29/10/2009

Stendhal & la patrie de France

Chartreuse.jpgStendhal a beaucoup critiqué le parisianisme, notamment dans Racine et Shakespeare. Cela a dû finir par le détourner de Paris et de la France; il aima surtout l’Italie - dans laquelle il mettait la Savoie, qu’il adorait aussi.

Cependant, comme tout le monde, le Français est très patriote, et Stendhal s’est isolé, dans son propre pays, en critiquant aussi, par exemple, le jardin de la France que constituent les grandes plaines du centre, qu’il trouvait profondément ennuyeuses: il n’aimait que les montagnes.

Dans La Chartreuse de Parme, on trouve un écho probable de cet isolement, quand, au début du roman, Fabrice ose critiquer les Français: les soldats de Napoléon le regardent alors d’un œil outré. Et Fabrice de se plaindre en ironisant: il a sans doute insulté la nation!

Dauphin_of_Viennois_Arms_svg.pngPeut-être que, même si l'écrivain ne s’en rendait pas compte, cela venait du lieu de sa naissance: le Dauphiné a quelque chose d’excentré. Il a fait partie du royaume de Bourgogne, puis du Saint-Empire, et le Statut delphinal de l’Ancien Régime rappelle cette origine singulière, tout comme le titre de Dauphin qu’avait l’héritier du roi de France et qui équivaut, si on y pense bien, à celui de Prince de Galles: du Dauphiné, on pouvait être prince, parce qu’il avait un statut particulier, et qu’il était issu du royaume de Bourgogne. Stendhal se sentait différent, et il a essayé d’en faire une philosophie, favorable au tempérament italien, auquel peut-être touche celui de l’ancienne Bourgogne - si proche, à certains égards, de l’ancien royaume lombard.

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27/10/2009

L’universel comme slogan

Univers.jpgOn invoque souvent la valeur de l’universel, dès qu’on veut parler de quelqu’un qui a le point de vue qu’il faut avoir - et on la confronte aux écrivains suisses dès que leur mort contraint à un bilan, ainsi qu'on l'a vu avec Chappaz puis avec Chessex. Personnellement, je crois que ce mot est surtout une sorte d’autocollant décoratif, qu’on place sur les courants culturels propres à l’aristocratie occidentale, laquelle a les moyens de diffuser ses valeurs dans le monde entier. Face aux Suisses, on plante l'aristocratie intellectuelle de Paris, à cet égard: ses moyens de diffusion sont objectivement supérieurs.

En réalité, la conscience de l’universel reste diffuse, car on ne peut penser clairement qu’à des choses qui aient des contours, et qui donc soient en relation avec l’expérience purement individuelle qu’on peut faire de l’univers.

Je crois que le véritable universel n’est qu’un but: l’âme cherche à s’élargir à la mesure de l’univers pour empêcher la conscience de s’enfermer en soi-même. Cela ne passe pas tant par l’intellect que par le cœur. Mais aussi, on ne peut jamais dire qu’on l’a atteint réellement.

Télécommunications.jpgToute culture qui se pose comme déjà universelle cesse en réalité de s’universaliser, et donc s’éloigne de ce qu’elle dit être. Elle ne peut plus étendre que l’idée qu’elle est universelle, par exemple en se faisant soutenir par un État expansionniste, ou des moyens de communication modernes, des machines.

La seule culture véritablement universelle devra synthétiser toutes celles qui existent. Lorsqu’il ne s’agit que d’une culture donnée, une qualité particulière, même si on l’appelle le sens de l’universel, ne peut pas sortir cette culture donnée d’elle-même, et donc ne peut pas la faire toucher à l’universel. Le mot n’est pas à confondre avec la chose, en fait.

Pour ce qui est de l’effort vers l’universel, il ne peut être effectué que par l’individu, et tout individu peut l’effectuer, même s’il part d’une culture apparemment très locale: c’est son humanité qui le lui permet, et non sa culture. Une culture ne s’universalise, en réalité, que par l’individu qui, en son sein, se déploie.

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25/10/2009

Légende de Cluses

Cluses.jpgVendredi prochain, le 30 octobre, à huit heures du soir, à la mairie de Cluses, en salle des mariages, je présenterai au public mon livre De Bonneville au mont Blanc, itinéraire littéraire de la vallée de l’Arve, au travers d’une conférence s’appuyant sur des photographies. Une attention particulière sera portée à Cluses même. Plusieurs écrivains célèbres l’ont évoquée: Horace-Bénédict de Saussure, d’abord, qui la décrit telle qu’elle fut avant l’incendie qui la ravagea et contraignit à une reconstruction en pierres, notamment pour satisfaire aux exigences de l’industrie naissante: l’horlogerie, sous l’influence de l’Allemagne, se développait. Jusque-là, la ville était surtout en bois, et liée à la paysannerie.

Théophile Gautier en 1860.jpgGœthe est venu à Cluses peu de temps après, et il en goûta surtout le dialecte. Théophile Gautier reste celui qui l’a le plus décrite, notamment dans sa version moderne. Il a parfaitement distingué le style néogothique propre au règne de Charles-Albert, et qui avait été suivi pour l’École d’horlogerie.

Le nom de Cluses nous rappelle que dans l’Antiquité, le monde romain s’y arrêtait. Auparavant, les Allobroges mêmes n’avaient pas remonté l’Arve plus haut: les vallées de Magland et de Chamonix étaient peuplées de Ceutrons, comme la Tarentaise. Il s’agissait d’un pays farouche et sauvage, plein de mystère, de magie et de dieux immémoriaux! Cela se reflète dans les écrits de Gautier, par exemple: car au-delà de Cluses, il voit constamment, dans les rochers et les sommets, des restes de forteresses cyclopéennes! Même Saussure parle des fées qui auraient habité la grotte de Balme.

Gog & Magog.jpgLe pays des immortels commence à la sortie de Cluses, qui était la Porte. On entre alors dans un monde fabuleux, qui n’a rien conservé de l’urbanité latine, qui est entièrement d’origine barbare. Le seigneur du Faucigny même ne prit possession que tardivement de la partie de la vallée de l’Arve qui commence après Cluses. Cette cité, qui fut la capitale du Faucigny justement après le rattachement à celui-ci de la haute vallée de l’Arve, est comme le grand portail de fer qu’Alexandre plaça à l’est du monde, pour en interdire l’entrée à Gog et Magog! Mais à vrai dire, l’Église latine a dû jouer un rôle, dans le rattachement de la haute vallée de l’Arve au Faucigny, en poursuivant l’action dite civilisatrice de l’ancienne Rome.

Telle est l’histoire de Cluses et le rôle qu’elle a joué: et je suis heureux de pouvoir m’y rendre pour en parler.

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22/10/2009

Le culte d'Épicure

Jean_Anthelme_Brillat-Savarin.jpgLe culte d’Épicure est à la mode. Un éditeur parisien qui a une collection sur les écrivains à travers la France me disait que ceux du département de l’Ain étaient plus intéressants que ceux de l’ancienne Savoie, notamment parce qu’il y avait eu, à Belley, Brillat-Savarin, le fondateur de la gastronomie moderne, et, à Ferney, Voltaire. Les catholiques mystiques que furent Joseph de Maistre et François de Sales et les adeptes d’une nature au sommet de laquelle Dieu trône, tels que le purent être Rousseau et Lamartine, ne lui plaisaient pas trop.

Quel succès un livre qui les contiendrait aurait-il, à une époque où le public se passionne pour les auteurs qui, tel Pascal Quignard ou Michel Onfray, posent la conversion à la religion d’Épicure comme une libération et une révélation? L’âme délivrée des interdits de l’enfance se tourne vers les pulsions intimes, dit l’un; et l’autre: l’esprit délivré des censures millénaires découvre avec stupeur la part occulte de l’histoire de la pensée, bien plus orientée vers les voluptés charnelles qu’on l’imagine!

C’est assez plaisant, quand on se souvient qu’au XIIIe siècle, un fabliau concernant Aristote et son incapacité à résister à l’amour eut un succès immense, la jolie jeune fille dont il avait prétendu rester le maître par la raison le faisant marcher à quatre pattes pour qu'il lui serve de monture. Platon se serait plaint que le peuple rît ainsi des philosophes; mais quoi qu’il en soit, que les philosophes même les plus augustes aient eu des pulsions érotiques n’a jamais été caché qu’aux enfants.

Aristoteles_Louvre.jpgEt puis, comme morale nouvelle, ne suivre que ses penchants personnels, il faut avouer que c’est ce que font déjà les animaux - et le fabliau le disait, en faisant d’Aristote un cheval. Cela date donc de l’apparition des bêtes: c’est très ancien. Plus même que la philosophie et l’écriture! La philosophie est née justement de la volonté de sortir de la prison que constituent les pulsions charnelles, pour l’âme.

Je comprends qu’on regarde les idées acquises, les pensées toutes faites, comme aussi une prison; mais la solution n’est pas la plongée dans la chair: la pensée ne se libère pas en se reniant elle-même, mais en saisissant ce qui est plus qu’elle-même. Le vrai péril était de regarder la pensée logique comme le bout de l’Évolution.

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20/10/2009

Reconquête et Escalade

1_Charles_Emmanuel_1er_de_Savoie_FM-d25bc.jpgJean-François Mabut, un jour, dans un article, a parlé, à propos de François de Sales et de l’Escalade, de reconquista. Le mot me paraît un peu fort, d’autant plus que François de Sales a surtout reconquis le Chablais, qui avait été occupé par les Bernois, et non par les Genevois, auxquels les Bernois avaient défendu, quasiment, d’occuper une partie quelle qu’elle fût de la Savoie, en 1536.

Il est vrai que François de Sales a cherché à reconquérir Genève, par la prière et l’aumône - comme il disait -, et parfois aussi, au nom du Pape, en essayant de s’adresser directement à Théodore de Bèze, d’une façon plus ou moins élégante.

Mais dans les faits, l’Escalade est surtout liée à la politique du duc Charles-Emmanuel Ier, qui observait que ses sujets protestants ne se soumettaient pas bien à son autorité. Or, un peu comme Paris en 1915 a accusé les Suisses d’avoir partie liée avec le manque de feu patriotique des Chablaisiens, Charles-Emmanuel estimait que la source de son problème était Genève, bien que les sujets en question fussent précisément ceux du Chablais, qui avaient été rendus par Berne à la Savoie lors du traité de Cateau-Cambrésis.

Notons que Berne et Genève mêmes avaient proscrit le catholicisme, dans les territoires qu’ils contrôlaient, afin de mieux unifier, psychologiquement, la population. C’était alors assez fréquent. Parfois, ça l’est resté plus qu’on ne croit, même quand la philosophie des Lumières a remplacé le dogme ancien. Il arrive souvent que la liberté de conscience demeure un beau mot, très théorique.

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18/10/2009

Jacques Chessex et le panthéisme protestant

Jacques_Chessex.jpgJe n’ai lu de Jacques Chessex que le début de son Portrait des Vaudois, qui ma eu lair imité de Charles-Albert Cingria. Mais en lisant ce quon a écrit sur lui depuis son décès, jai le sentiment de retrouver quelque chose que la Savoyarde protestante Noémi Regard a signalé: quand un protestant se détourne du christianisme au sens strict, contrairement au catholique, il ne cesse pas de dire quil croit en Dieu: il ne devient pas officiellement athée.

Cela se vérifie justement chez Noémi Regard, ainsi que chez son maître Jean-Jacques Rousseau, qui a inventé, véritablement, une religion naturelle vouée à un Être suprême qui est simplement la force qui meut lunivers, crée le mouvement, la vie même. Il nest pas difficile dy reconnaître justement le dieu auquel croyait Chessex.

Je crois que pour le catholicisme, Dieu est avant tout une instance morale: il énonce dabord un comportement à adopter. Pour le protestantisme, il est aussi, comme dans lAncien Testament, la force qui crée le monde, tel quil est. Il est bien plus mêlé, demblée, à la Nature, à la Terre. De telle sorte que quand un catholique se tourne vers le monde terrestre, il savoue en rupture avec Dieu, auquel lanimal par exemple ne se relie pas. Mais le protestant a plus volontiers recours au panthéisme, Dieu animant chez lui aussi le monde animal.

Chessex avait donc raison de se regarder comme lié à la source au calvinisme, sans que cela lempêchât somme toute davoir à peu près la philosophie de Flaubert, ou, disons, dun Pascal Quignard. On reconnaît ce trait, qui mêle foi officielle en Dieu et une forme de vitalisme qui promeut les plaisirs de ce monde, aussi aux États-Unis.

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16/10/2009

Bonivard contre la voix d’Annecy

Bonivard.jpgDans ses Chroniques, François Bonivard s’en est pris à la version que donnait de l’histoire un sien contemporain, François Miossingien, qui était d’Annecy, et, à ce titre, lié au duc de Savoie, successeur du comte de Genève. Le débat portait sur l'éternelle question de savoir si l'ancienne indépendance du Prince-Évêque pouvait être assumée par le peuple même de Genève - si elle était liée au seul Évêque, ou plus globalement à la Cité.

On connaît sans doute très mal ce Miossingien, qui fut surtout un poète, qui écrivait en latin, et qui, pour avoir traduit un poète de Mantoue, se vit de son vivant érigé en statue aux côtés de ce poète, et non loin, également, de Virgile, par le duc de Mantoue. Si on veut en savoir plus sur sa vie et le genre de poésie qu’il écrivait, on peut lire Le Messager de cette semaine, ou alors L’Essor savoyard, car je lui consacre quelques lignes, dans ces nobles hebdomadaires du département de Haute-Savoie.

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14/10/2009

Universalisme & rationalisme

République.jpgLes intellectuels français blâment volontiers ceux qui se rattachent à une région particulière, mais eux-mêmes le font souvent sans s’en rendre compte, assimilant d’emblée le lieu auquel ils se rattachent à l’univers entier. Pour ainsi dire, leur étoile leur paraît représenter la galaxie à elle seule!

On connaît le blog de Pierre Assouline intitulé République des livres. Est-ce que le mot République ne fait pas allusion à la France? Même dans l’espace francophone, le royaume de Belgique peut déjà se sentir exclu! Or, somme toute, la France n’est qu’une région du monde.

Mais plus encore, en France même, historiquement, on sait bien que certaines régions ont imposé le régime choisi par les Jacobins à d’autres. On peut dire, bien sûr, que ce régime étant universel dans ses principes, les régions qui lui étaient opposées étaient purement locales. Mais Joseph de Maistre, qui s’opposait à la République depuis Chambéry, pour ainsi dire, croyait lui aussi à l’universalisme, sauf qu’il y croyait à travers le christianisme, plus qu’à travers le rationalisme.

Et après tout, le culte de la raison est-il vraiment universel? Volontiers l’intensité du goût pour la raison varie selon les climats. Cependant, le désir d’un monde transcendant, plus beau et qui n’existe pas encore - qui ne s'est pas encore manifesté matériellement -, est universellement répandu: c’est reconnu. Même si son idée de se rattacher à l'institution catholique peut à présent apparaître comme illusoire - son lien avec le Saint Esprit n'apparaissant plus clairement à tous -, Joseph de Maistre n’avait pas forcément tort. En tout cas, ce qu’on postule comme universel peut toujours être débattu.

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12/10/2009

République multipolaire

Jacques Chirac.jpgJacques Chirac a enthousiasmé les foules, il y a quelques années, en parlant courageusement aux Américains de monde multipolaire. Et plus généralement, on aime, à Paris, parler d’exception française. Mais c’est un peu nouveau. Il y a cent ans, les Français pensaient bien que le monde devait se polariser autour de leur modèle, qui ne devait pas rester exceptionnel, mais était à suivre.

Le centralisme s’est justement bâti autour de cette idée que Paris était le pôle unique d’un empire universel par essence. Or, je ne pense pas qu’il y ait de véritable logique à défendre, face aux Américains, un monde multipolaire et, en France même, un monde qui, dans les limites des frontières, n’a qu’un seul pôle. Ou alors il faut croire que la France ne fait pas partie du monde, mais cela me paraît plutôt absurde.

La conséquence en est que s’il apparaît juste de dire le monde multipolaire, il ne le paraît pas moins de regarder la France comme devant l’être aussi. C’est la reconnaissance officielle du principe fédéral.

Guillaume de Normandie.jpgD’ailleurs, si la France fait office d’exception - au moins en Occident -, on peut aussi dire que chaque région française a des caractères qui lui sont propres, des qualités originales, et on peut ainsi parler d’exception savoyarde - puisque la Savoie fut distincte de la France jusqu’en 1860 -, d’exception franc-comtoise - puisque la Franche-Comté fut étroitement liée au Saint-Empire romain germanique -, d’exception bretonne - puisque la Bretagne parlait une langue celtique -, d’exception normande - puisque les ducs de Normandie, en devenant rois d’Angleterre, furent les égaux du roi de France -, et ainsi de suite: on peut s’exprimer ainsi sur toutes les régions - et je demande aux gens dont j’ai oublié la région de m’excuser.

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10/10/2009

Annemasse aux antipodes

Cohen.jpgLe récent débat sur les gens qui viennent à Genève depuis Annemasse m’a rappelé un passage d’Albert Cohen évoquant les souvenirs d’enfance d’Ariane d’Auble, qui représente dans son livre l’aristocratie genevoise. Elle dit que quand elle était petite, un jour, on l’a emmenée voir des catholiques, à Annemasse, et que la perspective de ce spectacle l’émerveillait. C’était comme un voyage aux antipodes.

Le lien qui a été indirectement fait entre les minarets et les frontaliers change peut-être la couleur des antipodes, mais je ne suis pas persuadé que cela soit vraiment différent, dans le fond. Gilbert Salem a raconté que l’installation de clochers catholiques en terre protestante a elle aussi posé un gros problème, en son temps.

Carouge.jpgPour ma part, je suis fondamentalement favorable à la liberté en matière de clochers et de minarets (je suis de ceux qui trouvent les antennes-relais d’un rayonnement plus périlleux et d’une élégance formelle plus problématique). Je suis également favorable à la liberté de circuler à travers les frontières. Mais la peur de perdre son identité, au sein d’une mondialisation qui massifie et dépersonnalise, déshumanise, et en relativisant tout désoriente, est une réalité dont il faut tenir compte. Ne brandir, en guise de compensation, que les avantages matériels induits par ces échanges me paraît un peu court. Bertrand Buchs, en disant ironiquement qu’en passant l’Arve, il se sent contraint de prêter allégeance au capitalisme protestant, nous rappelle que l’assimilation culturelle à laquelle a forcément été soumise la cité de Carouge n’a pas toujours été facile, pour les Carougeois mêmes.

Il faut donc trouver le moyen de développer les échanges tout en accordant une large part à la culture, afin que les flux d’argent ne remplissent pas l’esprit complètement. Car plus que la culture étrangère, finalement, ce qu’on craint - plus ou moins consciemment -, c’est le dépérissement de la culture en général, dans le tourbillon actuel. Cela ne ressortit au nationalisme que parce qu’on assimile spontanément la culture en général à celle dans laquelle on a été personnellement élevé.

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08/10/2009

John Ruskin, adorateur du mont Blanc

43.jpgLe grand écrivain anglais John Ruskin a passionnément aimé les Alpes en général et le mont Blanc en particulier: il regardait ce dernier comme le tabernacle d’une auguste divinité! Cela s’est senti dans sa prose enflammée, dont je cite de larges extraits, en les commentant, cette semaine dans Le Messager.

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06/10/2009

Justice & Politique au pays de Nicolas Sarközy

Nicolas_Sarkozy_-_Sarkozy_meeting_in_Toulouse_for_the_2007_French_presidential_election_0299_2007-04-12_cropped_further.jpgDans la Tribune de Genève du 24 septembre, Jean-Noël Cuénod a contredit la tradition en affirmant qu’il était normal que la politique contrôle la justice, bien qu’il fût anormal que la politique fût incarnée par Nicolas Sarközy. Mais il oublie peut-être que celui-ci a élu légalement chef de l’État. Une démocratie où les opposants contestent la légitimité non sur des bases légales, mais sur des bases idéologiques ou même personnelles, que vaut-elle? Je ne pense pas, en tout cas, qu’il soit démocratique d’agir de cette façon.

Mais cela prouve aussi que ce n’est pas la politique qui décrète ce qui est juste en soi: l’organisation de la cité au contraire est en aval de la justice, et ce n’est pas la politique qui doit contrôler la Justice, mais bien l’esprit de justice qui doit diriger l'action politique!

L’État n’est là que pour garantir que la justice s’exerce, et non pour l’orienter selon ses intérêts - même lorsque c’est un parti du Peuple qui est à sa tête.

gorki.jpgLa doctrine implicite de Jean-Noël Cuénod me rappelle celle qui consiste à dire que n’est juste que ce que décrète comme tel l’État. Cela me rappelle aussi, si on pousse les choses encore plus loin, Gorki qui, sous Staline, déclara un jour qu’il haïssait la vérité: il préférait la version des faits que donnait le Parti, en quelque sorte.

Quoi qu’il en soit, le peuple français a bien élu Sarközy, et contester la légitimité de celui-ci à diriger un État, c’est contester soit la capacité des Français à disposer d’un État, soit contester le régime de leur République.

Peut-être néanmoins que Jean-Noël n’habite pas dans le Paris qui est la capitale de la France, mais plutôt dans celui qui est une communauté distincte d’intellectuels aristocrates hostiles à Sarközy: je ne sais pas.

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05/10/2009

De Carouge au mont Blanc

fdesales.jpgJ’étais ce matin à Carouge pour évoquer à l’antenne de Radio-Cité, à l’émission de Pascal Décaillet, mon dernier ouvrage, De Bonneville au mont-Blanc, et on peut écouter notre aimable conversation (à laquelle a participé Gorgui NDoye, et qui a porté en particulier sur François de Sales, le premier à avoir écrit quelque chose sur les glaciers de Chamonix qui s’assimile à la littérature) ici.

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03/10/2009

Pascal Quignard et les vrais livres

Mme de Maintenon.jpgDans la Tribune de Genève datée des 26 & 27 septembre, Pascale Zimmerman, présentant le dernier livre de Pascal Quignard, affirme que, selon celui-ci, toujours les vrais livres sont contraires aux mœurs collectives. Or, juste avant et juste après, elle dit que Quignard exalte les corps, la chair, la sexualité - le désir de la créature, comme eût dit François de Sales. Mais est-ce que Quignard vit au XVIIe siècle, sous Madame de Maintenon et Bossuet, pour ainsi dire? Ou alors à Genève au temps de Calvin? La France moderne vient plutôt de Voltaire - qui n’a jamais rejeté Cupidon ni Vénus!

Et puis promouvoir ce qu’on a envie animalement et donc spontanément de faire, est-ce vraiment aller à l’encontre des mœurs collectives? S’il avait parlé d’idées collectives, j’aurais à la rigueur compris (malgré l’impressionnant succès des livres de Michel Onfray), mais j’ai l’impression, pour le coup, que c’est une blague.

Cupidon.jpgQuignard se bat-il toujours contre les juges qui ont condamné Baudelaire - et qui n’existent plus depuis au moins cent ans?

Cela arrive souvent chez les écrivains: ils apparaissent comme décalés. Ils vivent dans les livres, plus que dans la vraie vie. Mais on pourrait en tirer, du coup, que le dernier livre de Quignard n’est pas un vrai livre, mais une fiction de livre: un livre de livre.

Les révolutions intellectuelles de notre temps ont quelque chose de conformiste, j’ai l’impression. Ce sont les mêmes qui font la révolution depuis plusieurs siècles.

Cela rappelle un peu Brejnev, le vieux révolutionnaire du Peuple.

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01/10/2009

Mickaël Meynet, la Jaÿsinia, les Frahans

COUV JAYSINIA.jpgMickaël Meynet est un jeune historien passionné par tous les aspects de l’histoire de Samoëns, et qui a publié deux livres aux éditions Le Tour, un sur la Jaÿsinia, le premier jardin botanique alpin d’Europe, et un autre sur les Frahans, les tailleurs de pierre de la vallée du Giffre. Je lui consacre cette semaine un article dans Le Messager, et il porte en particulier sur le second de ses deux livres.

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