30/09/2008

Le culte des sommets

Pierre_Favre.jpgPartout on a voué un culte aux montagnes. Le mont Blanc et les montagnes de Savoie ont fait aussi l’objet d’une sorte de mythologie. Mais d’où vient-elle ? Quelle en est la source ?

Cela ne s’est réellement formalisé qu’à l’époque romantique. Jusqu’au XVIIIe siècle, on n’évoquait guère les montagnes sous leur aspect physique. Pour le mont Blanc en particulier, tant qu’on n’eut pas pris connaissance de son altitude exacte, il ne suscita rien de spécifique. A partir d’Horace-Bénédict de Saussure, on vit se développer l’idée de l’Alpe comme objet magique en soi, chez Gœthe, par exemple, ou Sand, Gautier ; elle fit aussi figure de manifestation directe de l’activité créatrice de la divinité, comme chez les époux Shelley.

Cependant, il est attesté que dans l’Antiquité, il existait déjà au moins des cols qui possédaient des temples. Or, le christianisme n’a fait que transformer cela, sans l’abolir. Et de fait, je suis persuadé que même chez François de Sales, on trouve des ébauches de culte des sommets.

J’ai déjà indiqué que ce pieux évêque évoquait rarement la nature, qu’il demeurait globalement dans la sphère morale. Pourtant, dans l’une des méditations présentées dans son Introduction à la vie dévote, il dit que Dieu a donné, aux hommes, des yeux afin qu’ils voient les merveilles de ses ouvrages. Il ne restait plus qu’à le prouver, en évoquant concrètement la nature, notamment alpine, comme allait bientôt le faire Horace-Bénédict de Saussure, dont, effectivement, les relations font figure d’hommage constant aux merveilles de la nature. L’idée est bien sûr passée par Rousseau : c’est celui-ci qui a appliqué le principe de François de Sales à l’évocation concrète de la nature alpine. Le Vicaire savoyard procédait déjà de cette façon, et quoique Rousseau ne s'en soit pas rendu compte, je crois, ce personnage de son Emile devait beaucoup, en réalité, au pieux évêque de Genève : il a pu exprimer ce qui chez celui-ci était latent.

Ce lien avec la nature, de fait, peut se rattacher à la tendance au pélagianisme qu'on a reconnue à saint François de Sales. Il ne rejetait pas le désir, comme le faisait saint Augustin, mais voulait le purifier pour le mener à Dieu. Il croyait cela possible parce qu’il estimait que par la cime de son esprit - au-delà de la conscience -, l’être humain était intimement lié à Dieu - par l’épaisseur, en quelque sorte, d’un cheveu : on dit qu’il tenait cette idée de la mystique allemande.

Or, dans ses écrits, François de Sales a constamment laissé entendre que les gens de son diocèse, vivant au pied de nos montagnes, avaient souvent eu des grâces particulières. Il a beaucoup chanté Pierre Favre et rappelé qu’il n’était que du Villaret, à Saint-Jean-de-Sixt, entre nos plus âpres montagnes. Il a loué la foi des montagnards de Chamonix, de Bonneville, de La Roche sur Foron, la disant pure et sainte, saine et spontanée, digne de celle des premiers chrétiens. Il a aussi aimé rappeler que saint Anselme de Cantorbéry était originaire d’Aoste : sa naissance honore nos montagnes, a-t-il dit. Et il a affirmé qu’il voulait par-dessus tout finir sa vie dans l’ermitage de saint Germain de Talloires, dans une grotte qui domine le lac d’Annecy et depuis laquelle on a une vue magnifique, féerique, sur le château de Duingt, gris et planté sur une presqu’île - et réputé bâti par les fées -, entouré de l’argent le plus pur des flots du lac, et dominé par une échine de dragon, une pliure de montagne qui m’a toujours paru représenter l’une des vues les plus splendides du monde. C’est à cause de ce dessein monastique que François de Sales refusa l’évêché de Paris. Je crois, ainsi, que le culte de nos sommets vient en réalité de lui, et que ses successeurs n’ont fait que le mettre en forme.

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28/09/2008

Traductions de l'Odyssée

LecontedeLisle.jpg

Quand on lit un poème de l'Antiquité grecque, on peut le faire soit en essayant d'y appréhender l'état d'esprit propre à la Grèce antique, soit en s'efforçant d'en appréhender la poésie, prise en elle-même. On peut faire les deux; mais souvent, on croit qu'on fait les deux, et en réalité, on les confond. En particulier, au sein d'un âge porté au scientisme, on peut croire appréhender le poétique quand on s'intéresse surtout à l'ethnologie.

Un poème tel que l'Odyssée d'Homère donne du reste un lustre particulier aux mœurs qu'il reflète, parce qu'il est en soi très beau. Pris par l'illusion, on peut finir par perdre de vue la poésie en elle-même et s'imaginer que celle-ci est tout entière contenue dans l'évocation d'un état d'esprit noble et digne - sous certains aspects admirable, même -, comme est celui du monde d'Homère, je dirai: l'éthique de l'ancienne Grèce.

Ce travers est pour moi celui dans lequel est tombé l'helléniste Bérard, passionné d'histoire antique. Sa traduction d'Homère a été appréciée, parce qu'elle était formellement élégante, et exploitait des siècles d'une rhétorique française héritée notamment de Racine. Mais personnellement, j'ai préféré la traduction de Leconte de Lisle, qui prenait moins le texte d'Homère comme un document scientifique que comme un poème épique. Le style en est plus sobre et plus directement mythologique, mais cela correspond précisément, selon moi, au style d'Homère. Le langage grandiose de Bérard reflète davantage l'esprit des études 475-stamnos-detail-ulysse-et-les-sirenes-peintre-des-sirenes-art-attique-vulci-h-0352-m.jpgclassiques, celui qui admire l'esprit des Hellènes pour les qualités qui lui sont propres: il reflète une forme d'enthousiasme académique.

Au demeurant, Leconte de Lisle pensait, comme les Allemands, qu'Homère n'était pas tant proche de Racine et du siècle de Louis XIV que de la littérature médiévale; et le fait est que je pense pareil. Je ne crois pas aux théories de Bérard, à cet égard: sa vision idéalisée du siècle d'Homère doit beaucoup, à mes yeux, à la vision idéalisée qu'on a en France du siècle de Louis XIV, qu'on croit recréé de l'Antiquité. Pour pouvoir louer les anciens Grecs, on les a rapprochés de Racine, et on les a éloignés de nos romans en vers du douzième siècle. Mais je ne crois pas que la réalité en soit mieux rendue. Le style sobre mais rempli de merveilleux (celui-ci ayant été indûment atténué par Bérard) de Leconte de Lisle correspond je crois à la réalité de ce que fut Homère, même si cela le rend assez étranger à la tradition française. On ne veut pas l'admettre, et on pense (comme Bérard même) que le rationalisme français était déjà présent chez Homère, mais je n'y crois pas. Jaccottet lui-même a admis que Bérard s'était trompé, à cet égard. Le néoclassicisme de l'helléniste jurassien (il était originaire de Morez, dans le département du Jura) était pourtant fait pour lui plaire: il correspond à son style. Mais je ne suis pas vraiment dans ce cas. Je me sens plutôt romantique.

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26/09/2008

Humour belge

Magritte.jpgIl existe différentes sortes d’humour comme il existe différentes sortes de paysages ; et cela peut varier selon les lieux. Mais il existe aussi un humour qui déplaît toujours à celui qui en est l’objet : c’est celui qui tend à railler ce en quoi les autres croient. C’est moquerie et gausserie, comme on eût dit autrefois. Voltaire a légitimé cet humour, qui ainsi est devenu propre à la tradition française. Ce persiflage frise toujours la malveillance déguisée en bon goût, et il est sûr qu’on ne l’adresse pas à ses meilleurs amis.

Or, quand on est tenté d’user de cet humour à l’égard de ceux dont on se dit l’ami, on invoque volontiers les coutumes locales : on voit cela en Savoie, mais aussi en Belgique, car il existe un humour bruxellois excellent, qui n’a rien de moqueur, qui est plutôt joyeux, et qui tend à prendre, pour amuser l’esprit et piquer l’imagination, des expressions particulières au sens propre. Il s’agit d’une forme de distance avec le français, avec la langue prise comme système de signes.

Magritte a peint, à partir de cet humour, des tableaux cocasses, touchant au surréalisme. Car les alliances d’idées que cet humour crée débouchent volontiers sur des énigmes et, partant, le fantastique. Je crois que le poète savoyard Paul Vincensini avait un aspect similaire, lorsqu’il faisait prévaloir les bretelles sur l’être humain qui les portait. Gogol, avec son Nez, a eu des cheminements identiques. C’est un humour par essence poétique, de fantaisie, s’adressant à l’imagination dans ses rapports avec l’intellect.

Or, quand on se moque des choses en lesquelles quelqu’un croit, à la façon de Voltaire, on peut toujours prendre cet esprit de satire pour de la poésie et de la fantaisie, mais il s’agit d’autre chose, presque du contraire : on raille, en fait, des imaginations déjà créées (et donnant lieu, par exemple, à de la superstition, à de la crédulité), au lieu d’en créer de nouvelles qui interloquent.

L’esprit de satire est peut-être très français, étant la marque d’un intellect affiné, et les anciens Romains le pratiquaient, mais il a souvent été détesté par les poètes, notamment Baudelaire et Charles Duits, deux écrivains que j’adore. Le second se plaignait des éternels ricanements des ennemis de l’épopée, des visions mystiques et de la mythologie, lesquelles il pratiquait dans ses ouvrages. Quant au premier, il regardait le comique comme la marque de la chute : on riait démoniaquement de voir l’homme échouer à se sortir de sa condition mortelle.

Le lyrique Rousseau est allé jusqu’à condamner Molière de s’être moqué de M. Jourdain. L’intellect excessivement affiné, de fait, peut aussi apparaître comme froid, dénué d’empathie - de chaleur : il crée une forme de distance.

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25/09/2008

L'horreur de nos montagnes

Alpes affreuses.jpgL’historien romain Ammien Marcellin a parlé de nos montagnes, en insistant surtout sur leur caractère menaçant et hostile, fondant ainsi une tradition qui ne devait s’arrêter qu’avec Rousseau. Chateaubriand a bien essayé de la relancer un peu, en disant des montagnes qu’elles cachaient le Ciel, mais le mouvement général a été autre, contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer : la beauté des montagnes s’est finalement imposée à l’imagination - comme c’était en fait déjà le cas dans la mythologie grecque, dont on peut bien dire qu’elle a précédé l’historiographie romaine : c’est l’image du mont Olympe contenant les dieux - ou de la montagneuse Arcadie contenant une forme de paradis terrestre, avec nymphes, faunes, bergers et le dieu Pan !

Cela va, cela vient : cela dépend du point de vue. Voire de la saison. Tantôt la montagne est le réceptacle de la féerie, tantôt elle en paraît vidée, et donc devenue affreuse et démoniaque par contrecoup. Il y a l’été et l’hiver même dans l’imagination humaine, pour ainsi dire.

Quoi qu’il en soit, cette semaine, Ammien Marcellin méritait bien que je lui consacrasse un article dans Le Messager !

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23/09/2008

Générosités du Capital

Kapital.pngJ’ai l’impression que certains Français frontaliers sont spontanément persuadés que leur salaire suisse est élevé parce que les patrons des entreprises suisses sont généreux. Dans les faits, c’est surtout parce qu’en France, les patrons paient beaucoup plus à l’État, y compris en temps.

Je me souviens d’un jour, Jacques Chirac étant alors Président, où les fonctionnaires faisaient grève, pour lutter contre les attaques supposées du Capital, en France, contre les salariés. Bien que fonctionnaire, je n’avais pas suivi ce mouvement de grève. Des amis français salariés en Suisse, très hostiles aux prérogatives naturelles du Capital, manifestèrent leur surprise et même leur indignation, face à ma décision. Je leur ai demandé, alors, pourquoi eux ne faisaient pas grève aussi. Ah, non ! répondirent-ils : en Suisse, cela ne se fait pas.

Peut-être pensaient-ils, de fait, que le Capital y est spontanément plus altruiste.

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21/09/2008

L'inspiration du dimanche

resurrection.jpgLe dimanche est assimilé à l’absence totale d’originalité des artistes et poètes, et c’est étrange, car les autres jours de congé institués ne subissent pas forcément le même anathème. Ce n’est pas seulement que le dimanche est le jour où on fait les choses pour passer le temps, mais qu’il est celui de la vie intérieure réglementée et rationalisée, au fond, par les institutions issues du christianisme. On se pose alors comme ayant des inspirations, mais on ne fait que suivre un rituel tout extérieur, sans véritable dimension intérieure.

L’esprit du dimanche, à l’origine, c’est celui du Soleil ; dans la tradition chrétienne, le dimanche est le jour du Seigneur. L’Eglise a obligé les peuples à ne pas travailler ce jour-là, afin de pouvoir assister aux cérémonies sacrées et se remettre dans la voie de Dieu.

Mais de fait, ce culte indirect du Soleil renvoie aussi à celui de la Raison, à celui de ce qui dans le monde paraît clair, normal, rationnel, bien découpé dans ses formes par la clarté de l’astre du jour. La religion chrétienne a elle-même une dimension morale appuyée, et la relation avec Dieu ne s’y entend pas sans amélioration substantielle de l’âme. Or, cela passe par la clarification, la purification.

Quoi qu’il en soit, il peut réellement y avoir, à mes yeux, une forme d’inspiration propre au dimanche, en particulier celle de l’harmonie et de la régularité des rythmes et des formes. Je ne crois pas que l’irrégularité et l’arythmie déclenchent pour ainsi dire automatiquement l’inspiration : je ne rejette pas l’expérience qu’on peut en faire, mais je n’admets pas un présupposé dogmatique, à cet égard. Et la raison en est que l’harmonie et le rythme ne sont pas, autant qu’on croit, donnés à l’avance, mais que la véritable harmonie entre des éléments à première vue sans liens entre eux, est réellement une forme d’inspiration divine.

De fait, pour obtenir la régularité des rythmes, ou l’harmonie apparente, la plupart des artistes du dimanche, fonctionnant sur l’imitation de la nature, ont simplement saisi les choses dans leurs liens apparents, physiques, matériels, et, partant, mécaniques. Et je comprends, de ce point de vue, l’anathème d’un Jean-Noël Cuénod ou d’un Lionel Chiuch contre les poètes du dimanche. Mais en réalité, l’harmonie suprême est celle des contraires : il s’agit de créer un rythme entre des sons apparemment impossibles à rythmer, de présenter une forme de cohérence entre des éléments à première vue totalement disparates. Là est la divine inspiration du dimanche.

Un artiste qui l’a bien compris, et qui accumule à cet égard les plus sublimes paradoxes, c’est David Lynch, le cinéaste. Dans son livre, Catching the Big Fish, il dit que face à des éléments à première vue sans rapport, il cherche un lien mystérieux, parce qu’il a foi en ce qu’il appelle le champ unifié des choses, l’unicité de l’univers. Et lorsqu’il a saisi une cohérence globale, il peut faire son film. Or, face à ses œuvres, on peut précisément percevoir une cohérence globale et des liens qui semblent exister entre des éléments en principe dénués de rapports entre eux. La nature de ce lien reste du reste diffuse, cachée, mais la disposition ne laisse pas de doute sur sa réalité.

C’est ce qui est beau. Ici, l’harmonie générale surmonte le principe de dissolution propre à l’art contemporain, il le transcende. Or, Lynch ne cache plus qu’il croit en un Père tout-puissant et miséricordieux, ainsi qu’il l’a déclaré au Figaro : il se rattache lui aussi au dimanche, pour ainsi dire.

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18/09/2008

Jean-Luc Favre, membre de l'ING

Favre.jpgJean-Luc Favre est originaire du département de la Savoie, où il a travaillé à l'université de Chambéry. C'est avant tout un poète, ou un spécialiste de la poésie. Il est également membre de l'Institut National Genevois. Il a fait l'objet d'une notice, accompagnée d'un extrait de sa production, dans l'Anthologie de la poésie française, de Jean Orizet, parue chez Larousse récemment, et c'est ainsi que j'ai découvert ce qu'il écrivait. Car sinon, je l'ai personnellement rencontré au salon du livre à Genève. A Genève, les ressortissants des deux départements savoyards peuvent se rencontrer facilement : c'est central, en quelque sorte ! Cela dit, j'en parle aujourd'hui parce que je lui ai consacré cette semaine un article dans Le Messager.

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16/09/2008

Intelligence & poésie

Tarzan_of_the_Apes.jpgJ’ai un jour beaucoup déplu à un commentateur du blog de Pierre Assouline qui s’exprimait souvent d’autorité, sans que j’aie jamais su ce qu’il représentait. Je crois qu’on pourrait le dire à la fois laïque et adepte de la vieille culture provinciale française, un peu dans la lignée de mon ami Jean-Vincent Verdonnet, le poète. Or, je me suis amusé un jour à composer un petit poème sur Tarzan, le seigneur des Singes, et cela l’a indigné.

Pourtant, ce poème a été reconnu comme bien rythmé, par ailleurs. C’est le propos qui a dû en paraître scandaleusement inepte.

Est-ce que je le prenais au sérieux, moi-même ? Je ne sais pas. Quand j’étais petit, je lisais volontiers les romans d’Edgar Rice Burroughs, et je les trouvais amusants et agréables, parce qu’ils créaient des mythes populaires, comme Batman, Conan, ou d’autres héros contemporains et américains. La littérature américaine est foisonnante : c’est son intérêt.

Je crois que le charme de Tarzan reposait sur son appartenance à la jungle, à un monde primitif : c’était Achille dans l’état de nature tel que le concevait Rousseau.

Evidemment, ce n’était qu’un petit mythe populaire amusant, et je ne pense pas qu’il fallait refuser de voir une part de burlesque, dans mon poème. Je pensais faire un peu comme La Fontaine à propos des héros de la mythologie grecque.

En plus, c’était une simple pièce improvisée. Je ne la présentais pas comme le résultat d’un travail immense. Les mots choisis pour le rejeter m’ont paru d’une brutalité incompréhensible.

Au vu de ce qui précède, je la rapporterai soit au rejet fondamental de la littérature populaire américaine et à ses figures naïves (ce qui se constate souvent chez les intellectuels français), soit au rejet du burlesque, tel que La Fontaine le pratiquait. La poésie contemporaine, notamment en France, se doit d’avoir une tonalité très noble et très élevée, et s’emparer de sujets en conséquence. Mais personnellement, je trouve qu’il y a souvent là une certaine sorte d’emphase. Et je crois qu’un jour, on s’en rendra compte, même si, pour le moment, les apparences de modestie formelle fréquemment le dissimulent.

En outre, il y a un rejet spontané du fabuleux en général, précisément parce qu’il ressortit au charme de l’imagination pour elle-même. Pour les fables traditionnelles, on passe l’éponge, parce que les concepts qui les accompagnent sont clairement identifiés ; mais pour la mythologie populaire américaine, quelle raison de l’accepter ?

Mon avis est que tout cela est un peu vain. Si un poème est bien rythmé et qu’il a des images chatoyantes, il n’a même pas besoin d’être intelligent, pour être agréable à lire. La sagesse même qu’on tire de la poésie vient du cœur, et non du cerveau, je crois. Or, de l’état de nature, Rousseau a dit avec raison qu’on pouvait aussi tirer une forme de sagesse tout à fait authentique.

Peut-être que justement, la poésie n’est plus lue que par des gens très intelligents. Je ne suis pourtant pas persuadé qu’il faille attendre trop de la poésie.

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15/09/2008

Plume d'Or au château de Clermont

clermont.jpgLe château de Clermont-en-Genevois est un des plus beaux de l’ancien comté de Genève ; il date de la Renaissance, et est donc profondément lié à l’histoire de la Savoie. Car on sait que le Genevois est savoyard depuis 1401. Le château de Clermont, de fait, est d’inspiration italienne, et marque l’orientation de la Maison de Savoie à partir du XVIe siècle : elle a quitté les bords du Léman et Chambéry pour Turin et le Piémont.

Comme ce noble édifice est propriété du Conseil général de la Haute-Savoie, la Société des Auteurs savoyards, à l’occasion des Journées du Patrimoine, y organise annuellement un salon du livre, réservé à ses auteurs. Cette année, il aura lieu le dimanche 21 septembre. Or, à cette occasion, elle remettra un prix à Valère Novarina pour l’ensemble de son œuvre - un prix d’honneur qu’elle appelle Plume d’Or, et qui fait de ses titulaires des Membres d’Honneur, justement, de la Société : elle récompense des écrivains liés à la Savoie qui ont été consacrés par ailleurs. On sait, en effet, que Valère Novarina est à la fois chablaisien et genevois, et que ses pièces ont récemment été saluées par la critique ; elles sont à présent au répertoire de la Comédie-Française.

Au moins un autre Membre d’Honneur sera présent : le poète Jean-Vincent Verdonnet.

J’invite ceux que l’histoire et les écrivains locaux intéressent à venir au château de Clermont à la date prévue !

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13/09/2008

Les Genevois et le clergé savoyard

KonradWitz.jpgGlobalement, les écrivains genevois soit n’ont pas parlé des curés savoyards, soit ont repris à leur égard l’antienne bien connue qui fait du clergé catholique en général un corps à la fois crédule et cupide. Même Rousseau, lorsqu’il ne s’est pas agi de faire l’éloge du Vicaire savoyard, si proche de la nature, a ironisé sur les méthodes des jésuites qui cherchaient à convertir les jeunes hommes venus de Genève en leur envoyant de jolies dames déjà converties.

Töpffer, en réformé pragmatique et rationaliste, s’est volontiers complu à décrire les gros moines inutiles à la société. Voltaire avait déjà énoncé cette idée à propos des moines de Saint-Claude. On sait bien, du reste, que le matérialisme historique, tant en Chine qu’en Russie, n’a jamais aimé les moines, qu’ils fussent chrétiens ou bouddhistes. (Certains ont estimé, soit dit en passant, que l’origine du monachisme chrétien était dans le bouddhisme : et je ne cache pas que cet aspect de la religion m’est plutôt sympathique.)

Amiel a eu un discours encore plus convenu que Töpffer - malgré son génie plus grand -, accusant le clergé d’être à l’origine de la misère, en Savoie. Et c’est vrai que la priorité de saint François de Sales n’était pas l’accroissement des richesses matérielles, dont la recherche n’était pas interdite, mais conditionnée par la nécessaire quête des biens spirituels.

Sinon, Horace-Bénédict de Saussure n’a pas parlé du clergé savoyard, mais il a dit des Chamoniards qu’ils avaient des pensées propres, y compris sur le plan théologique, qu’ils n’étaient nullement soumis, intellectuellement, au dogme catholique, même si, par ailleurs, ils étaient d’une profonde piété. Il décrit jusqu’à leurs doutes, mais aussi leurs croyances plutôt magiques, et il le fait avec empathie, en réalité. Pour le coup, les Chamoniards ne rappellent pas tant les Tibétains que les Hurons, par exemple : car ce sont aussi d’intrépides chasseurs.

La palme de l’œcuménisme revient cependant à Pourtalès, qui regrettait le temps de la grande unité où l’on pouvait concevoir le Christ marchant sur les eaux du Léman, et qui appelait et faisait appeler François de Sales le bon évêque des fleurs, par ses personnages issus de l’aristocratie genevoise. Pourtalès était un grand romantique...

Mais le romantisme a peut-être eu à Genève une portée relativement limitée.

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11/09/2008

Jehan Bagnyon, Lausanne, Genève

Charlemagne_Allemagne.jpgJehan Bagnyon est une figure formidable, qui peut vraiment illustrer l’ancienne unité de la région lémanique. Car, Vaudois d’origine, il fut syndic de Lausanne, puis défendit, à Genève, le principe de l’autonomie de la cité, et enfin écrivit un roman de chevalerie sur les conseils de Bolomier, le confesseur du duc Philibert de Savoie. Or, le héros en était Olivier, le légendaire pair de Charlemagne, supposé avoir créé la dynastie des comtes de Genève. Selon la critique, l’esprit du roman est typique de celui des terres d’Empire (Lorraine et Savoie). J’ai donc consacré un article aux détails de la vie et de l’œuvre de cet écrivain et juriste distingué, cette semaine, dans Le Messager.

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09/09/2008

Universités et littérature savoyarde

Jmaistre.jpgAucune université, ni en France, ni ailleurs, n’étudie la littérature savoyarde d’une façon particulière, comme par exemple l’université de Lausanne a un centre d’études de la littérature romande, et comme Louvain et Québec ont des centres comparables pour la littérature française de Belgique et du Canada. Pourtant, il existe une université de Savoie, qui a sa Faculté des Lettres à Chambéry ; mais celle-ci se concentre sur les programmes nationaux, et donc sur les écrivains étudiés dans les grandes universités de Paris et de Lyon, et qui tombent aux concours de recrutement (alors même, du reste, que cette Faculté des Lettres de Chambéry ne prépare pas à ces concours, n’ayant pas un niveau d’enseignement suffisant).

De cette Faculté, dépend néanmoins, je crois, un centre d’études maistriennes : les frères de Maistre étaient de Chambéry même. Cependant, il existe des écrivains originaires de Chambéry dont cette Faculté ne s’occupe pas, tel Marc-Claude de Buttet. Quant aux autres écrivains savoyards, l’université de Savoie les laisse aux autres universités, au hasard des choix individuels.

Pourtant, il existe bien un sentiment régional, au sein des universités. On le sait peu : on pense que les universités se consacrent plus volontiers à des courants littéraires. Or, elles le font, et c’est à ce titre que le poète savoyard Jean-Vincent Verdonnet a fait l’objet d’un colloque à Angers : l’université d’Angers s’est spécialisée dans l’étude de l’École de Rochefort, à laquelle appartient notre poète. Mais le sentiment régional lui a valu de faire aussi l’objet d’un colloque à Lyon. C’est dans l’université de Savoie que ce sentiment n’est pas très vif, apparemment. Cela dit, des écrivains non savoyards en général mais liés à Chambéry en particulier ont bien fait l’objet de manifestations dans la cité des Ducs, tel Jean-Pierre Spilmont. On a le sentiment de la commune, mais pas de la Savoie. L’Assemblée des Pays de Savoie est censée est politiquement responsable de l’université de Savoie, mais à mon avis, cela n’a aucun effet concret.

Je voudrais par ailleurs remarquer que les écrivains vaudois de l’époque savoyarde du Pays de Vaud font aussi l’objet d’études universitaires, à Lausanne. On sait qu’il exista vers le milieu du XXe siècle un fort courant, en Suisse romande, et en particulier dans le Pays vaudois, qui se réclamait de cette période savoyarde : Ramuz y participa. Des écrivains vaudois ont, vis à vis des comtes de Savoie des XIIIe, XIVe, XVe siècles, exprimé des sentiments très comparables à ceux des romantiques savoyards du XIXe. Peut-être que le sentiment savoyard s’est placé là.

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07/09/2008

La légende des montagnes maudites

Frankenstein.jpgOn dit souvent que les Chamoniards, autrefois, appelaient le massif du mont Blanc les montagnes maudites, et Victor Hugo l’a repris dans son récit de voyage, mais cela vient d’une confusion : Horace-Bénédict de Saussure, le premier qui en a parlé, ne dit pas du tout que ce sont les Chamoniards, qui ont inventé cette idée, mais le peuple de la ville même de Genève et des environs. Selon cette tradition populaire, ces montagnes ont été recouvertes de glace par la Providence en châtiment des crimes de leurs habitants.

Le célèbre géologue trouve évidemment cette opinion absurde, mais selon lui, c’est parce qu’ils l’ont accréditée que les premiers étrangers à être allés à Chamonix se sont armés jusqu’aux dents. Il s’agissait d’Anglais. Bien que Saussure assure que les Genevois cultivés n’ont jamais cru une chose pareille, le fait est que les Anglais, bien qu’ils fussent partis de Genève, ont précédé les Genevois de plusieurs décennies dans la vallée de Chamonix.

L’effet en a peut-être été que les Anglais, à propos de cette vallée, ont souvent créé des fantasmagories assez fantastiques et d’un genre plutôt inquiétant. On connaît le monstre de Frankenstein, inventé par Mary Shelley, et qui bondit sur le glacier du Montanvert un peu comme le font les guides de Chamonix dans les récits de Saussure, précisément. A la différence que ce monstre est plutôt affreux !

Or, Percy Shelley, le grand poète romantique, époux de la précédente, a lui aussi imaginé des sortes de princes infernaux trônant au sein de glaces illimitées, à partir de sa vision des glaciers de Chamonix. Les Anglais ont un naturel mélancolique : lorsqu’ils donnent libre cours à leur imagination, elle est souvent ténébreuse...

A ce que dit Saussure, quoi qu’il en soit, les Chamoniards ne se regardaient pas eux-mêmes comme maudits. Leurs prêtres leur disaient cela plutôt des Genevois, et plus généralement des protestants, même si les Savoyards que rencontrait Saussure doutaient, individuellement, que les protestants fussent tous damnés, comme on le leur disait. De fait, ici ou là, les esprits les plus élevés n’ont jamais suivi les plus âpres anathèmes, et ce n’est pas tant une question de niveau social, même, que d’intelligence individuelle. Au bout du compte, Horace-Bénédict de Saussure a une statue à Chamonix. Quel Savoyard a sa statue à Genève, je ne sais pas, mais il existe sûrement !

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05/09/2008

Savoyards de Russie

AleksandrPushkin.jpgDeux Savoyards assez fameux ont fait une carrière assez brillante en Russie, et il se trouve qu’ils étaient à la fois frères et écrivains : Joseph et Xavier de Maistre. Le premier y fut ambassadeur du roi de Sardaigne, le second officier dans l’armée du tsar. Sur le plan littéraire, Joseph en a tiré les belles pages qui débutent Les Soirées de Saint-Pétersbourg, et qui décrivent romantiquement une soirée d’été dans l’ancienne capitale russe, faisant du soir qui tombe sur la Neva un moment magique. Je crois qu’on peut dire que des aspects en furent repris par Pouchkine et Gogol. Le fait est qu’avant Joseph de Maistre, on n’avait pas parlé ainsi en détail de la Russie physique, ou alors pas d’une façon à proprement parler littéraire.

Xavier de Maistre, lui, a choisi de relater des anecdotes réalistes et également ancrées dans la réalité de la Russie d’alors, mais se situant aux confins de son empire, en Sibérie et dans le Caucase : d’un naturel lui-même aventureux, il aimait ces historiettes chargées d’exotisme qui mettaient en valeur des actions exceptionnelles effectuées non par de grands princes, mais justement par des gens ordinaires, issus du peuple. Pouchkine, mais aussi Tolstoï, s’en souviendront.

On peut me trouver hardi, de placer, ainsi, à la source de la littérature russe moderne, deux Savoyards. Mais les dates correspondent : le poème de Lermontov sur les Tchétchènes est postérieur à la nouvelle de Xavier de Maistre sur le même sujet. De surcroît, Xavier de Maistre connaissait bien Pouchkine, puisque son épouse était la tante de celle du poète russe. Et on a retrouvé dans les papiers de Pouchkine le projet de créer une petite tragédie sur le fondateur légendaire de la Maison de Savoie, Bérold, évoqué dans les chroniques de la dynastie. L’influence est réelle.

Les jésuites de Russie enseignaient le français à l’aristocratie, et les frères de Maistre les fréquentaient abondamment. Joseph fut même enseveli dans le caveau réservé aux Jésuites, dans une église de Turin : lui-même finalement faisait partie de l’Ordre. C’est d’ailleurs à cause de cela qu’il dut quitter Saint-Pétersbourg.

Bref, à mon avis, on aurait tort de refuser aux frères de Maistre d’avoir apporté quelque chose à la tradition russe. (Cela dit, on peut, si on veut, estimer qu'ils n'ont servi que de déclic, et qu'ensuite, les écrivains russes, s'engouffrant dans la brèche qu'ils avaient creusée, les ont égalés et même surpassés. De fait, je suis un grand admirateur de ces écrivains, moi-même, en particulier de Pouchkine, et je crois qu'ils avaient un génie qui leur était complètement propre.)

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04/09/2008

Rousseau et le verger des Charmettes

Charmettes avec fleurs.jpgL’anthologie de la poésie française de Jean Orizet, parue récemment aux éditions Larousse, m’a révélé que Jean-Jacques Rousseau avait composé des poèmes en alexandrins, en particulier une sorte d’ode en hommage au verger des Charmettes, son paradisiaque séjour près de Chambéry avec Mme de Warens, sa maman. Naturellement, je n’ai pas pu ne pas lui consacrer un article dans Le Messager, même si j’ai déjà fait allusion, par le passé, aux évocations en prose du même lieu chéri, notamment dans Les Rêveries d’un promeneur solitaire. C’est cette semaine dans l’hebdomadaire de Haute-Savoie, et c’est fait pour intéresser tous les Genevois attachés aux écrivains qui sont sortis de leur digne cité.

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01/09/2008

Images poétiques

Charles Duits.jpgJ’ai déjà évoqué les idées plutôt avant-gardistes de Jean-Noël Cuénod sur la poésie, à propos du surréalisme. En fait, comme lui, je suis de plain-pied avec André Breton sur la nécessité de vivre au plus intime de soi les images qui sont présentes dans la poésie, et j’ai toujours, moi-même, été comme profondément déçu (quoiqu’attiré a priori, je l’avoue) par les images froides qui ne sont relatives qu’à une tradition.

Néanmoins, comme mes images sont souvent relatives à des traditions, celui qui connaîtrait éventuellement un peu mes propres poèmes pourrait être un peu surpris.

Mieux encore, il manque à mes images, outre un caractère novateur, apparemment, un caractère non discursif, comme on dit, vide de rationalité. De fait, la vérité est que l’écriture automatique ne se reconnaît pas forcément à la flamboyance de ses images. Car cela ne concerne véritablement que les grands poètes qui ont utilisé l’écriture automatique, et qui auraient été, en réalité, de toutes façons de grands poètes : Aimé Césaire, bien sûr, André Breton, mais aussi Antonin Artaud, ou Charles Duits.

Non. Le plus gros défaut de l’écriture automatique, c’est qu’on ne la reconnaît pas à la flamboyante originalité de ses images, puisque cela ne concerne que les grands poètes qui l’ont pratiquée, mais à l’absence apparente de linéarité discursive. Or, la vérité est que l’absence de quelque chose n’a jamais prouvé en soi la présence d’autre chose - ici, de l’inspiration.

Charles Duits, par exemple, n’est pas le plus reconnu des poètes surrréalistes - bien que, pour moi, ce soit le plus grand. En effet, ses images, quoique en soi étranges, se sont peu à peu ordonnées en mythologie. Duits a créé une sorte de mythologie nouvelle, assez cohérente. Et finalement, comme il arrive toujours dans ce genre de cas, cette mythologie, une fois créée, s’est assez clairement recoupée avec des mythologies déjà connues. Ce n’était pas l’intention de Duits ; mais lui-même s’en est aperçu, et un esprit avisé et minimalement savant ne peut pas ne pas l’imiter, à cet égard.

On peut dès lors naïvement affirmer que précisément, Duits n’a fait que combiner des mythologies préexistantes, et que, par conséquent, il n’a pas réellement suivi la charte implicite du Surréalisme.

Or, c’est pure illusion - même si cela peut paraître intelligent à première vue. De fait, les mythologies, naissant toujours de la même façon de l’âme humaine, ont une forme d’unité, comme l’âme humaine même. Un mystique dirait qu’elles puisent toujours aux mêmes sources objectives et cachées. Même les archétypes de Jung ne suffisent pas à l’expliquer. Mais le résultat est bien celui-ci : on le constate. La nouveauté totale est un leurre.

En réalité, ce qui compte, ce qui rend flamboyantes, et vivantes, les images, c’est précisément qu’on les sorte de soi : de son cœur. Mais que l’intelligence (l’entendement), de son côté, les reconnaisse comme liées à d’autres, déjà créées, et comme figées (au sein de la tradition), ne les condamne pas.

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