03/11/2009

Gratitudes transfrontalières

amedeVIII.gifJ’ai lu un jour avec plaisir, sous la plume d’Étienne Dumont, que le comte de Savoie Amédée V avait le premier reconnu la commune genevoise, en lui accordant droits et franchises.

En Pays de Vaud également, les comtes de Savoie ont accordé de nombreuses franchises et reconnu l’existence juridique de nombreuses communes, et il me semble qu’on leur en montre souvent de la reconnaissance, notamment vis à vis de Pierre II, lequel est fréquemment regardé comme un grand homme, un bâtisseur, ou même un fondateur de la patrie vaudoise: c’est ce que disait Charles-Albert Cingria.

L’Escalade a, à Genève, assombri l’image des princes de Savoie, mais l’un d’entre eux, Amédée VIII, fut, à Genève même, un prince-évêque important, représentant une époque fastueuse pour l’art religieux, tel qu’on l’expose aujourd’hui avec fierté au Musée d’Art et d’Histoire: le Christ marchant sur les eaux du Léman est une image connue de tous, mais que dire de ces beaux anges musiciens qu’on a sauvés de l’hostilité de la Réforme, et qui avaient été peints sur les murs de la cathédrale? Ils figurent réellement cette musique des sphères évoquée par Cicéron - et qu’a essayé de traduire le compositeur contemporain Philip Glass, à la suite de Jean-Sébastien Bach! Rien que de les voir semble forger dans l’âme un irréductible atome de lumière.

Ange musicien.jpgQuel bonheur, tout de même, que Genève se soit ouverte à tous les courants qui l’ont formée! La vraie Genève, je crois, est faite de cette synthèse, et non d’un courant donné dans lequel se seraient fondus et dissous tous les autres.

Par ces anges musiciens, en tout cas, on peut établir le lien avec le baroque savoyard, en réalité issu de cet art religieux médiéval. Sans doute, le baroque a perdu une part de l’ancienne dignité, au profit de la couleur et du chatoiement. Pendant ce temps, le réalisme genevois devenait aristocratique et raffiné. Mais ce faisant, il devenait abstrait et perdait de sa vivacité, de sa potentialité - pour l’âme. A présent, on se rend au musée, et on se prend de nostalgie pour une époque qui avait semblé synthétiser les deux forces contraires. Cependant, dans l’avenir, j’en suis persuadé, une autre synthèse surgira, qui aura gagné en intensité grâce aux siècles qui auront fait mûrir chaque force séparément.

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