30/11/2008

Christianisme & Révolution

Chateaubriand.jpgChateaubriand, à la fin de ses Mémoires d’outre-tombe - qui se veulent alors prophétiques -, déclare qu’à ses yeux, la Liberté, l’Égalité et la Fraternité sont en réalité l’expression politique du christianisme. Il pensait qu’au-delà des effets directs de ce triptyque sur la France, il avait comme été semé par le Christ, et que depuis, il fermentait, dans les États.

La Liberté, c’était celle de l’homme dont l’esprit était individuellement relié à Dieu ; l’Égalité, celle de tous devant Dieu ; la Fraternité, la reconnaissance de Dieu en l’autre.

Le dieu vivant du christianisme avait donc pu conduire à proclamer ces principes.

Aux yeux des catholiques progressistes, dont Teilhard de Chardin sera une grande figure, la modernité ne se comprend elle-même dans ses fondements qu’au travers de la religion. Ainsi, loin de s’opposer à la modernité, les articles de foi fondamentaux du christianisme peuvent lui donner sens.

Mais il faut aussitôt remarquer que Chateaubriand pensait essentiellement à l’État. Teilhard de Chardin allait finalement jusqu’à assimiler l’évolution économique et scientifique aussi à une forme de pression christique. Dès lors, pour le célèbre jésuite, l’enjeu devenait de construire un organisme social à la mesure de la mondialisation industrielle, qui elle-même était liée à une nature en évolution qui subissait obscurément l’attraction unitaire de son fameux point Oméga. Cela s’opèrerait par synthèse des organismes préexistants, sur la base de la complémentarité.

On n’est pas si loin de Joseph de Maistre, sauf que Teilhard de Chardin a eu l’audace de ne pas se référer au christianisme au travers de l’institution religieuse même, et d’en appeler de préférence aux principes fondamentaux. Il avait en effet mesuré l’écueil représenté par toute forme d’étatisme, trop liée à l’histoire des nations pour s’imposer partout. Il est vrai qu’il a peu dit ce qu’il proposait concrètement, se concentrant plutôt sur l’essor des sciences, et que, s’il était entré dans le concret, il aurait peut-être parlé comme Joseph de Maistre. Mais ce n’est pas si sûr. Souvenons-nous qu’il vivait aux États-Unis (après avoir longtemps vécu en Chine), et qu’il ne raisonnait plus seulement en Européen.

Chateaubriand raisonnait quant à lui encore en tant que Français, à vrai dire : il restait gallican. De Gaulle lui devra beaucoup, plus tard, dans son idée de concilier la modernité à la France éternelle.

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28/11/2008

Sondage romand

PalaisfédéraldeBerne.jpgUn autonomiste franc-comtois a commandé un sondage sur le sentiment des Suisses quant à la possibilité d’intégrer à la Confédération la Savoie et la Franche-Comté, et il s’est avéré que grâce au sentiment très favorable des Romands, les Suisses étaient majoritairement favorables.

Le pourcentage des autres Suisses est légèrement défavorable ; on n’a pas donné, à ma connaissance, le pourcentage des Alémaniques en particulier, dont le poids politique est pourtant très important.

Du reste, il me semble que c’est cette question qui est principalement en jeu ici. Sans doute, les liens historiques entre les Francs-Comtois et les Savoyards d’un côté, les Suisses romands de l’autre, existent : ils remontent au royaume de Bourgogne, ou au moins aux comtes de Savoie, et les dialectes sont de la même famille. Joseph Dessaix, l’auteur de l’hymne des Allobroges, ne disait-il pas que les Savoyards et les Suisses romands étaient des peuples frères ?

Mais il disait aussi qu’il n’était pas question de laisser les Alémaniques s’emparer du mont Blanc. Or, mon impression est que ce sondage ne traduit pas tant le souvenir vivace des Rodolphe, de la reine Berthe ou du comte Pierre II - voire de Charles-le-Téméraire -, que le désir des Romands de mieux peser sur les décisions prises à Berne. Il s’agit d’abord, à mon avis, de s’adjoindre des francophones.

Je ne suis pas persuadé absolument que ce sondage traduise une affection particulière pour les Savoyards et les Francs-Comtois en tant que tels.

On peut en outre douter que la Confédération, à Berne ou Zürich, accepte une entrée aussi massive de francophones.

Cela dit, ce sondage est une belle occasion de développer nos liens culturels. Entre voisins, comme on dit, il faut s’entraider - et s’entraimer. Cela ouvre certainement d’attrayantes perspectives.

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27/11/2008

Gruyère et Savoie

Gruyeres-2007-05-30-big.jpgMarie-Alexandre Bovet, un Gruérien passionné par les traditions locales, écrivit des recueils de contes au sein desquels il se plut à rappeler qu'autrefois, son cher Comté appartenait à la Savoie : c'était en quelque sorte le bon temps, à ses yeux. J'en ai publié cette semaine un compte-rendu dans Le Messager de Haute-Savoie.

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25/11/2008

George Bush & la nervosité libérale

Isaac_Asimov_on_Throne.pngBientôt, George Bush nous quittera : il ne sera plus président des États-Unis, il ne sera donc plus présent dans nos journaux !

Quand il a déclaré la guerre à l’Irak, j’ai écouté son discours - et je me suis soudain cru dans un roman d’Isaac Asimov : l’Empereur, depuis Trantor, venait d’annoncer l’annexion de la totalité de la galaxie, et le monde allait entrer dans une forme de parousie dans un temps dorénavant proche !

La démesure et la fiction brutalement imposées au réel, c’est ce qui m’a semblé caractériser son règne.

Sur le plan économique, sa pensée d’une création de richesses par le jeu quantique des accroissements de chiffres avait, on l’a assez dit, quelque chose de délirant.

Cela me rappelait les discours d’un écrivain de science-fiction que j’aime pourtant bien, Gérard Klein : il s’extasiait sur l’invention majeure du capitalisme que représentait une somme écrite sur du papier. On créait de la richesse à partir de l’argent ! Cela avait quelque chose de magique. On sait du reste que les Templiers ont joué un rôle, dans cette nouveauté.

Sans doute, tout cela renvoie au moins à une partie de la vérité, mais le problème est toujours quand on croit qu’on peut raccourcir la durée de l’Évolution en l’imposant, ou quand simplement on utilise la force pour cristalliser ses idéaux, au lieu de réfléchir sereinement à la manière dont on peut les réaliser à petits pas, en faisant confiance à la destinée, et en restant attentif à ce que ne veut pas le sens de l'histoire - sinon dans les grandes lignes, au moins dans les détails. Le libéralisme n’a pas caractérisé M. Bush, car il caractérise beaucoup d’autres personnes : non, je dirais plutôt que ce qui l’a caractérisé, c’est une forme de libéralisme nerveux.

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23/11/2008

La Savoie perdue dans l'immensité

Alpage.jpgDans Alpage de mon enfance, sorte de Bible de la Vallée verte, car il en contient l’âme, Guy Chatiliez, son auteur, affirme que pour les Savoyards de souche, la Savoie n’appartenait ni à l’Italie, ni à la Suisse, ni à la France, mais était simplement un petit pays enclavé entre ces grandes nations.

Comment est-ce possible ? Il faut savoir que le duché de Savoie tendait à être dirigé par ses magistrats, en poste à Chambéry. Le souverain Sénat de Savoie, comme on l’appelait, ne faisait pas seulement office de Palais de Justice, mais prenait aussi des décisions administratives, car le Duc lui laissait les affaires courantes. Seules les grandes décisions, concernant tous ses États, arrivaient jusqu’à Chambéry.

En outre, les décrets royaux devaient être traduits en français en arrivant dans la juridiction du Sénat de Savoie : c’était un droit constitutionnel, en quelque sorte. Cette juridiction commençait à Aoste, et cela explique que le Val d’Aoste ait encore aujourd’hui une administration au sein de laquelle le français est langue officielle.

Bref, séparé, jusqu’à un certain point, de Turin, la Savoie avait une forme d’autonomie, et le royaume de Sardaigne, comme celui des Habsbourg, avait quelque chose d’une monarchie fédérale.

Néanmoins, à l’intérieur du Duché, le pouvoir des juges et des prêtres était sans partage. L’unité savoyarde était donc plus grande qu’on ne croit, car le Duché était centralisé, autour de Chambéry. Le français allait de soi, dans ce qui était officiel, y compris la littérature.

La différence, sans doute, avec la France est que la Savoie était beaucoup plus petite, et que les prêtres et les magistrats, étant eux-mêmes savoyards, étaient plus proches de leurs administrés. Ils voulaient qu’on publie tout en français, mais eux-mêmes parlaient souvent le dialecte local : François de Sales et Xavier de Maistre - lequel était fils d’un président du Sénat - le parlaient, par exemple, et parfois, en cas de nécessité ou pour se divertir, ils en écrivaient quelques phrases.

Quoi qu’il en soit, quand on connaît ces faits, on comprend peut-être mieux le particularisme savoyard. L’esprit des vallées peut bien sûr l’expliquer aussi. Mais en fait, des vallées sortaient volontiers des prêtres et des magistrats qui se hissaient au sommet, et se rendaient à Chambéry, voire plus loin encore. En aucun cas les titres n’étaient monopolisés par les proches du Prince. Je ne cache pas que ma famille, issue de Samoëns, a franchi un palier dans l’échelle sociale quand un de ses membres, resté célibataire, est devenu Procureur du Roi : il s’est sacrifié, en quelque sorte ! Et du même village, sont sortis d’illustres prélats, dont un évêque de Genève, ou un Cardinal. Or, il s’agit finalement de cousins. En Savoie, le monde était petit.

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21/11/2008

No Country for Old Men

no-country-for-old-men.jpgL'avant-dernier film des frères Coen portait en lui une marque typique de la tradition anglophone: l'esprit du mal s'y incarnait. Le tueur implacable était une figure de la violence qui domine le monde. Inévitablement, elle faisait songer au Masque de la Mort rouge, d'Edgar Poe: c'est un spectre envoyé par la destinée pour sceller le sort des derniers êtres humains à ne pas avoir été touchés par la peste. J'y vois un rapport avec une figure mythique que Percy Shelley a créée en contemplant les glaciers de Chamonix: car il affirme que les glaces, en ne cessant pas d'avancer, consacrent le règne d'Ahriman, dieu des ténèbres chez les anciens Perses; et il l'imagine trônant sur l'immensité glacée de la fin du monde.

La tradition, sans doute, est surtout littéraire, mais précisément, No Country for Old Men est l'adaptation d'un roman de Cormac Mac Carthy, dont on pourrait dire qu'il est la transposition naturaliste de la nouvelle de Poe dont je viens de parler.

Pope aussi a créé une mythologie démoniaque. En France, on ne procède pas de cette manière.On préfère regarder moins profondément dans l'abîme; on en bouche la vue: on regarde vers la lumière morale qui s'est posée sur cet abîme grâce à la cité antique, que perpétue l'État. Il s'agit d'une strate de l'existence qui ne tient pas à Ahriman, comme chez Shelley, mais à son opposé, à une force qu'on pourrait dire mazdéenne - faite de lumière, de cycles imprimés par les astres à la nature, ce que j'appellerais une forme de mécanique transcendantale: une force qui pénètre la matière et la met en mouvement.

Masque.jpgOn peut la découvrir chez les poètes contemporains, par exemple Jean-Vincent Verdonnet. Elle est agnostique, parce qu'on ne distingue que ses effets sur le monde.

Les Américains croient surtout en l'économie, qui est soumise à la loi de la jungle, laquelle ressortit aux pures lois terrestres, et ne doivent rien à la nappe morale et lumineuse qu'en France, par exemple, on essaye de poser sur le monde, lorsqu'on le regarde. Le libéralisme croit parfois, en outre, en des ressorts inconnus qui mènent la nature vers un triomphe futur, mais le film des frères Coen ne chevauche pas une telle idée: il s'en garde bien; il place plutôt sa foi en un pur ailleurs, auquel on accède en rêve, et où l'on peut retrouver ses chers disparus, luisant parmi la nuit, ainsi que le montre la dernière scène. Cela a quelque chose d'assez spiritualiste, quoique ce soit assez pessimiste pour le monde périssable.

Un film aux perspectives troublantes, quoi qu'il en soit.

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20/11/2008

Décès d'un historien savoyard

Blason_Faucigny.pngClaude Castor, un historien savoyard originaire de Samoëns, spécialiste de cette cité aux sept monts, et président de l’Académie du Faucigny, nous a quittés récemment. Comme il a travaillé longtemps au B.I.T., à Genève, je me permets de signaler ici que j’ai voulu lui rendre hommage cette semaine dans Le Messager.

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18/11/2008

Akhénaton et le dieu Bès

bes_1.jpgJe voudrais reparler de l’exposition sur Néfertiti et Akhénaton du Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Ce qui est troublant, c’est que leur règne, quoiqu’hostile à un polythéisme qui plaçait des intelligences agissantes dans le cosmos, n’a pas vraiment éradiqué les pratiques magiques et le culte du dieu Bès.

Ce dieu Bès est comme le prince des dieux terrestres, ceux qu’on peut appeler légitimement les génies, ou êtres élémentaires : les esprits des éléments. Il est logique que la théologie d’Akhénaton n’ait pas pu supprimer ce dieu-ci, car comme il adorait assez le soleil physique pour le personnifier et lui attribuer une volonté - quoique dénuée de finalité -, la nature même demeurait comme animée - ainsi qu’elle l’est au sein de l’animisme, précisément. Les mains qu’on continuait de représenter au bout des rayons du Soleil l’attestent : elles caressaient, emplissaient la matière d’une forme de sensualité, de désir, qu’au bout du compte traduisait bien, au sein de la nature terrestre, l’immortel Bès, dieu grimaçant et priapique - prince des gnomes !

On aurait d’ailleurs tort de prendre Akhénaton et Néfertiti pour Tristan et Yseut, car le Roi avait de nombreuses concubines, et Viviane Kœnig, dans le livre qu’elle a consacré à ce couple royal, et destiné aux enfants, en parle, elle-même, quoiqu’en minimisant la portée de la chose. C’est que dans le même temps, le souci de réalisme et de divinisation du réel sensible a amené Akhénaton à cesser de représenter exclusivement le principe mâle de la royauté - Pharaon, héritier d’Horus. Il a aussi représenté toute la famille, en particulier Néfertiti, objet de son amour, et ainsi, on pouvait avoir le sentiment qu’enfin une reine recevait également les hommages officiels, ce qui alors revenait à dire : sacrés. Cela annonce certainement l’hommage de nos troubadours à leur Dame !

Mais enfin, au départ, Akhénaton sacrifiait en privé au dieu Bès, même s’il ne le faisait pas rituellement, même s’il se contentait d’accomplir ses rites comme la nature même les inspire à tous les êtres vivants ! Et je ne suis pas dans le secret du sérail, mais le dieu Bès, bien adoré, connaissait les formules magiques qui permettaient de donner la vigueur physique nécessaire à l’honneur rendu à plusieurs concubines par un seul, si je puis dire.

En fait, le naturalisme mystique n’empêche pas forcément une forme de surnaturalisme. Bien au contraire, il côtoie constamment le culte de ce qu’on nomme parfois les élémentaux, ce qui constitue l’essence des éléments naturels. Ce monde de fées, de sylphes, de lutins est généralement la façon imaginative dont le peuple comprend le culte d’une Nature particularisée dans ses différentes forces.

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16/11/2008

Commémoration de l'Annexion

Voltaire.jpgEn 2010, en Savoie, on fêtera le 150e anniversaire de l’Annexion. J’aimerais convaincre les Genevois qu’ils peuvent s’intéresser à cet événement.

De fait, le rattachement de la Savoie à la France a placé cette dernière non plus seulement à l’ouest de Genève, à Gex et à Ferney, au pays de Voltaire, mais aussi au sud et à l’est, à Annecy, à Chamonix, à Thonon. En vérité, Genève a alors cessé d’être le carrefour évoqué par Voltaire, et est devenue plutôt une ville enclavée. De surcroît, c’est bien à partir de 1860 seulement qu’on verra des Genevois - ou des étrangers demeurant couramment à Genève - s’installer à Thonon, ou sur la route du mont Blanc, par exemple à Megève. Soudain, la Haute-Savoie est apparue comme une petite Suisse, aux Français eux-mêmes !

La Haute-Savoie, en réalité, n’est pas restée complètement savoyarde. Elle est devenue très comparable au Pays de Gex. La grande zone franche l’a longtemps montré. On sait d’ailleurs peu que l’idée de cette grande zone, instituée en 1860, a pour origine la municipalité de Saint-Julien, qui voulait étendre ce qu’elle voyait exister à Gex, à cet égard, jusque sur son territoire ; Napoléon III a sauté sur l’occasion pour éviter d’avoir à laisser le Chablais et le Faucigny à la Suisse.

Or, cette zone franche du Pays de Gex a bien pour origine un désir de Voltaire. C’est lui qui l’a imposée aux banquiers lyonnais chargés de recouvrer les taxes dans ce petit territoire : pour ce faire, il s’appuya sur Turgot, ministre libéral de Louis XV.

On peut donc dire qu’en Haute-Savoie, jusqu’à un certain point, Voltaire a, depuis 1860, supplanté, dans les esprits, saint François de Sales. Cela a évidemment permis la multiplication des échanges avec Genève, où Voltaire avait également atténué l’influence de Calvin, comme on ne l’ignore pas. Le courant libéral-radical s’est durablement imposé en Haute-Savoie, en tout cas au Conseil général : car Annecy en particulier est restée plus démocrate-chrétienne. (Elle était en dehors de la grande zone, rappelons-le.)

Et il se trouve - ce qui n’est pas un hasard - que c’est avec ce Conseil général de coloration libérale-radicale que Genève a pu passer des accords directs en matière de reversement fiscal.

Il y a donc un paradoxe : l’influence française s’exerçant à la fois à Genève et en Savoie, au détriment des traditions séculaires et religieuses, cette influence française laïque, issue des Lumières, et qui a voulu mettre fin à la rivalité entre catholiques et protestants, a finalement rapproché la Haute-Savoie de Genève.

Genève peut donc s’impliquer dans la commémoration de l’Annexion.

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14/11/2008

Gœthe dans les pas d’H.-B. de Saussure

Goethe.jpgAprès avoir rencontré Horace-Bénédict de Saussure à Genève, Gœthe s’en fut vers Chamonix, afin de découvrir le mont Blanc et les glaciers de Savoie. Il en a tiré un récit par lettres qui a été publié récemment dans une maison d'édition genevoise, et j’en ai fait un article dans Le Messager, où j'essaie de restituer sa démarche mêlant l'imagination à l'observation - et qui à mon avis est à lire, au moins pour ce que je cite du grand écrivain allemand ! Car on conteste souvent la validité de la démarche de Gœthe, mais quand on le lit, son génie est tel qu'on a en fait plutôt envie d'adhérer à ce qu'il dit. Il faut bien reconnaître que ses textes ont une qualité comparable à celle d'Homère, par exemple. Et on sait ce qu'en pensait Platon.

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12/11/2008

Joseph de Maistre, Comte, Marx

Auguste_Comte.jpgOn le sait peu, mais Auguste Comte admirait infiniment Joseph de Maistre. Comment cela est-il possible ? Cette admiration pourtant nous met sur la voie du lien qui selon moi exista entre le séjour de Joseph de Maistre en Russie et l’instauration du régime soviétique, tel que je l’expose dans mon livre sur la Savoie occulte.

Joseph de Maistre pensait que l’histoire était guidée par une main invisible. Au début de ses Soirées de Saint-Pétersbourg, il prend la comparaison d’un orchestre au sein duquel chaque individu fait sa part sans avoir d’idée de l’ensemble, que seul a eue le compositeur. Ainsi, les acteurs historiques sont tels : Dieu se sert de l’individu et de ses désirs égoïstes pour orchestrer l’histoire collective. Or, celle-ci est soulevée par un mouvement ascendant : Dieu attire à soi les hommes sans qu’ils en soient conscients.

A vrai dire, le libéralisme table souvent sur une telle mécanique transcendantale : chacun agit pour son profit, et l’ensemble s’en trouvera bien. Mais Joseph de Maistre détestait le libéralisme. En effet, sur un plan politique, il estimait que l’humanité devait être guidée par une élite en relation profonde avec les desseins de Dieu. De fait, on le sait peu, mais Joseph de Maistre fut longtemps adepte de l’illuminisme maçonnique, et il estimait que l’individu pouvait, s’il en faisait l’effort, appréhender partiellement les intentions divines, et donc, avoir en quelque sorte le don de prophétie : prévoir l’avenir.

Il a clairement dit qu’à ses yeux, le Pape et son entourage baignaient dans la lumière de Dieu, et qu’il fallait s’en remettre au pontife romain. Mais ce n’est pas cela qui importe : ce qui compte, c’est l’image d’une humanité guidée institutionnellement par des hommes éclairés, ayant le titre leur donnant autorité sur le reste du monde.

Ce modèle d’étatisme mystique, au sein duquel une élite, parfaitement au fait du sens de l’histoire, dirige l’ensemble de la population, ne va pas sans rappeler des organisations politiques que nous connaissons bien.

Le libéralisme, face à cela, a le défaut de laisser les hommes sans guides, et donc, susceptibles d’être contrés - et écrasés - par ce sens de l’histoire - que Joseph de Maistre appelle plus classiquement la Providence. Or, tout de même, la politique cherche l’amélioration des conditions de vie : pour le philosophe savoyard, elle doit même accorder la Terre au Ciel, et finir par donner à la première les qualités du second. En ce sens, c'était un authentique idéaliste.

Bref, on saisit mieux ce que la tradition étatique (tant en Russie qu’en France, à vrai dire) peut valoir à quelqu’un comme Joseph de Maistre.

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10/11/2008

Le style de Marot

ClementMarot.jpg

Sur son blog, Pierre Béguin a montré récemment les liens qui existaient entre le style de Marot, qui fut quasi luthérien et vint à Genève au temps de Calvin, et celui de ce dernier. Il l'opposait notamment au style de Ronsard, bien plus fleuri, et qu'il assimile à l'art baroque. Celui de Calvin, dit-il avec raison, est déjà classique.

J'aimerais d'abord préciser que Marot ne put pas rester à Genève, étant de mœurs trop légères - trop gauloises, je dirais. Il se réfugia alors en Savoie, à Chambéry. Il mourut d'ailleurs à Turin.

Ensuite, Marot, dans sa poésie, semble avoir eu surtout pour référence Marguerite de Navarre et sa mère, la Régente Louise de Savoie. De fait, Calvin lui-même fréquenta la cour de Marguerite, qu'on disait également favorable à Luther.

A la mort de Louise de Savoie, mère du Roi, Marot a composé à son intention un éloge. Il la dit quasi sainte, parce qu'elle a mis fin aux désordres de la cour de France: elle occupait les demoiselles à de nobles travaux, qui leur faisaient oublier les feux de Cupidon, et elle distillait dans leur âme les préceptes de la Bible. Marguerite de Navarre, puis Brantôme, firent également de Louise une sainte, pénétrant le monde invisible - tant l'âme d'autrui que les signes célestes - de son regard perçant.

Elle était fille du duc Philippe de Savoie, d'abord comte de Bresse, et lui aussi poète, à ses heures. Or, c'est encore en Bresse que naquit Vaugelas, père de la langue classique, dont le style de Marot, mais aussi celui de Marguerite de Navarre même, ont été regardés comme les précurseurs.

La modestie bressane et savoyarde ont été pour beaucoup, je crois, dans l'élaboration de cette langue classique. L'esprit réformateur et rigoureux de Calvin a pu accentuer le souci de la clarté. Mais la langue classique française est restée souple et poétique, et pas forcément hostile aux figures issues de la fable, comme en témoigne La Fontaine - mais aussi Marot, qui invoqua les nymphes de Savoie, dans son éloge à Louise; or, Pierre Béguin tend à assimiler l'utilisation de la fable au baroque ronsardien.

Je crois le style classique équilibré. Or, le fait est que Vaugelas fut, à Annecy, disciple de François de Sales, réputé plutôt baroque et, lui aussi, fleuri.

Opposer le style protestant et le style baroque, lié aux Jésuites, n'est pas si simple: ce fut aussi une question de tempérament, d'époque, de courants culturels globaux. Bossuet avait une forme de rigueur qui lui était propre, par exemple: il ne folâtrait pas dans les images d'angelots. Or, en France, il reste le grand représentant du catholicisme classique.

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07/11/2008

Akhénaton & Néfertiti à Genève

Nefertiti.jpgAu Musée d’Art et d’Histoire de Genève, on peut découvrir, par une exposition, le couple royal d’Égypte qui a voulu imposer le culte d’Aton - le Soleil au sens élémentaire, si j’ose dire. Akhénaton et Néfertiti, fatigués, peut-être, par le fatras qu’était devenue la mythologie égyptienne, ont en effet pensé effacer les noms des dieux sur les monuments, et fonder un culte nouveau, ainsi qu’une ville nouvelle, autour d’un nouveau temple.

Ils n’ont pas vécu très vieux, et dès leur disparition, les Égyptiens ont déserté cette cité nouvelle, et repris leur religion habituelle.

Toutefois, cette tentative intéresse notre époque. D’abord, elle annonce apparemment le monothéisme, puisqu’Akhénaton n’adore plus que le Soleil, au sein des hymnes sacrés. Ensuite, le Soleil tel qu’Aton le représente est en réalité physique : la représentation de Rê à tête de faucon a été remplacée par celle d’un soleil matériel dont le caractère magique n’est plus perceptible que dans les mains qui sont au bout de ses rayons - et qui rappellent qu’au sein du culte d’Aton, tout de même le Soleil était personnifié, qu’il ne s’agissait pas d’une simple boule de feu.

Cependant, ces mains indiquent une volonté, de l’amour, peut-être, mais pas une forme d’intelligence particulière : de plan pour l’avenir. Les autres objets représentés sous ce règne d’Akhénaton appartiennent presque toujours à la nature sensible. Les oiseaux remercient Aton, les travailleurs remercient Aton, et même le couple royal remercie Aton. Mais l’univers s’est vidé de ses dieux secondaires.

Akhénaton et Néfertiti donnent a posteriori le sentiment qu’ils ont voulu remplir leur âme de la chaleur et de la lumière du Soleil, et vivre intensément l’instant présent. Cela reflète certainement la poésie contemporaine. C’est très laïque, en un certain sens.

Alors, même les hommes furent représentés de façon réaliste, et moins stylisée qu’auparavant. Mais personnellement, je ressens ceci, que le réalisme, plusieurs milliers d’années après, apparaît paradoxalement moins crédible que le classicisme lié à Ramsès II. Les formes semblent tomber dans une sorte de fantaisie.

L’Égypte d’il y a plusieurs milliers d’années n’avait certainement pas les mêmes traits physiques saillants que, disons, les Genevois actuels, globalement. Du coup, l’être humain stylisé paraît mieux traverser les siècles.

C’est ce paradoxe, qui m’a saisi. Certes, tel buste de Néfertiti peut sembler annoncer ceux des princes romains, à la fois réalistes et stylisés, nobles en demeurant particularisés ; l’expressivité dénuée de stylisation annonce jusqu’à Rodin ; mais il n’apparaît pas moins que quand on se concentre sur le moment présent, en faisant prévaloir ce qu’on perçoit par les sens sur ce qu’on conçoit par l’esprit, on peut cesser rapidement d’être audible. L’évolution de la sensibilité humaine n’a en fait rien de linéaire.

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06/11/2008

Georges Bogey, lauréat des Poètes de la Cité

Poètesdelacité.jpgGeorges Bogey est un excellent auteur de haïkus français, originaire de Haute-Savoie ; comme il a eu un prix au sein d’un concours de poésie organisé par la société genevoise des Poètes de la Cité (dont je suis membre), je me permets de signaler ici que je lui ai consacré cette semaine un article dans Le Messager.

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04/11/2008

Joseph de Maistre et le Tsar

On a un jour, sur Internet même, quelque peu raillé le rapprochement que j’avais effectué entre Joseph de Maistre et le soviétisme, dans mon livre sur la Savoie occulte.

AlexandredeRussie.pngOn sait que Joseph de Maistre a passé beaucoup de temps en Russie, qu’il fut même un proche du tsar Alexandre, lequel avait dévoré ses Considérations sur la France, et était comme lui assez mystique. Maistre éprouvait en outre un attrait profond pour la culture russe, comme le montre le magnifique tableau qu’il a brossé de Saint-Pétersbourg dans ses Soirées.

Du Pape fut néanmoins écrit en partie en réponse à un penseur orthodoxe grec qui s’en était pris au catholicisme. De fait, mystique ou non, Maistre croyait que les églises devaient se réunir sous la crosse du Pape. Et il s’en est pris, dans ce livre, à l’esprit de rébellion qu’il décelait ou croyait déceler dans la tradition grecque depuis les origines - cela lui a d’ailleurs été reproché par le Saint-Siège même.

Du Pape explique aussi de quelle façon pour Joseph de Maistre le Saint-Esprit était relié au Pape de façon nécessaire, comme s’il s’agissait d’une loi naturelle. Il pensait qu’il existait un lien réel entre une institution et la divinité. Cette idée a conduit au dogme de l’infaillibilité papale, comme on sait.

Pour Joseph de Maistre, il fallait aller encore plus loin : l’Europe tout entière devait se placer sous l’autorité du Pape, afin de retrouver l’unité perdue.

Il est clair que cette pensée crée un lien objectif entre une institution humaine, consacrée par la loi, et la divinité. Et, certes, c’est un trait qui vient de l’ancienne Rome, et qui existe tout particulièrement dans les pays latins : la croyance que l’État a en lui quelque chose de suprahumain, qu’il est directement relié à quelque chose de divin.

Mais à vrai dire, le césarisme de l’ancienne Russie faisait aussi du Tsar une personne sacrée. Or, cette idée que l’État incarne une volonté suprahumaine, au-delà des individus, et que le chef de l’État saisit presque directement l’essence de cette volonté suprahumaine, demeura bien présente dans l’Union soviétique.

On pourrait naturellement faire remarquer que cette volonté suprahumaine n’est pas ici divine, qu’il s’agit du sens de l’histoire tel que l’entend le matérialisme historique, et non une pensée religieuse. Mais la vérité est qu’Auguste Comte et Karl Marx étaient de grands lecteurs de Joseph de Maistre. Le rapport entre eux est bien plus étroit qu’on croit. J’y reviendrai, à l’occasion.

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02/11/2008

Rencontres littéraires au château de Ripaille

ChâteaudeRipaille.jpgLe château de Ripaille, près de Thonon, fut le siège principal des princes de Savoie à l’époque où leurs États s’étendaient sur les deux rives du Léman. On sait qu’Amédée VIII en fit un lieu de méditation pour lui et ses chevaliers de l’ordre de saint Maurice, et qu’il y régna en prince sage, avant d’être nommé Pape par les évêques du Saint-Empire. Et je n’apprendrai sans doute rien aux Genevois, en disant que Genève aussi était alors (au moins à demi, par l'intermédiaire de son évêque) soumise au duc de Savoie, et que, du reste, cette période a vu les arts s’y développer en abondance : Konrad Witz en témoigne.

Le château de Ripaille est donc un peu mythique, et Thonon s’enorgueillit à juste titre de l’avoir à ses abords : il rappelle le temps où Thonon était une capitale importante ! La première ville du Léman, disait fièrement Maurice-Marie Dantand, le grand aède local.

Une occasion se présente bientôt de visiter ce qui reste de ce château, qui fut plus important : c’est la rencontre annuelle des auteurs, qui aura lieu le dimanche 9 novembre, avec comme thème, cette année, le Développement durable.

Chaque année, on trouve dans cet événement de nombreux auteurs genevois, en plus des Savoyards (et d’autres). C’est un de ces événements qui entretiennent les relations transfrontalières en profondeur, sans doute !

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