24/11/2009

Le dauphin des fées

Ange sur dauphin.jpgOn sait que le Dauphiné était au départ le comté de Vienne, sur le Rhône, et que son nom vient du dauphin symbolique que portait sur son écu ce comte de Vienne, qui dut s’installer à Grenoble après que Vienne eut été donnée à son évêque. Le symbolisme de ce dauphin passe pour être très mystérieux, mais je le crois lié à une croyance qu’on a retrouvée exprimée sur un bas-relief qui datait de l’époque romaine. Qu’elle soit venue des Romains ou des Allobroges - qui avaient Vienne pour capitale - la croyance est celle du poisson magique qui transporte les âmes vers l’Ouest, où se trouve un merveilleux pays, rempli d’Immortels. Les ondes du fleuve transportent aussi les âmes, en les faisant passer par la Méditerranée!

La croyance existe aussi en Chine, où elle est explicite, racontée clairement par les anciens, notamment à propos du grand poète Li Po, qui était taoïste: selon la tradition, il ne connut jamais la mort, mais il disparut dans le Fleuve Jaune - si ma mémoire est bonne -, où l’eût recueilli un poisson, qu’il eût enfourché, et qui l’eût emmené dans le merveilleux pays des Immortels.

Li Po.jpgLes Chinois parlent pour d’autres héros ou grands hommes d’une grue jaune emmenant à travers les neuf cieux, mais le symbolisme de l’oiseau est plus connu, y compris chez les anciens Égyptiens.

Or, il s’avère que le poisson emmenant l’âme est souvent, en Occident, assimilé à un dauphin, ami de l’Homme par excellence: la légende d'Arion le commémore.

On sait que Jésus fut assimilé à un tel poisson, à son tour. Cela autorisait un seigneur chrétien à se réclamer du Dauphin divin! Il se regardait comme un passeur terrestre, un gardien de la porte des Immortels.

Cependant, il s’agissait plus des fées que des anges. Qu’on pût atteindre de son vivant même, comme l’a fait Li Po, un tel royaume, renvoyait à un culte quelque peu païen, antérieur au Christ et au mystère de sa mort. Le comte de Vienne - le Dauphin - était l’ami des fées, un chevalier issu des Immortels, lui-même, mais au sens où l’avaient entendu les Allobroges, sans doute. Il allait à la fin de sa vie dans une barque posée sur la main d’un dieu, se laissant porter par le courant du Rhône! Son titre de passeur du Rhône s'entendait ainsi de deux manières: il était le Dauphin.

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