14/10/2008

Poètes incomparables

Victor_Hugo.jpgCet été, dans La Tribune de Genève (j’en ai déjà parlé), Jean-Noël Cuénod a dit le poète René Char incomparable. Et il en a cité quelques vers. Personnellement, ils ne m’ont pas donné envie d’en lire davantage. Je connais en fait relativement bien Char, l’ayant lu ou entendu (par des enregistrements), et il m’a souvent charmé, mais jamais vraiment enthousiasmé. Je me souviens qu’à l’époque où je le lisais un peu, je le comparais intérieurement à Frank Herbert, l’auteur du roman Dune. J’entendais par là une belle atmosphère plutôt mystique, mais mêlée à des idées que je trouvais fréquemment banales. Il me semblait par exemple qu’il se répétait souvent, revenant régulièrement à l’image de la lumière venant du ravin, et ainsi de suite. Cela me paraissait abstrait, aussi, parce qu’il utilisait les mêmes images pour un peu tout - avais-je le sentiment.

Il y avait néanmoins l’éclat propre à l’air provençal. Mais j’ai été un lecteur passionné des troubadours, les poètes occitans du Moyen Âge, et je dois avouer que Char ne m’a pas paru apporter beaucoup, par rapport à eux, pour ce qui se rapporte à l’atmosphère locale. Précisément, peut-être, on aime qu’il en ait repris le style en français moderne, et avec des idées plus actuelles. Car il est vrai que son style, bien rythmé et imagé, n’est pas indigne de celui des vieux troubadours ; mais enfin, l’occitan médiéval, je le lis, depuis que je l’ai étudié à Montpellier, et la vérité est que les idées modernes ne me semblent pas toujours aussi sensationnelles qu’à certains philosophes.

On pourrait toutefois me faire remarquer qu’en fait d’idées modernes, Char a au contraire puisé à la source même où puisaient secrètement les troubadours - le fond de l’âme de la vieille Gaule, laquelle est contenue dans sa lumière, ou sa vie instinctive. J’y ai fait allusion à propos du surréalisme, qui avait un lien avec ces idées. Mais personnellement, je pense, à la suite de Joseph de Maistre, que le christianisme a ravivé ce qui dans les philosophies primitives avait tendu à s’endormir, pour ainsi dire. Je suis donc plutôt charmé par les symboles du christianisme médiéval, lequel, à mes yeux, rendait leur vigueur à des dieux antiques transformés peu à peu en simples forces de la nature : Jupiter ne renvoyait plus qu’à sa propre virilité, à l’époque de saint Augustin ; or, il avait signifié aussi la Justice, et bien d’autres choses, à l’origine. Pareillement, la Mère cosmique devenue simple nymphe de la suite de Galatée, c’est joli, mais c’est un peu triste. En fait, je préfère les anges de Victor Hugo, ceux qui guident l’être humain vers l’avenir.

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