31/08/2009

Stendhal et l’État-Providence

9782253006206.jpg&h=94&w=56&usg=__w6Oz-pj9gKBn2KVnQCkfeTgTJwY=Stendhal, dans Le Rouge et le noir, se moquait volontiers des prémices du socialisme. Car on s’imagine facilement que celui-ci n’est né qu’avec Marx, mais la notion de justice distributive, comme on disait alors, a été en réalité inventée par l’Église catholique, comme Stendhal même le montre.

On pourrait croire que le digne écrivain grenoblois se moquait en réalité de la portée religieuse de ce principe, son insertion dans une institution qui par ailleurs défendait des croyances jadis assimilées par Voltaire à de la superstition. Mais quand ces croyances s’appuyaient sur des sentiments sincères (comme il pensait que c’était le cas en Italie ou en Savoie), il les aimait, au contraire: il aimait justement les sentiments ardents qu’elles reflétaient.

Ce qui le rebutait était simplement la charité instituée. Il ironisait aussi, du reste, sur le rôle de l’État, lorsqu’il disait des sujets fidèles au régime qu'ils avaient eu la révélation que l’homme le plus riche de France, c’est le gouvernement. Il ne croyait simplement pas en un État qui eût incarné la Providence!

Et, de fait, on peut très bien étatiser le capital sans mettre fin au capitalisme. Un fonctionnaire peut dire qu’il défend le service public, et penser surtout à son salaire. Stendhal, sur ce sujet, disait que si l’enseignement des jésuites de Chambéry était resté plus valable que celui des instituteurs de Grenoble, c’est parce que les seconds avaient une famille à nourrir, alors que les premiers se vouaient entièrement à leur activité d’enseignants.

L’écrivain dauphinois affectionnait les paradoxes choquants, mais, par son refus d’adhérer aux idées qui circulaient en France à son époque, il éveille toujours l’esprit - qu’il fait pour ainsi dire pétiller.

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