30/01/2009

Michel Dunand, citoyen d'Annecy

Henry Dunant.jpgMichel Dunand est un des onze poètes que les éditions Le Tour ont inclus dans le recueil Poésies végétales. Comme il a récemment fait paraître un recueil de poésie, que je lui consacrasse un article dans Le Messager, comme je le fais cette semaine, était bien la moindre des choses - car, plus que correspondant, à ce journal, comme l’a indiqué Jean-François Mabut sur son blog, j’y suis en fait chroniqueur littéraire. De fait, la poésie de mon bon ami Michel est tout à fait intéressante, et on pourra s’en apercevoir, je l’espère, en lisant la présentation que j’en ai faite.

On pourra se demander dans quelle mesure un poète annécien peut intéresser des Genevois, mais comme je l’ai dit la semaine dernière, à l’origine, Annecy fut fondée par la noblesse d’épée et de robe de Genève, à laquelle l’Empereur avait demandé de déménager.

Évidemment, Michel Dunand n’appartient pas à la noblesse locale, mais la quasi homonymie avec le fondateur bien connu de la Croix-Rouge n’échappera à personne. Je ne pense pas qu’il s’agisse de la même famille, puisque, à l’initiative de la bourgeoisie genevoise, le lien entre Annecy et Genève fut rompu il y a déjà plusieurs siècles, mais je suppose que, à Genève, on sait ce que désigne le mot nant en dialecte genevois - que parlaient aussi les ressortissants non genevois du duché de Genevois, si je puis dire : au départ, la population était la même. Les princes et la religion seuls l’ont différenciée.

Ainsi, si les Genevois veulent s’intéresser à leurs cousins restés sous la férule du comte de Genève puis dans le giron de l’Église catholique, et qui vivent dans ce fameux arrière-pays auquel Genève aspire sans finalement savoir grand-chose de ceux qui y vivent ; si même pour séduire ces sortes d’Algonquins (pour reprendre, à peu près, un mot de Philippe Souaille, blogueur voisin), on pense relativement utile de mieux les connaître ; ou si simplement on a une vision de la vie culturelle fondée sur la proximité (comme dans la pensée écologiste on peut l’avoir - à mon sens avec raison - de l’agriculture), on sera forcément incité à se pencher sur la carrière de Michel Dunand, qui a récemment fondé, dans cette Genève catholique qu’est Annecy, une Maison de la Poésie, passage de la Cathédrale.

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27/01/2009

Joseph de Maistre et le Tsar

Saint-Martin.jpgGrâce à son poste d’ambassadeur du roi de Sardaigne en Russie, Joseph de Maistre devint un intime du tsar Alexandre, qui lut avec attention les Considérations sur la France, que le philosophe avait alors déjà publiées. Ce livre avait eu un retentissement énorme parmi les émigrés, car il faisait de la Révolution une manifestation de la Providence : elle était une épreuve imposée à la Civilisation pour qu’elle se réforme en puisant à nouveau à sa source vraie, de nature divine. La Révolution allait pour Joseph de Maistre provoquer une régénérescence de l’Occident, en amenant les princes et les prêtres à renouer avec la divinité, et à reprendre contact avec elle. Il en donnait lui-même l’exemple, en sondant la volonté de Dieu - ce qu’il avait déjà commencé à faire, à vrai dire, à l’époque où il fréquentait les adeptes de Louis-Claude de Saint-Martin.

Le tsar Alexandre était pareillement assez mystique. Il s’entendit donc bien avec le philosophe savoyard. Et en 1815, on le sait, il fut le principal prince d’Europe à vouloir ramener la monarchie héréditaire en France, et à la laisser être gouvernée par le roi légitime, sans plus intervenir dans ses affaires - à lui rendre son indépendance, comme si le sort de l’Europe dépendait de cette souveraineté retrouvée.

Or, les Considérations sur la France allaient précisément dans ce sens. Le retour au pouvoir des rois de France, et donc l’avènement de Louis XVIII, devaient pour Joseph de Maistre permettre la régénération de l’Occident.

Étrangement, c’est juste après la Restauration en France qu'à Saint-Pétersbourg, les choses commencèrent à se gâter pour Joseph de Maistre et ses amis jésuites de Russie, et qu’ils durent rentrer en Europe occidentale. Qui sait si cette générosité du Tsar à l’égard de la France n’a pas été regardée à Saint-Pétersbourg comme les effets néfastes de l’influence exercée sur le souverain par Joseph de Maistre et ses amis ? Car ces idées sur la France, la Révolution, la monarchie héréditaire, semblaient de purs fantasmes à plus d’un, comme on s’en doute. Louis XVIII lui-même ne s’y intéressait que parce qu’elles l’arrangeaient. Il n’avait en réalité aucune envie de se réformer : à son arrivée au pouvoir, il a institué à nouveau l’ordre ancien, tel quel.

Cela dit, Tolstoï, dans Guerre et paix, a rendu justice à l’action généreuse et désintéressée de l'empereur Alexandre. Il n’avait d’ailleurs pas laissé d’essayer lui aussi d’interpréter les faits comme émanant de la Providence. En faisant de Napoléon un pantin de l’Histoire, il donnait en réalité écho singulier à la pensée de Joseph de Maistre, qui influença assez l’aristocratie russe, du reste.

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23/01/2009

Un neveu du général Dessaix

ThononDessaix.jpgAntony Dessaix fut un écrivain savoyard laïque mais patriotique dont j’ai déjà parlé ici. Il fut le neveu du célèbre général de Napoléon Joseph Dessaix, qui était originaire de Thonon et qui gouverna Berlin avec une probité qui laissa un souvenir durable chez les Allemands. Antony Dessaix a souvent évoqué les relations avec Genève, et la plupart du temps, il ne prenait pas au sérieux les arguments religieux des uns et des autres, mais du coup, comme Montaigne, il estimait que si les choses étaient restées en l’état, cela n’eût pas été plus mal. Pour parler plus clairement, il a déclaré que si Genève s’était laissée rattacher au duché de Savoie, elle n’en aurait aucunement souffert. Évidemment, c’était son opinion. François Bonivard était lui aussi Savoyard, et il en avait une tout autre, comme on ne l’ignore pas. Quoi qu’il en soit, celui qui veut en savoir plus sur ce neveu du général Dessaix peut lire l’article que je lui consacre cette semaine dans Le Messager, journal disponible à Annemasse et à Saint-Julien, en Haute-Savoie.

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21/01/2009

Duché de Genevois

Palais du comte de Genève.jpgLes termes historiques prêtent souvent à confusion, parce que les mots résonnent différemment selon les temps : comme on a négligé de les changer, il leur arrive, en effet, de cristalliser, dans la conscience, l’image de choses qui ne sont plus.

Ainsi, le nom de Genevois qu’on trouve fréquemment en Haute-Savoie ne signifie pas réellement relatif à Genève, ou plutôt, il ne le signifie plus depuis bien longtemps. Il renvoie en réalité au duché de Genevois, dont la capitale était Annecy, et qui était une partie intégrante du duché de Savoie, depuis que le comte de Genève l’avait légué au comte de Savoie, en 1401.

Mais pourquoi appeler Genevois un pays dont la capitale était Annecy ?

C’est qu’Annecy même est d’origine genevoise. Elle a été fondée, au XIIe siècle, par le comte de Genève et ses magistrats, lesquels s’y sont installés, au pied du château et non loin du palais de l’Isle, depuis lequel, avec eux, le Comte dirigeait son comté. Annecy est issue de cela ; le commerce n’y est venu qu’ensuite.

Il est alors principalement resté à Genève, dont l’Empereur avait justement fait déménager les magistrats du Comté, pourtant eux aussi natifs de Genève. A Genève, ne demeuraient que les fonctionnaires de l’Évêque.

On sait que peu à peu les marchands de Genève ont obtenu des droits, face à l’Évêque, et que finalement, ils ont choisi de se diriger eux-mêmes. Mais les magistrats du Comté étaient toujours à Annecy. Et à la Renaissance, on pensait, en tout cas sous nos latitudes, que seuls des juristes pouvaient diriger un territoire : on n’ennoblissait pas les marchands. Or, si Berne, de préférence à Zurich, est toujours la capitale de la Suisse, c’est bien que, même en Suisse, on a toujours, au fond, la même idée.

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19/01/2009

Indiana Jones & le cristal vide

indiana_jones_4_haut.jpgPierre Béguin, sur son blog, a récemment opposé les héros immortels, tel Indiana Jones, et les héros périssables des romans à la française, marqués du sceau de la tragédie - ou du moins du drame bourgeois, selon l’exemple donné par Flaubert. Mais l’immortalité n’empêche pas la fatigue - la lassitude -, ainsi qu’au Moyen Âge on le disait des dieux de l’Olympe: elle n’empêche pas pour ainsi dire le vieillissement, et Tolkien laissait même entendre que quand l’heure de la mort eût dû venir, ceux qui avaient acquis l’immortalité de façon illicite devenaient l’ombre d’eux-mêmes, des spectres hideux qui parcouraient sans fin la Terre sans plus pouvoir revenir réellement à la vie.

Gattaca.jpgLe dernier volet d’Indiana Jones ne rappelle-t-il pas ces vérités? D’emblée, l’image était baignée d’une teinte dorée qui renvoyait à une forme de nostalgie. Steven Spielberg, depuis un certain temps, a pris l’habitude de créer ce genre d’effets irréalisants, en donnant à ses images des couleurs de dessin animé. Il n’est d’ailleurs pas le seul, mais je ne suis pas sûr que cela soit toujours approprié. Personnellement, j‘ai trouvé cela très beau et très réussi dans un des plus anciens films qui aient procédé de cette façon, Bienvenue à Gattaca. Mais quand cela devient systématique et artificiellement justifié, cela cesse de convaincre, je crois. Cela rappelle le ton éthéré de la poésie contemporaine: à force d’être toujours le même, on se dit qu’il ne doit pas réellement s’enraciner dans un sentiment mystique si profond.

queenkira.jpgLe fond mythologique d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal n’est pas inintéressant et crée une sensation de mystère pendant un certain temps, mais la fin est plus spectaculaire que grandiose, parce qu’elle aussi manque de souffle et de perspectives sur l’ailleurs. Elle rappelle la fin d’un autre chef-d’œuvre d’autrefois, Dark Crystal. Il a d’ailleurs été fait par des collaborateurs de George Lucas. Mais que Lucas et Spielberg, qui ont donné si souvent l’impression d’inventer de nouveaux genres, paraissent au contraire, à présent, imiter des films déjà faits, est assez déconcertant.

Le manque de conviction de Spielberg se voit à mon avis bien dans l’expérience que le héros fait de la magie de la pierre, qui est censée donner des pouvoirs psychiques extraordinaires. On s’attend alors à voir, à l’écran, les visions mêmes du Dr Jones : des galaxies, des cités fabuleuses, des dimensions incroyables, un peu comme dans 2001: L’Odyssée de l’espace. Mais non: le spectateur n’a pas, ici, le privilège d’entrer dans l’esprit du personnage : on en reste à de discrètes luminosités apparaissant dans le cristal. Cela déshumanise du reste le héros. 2001SpaceOdyssey128.jpgMais quoi qu’il en soit, à quoi bon faire de la mythologie, ou jaunir et lisser les images, si c’est pour montrer aussi peu, du monde qui se meut précisément au fond du rêve? Et est-on encore un héros, si on n’a pas eu des visions étranges de l’autre monde? Au moins, dans le premier volet, si ce même héros n’avait pas vu le feu de Dieu sortir de l’Arche, puisqu’il avait fermé les yeux, il y avait assisté par ses autres sens. Et le spectateur, lui, l’avait vu!

Un film décevant, assez comparable, finalement - mais en moins bien -, à Vol 714 pour Sydney, l’album de Tintin: le thème est devenu éculé, entre-temps. Je crois que c’est Harisson Ford qui l’a le plus voulue, cette suite: sa carrière s’essoufflait, et il était lui-même nostalgique des temps heureux de sa gloire terrestre!

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16/01/2009

William Windham, Anglais de Genève

glacier_antarctique.jpgSi les premières évocations, dans la littérature, des glaciers de Chamonix datent de François de Sales, la première relation descriptive de la vallée est l’œuvre d’un Anglais, William Windham, qui habitait Genève pour y être éduqué. Comme on sait, les relations entre Genève et l’Angleterre ont toujours été très nombreuses, au moins depuis leur conversion à une branche du protestantisme en réalité très proche. Culturellement, le goût pour le commerce était également partagé. Mais alors que les Anglais étaient constamment prêts à naviguer aux quatre coins du monde dans ce but, les Genevois restaient plutôt campés dans leur cité, où le commerce entre le nord et le sud de l’Europe occidentale devait de toutes façons se faire. Et ainsi, il n’est pas étonnant que ce soit un Anglais qui ait décidé le premier d’effectuer l’exploration, qu’on pensait alors aventureuse et même risquée, de la vallée de Chamonix. Car on sait qu’à Genève même, toute sorte de légendes ténébreuses couraient, sur cette vallée : Horace-Bénédict de Saussure en a parlé. Windham, quoi qu’il en soit, lança une véritable mode, qui eut certainement une influence sur les Shelley, mais qui, en tant que genre littéraire naissant, triompha surtout avec Horace-Bénédict de Saussure même. Je résume cette semaine dans Le Messager la relation de voyage de Windham : je le dis à l’intention des curieux. J’ajoute que les écrits des premiers voyageurs à Chamonix sont souvent cités, mais ils doivent être lus un peu vite, car ils le sont, cités, de manière souvent déformée, aussi. Leur lecture attentive réserve toujours quelques surprises, à cause de cela. Pour Windham, je l’ai effectuée, et je pense que mon compte-rendu est fidèle.

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14/01/2009

François de Sales et le nationalisme

François de Sales estimait que mal parler des autres nations était offenser Dieu.

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12/01/2009

Francs-bâtisseurs

COUV Frahans1.jpgLes éditions Le Tour ont fait paraître ces jours un livre consacré à l’histoire des Frahans, cette confrérie de tailleurs de pierre, ou maçons de Samoëns, qui ont tant fait pour notre région, et en particulier Genève et ses alentours. Car ils ont construit le château de Ferney, pour le compte de Voltaire, mais aussi d’autres bâtiments de Ferney, et également Versoix et son port, qui alors étaient en France, pour le compte du duc de Choiseul puis à nouveau de Voltaire, qui reprit les travaux quand Choiseul entra en disgrâce. Les maçons de Samoëns ont également construit Carouge, sous la direction des architectes piémontais, et ont même abondamment participé aux travaux qui ont développé l’agglomération genevoise au XIXe siècle. C’est donc un livre que tous les amateurs d’histoire, à Genève, peuvent se procurer. Il ne vaut en plus que 20 € ! Il est de Mickaël Meynet, Diplômé d’Histoire et Guide du Patrimoine, à Samoëns.

J’ajoute que les maçons de Samoëns ont également réalisé les ouvrages de Vauban en Franche-Comté, quelques bâtiments de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane - aujourd’hui encore célèbres -, le Sénat de Savoie, à Chambéry, et l’Hôtel de Ville de Bonneville.

Pour les amateurs d’ésotérisme, je signale que les maçons de Samoëns aimaient les symboles maçonniques, même si leur travail n’avait rien de spéculatif. Ils vénéraient en particulier les Quatre Couronnés, qui ont peut-être une signification alchimique, mais qui étaient surtout des maçons qui furent martyrisés sous l’empereur Dioclétien parce qu’ils avaient refusé d’ériger une statue faisant de lui un dieu. Leur martyre les a couronnés, et même si les maçons furent plutôt laïques et marqués par la philosophie de Voltaire, ils demeuraient proches de l’Église, dont du reste ils ont réalisé beaucoup d’édifices, leur travail prévalant de toutes façons sur leurs positions politiques.

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09/01/2009

Les secrets du Peuple

Logo_parti_socialiste_france.pngL’élection de la tête pensante et - surtout - voulante du Parti socialiste français - événement abondamment évoqué par notre aimable correspondant à Paris, Jean-Noël Cuénod - a remis en honneur le titre de Premier Secrétaire, qu’on avait un peu oublié depuis la chute de l’Union soviétique. C’est en effet un nom étrange : à l’origine, le Secrétaire était dans le secret du Prince : là est la source du mot. Mais dans la tradition socialiste, il n’y a pas de prince. Dans le secret de qui est donc le Premier Secrétaire ?
Celui du Peuple, sans doute. Mais comme il est le seul à être dans ce cas, et que le socialisme gouverne au nom du Peuple, on peut dire que le Premier Secrétaire est lui-même, dans les faits, le Prince. Le prince moderne est celui qui est dans le secret du Peuple. C’est le sens de la République française, et même de toute monarchie élective. Et De Gaulle se pensait, et se disait, dans le secret de l’âme nationale : le début de ses mémoires peut assez en persuader.
Certes, on peut établir une distinction entre le Peuple et la Nation : la seconde est liée à une tradition prédéfinie, le Peuple est censé être la somme des citoyens formant un tout. Mais en réalité, ce tout formé est habituellement représenté au travers de la Tradition. La distinction, dans son application politique, n’est pas nette. Peut-être que les socialistes sont davantage prêts à accepter des nouveaux éléments, en théorie ; mais souvent, ils ont eux aussi une idée toute faite du Peuple, simplement nourrie d’écrivains plus récents que ceux qui évoquent la Nation. Car De Gaulle lisait volontiers Corneille, Mitterrand plus volontiers Stendhal. Mais au fond, tous les deux pensaient pouvoir saisir l’âme qui devait présider au gouvernement de la France, chacun par ses moyens propres : le bon ange de l’État, en quelque sorte.

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08/01/2009

Les mystères de Moudon

250px-Cathedrale_Sens_041.jpgLe Pays de Vaud médiéval avait ses mystères, je veux dire, ses drames religieux représentés sur la place publique, comme l’ensemble du monde catholique. Comme ces spectacles étaient liés soit au prince-évêque de Lausanne, soit au duc de Savoie et à ses vassaux, je leur ai consacré cette semaine un article dans Le Messager. A vrai dire, j’ai déjà consacré un article aux mystères qui étaient représentés en Maurienne, où ils étaient assez nombreux, ainsi qu’un autre à celui de saint Bernard de Menthon, probablement représenté à Annecy, peut-être à Genève, voire à Aoste, ainsi qu’au Grand-Saint-Bernard. Cela complète le tableau : chaque région promouvait ses saints propres. (A cette époque, Moudon était la capitale des États de Vaud ; et elle était patronnée par saint Étienne - dont une statue, placée sur la cathédrale de Sens, peut être admirée ci-contre. )

J’ai ajouté à mon article, au fond consacré à l’art populaire médiéval de la rive droite du Léman, la chanson en dialecte vaudois qui évoque la perte des principales cités du Pays de Vaud par le duc Charles III.

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05/01/2009

Langages transfrontaliers

FlagoftheBasqueCountry.pngJ’ai déjà dit que je m’étais rendu l’été dernier au Pays basque. Après l’architecture, lorsqu’on visite une région nouvelle, on peut s’intéresser à la langue, ainsi qu’à l’histoire. Or, le Pays basque, sur le plan linguistique, est vraiment original, en France même. Déjà, la langue basque est d’une grande particularité. Mais plus encore, c’est l’ampleur du bilinguisme qui m’a frappé. Même les écrans des distributeurs de billets des grandes banques proposent du basque, à côté du français.

Ce n’est pas le lieu de faire un cours sur l’origine du basque, qui serait proche du géorgien, et dont les origines se perdent dans la nuit des temps. Pierre Loti, qui fut basque par choix, si je puis dire, affirme qu’on ne peut réellement en saisir l’organisation que si on la parle depuis son enfance. Par ailleurs, elle est liée à la religion, comme le breton, puisque jusque sous la IIIe République, elle était la langue du catéchisme. Au reste, les premiers à avoir écrit en basque sont des prêtres. Cela fait une différence profonde avec la Savoie, où les prêtres sont passés du latin au français sans vraiment passer, à l’écrit, par le dialecte local, même si on sait que tous les prêtres catholiques le parlaient et l’utilisaient au besoin dans leurs sermons. Au demeurant, cela n’a pas empêché les Français du temps de trouver que François de Sales avait un fort accent provincial. Mais au moins a-t-il eu le droit de prêcher à Paris. Je ne sais pas si on l’y eût autorisé, en francoprovençal. Mais ce n’est pas ici le sujet.

L’omniprésence légale du basque en France doit sans doute aussi quelque chose au statut autonome du Pays basque espagnol, où il existe une Académie de la Langue basque, dont sont membres évidemment beaucoup de Français basques. Cela me rappelle que l’hymne genevois, qui est au fond en dialecte savoyard, est légal à Genève !

Mais plus encore, sur un plan culturel plus vaste, la littérature et l’histoire du Pays de Vaud peuvent se recouper avec celles de la Savoie : Othon de Grandson en est en quelque sorte l’emblème. Car son importance fut à la fois historique et littéraire. Or, l’université de Lausanne dispose d’un centre d’étude tout à fait officiel, sur la culture proprement romande. Cela fait bien un point commun. Les régions frontalières ont toujours des liens avec les pays voisins : forcément. Car les grands pays modernes se sont faits en s’étendant vers des territoires dont l’originalité culturelle rendait incertaine la situation, et qui, de ce fait même, ont limité l’expansion de ces grands pays modernes, l’ont rendue ardue. Cependant, une pensée vraiment universelle dépasse bien sûr ce problème de frontières.

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02/01/2009

Le soleil et les étoiles ensemble

clonewarscelebrationss8.jpgDans sa huitième méditation fondamentale, François de Sales invite à se représenter le Paradis. Pour ce faire, affirme-t-il, il faut imaginer une nuit bien sereine, remplie d’étoiles, et un jour lumineux, inondé de soleil, et ensuite, mettre ensemble les deux, de telle sorte que le soleil n’empêche pas la clarté des étoiles ni de la lune, mais que tous soient présents au même moment. Eh bien, dit-il encore, toute cette splendeur n’est encore rien, comparée à celle du divin Paradis !

Je suis depuis la petite enfance un fidèle de la série des Star Wars, et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir le dessin animé Clone Wars, malgré les critiques très défavorables que j’ai lues, par exemple dans la Tribune de Genève : la magie du cycle épique et interstellaire créé par George Lucas n’y était pas, disait-on.

Sans doute, sur le plan humain, ce film était pauvre : aucun tourment intérieur ne transparaissait. Du coup, les mystères de la Force étaient bien édulcorés. Le sens du sacrifice disparaissait. Le tiraillement entre le Bien et le Mal - la Coupe, les Lèvres -, les affres d’une âme reliée à la Force qui dirige l’univers en liant entre elles toutes les choses, étaient peu présents : c’est un fait.

A la rigueur, il y avait une forme de mystère dans le décor, dans l’énigmatique monastère abandonné : on se demandait quels dieux y avaient été priés, adorés. Et qu’étaient devenus les moines ? En arrière-fond, on sent une mythologie, une religion, un culte : c’est assez étrange.

Mais sur un plan artistique, il faut surtout retenir l’idée de Lucas selon laquelle le dessin animé permettait de faire des choses que les acteurs réels ne permettaient pas. Il est clair que ce n’est pas à chercher dans l’humanité des personnages !

Or, ce qui est magnifique, ou du moins très attirant, dans Clone Wars, c’est l’assemblage de couleurs en mouvement. Les rayons lumineux se croisant par milliers dans l’obscurité, c’est l’image qu’on garde de ce film qui ne cesse de créer des fils de lumière dans les ténèbres. Une autre image me revient, c’est celle dépeinte par François de Sales : sur la planète désertique, le dessin animé n’hésite pas à montrer ensemble le soleil qui se couche, une lune, les étoiles. C’est le début du grand Paradis ! C’en est l’ébauche, le signe avant-coureur. L’image de ce film crée un monde intermédiaire et féerique qui n’est pas sans rappeler le monde imaginal d’Henry Corbin, celui qui amène vers une vérité qui demeure cachée, mais que ce monde d’images colorées et mouvantes reflète.

Même Asimov, au demeurant, avait bien remarqué que la science-fiction avait pour qualité de rapprocher des étoiles et du centre de la galaxie, lequel est lui-même inondé d’étoiles proches les unes des autres. Là est la poésie de la chose, pour ainsi dire : car la lumière est toujours préférable aux ténèbres.

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