ressources et des travailleurs en ne voulant faire que des profits et en n'assumant pas toutes les retombées de l'activité exploitatrice : or c'est bien ce que nous observons trop fréquemment car en ce domaine là, il y a beaucoup de courte vue (elle n'est pas réservée qu'aux dirigeants politiques). Mais la courte vue peut dépendre d'au moins deux choses : soit on refuse d'assumer tout ce qui est engagé et les conséquences qui en résultent, soit on en était ignorant (ignorant au départ de l'exploitation, à l'arrivée, ou après, n'en demeure pas moins que, peu importe le temps, l'on est point dégagé de notre responsabilité d'autant).

(La disproportion qui l'explique, entendais-je à dire en commentaire précédent et auquel votre ah ? faisait référence, elle est celle de l'appât du gain : exponentiel, semble-t-il, chez certains ; accompagné d'une volonté de justesse/justice, chez d'autres.)

Écrit par : marie danielle | 28/08/2008

Oui, vous avez tout à fait raison : j'ai écrit mon article pour suggérer à cet égard une évolution dans le bon sens. Car personnellement, je crois que les détenteurs de capitaux peuvent tout à fait décider de les utiliser dans un sens également bon. Or, selon moi, penser à des transports en commun pour les employés, cela va dans le bon sens. S'il s'avère qu'aucun détenteur de capitaux de notre région n'y songe, et que tous sont prêts à partir dans d'autres pays plutôt que d'entendre les citoyens le leur suggérer, eh bien, qu'est-ce qu'on y peut ? En tout cas, à mon échelle, je n'y peux rien.

Écrit par : R.M. | 29/08/2008

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