12/11/2008

Joseph de Maistre, Comte, Marx

Auguste_Comte.jpgOn le sait peu, mais Auguste Comte admirait infiniment Joseph de Maistre. Comment cela est-il possible ? Cette admiration pourtant nous met sur la voie du lien qui selon moi exista entre le séjour de Joseph de Maistre en Russie et l’instauration du régime soviétique, tel que je l’expose dans mon livre sur la Savoie occulte.

Joseph de Maistre pensait que l’histoire était guidée par une main invisible. Au début de ses Soirées de Saint-Pétersbourg, il prend la comparaison d’un orchestre au sein duquel chaque individu fait sa part sans avoir d’idée de l’ensemble, que seul a eue le compositeur. Ainsi, les acteurs historiques sont tels : Dieu se sert de l’individu et de ses désirs égoïstes pour orchestrer l’histoire collective. Or, celle-ci est soulevée par un mouvement ascendant : Dieu attire à soi les hommes sans qu’ils en soient conscients.

A vrai dire, le libéralisme table souvent sur une telle mécanique transcendantale : chacun agit pour son profit, et l’ensemble s’en trouvera bien. Mais Joseph de Maistre détestait le libéralisme. En effet, sur un plan politique, il estimait que l’humanité devait être guidée par une élite en relation profonde avec les desseins de Dieu. De fait, on le sait peu, mais Joseph de Maistre fut longtemps adepte de l’illuminisme maçonnique, et il estimait que l’individu pouvait, s’il en faisait l’effort, appréhender partiellement les intentions divines, et donc, avoir en quelque sorte le don de prophétie : prévoir l’avenir.

Il a clairement dit qu’à ses yeux, le Pape et son entourage baignaient dans la lumière de Dieu, et qu’il fallait s’en remettre au pontife romain. Mais ce n’est pas cela qui importe : ce qui compte, c’est l’image d’une humanité guidée institutionnellement par des hommes éclairés, ayant le titre leur donnant autorité sur le reste du monde.

Ce modèle d’étatisme mystique, au sein duquel une élite, parfaitement au fait du sens de l’histoire, dirige l’ensemble de la population, ne va pas sans rappeler des organisations politiques que nous connaissons bien.

Le libéralisme, face à cela, a le défaut de laisser les hommes sans guides, et donc, susceptibles d’être contrés - et écrasés - par ce sens de l’histoire - que Joseph de Maistre appelle plus classiquement la Providence. Or, tout de même, la politique cherche l’amélioration des conditions de vie : pour le philosophe savoyard, elle doit même accorder la Terre au Ciel, et finir par donner à la première les qualités du second. En ce sens, c'était un authentique idéaliste.

Bref, on saisit mieux ce que la tradition étatique (tant en Russie qu’en France, à vrai dire) peut valoir à quelqu’un comme Joseph de Maistre.

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