01/09/2008

Images poétiques

Charles Duits.jpgJ’ai déjà évoqué les idées plutôt avant-gardistes de Jean-Noël Cuénod sur la poésie, à propos du surréalisme. En fait, comme lui, je suis de plain-pied avec André Breton sur la nécessité de vivre au plus intime de soi les images qui sont présentes dans la poésie, et j’ai toujours, moi-même, été comme profondément déçu (quoiqu’attiré a priori, je l’avoue) par les images froides qui ne sont relatives qu’à une tradition.

Néanmoins, comme mes images sont souvent relatives à des traditions, celui qui connaîtrait éventuellement un peu mes propres poèmes pourrait être un peu surpris.

Mieux encore, il manque à mes images, outre un caractère novateur, apparemment, un caractère non discursif, comme on dit, vide de rationalité. De fait, la vérité est que l’écriture automatique ne se reconnaît pas forcément à la flamboyance de ses images. Car cela ne concerne véritablement que les grands poètes qui ont utilisé l’écriture automatique, et qui auraient été, en réalité, de toutes façons de grands poètes : Aimé Césaire, bien sûr, André Breton, mais aussi Antonin Artaud, ou Charles Duits.

Non. Le plus gros défaut de l’écriture automatique, c’est qu’on ne la reconnaît pas à la flamboyante originalité de ses images, puisque cela ne concerne que les grands poètes qui l’ont pratiquée, mais à l’absence apparente de linéarité discursive. Or, la vérité est que l’absence de quelque chose n’a jamais prouvé en soi la présence d’autre chose - ici, de l’inspiration.

Charles Duits, par exemple, n’est pas le plus reconnu des poètes surrréalistes - bien que, pour moi, ce soit le plus grand. En effet, ses images, quoique en soi étranges, se sont peu à peu ordonnées en mythologie. Duits a créé une sorte de mythologie nouvelle, assez cohérente. Et finalement, comme il arrive toujours dans ce genre de cas, cette mythologie, une fois créée, s’est assez clairement recoupée avec des mythologies déjà connues. Ce n’était pas l’intention de Duits ; mais lui-même s’en est aperçu, et un esprit avisé et minimalement savant ne peut pas ne pas l’imiter, à cet égard.

On peut dès lors naïvement affirmer que précisément, Duits n’a fait que combiner des mythologies préexistantes, et que, par conséquent, il n’a pas réellement suivi la charte implicite du Surréalisme.

Or, c’est pure illusion - même si cela peut paraître intelligent à première vue. De fait, les mythologies, naissant toujours de la même façon de l’âme humaine, ont une forme d’unité, comme l’âme humaine même. Un mystique dirait qu’elles puisent toujours aux mêmes sources objectives et cachées. Même les archétypes de Jung ne suffisent pas à l’expliquer. Mais le résultat est bien celui-ci : on le constate. La nouveauté totale est un leurre.

En réalité, ce qui compte, ce qui rend flamboyantes, et vivantes, les images, c’est précisément qu’on les sorte de soi : de son cœur. Mais que l’intelligence (l’entendement), de son côté, les reconnaisse comme liées à d’autres, déjà créées, et comme figées (au sein de la tradition), ne les condamne pas.

17:44 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Ca me dit quelque chose, c'est l'auteur de Ptah Hotep. Je ne connais pas du tout ses oeuvres graphiques. Je vais me laisser tenter du coup.

Écrit par : Vance | 02/09/2008

Voilà un texte à inscrire parmi vos plus beaux - ceux-là n'étant pas rares - et vos plus denses. Une mise à plat accompagnée de nouvelles perspectives, ou d'éclairages sur celles déjà pratiquées. Je vous en remercie - et si je ne le commente que quelques jours plus tard, c'était que je voulais avoir le temps de bien me poser pour ce faire.

Je souhaite retenir ceci : "Le plus gros défaut de l’écriture automatique, c’est qu’on ne la reconnaît pas à la flamboyante originalité de ses images, (...) mais à l’absence apparente de linéarité discursive. Or, la vérité est que l’absence de quelque chose n’a jamais prouvé en soi la présence d’autre chose - ici, de l’inspiration."

Envie d'ajouter aussi que si, ainsi que vous l'écrivez à raison, la nouveauté totale est un leurre, ce qui vaut parmi ce qui existe de plus précieux, à mes yeux, c'est bien quand une nouveauté se fait jour de soi à soi...

(De soie à soie aussi, mais là il faut avoir les chenilles !)

Écrit par : marie danielle | 04/09/2008

Merci, Marie-Danielle, ce cette appréciation favorable d'un article qui ne colle pas spécialement à l'actualité !

Personnellement, plus que la nouveauté, j'aime, dans une forme littéraire, la vie qui l'habite, et qui donne un air de nouveauté même aux formes déjà observées dans leurs traits généraux. C'est la doctrine classique, et je ne la trouve pas spécialement mauvaise. Cela dit, la vie qui habite les formes peut très bien aussi les amener à se métamorphoser complètement, et donner lieu à de la nouveauté même sur le plan formel. C'est une possibilité, et le modernisme a cette légitimité, de montrer que la forme peut réellement être changée de fond en comble par l'inspiration : c'est un fait parfaitement exact. Ce que je conteste, c'est que le changement de la forme amène automatiquement l'inspiration : cela peut être nouveau, apparemment, sans que la vie soit réellement présente. Vous pouvez faire un robot d'une forme nouvelle, sans qu'il se meuve plus de sa propre volonté que les précédents. En tout cas, c'est mon avis. La nouveauté peut aussi être illusoire.

Écrit par : R.M. | 05/09/2008

Merci DE de cette appréciation (erratum).

Écrit par : R.M. | 05/09/2008

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