19/01/2009

Indiana Jones & le cristal vide

indiana_jones_4_haut.jpgPierre Béguin, sur son blog, a récemment opposé les héros immortels, tel Indiana Jones, et les héros périssables des romans à la française, marqués du sceau de la tragédie - ou du moins du drame bourgeois, selon l’exemple donné par Flaubert. Mais l’immortalité n’empêche pas la fatigue - la lassitude -, ainsi qu’au Moyen Âge on le disait des dieux de l’Olympe: elle n’empêche pas pour ainsi dire le vieillissement, et Tolkien laissait même entendre que quand l’heure de la mort eût dû venir, ceux qui avaient acquis l’immortalité de façon illicite devenaient l’ombre d’eux-mêmes, des spectres hideux qui parcouraient sans fin la Terre sans plus pouvoir revenir réellement à la vie.

Gattaca.jpgLe dernier volet d’Indiana Jones ne rappelle-t-il pas ces vérités? D’emblée, l’image était baignée d’une teinte dorée qui renvoyait à une forme de nostalgie. Steven Spielberg, depuis un certain temps, a pris l’habitude de créer ce genre d’effets irréalisants, en donnant à ses images des couleurs de dessin animé. Il n’est d’ailleurs pas le seul, mais je ne suis pas sûr que cela soit toujours approprié. Personnellement, j‘ai trouvé cela très beau et très réussi dans un des plus anciens films qui aient procédé de cette façon, Bienvenue à Gattaca. Mais quand cela devient systématique et artificiellement justifié, cela cesse de convaincre, je crois. Cela rappelle le ton éthéré de la poésie contemporaine: à force d’être toujours le même, on se dit qu’il ne doit pas réellement s’enraciner dans un sentiment mystique si profond.

queenkira.jpgLe fond mythologique d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal n’est pas inintéressant et crée une sensation de mystère pendant un certain temps, mais la fin est plus spectaculaire que grandiose, parce qu’elle aussi manque de souffle et de perspectives sur l’ailleurs. Elle rappelle la fin d’un autre chef-d’œuvre d’autrefois, Dark Crystal. Il a d’ailleurs été fait par des collaborateurs de George Lucas. Mais que Lucas et Spielberg, qui ont donné si souvent l’impression d’inventer de nouveaux genres, paraissent au contraire, à présent, imiter des films déjà faits, est assez déconcertant.

Le manque de conviction de Spielberg se voit à mon avis bien dans l’expérience que le héros fait de la magie de la pierre, qui est censée donner des pouvoirs psychiques extraordinaires. On s’attend alors à voir, à l’écran, les visions mêmes du Dr Jones : des galaxies, des cités fabuleuses, des dimensions incroyables, un peu comme dans 2001: L’Odyssée de l’espace. Mais non: le spectateur n’a pas, ici, le privilège d’entrer dans l’esprit du personnage : on en reste à de discrètes luminosités apparaissant dans le cristal. Cela déshumanise du reste le héros. 2001SpaceOdyssey128.jpgMais quoi qu’il en soit, à quoi bon faire de la mythologie, ou jaunir et lisser les images, si c’est pour montrer aussi peu, du monde qui se meut précisément au fond du rêve? Et est-on encore un héros, si on n’a pas eu des visions étranges de l’autre monde? Au moins, dans le premier volet, si ce même héros n’avait pas vu le feu de Dieu sortir de l’Arche, puisqu’il avait fermé les yeux, il y avait assisté par ses autres sens. Et le spectateur, lui, l’avait vu!

Un film décevant, assez comparable, finalement - mais en moins bien -, à Vol 714 pour Sydney, l’album de Tintin: le thème est devenu éculé, entre-temps. Je crois que c’est Harisson Ford qui l’a le plus voulue, cette suite: sa carrière s’essoufflait, et il était lui-même nostalgique des temps heureux de sa gloire terrestre!

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Commentaires

J'ai été voir ce film. Indiana Jones c'est un peu le rêve de tous les enfants: un archéologue (qui, enfant, n'a jamais voulu être archéologue?) ayant des aventures en cherchant des cités perdues. Indiana Jones c'est aussi l'humour et le mystère. Mais si j'ai retrouvé l'humour le mystère m'a déplu. Ce n'est pas que ce soit un mauvais film ou une mauvaise histoire, le film est plaisant à voir est l'histoire traverse le web et fascine depuis longtemps. Mais ce film semble être inachevé.
Vont ils en faire un cinquième? Dans ce cas j'espére qu'il sera mieux pensé.

Écrit par : Hassan | 19/01/2009

Oui, le mystère ne débouche sur rien. L'intention morale du feu divin, dans le premier volet, était une révélation stupéfiante, mais l'existence des extraterrestres n'a en fait rien d'intéressant, en soi. Il faut forcément quu'ils aient une portée morale, eux-mêmes, qu'ils reflètent quelque chose au sein même de l'univers : sinon, il n'y a pas de mystère au sens propre. Pour l'humour, Hassan, je suis sceptique : l'intention y était, mais je n'ai pas trouvé qu'il était drôle ; il manquait d'énergie. Le plus amusant, je crois, c'est le "Temple maudit".

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/01/2009

Celui que j'ai préféré reste, et restera surement, l'arche perdue. Je le trouve presque parfait.

Ce qui est décevant, comme vous l'avez dit, c'est cette vision d'un monde vaste mais sans rien ensuite. ON sait qu'ils sont la depuis longtemps, qu'ils collectionnent des objets archéologiques (des scientifiques?) et ils sont un peu inquiétant. Mais rien d'autre. La seule morale c'est qu'il y a des vérités qu'il vaut mieux ne pas connaitre (ou que l'on n'est pas encore prêt à connaitre). Dommage, mais bon ça reste Indiana quand même.

Écrit par : Hassan | 19/01/2009

Rémi, je n'ai pas vu ce quatrième volet, mais votre analyse m'en donne l'envie afin de découvrir plus de votre regard. J'apprécie votre analyse même sans avoir vu le film.

Écrit par : hommelibre | 20/01/2009

Merci de votre appréciation, John. Ce n'est de toutes façons pas un film désagréable à regarder. Il est seulement décevant par rapport aux premiers volets.

Écrit par : Rémi Mogenet | 20/01/2009

Bien qu'ayant eu des réactions parallèles à la tienne, j'ai plutôt apprécié ce 4e épisode, globalement j'entends : il s'agit bien davantage d'une sorte d'épilogue grandiose en forme d'hommage que d'une énième aventure de l'intrépide archéologue. Il y a ce côté "héros fatigué" que tu soulignes, mais héros malgré tout : il est le seul qui se dresse pour affronter l'essor final et la révélation - le seul initié ? Le film est très réjouissant dans la manière de montrer cet homme de plus en plus décalé dans son siècle, et de s'appuyer, parfois artificiellement, parfois avec une touche d'humour bon teint, sur les précédents épisodes. Il a fait son temps, pourtant il est irremplaçable - et n'est pas prêt de passer la main, fut-ce à son fils (la séquence du chapeau est très réussie). Du coup le film semble hésiter constamment entre la grande aventure et l'hommage et les transitions ne sont pas harmonieuses.
Mais c'est Indy, quand même.

Écrit par : Vance | 13/02/2009

Oui, tu as bien parlé, Vance. Mais cela manque quand même de dynamisme. Lucas voulait que le fils continue les aventures du père. Mais peut-être devrait-il prendre un autre réalisateur, ou réaliser lui-même. Il a horreur de réaliser, et c'est la vraie raison qui a fait que Spielberg l'a fait pour lui. Mais je ne déteste pas sa façon de réaliser, qui manque peut-être de feu, mais qui a de la délicatesse. Je crois que Spielberg a manqué de conviction. Il a lui-même avoué que les extraterrestres ne l'intéressaient plus. Je ne parviens pas à me souvenir de la scène finale, où Indiana Jones se serait montré le seul initié. Le problème est de savoir : à quoi ? A l'existence des extraterrestres ? La belle affaire. L'initiation la présuppose. Elle ne commence qu'après la philosophie. L'initiation apprend à reconnaître la valeur morale inhérente aux choses ; elle n'est pas simple appréhension intellectuelle des phénomènes. En tout cas, c'est mon sentiment. Je trouve les extraterrestres très passifs, dans ce film.

Écrit par : Rémi Mogenet | 13/02/2009

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