17/11/2009

Dissymétries de la vie

Cristal.jpgJ’ai entendu un jour à la Télévision un cardiologue dire que le cœur humain ne bat normalement que si son rythme est légèrement irrégulier: c’est le contraire de ce qu’en général on croit. Cela m’a rappelé un texte de Pasteur où il distinguait, au niveau minéral, la matière organique de la matière non organique par la cristallisation dissymétrique de la première. Seul ce qui est mort est cristallisé d’une façon symétrique: et seules les machines ont un rythme parfaitement régulier. Le vivant contient une autre force, qui empêche la perfection formelle.

On peut en tirer que le perfectionnisme va à l’encontre des lois du vivant. Que la perfection formelle imposée à l’ordre social par le marxisme, par exemple, ou d'autres formes d'étatisme tendant à l'absolutisme, est contraire au fonctionnement du vivant. Que l’uniformité culturelle aussi est contraire à la vie. Et enfin, que toute tendance à la mécanisation nuit en réalité à la vie organique.

ondes.jpgOr, sur le plan rythmique, il faut admettre que les ondes électromagnétiques artificielles ont précisément ce caractère absolument régulier de toute machine. On a beau jeu de rappeler que le monde est constamment, même à l’état naturel, traversé d’ondes électromagnétiques; à l’état naturel, sur Terre, cela ne peut pas être défavorable à la vie, puisque celle-ci naît d’elle-même, au moins au sein du règne végétal. Mais on peut d’emblée postuler, en réalité, qu’un excès de régularité des ondes instauré par des machines est dangereux pour le vivant.

Les expériences du reste le confirment: même si on n’a pas encore pu démontrer la nocivité effective, sur les êtres humains, des émissions d’ondes artificielles, on a déjà pu démontrer que des cellules mouraient sous leur influence. Le vivant a besoin d’irrégularité pour respirer: la matière n’est pour elle qu’un vase où elle peut se verser. Si ce vase est complètement clos sur lui-même de par sa perfection formelle, la vie se dissout. Même Marx l’a vu: quand le système est trop rigide, il dépérit. Croire que le système peut durer simplement parce qu’il intègre tel ou tel principe moral est illusoire; il résiste simplement s’il est assez souple pour accueillir ce que la vie crée.

10:39 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Très intéressante réflexion, qui rejoint aussi mes questionnements. Le vivant est un système ouvert, ce qui va avec la dissymétrie: celle-ci est dynamique car elle est faite d'une part de déséquilibre. La symétrie est stable, les forces en jeu se neutralisent en s'équilibrant, il n'y a plus de mouvement.

De même dans la philosophie et la psychologie, les tentatives de tout expliquer, la volonté de produire un système de référence global et contrôlé, me semblent peu compatibles avec le réel sur la durée. Les tentatives explicatives globales servent-elles à combler l'angoisse de l'incertitude? Elles vont en tous cas de pair avec une forme mentale positiviste ayant réponse à tout - ou tentant d'avoir réponse à tout. Pour de nombreuses personnes il semble difficile de dire: "Je ne sais pas". Pourtant c'est à partir du "je ne sais pas" que quelque chose d'autre peut poindre.

Le vivant s'accommode bien de la faille, de l'incertitude. Il est intéressant de valoriser cet attitude mentale. Je le fais souvent avec mes étudiants, c'est libérateur et évolutif.

Toujours un plaisir de vous lire, Rémy.

Écrit par : hommelibre | 17/11/2009

Merci, John!

Je pense en effet qu'il y a aussi une absence de vie de l'esprit quand on prétend que par des principes clairs, ou un réseau d'idées déjà établies, on peut tout comprendre, au sein de l'univers, et ce défaut est pour moi une déviance possible de toutes les philosophies existantes, qu'elles soient de tendance matérialiste ou spiritualiste.

C'est vrai qu'à notre époque d'intelligence et de savoir, il est honteux d'admettre qu'on ignore quelque chose, et du coup, on invente à partir des principes qui s'appliquent à ce qu'on connaît, en devenant persuadé que ce qu'on invente ou entend inventer est aussi valable que ce dont on est sûr, puisque les mêmes propriétés s'y trouvent! Mais c'est un leurre. Le fonctionnement d'une machine peut entrer dans l'entendement, mais pas, je crois, celui du vivant, qui reste mystérieux. Il y a toujours en son sein un élément inattendu, inconnu, une sorte de vide, au sein du tissu de la connaissance. C'est du moins ce que je crois.

Écrit par : rm | 17/11/2009

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