04/11/2008

Joseph de Maistre et le Tsar

On a un jour, sur Internet même, quelque peu raillé le rapprochement que j’avais effectué entre Joseph de Maistre et le soviétisme, dans mon livre sur la Savoie occulte.

AlexandredeRussie.pngOn sait que Joseph de Maistre a passé beaucoup de temps en Russie, qu’il fut même un proche du tsar Alexandre, lequel avait dévoré ses Considérations sur la France, et était comme lui assez mystique. Maistre éprouvait en outre un attrait profond pour la culture russe, comme le montre le magnifique tableau qu’il a brossé de Saint-Pétersbourg dans ses Soirées.

Du Pape fut néanmoins écrit en partie en réponse à un penseur orthodoxe grec qui s’en était pris au catholicisme. De fait, mystique ou non, Maistre croyait que les églises devaient se réunir sous la crosse du Pape. Et il s’en est pris, dans ce livre, à l’esprit de rébellion qu’il décelait ou croyait déceler dans la tradition grecque depuis les origines - cela lui a d’ailleurs été reproché par le Saint-Siège même.

Du Pape explique aussi de quelle façon pour Joseph de Maistre le Saint-Esprit était relié au Pape de façon nécessaire, comme s’il s’agissait d’une loi naturelle. Il pensait qu’il existait un lien réel entre une institution et la divinité. Cette idée a conduit au dogme de l’infaillibilité papale, comme on sait.

Pour Joseph de Maistre, il fallait aller encore plus loin : l’Europe tout entière devait se placer sous l’autorité du Pape, afin de retrouver l’unité perdue.

Il est clair que cette pensée crée un lien objectif entre une institution humaine, consacrée par la loi, et la divinité. Et, certes, c’est un trait qui vient de l’ancienne Rome, et qui existe tout particulièrement dans les pays latins : la croyance que l’État a en lui quelque chose de suprahumain, qu’il est directement relié à quelque chose de divin.

Mais à vrai dire, le césarisme de l’ancienne Russie faisait aussi du Tsar une personne sacrée. Or, cette idée que l’État incarne une volonté suprahumaine, au-delà des individus, et que le chef de l’État saisit presque directement l’essence de cette volonté suprahumaine, demeura bien présente dans l’Union soviétique.

On pourrait naturellement faire remarquer que cette volonté suprahumaine n’est pas ici divine, qu’il s’agit du sens de l’histoire tel que l’entend le matérialisme historique, et non une pensée religieuse. Mais la vérité est qu’Auguste Comte et Karl Marx étaient de grands lecteurs de Joseph de Maistre. Le rapport entre eux est bien plus étroit qu’on croit. J’y reviendrai, à l’occasion.

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