14/10/2009

Universalisme & rationalisme

République.jpgLes intellectuels français blâment volontiers ceux qui se rattachent à une région particulière, mais eux-mêmes le font souvent sans s’en rendre compte, assimilant d’emblée le lieu auquel ils se rattachent à l’univers entier. Pour ainsi dire, leur étoile leur paraît représenter la galaxie à elle seule!

On connaît le blog de Pierre Assouline intitulé République des livres. Est-ce que le mot République ne fait pas allusion à la France? Même dans l’espace francophone, le royaume de Belgique peut déjà se sentir exclu! Or, somme toute, la France n’est qu’une région du monde.

Mais plus encore, en France même, historiquement, on sait bien que certaines régions ont imposé le régime choisi par les Jacobins à d’autres. On peut dire, bien sûr, que ce régime étant universel dans ses principes, les régions qui lui étaient opposées étaient purement locales. Mais Joseph de Maistre, qui s’opposait à la République depuis Chambéry, pour ainsi dire, croyait lui aussi à l’universalisme, sauf qu’il y croyait à travers le christianisme, plus qu’à travers le rationalisme.

Et après tout, le culte de la raison est-il vraiment universel? Volontiers l’intensité du goût pour la raison varie selon les climats. Cependant, le désir d’un monde transcendant, plus beau et qui n’existe pas encore - qui ne s'est pas encore manifesté matériellement -, est universellement répandu: c’est reconnu. Même si son idée de se rattacher à l'institution catholique peut à présent apparaître comme illusoire - son lien avec le Saint Esprit n'apparaissant plus clairement à tous -, Joseph de Maistre n’avait pas forcément tort. En tout cas, ce qu’on postule comme universel peut toujours être débattu.

07:44 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Intéressante réflexion. La quête de l'universel semble habiter les humains depuis fort longtemps. Mais les formes, contenus, références et attaches de cet universel ne sont pas identiques partout.

La quête de l'universel a aussi un fondement: la justice, qui lui est un sentiment partagé partout. Mais dont l'application diverge selon les régions, les croyances, les intérêts, la culture. Une loi qui ne serait pas applicable à tous génère un sentiment d'injustice.

La notion de justice contient souvent la notion de réciprocité. "Ne fais pas à d'autres ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse" pose clairement la règle de la réciprocité, qui fait partie de notre conception de la justice. Est-ce pour autant partagé partout? Rien n'est moins sûr. L'universel serait donc relatif. Relatif aux circonstances, aux époques, aux structures d'une société.

Quelle(s) valeur(s) peut-on poser comme universelle(s)?

On pourrait pousser plus loin et voir dans la quête même de l'universalité une prétention à globaliser ce qui n'a de sens que dans un contexte bien précis. On peut même se demander si cette quête n'est pas une forme de compensation à l'échec de la toute-puissance de l'enfant, qui une fois dans la vie adulte doit relativiser bien des choses et reconnaître des limites.

Et pourtant, ce concept d'universalité est un moteur puissant de recherche intellectuelle, de pose de règles communes, d'identification à ce qui reste de collectif - et donc supposément de fondement commun, d'identité non seulement de groupe mais peut-être d'espèce - dans la diversité des humains et des cultures.

Écrit par : hommelibre | 14/10/2009

L'humain est toujours l'humain. Là est l'universalité possible des lois. Mais la difficulté est justement de savoir ce qui est réellement commun à tous les hommes. On croit fréquemment le toucher en regardant dans une direction, et finalement, il s'avère que ce qu'on prenait pour l'humain en général, il ne s'agissait que de l'humain qu'on était soi-même. Le danger du nationalisme ou de l'impérialisme est bien sûr qu'on pose d'emblée telle nation comme ayant des lois déjà parfaites, et pouvant s'appliquer à tous, qu'on ne voie donc pas ce qu'il peut y avoir de relatif dans une tradition nationale donnée, qui est celle à laquelle on appartient. Il est en général très facile de voir ce que les autres ont qui n'est pas universel, mais pour soi-même, on croit volontiers que tout ce qu'on fait est excellemment humain, et peut servir de modèle aux autres. Moi je dis: si vous voulez critiquer quelqu'un au nom de l'universel, n'hésitez pas à commencer par vous-mêmes.

Écrit par : rm | 14/10/2009

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