22/07/2009

Michael Jackson & les enfants du Seigneur

Hugo.jpgLa veille de la mort de Michael Jackson, j’avais lu dans la Tribune de Genève un article sur les enfants qui font de la prédication religieuse en Amérique du sud. Un défenseur des droits de l’homme patenté disait que ces enfants, prisonniers de leur propre discours, vivaient ensuite fréquemment dans leur monde, et que cela pouvait nuire à leur équilibre psychologique. Appliqué aux valeurs plutôt hédonistes de l’Amérique du nord et de l’Europe occidentale - des valeurs fondées sur la sensation -, il n’est pas sûr que le culte dont a fait l’objet Michael Jackson le différencie tellement de ces enfants.

D’ailleurs, lui-même se voyait comme un messager du divin, comme quelqu’un qui reflétait d’une façon toute particulière la splendeur divine: j’en ai déjà parlé. Cela encore le place dans la lignée des poètes romantiques, d’un Hugo, par exemple, qui pensait que ses diatribes contre Napoléon III étaient le digne écho des reproches qu’Isaïe avait adressés aux princes de son siècle.

Ce qui est propre à notre époque, cependant, c’est que les moyens techniques modernes forgent plus facilement qu’autrefois les représentations fabuleuses. Peut-être que, corollairement, l’inspiration a moins besoin de pureté, et qu’elle doit aussi beaucoup se soucier de ces techniques de l’image - et du son -, l’art par lequel on persuade qu’on est réellement ce qu’on croit qu’on est. A cet égard, il est indéniable que Michael Jackson fut d’une remarquable inventivité.

08:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

20/07/2009

Le culte de l’Idée première

Zola.jpgJean-Noël Cuénod, pour saluer Calvin, a fréquemment, ces derniers temps, stigmatisé le rôle de l’image dans la société actuelle. Il est allé jusqu’à attribuer au culte de l’image l’apparition des dictateurs de l’ère moderne. Personnellement, je suis un peu sceptique.

On peut déjà faire remarquer que le sens de la vue n’a pas été le seul impliqué par la politique de communication des puissants qui ont voulu qu’on les vénère. L’ouïe a été elle aussi bien exploitée - par la radio, les micros, ou même la musique et les moyens mécaniques d’amplification du son en général.

Mais surtout, j’ai le sentiment qu’on a vénéré ces dictateurs parce qu’ils paraissaient incarner des idées qu’on trouvait en soi miraculeuses - dont on pensait qu’elles pouvaient changer le monde. Les dictateurs ont paru être ceux qui étaient les mieux à même de les réaliser. Or, cela ne vient pas forcément de ce qu’ils étaient rusés: cela vient - plus qu’on ne veut l’admettre, peut-être - qu’ils pensaient eux aussi incarner ces idées - de leur force de conviction. Napoléon, par exemple, s’efforçait réellement de porter les idéaux de Rousseau, son maître à penser.

Il me semble, ainsi, que l’intellect a été lui aussi impliqué: c’est passé par des discours et les idées qu’ils exprimaient. Les images mêmes ont tendu à l’allégorie: elles illustraient ces idées, plus qu’elles ne valaient en soi. On était quand même loin de la statuaire grecque!

Cela me rappelle que Zola, le champion du Naturalisme, assimilait le génie qui présidait à l’écriture d’une grande œuvre à une idée première.

La civilisation moderne est centrée sur la vie intellectuelle. La personnalité peut apparaître comme un complexe d’idées organisées. Le culte de la personnalité est donc également lié à des systèmes, à des idéologies.

10:40 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

18/07/2009

Grèves universitaires

Portail de l'université Paul Valéry.jpgDurant l’année scolaire qui vient de s’écouler, nombre de professeurs d’Université, en France, ont lutté contre la libéralisation de l’Université en faisant grève. Finalement, on a pu lire dans Le Monde que des accords seraient mis en place pour que ces professeurs grévistes touchent quand même leur salaire - alors que, depuis 2003, les professeurs des lycées et collèges qui font grève ne le touchent plus, ce qui crée de gros trous dans leur modeste budget.

Il ne faut pas seulement parler des avantages du patronat au sein de l’entreprise privée: il faut bien admettre que même dans la fonction publique, plus on a des grades élevés, moins on est soumis aux aléas de la vie.

Je pense, du reste, que les fonctionnaires ne manifestent pas assez contre les inégalités qui existent au sein de la fonction publique même. On pourrait les réduire sans augmenter du tout les impôts, par un simple meilleur partage des ressources et prérogatives. Je crois, notamment, qu’il est anormal de considérer que d’enseigner à des adultes doit être mieux valorisé que d’enseigner à des enfants. C’est d’autant plus absurde que tous les adultes ont été des enfants.

Je crois aussi que les professeurs devraient davantage participer à l’élaboration des programmes qu’ils enseignent, sans être à cet égard traités selon leur grade, lequel ne devrait pas donner autant de pouvoir sur l’élaboration de programmes qu’on ne sera pas amené finalement à enseigner soi-même. Cela me paraît illogique.

Mais en ce monde, qu’est-ce qui est logique? Les traditions et les structures, les formes héritées du passé contredisent souvent les réflexions qu’on peut développer dans le présent.

08:42 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

16/07/2009

Viollet le Duc en Savoie

viollet_le_duc.jpg&h=80&w=55&usg=__sZTif1bSFjc02dLt1qbUIfqa7Ik=L’architecte Viollet-le-Duc avait des idées étranges, sur le mont-Blanc. Il est venu à Chamonix deux fois, et a laissé sur ces séjours quelques écrits, que je commente cette semaine dans Le Messager.

07:51 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

15/07/2009

Science-fiction & mysticisme

Vulcanien.jpgCes temps derniers, on a présenté publiquement quelques croyances inhérentes à la scientologie, dont il s’avère qu’elles doivent beaucoup à la science-fiction. Mais que des mouvements initiatiques et à ambition religieuse s’enracinent dans ce genre propre à notre temps n’a rien d’étonnant. Que la classe intellectuelle française l’ait beaucoup rejeté, depuis environ cinquante ans, est suffisamment significatif. Car on sait que parallèlement, les États-Unis l’ont au contraire cultivé.

Il est évident que Rencontres du IIIe type et 2001: l’Odyssée de l’espace - par exemple - étaient des récits dont le fondement, le moteur était le sens du mystère, au sens le plus ancien du terme. Derrière leurs intrigues se dessinait la possibilité qu’objectivement les extraterrestres existassent, et qu’ils eussent des pouvoirs miraculeux, y compris celui de faire éclore l’intelligence - la lumière - au sein de l’âme humaine. C’était présent également dans Star Trek: les Vulcaniens y créaient une nouvelle ère au sein de l’Évolution en donnant aux hommes la maîtrise complète de l’Espace.

Il était dès lors inévitable que des organisations reprissent les croyances diffusées par ces histoires filmées avec souvent moins de recul qu’on pourrait le croire.

08:54 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

13/07/2009

Le rire de Lionel Chiuch

Hamlet.jpgDans la Tribune de Genève du 9 juillet dernier, Lionel Chiuch, présentant une mise en scène de la pièce Cymbeline, de Shakespeare, qui se donne actuellement à Genève, affirme que rien n’exprime plus authentiquement l’esprit que le rire. Cela me fait sourire, moi-même, car Lionel aime au contraire se gausser de manifestations du spirituel un peu trop ferventes à son goût, et cela a été stigmatisé par Baudelaire comme émanant de pulsions purement charnelles, assimilé par lui au ricamenent qui saisit celui que met mal à l’aise l’expression grave de l’Esprit. (On sait que Baudelaire n’était pas lui-même un boute-en-train, quoiqu’il crût que la nature tout entière était tissée de symboles obscurs.)

De fait, Lionel a un jour composé un poème satirique sur mon livre Portes de la Savoie occulte, en se moquant notamment de ses pages consacrées aux poètes romantiques héritiers de François de Sales, qui voyaient en quelque sorte l’ange de Dieu dans les cascades et les montagnes - à la façon aussi de Lamartine.

A mon avis, les larmes ne sont pas moins une authentique expression de l’esprit que les rires: tout dépend de la manière dont l’esprit agit, et même, il est dit que l’arrivée au paradis déclenche à la fois le rire et les larmes, mêlés. L’affirmation de Lionel est donc un peu absurde, je crois.

Cela dit, j’ai lu Cymbeline il y a quelques années, et il est exact que c’est une pièce au sein de laquelle le merveilleux fonctionne très bien. Dire qu’une comédie comme est celle-ci exprime mieux l’esprit qu’une tragédie telle que Hamlet paraît quand même abusif.

14:08 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

09/07/2009

Dantand et les mystères de Thonon

Thonon.jpgMaurice-Marie Dantand est un écrivain bien connu de ceux qui, à Thonon, ont été initiés aux mystères de la cité: car il a les lui-même exposés dans deux ouvrages mythiques, le Gardo et L’Olympe disparu. De fait, Valère Novarina cite ce Dantand dans ses œuvres sur Thonon. J’ai mis plusieurs années à lire L’Olympe disparu, qui est un pavé, et qui est assez touffu: Mme Denais, l’héritière de l’écrivain, m’en avait prêté un exemplaire, et je vais pouvoir le lui rendre. En attendant, j’ai livré dans Le Messager de cette semaine un compte-rendu de l’ouvrage, que je suis peut-être l’une des seules personnes à avoir lu en entier. Je voudrais préciser que celui qui s’intéresserait à cet Homère thononais pourrait lire le chapitre que je lui ai consacré dans mon livre Portes de la Savoie occulte.

08:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

07/07/2009

Captain Savoy

images (1).jpgJ’ai entendu sur Couleur 3, l’autre jour, un auteur de bandes dessinées qui, étant petit, était passionné par les super-héros de la compagnie Marvel, et qui a essayé, depuis, de transposer leur monde en France. Or, il affirmait que pour que ce monde fût vraisemblable, il fallait le situer avant 1914, parce que depuis, le patriotisme français s’était dissous, et que les super-héros s’appuyaient précisément sur ce qu’on pourrait appeler le culte de l’héroïsme public, qui n’existerait plus guère qu’aux États-Unis.

Mais je me souviens que la compagnie Marvel, pour faire pendant à Captain America, et plaire à ses lecteurs de Grande-Bretagne, avait inventé Captain Britain, qui ne manquait pas de panache, de splendeur. Pour toute l’humanité, elle avait inventé le sublime Captain Marvel, qui avait ressuscité d’entre les morts et été renvoyé sur Terre muni d’une Conscience cosmique. Pour la France, on a connu Superdupont, naturellement: on y raillait le mythologisme américain. De Gaulle aurait quand même pu servir de modèle: n'était-il pas l'héroïque chevalier servant de cette divinité qu'il appelait la France éternelle, et qu'il assimilait à la fée des contes et à la madone des églises - reine du Ciel et des Anges? Cet auteur de bandes dessinées a exagéré.

D’ailleurs, j’ai moi-même rencontré - je puis le révéler, à présent - le héros qui défend en grand secret la liberté, la justice et l'amour de l'humanité en Savoie: on l’appelle Captain Savoy. Il a déjà de nombreux exploits à son actif: j’en reparlerai. Je donnerai aussi plus tard son apparence. Car c’est très important, pour les super-héros, dont les pouvoirs peuvent être contenus tout entiers dans le costume, lequel a toujours une valeur symbolique profonde - cristallisant en lui la force rayonnante des astres!

Pour ceux qui voudraient en rire, ils peuvent se dire que je réponds à l’attente de la Tribune de Genève, qui a félicité Leïla El-Wakil de publier son roman en feuilleton sur son blog, et qui s’est demandée si d’autres allaient lui emboîter le pas.

08:42 Publié dans Captain Savoy, Savoie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

04/07/2009

La foi de Michael Jackson

Byron.jpgLionel Chiuch, dans son article de la Tribune de Genève consacré à Michael Jackson - le week-end qui a suivi sa mort -, a rappelé que non seulement l’artiste américain était croyant, mais qu’il se présentait lui-même comme situé entre l’Humain et le Divin. Il s’était totalement assimilé à l’image qu’il voulait donner et avait créée par sa façon de se mettre en scène en public.

Lionel a également affirmé que pour devenir un demi-dieu, il fallait recevoir l’assentiment des hommes - en laissant entendre que c’est ce qui a manqué au célèbre chanteur-danseur.

Mais je te dis non, Lionel; car c’est précisément ce qui ne lui a pas manqué. Ce qui lui a vraiment manqué, c’est l’assentiment des dieux!

Pour devenir un pont entre le Ciel et la Terre, il faut que l’image qu’on crée en ce sens devienne vraie; qu’elle soit en quelque sorte mue par une force qu’on n’a pas vue, et qui préexiste à cette image. Or, cela renvoie à la magie des cieux. Ce ne sont pas les mots humains qui donnent vie. Celui qui échoue à être un pont entre ce monde et l’autre ne peut l’imputer qu'à lui-même - si les dieux sont justes et bons, comme le pensait Platon.

Mais les hommes ont bien suivi Michael Jackson: ils lui ont rendu un culte suffisant.

Si Lionel Chiuch a voulu parler de ses ennuis avec la justice, qu’il se souvienne que Lord Byron, par exemple, fut quasiment convaincu d’inceste avant d’être divinisé par sa participation à la guerre d’indépendance de la Grèce. Et puis sa poésie est réputée emmenée l’âme vers les profondeurs du monde: c’est ce qui compte. Or, cela fut bien un don des dieux, n’est-ce pas?

09:23 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

02/07/2009

Michaud Michel, poète d’Haïti

Haïti.jpgMon ami Michaud Michel est un poète qui habite Saint-Julien-en-Genevois, et qui travaille au B.I.T., à Genève. Il est haïtien. Il a bien voulu m’offrir un recueil de ses vers, et comme je l’ai lu, et l’ai trouvé plein d’une inspiration forte, je lui ai consacré cette semaine un article dans Le Messager.

15:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

01/07/2009

Coraline et le Paradis

Van Gogh.jpgDans le film récemment sorti appelé Coraline, l’héroïne éponyme découvre un monde merveilleux qui s’avère être une pure duperie. On pouvait craindre que cela ne fût déprimant, puisque le monde ordinaire est tout gris, mais, d’une part, à la fin, ses parents parviennent à faire pousser, dans leur jardin, quelques tulipes rouges, et, d’autre part, on a un aperçu du paradis, lorsque la jeune héroïne, après avoir sauvé l’âme enchaînée d’enfants, victimes de l’abominable sorcière qui la tourmente elle aussi, a une vision d’eux changés en anges d’or, au sein d’un décor qui rappelle le ciel d’un des tableaux de Van Gogh, celui où l'azur nocturne est traversé de tourbillons jaunes.

Personnellement, néanmoins, j’ai trouvé que cela ne fonctionnait pas du tout. Ce paradis était effrayant, parce que clos sur lui-même, comme étroit et vide. Il faut parvenir à saisir comment les mystiques ont pu donner du paradis une image de libération. Et comme je connais bien François de Sales, je dirai que pour lui, ce qui était essentiel, c’était la sensation qu’au paradis, on était aimé et attendu, souhaité par Dieu même. Dans sa IXe méditation, il fait dire au Fils de Dieu - Jésus -, s’adressant à l’âme qu’il accueille: Viens, ô ma chère âme, au repos éternel entre les bras de ma bonté, qui t’a préparé les délices immortelles en l’abondance de son amour. Et de fait, dans le film Coraline, il n’y avait pas ce sentiment; il n’y avait pas de doux rayonnement, d’impression de chaleur: les couleurs étaient froides, et surtout, elles étaient statiques, elles manquaient de vie. Ce paradis m’a paru artificiel et peu ressenti.

On peut aussi donner une perspective grandiose au paradis par les cercles concentriques évoqués jadis par Dante - en les peuplant d‘êtres plus ou moins sublimes selon la hauteur, ainsi que le fit même Hugo, dans ses Contemplations. Mais les images du film laissaient ce beau monde à plat, pour ainsi dire. Le réalisateur doit être plutôt sceptique. Cela dit, sa connaissance de la peinture moderne était visible.

11:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook