29/11/2009

Le Peuple et le CEVA

CEVA.jpgLe référendum d’initiative populaire est une bonne chose, puisqu’il exprime clairement la volonté générale. Le peuple genevois a voté en majorité pour le CEVA, et la raison n’est pas forcément qu’il est docile vis-à-vis des partis politiques, comme cela a été écrit, mais pour une raison que Jean-François Mabut a donnée: le tracé datait du XIXe siècle; il était donc temps d’y mettre un train. Il dormait dans l’inconscient collectif depuis tellement longtemps! Cela apparaissait comme un cruel manque. Comme un vide qui se devait d’être comblé par de la matière.

Telles sont les créations vraiment utiles: elles répondent à un besoin profond qui est d’abord comme un pressentiment, puis apparaît comme une image, et enfin se matérialise. Cela prend du temps, et les doutes existent toujours: quelle est la vraie valeur de telles images, venues apparemment de l’avenir? Ne sont-elles pas des illusions? N’auraient-elles pas dû se réaliser immédiatement, si elles étaient si valables, par une sorte de grâce?

Mais la vérité est que même les idéaux énoncés au XIXe voire au XVIIIe siècle n’ont pas encore tous été réalisés! Ils restent fréquemment des mots dont les gouvernements se prévalent…

D’ailleurs, avant de penser à créer du nouveau conforme à l’esprit du XXIe siècle, il faut déjà penser à réaliser le nouveau auquel on aspirait au XIXe siècle: c’est logique. Les choses doivent se faire dans l’ordre.

Voltaire.jpgL'union de Genève et du territoire soumis à son influence se poursuit donc, pour ainsi dire dans la lignée de la politique de James Fazy. Peut-être que depuis celui-ci, on n’a pas eu de projet plus ouvert sur l’extérieur que le CEVA, qui lui-même se fait logiquement dans la foulée des Bilatérales. Moi qui suis pour l’estompement des frontières, je suis évidemment plutôt content. Estompement ne veut d’ailleurs pas dire effacement, et je suis également favorable à ce que le droit à la différence soit garanti par les institutions: chaque lieu particulier, à mes yeux, a son âme propre.

Mais Annemasse a pour référence majeure Michel Servet - si lié à Genève -, et je crois que l’esprit de cet autre grand théiste qu’était Voltaire plane globalement sur l’Agglomération: c’est un esprit unique qui s’exerce - par-delà les différenciations héritées d’époques plus anciennes. L’esprit du philosophe qui a estompé les frontières qui entouraient Ferney, afin d’y faire fructifier les métiers et les arts - comme il disait lui-même -, peut guider l’Agglomération, et il faudrait instituer sa date d’installation à Ferney Fête de l’Agglomération transfrontalière, je crois.

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28/11/2009

Centralisme et République

Victor Hugo.jpgPierre Assouline a parlé sur son blog de centralisme républicain, comme si le centralisme, en France, était d’origine républicaine. Peut-être pensait-il ainsi le bénir, plus ou moins consciemment: de fait, comme, en tant qu'écrivain, il est publié à Paris - et même, à Saint-Germain-des-Prés -, ce centralisme, qu’il s’en rende ou non compte, l’arrange, car il lui permet de diffuser sa production écrite à une large échelle.

L’avantage du centralisme a été, à cet égard, montré ironiquement par Joseph de Maistre: une poignée de républicains, disait-il, peut avoir des millions de sujets, comme à Rome. Les écrivains, n’est-ce pas, appartiennent à une sorte d’élite : grâce au centralisme, quelques guides choisis de la République peuvent avoir des dizaines de milliers de lecteurs, au moins.

Roi-Soleil.jpgJoseph de Maistre avait bien senti que la France ne changerait pas d’organisation traditionnelle parce qu’elle deviendrait une république: le Roi serait remplacé par une élite, mais la polarisation extrême, propre à l’absolutisme monarchique, continuerait, y compris sous un nom nouveau.

Il est en effet erroné, je crois, de dire que le centralisme est une création de la République: il était déjà présent sous la monarchie absolue. Claude Hagège, le fameux linguiste, a bien démontré que la République n’a fait que poursuivre, en la renforçant, une politique d’uniformisation linguistique et culturelle de la population commencée au moins sous Louis XIV, comme le montre ce qui a suivi sa conquête des Flandres: car le droit, dans cette région, n’était déjà plus en latin, mais en langue vernaculaire; le Prince n’en a pas moins fait remplacer celle-ci par le français. L’assimilation culturelle était déjà la politique des rois de France.

Auguste.jpgLa République se reconnaît si peu à ce centralisme que les premiers révolutionnaires n’ont jamais assimilé la République à une langue donnée, de l’aveu même des intellectuels actuels de la République - qui d’ailleurs le regrettent, disent-ils (c’est ce qu’en tout cas a déclaré Bernard-Henri Lévy).

Victor Hugo avait, selon moi, saisi le vrai sens de la devise: Liberté, Égalité, Fraternité, quand il disait que les parties de la République avaient toutes un statut égal, et que la Corse était aussi française que l’Île-de-France, l’Alsace aussi française que la Touraine. La vraie République est multipolaire. Ou elle n’a pas de pôle, puisque toutes ses parties se tiennent entre elles par leurs forces fraternelles respectives. Ce qui gravite essentiellement autour d’une cité est plutôt la continuation du système antique, fondé sur la force de l’État. Et Louis XIV avait déjà pour modèle l’empereur Auguste…

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24/11/2009

Le dauphin des fées

Ange sur dauphin.jpgOn sait que le Dauphiné était au départ le comté de Vienne, sur le Rhône, et que son nom vient du dauphin symbolique que portait sur son écu ce comte de Vienne, qui dut s’installer à Grenoble après que Vienne eut été donnée à son évêque. Le symbolisme de ce dauphin passe pour être très mystérieux, mais je le crois lié à une croyance qu’on a retrouvée exprimée sur un bas-relief qui datait de l’époque romaine. Qu’elle soit venue des Romains ou des Allobroges - qui avaient Vienne pour capitale - la croyance est celle du poisson magique qui transporte les âmes vers l’Ouest, où se trouve un merveilleux pays, rempli d’Immortels. Les ondes du fleuve transportent aussi les âmes, en les faisant passer par la Méditerranée!

La croyance existe aussi en Chine, où elle est explicite, racontée clairement par les anciens, notamment à propos du grand poète Li Po, qui était taoïste: selon la tradition, il ne connut jamais la mort, mais il disparut dans le Fleuve Jaune - si ma mémoire est bonne -, où l’eût recueilli un poisson, qu’il eût enfourché, et qui l’eût emmené dans le merveilleux pays des Immortels.

Li Po.jpgLes Chinois parlent pour d’autres héros ou grands hommes d’une grue jaune emmenant à travers les neuf cieux, mais le symbolisme de l’oiseau est plus connu, y compris chez les anciens Égyptiens.

Or, il s’avère que le poisson emmenant l’âme est souvent, en Occident, assimilé à un dauphin, ami de l’Homme par excellence: la légende d'Arion le commémore.

On sait que Jésus fut assimilé à un tel poisson, à son tour. Cela autorisait un seigneur chrétien à se réclamer du Dauphin divin! Il se regardait comme un passeur terrestre, un gardien de la porte des Immortels.

Cependant, il s’agissait plus des fées que des anges. Qu’on pût atteindre de son vivant même, comme l’a fait Li Po, un tel royaume, renvoyait à un culte quelque peu païen, antérieur au Christ et au mystère de sa mort. Le comte de Vienne - le Dauphin - était l’ami des fées, un chevalier issu des Immortels, lui-même, mais au sens où l’avaient entendu les Allobroges, sans doute. Il allait à la fin de sa vie dans une barque posée sur la main d’un dieu, se laissant porter par le courant du Rhône! Son titre de passeur du Rhône s'entendait ainsi de deux manières: il était le Dauphin.

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21/11/2009

Horloge fatidique aux racines de Cluses

Robots.jpgDemain, dimanche 22 novembre, dans l’après-midi, je serai à Cluses, pour signer De Bonneville au mont-Blanc, au salon du livre appelé Esperluette, et je voudrais revenir sur l’image de Gog et Magog placés aux portes de la cité des bords de l’Arve - l’image des forces du chaos guettant l’univers et prêtes à fondre sur lui à la fin des temps.

J’ai dit que Cluses était le rempart sacré - ou était longtemps apparue comme telle - de la Civilisation, face aux puissances obscures qui semblaient régner en haut de la vallée: le poète Shelley, par exemple, est allé dans ce sens. Or, on représentait fréquemment Gog et Magog comme frappant l’heure - et rapprochant le moment fatidique. Peut-être que le développement de Cluses comme cité horlogère a un rapport diffus avec ce symbole. La modernité, en inventant l’horloge, a créé un temps autonome: la machine ne dépend plus des astres - du soleil qui, avançant dans le ciel, fait tourner l’ombre de l’aiguille sur un cadran -, mais de ses lois propres, mues par la volonté humaine.

La machine crée un monde détaché des forces de la Nature: l’Homme en est entièrement le maître. Une Terre nouvelle, soumise non plus aux astres - aux dieux - mais à l’Homme seul, apparaît. Est-ce qu’un jour le système solaire dans son entier sera mécanisé et assujetti à la volonté humaine? Certains en rêvent.

Vaisseaux spatiaux.jpgMais les machines demeurent dénuées de vie propre: que faut-il faire, pour qu’elles s’animent comme les robots d’Isaac Asimov, et que ce monde nouveau qui se crée ne fasse pas régner des forces de mort? Je crois qu’Asimov peut guider, lorsqu’il évoque le monde des étoiles - un empire galactique. Seuls les astres bougent d’eux-mêmes et créent du mouvement dans le monde humain: il faut donc apprendre à capter leurs forces de mouvement, plutôt que de chercher à s’en isoler - déjà en se les représentant comme figées. Sinon, les machines resteront de belles coques vides: elles n’acquerront pas la vie propre dont elles ont besoin. Dans l’Ève future, Villiers de l’Isle-Adam en parla: il fit animer son androïde par une âme venue des cieux…

Qui sait? Cluses sera peut-être un jour une base pour des vaisseaux en partance pour les astres! Le Temps et l’Espace seront vaincus. L’histoire du décolletage en deviendra sacrée - et pleine de mythes.

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17/11/2009

Dissymétries de la vie

Cristal.jpgJ’ai entendu un jour à la Télévision un cardiologue dire que le cœur humain ne bat normalement que si son rythme est légèrement irrégulier: c’est le contraire de ce qu’en général on croit. Cela m’a rappelé un texte de Pasteur où il distinguait, au niveau minéral, la matière organique de la matière non organique par la cristallisation dissymétrique de la première. Seul ce qui est mort est cristallisé d’une façon symétrique: et seules les machines ont un rythme parfaitement régulier. Le vivant contient une autre force, qui empêche la perfection formelle.

On peut en tirer que le perfectionnisme va à l’encontre des lois du vivant. Que la perfection formelle imposée à l’ordre social par le marxisme, par exemple, ou d'autres formes d'étatisme tendant à l'absolutisme, est contraire au fonctionnement du vivant. Que l’uniformité culturelle aussi est contraire à la vie. Et enfin, que toute tendance à la mécanisation nuit en réalité à la vie organique.

ondes.jpgOr, sur le plan rythmique, il faut admettre que les ondes électromagnétiques artificielles ont précisément ce caractère absolument régulier de toute machine. On a beau jeu de rappeler que le monde est constamment, même à l’état naturel, traversé d’ondes électromagnétiques; à l’état naturel, sur Terre, cela ne peut pas être défavorable à la vie, puisque celle-ci naît d’elle-même, au moins au sein du règne végétal. Mais on peut d’emblée postuler, en réalité, qu’un excès de régularité des ondes instauré par des machines est dangereux pour le vivant.

Les expériences du reste le confirment: même si on n’a pas encore pu démontrer la nocivité effective, sur les êtres humains, des émissions d’ondes artificielles, on a déjà pu démontrer que des cellules mouraient sous leur influence. Le vivant a besoin d’irrégularité pour respirer: la matière n’est pour elle qu’un vase où elle peut se verser. Si ce vase est complètement clos sur lui-même de par sa perfection formelle, la vie se dissout. Même Marx l’a vu: quand le système est trop rigide, il dépérit. Croire que le système peut durer simplement parce qu’il intègre tel ou tel principe moral est illusoire; il résiste simplement s’il est assez souple pour accueillir ce que la vie crée.

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15/11/2009

Explorations de la Savoie depuis Genève

Glaciers.jpgChaque mercredi à sept heures du soir, à la Galerie, 13, rue de l’Industrie aux Grottes, à Genève, un écrivain a le plaisir et l’honneur de lire des textes inédits de sa production, et le 18 novembre, dans trois jours, ce sera mon tour, grâce à l’obligeance des organisateurs, en particulier ma camarade poétesse Régina Joye. J’ai proposé des extraits d’un essai encore à paraître, évoquant la manière dont les écrivains, des origines à nos jours, ont présenté la Savoie; je me concentrerai sur le XVIIIe siècle, parce que c’est l’époque où on a commencé à parcourir la Savoie depuis Genève, en privilégiant les glaciers de Chamonix, ou plus généralement les montagnes du Faucigny - même si Rousseau parla du fier duché à travers d’autres provinces. Les pérégrinations, en Savoie, des étrangers ont d’abord été le fait des Anglais qui vivaient à Genève, où les montagnes couvertes en permanence de neige avaient la réputation d’être maudites.

J’ai déjà expliqué de quelle façon les Anglais et les Genevois avaient donné un ton nouveau, à cette époque, à leurs descriptions, en s’appuyant sur le monde sensible pris en lui-même: François de Sales et Jeanne Guyon tendaient plutôt à lier les monts couverts de glace et les torrents impétueux à des images morales, d’essence religieuse.

Akhenaton.jpgIl faut croire qu’au XVIIIe siècle, on ressentit les figures saintes de la religion catholique comme vides, épuisées - même si, je le crois, elles avaient réellement été inspirées par une vie mystique riche, chaude, lumineuse, belle. La féerie inhérente à ces formes se dissipa, mais on émergea aussi comme d’un brouillard, qui était devenu oppressant, notamment parce qu’il avait perdu ses couleurs, et son scintillement. Le soleil physique, comme au temps d’Akhenaton, parut soudain briller d’un éclat préférable!

Cependant, à l’époque, disons, d’Horace-Bénédict de Saussure, la science n’était pas encore la chose froide et dénuée de beauté qu’à mes yeux elle est devenue depuis: elle était encore riche de sentiments purs, ardents. La force de l’ancienne poésie, sinon ses couleurs, était encore en elle, et elle conservait un charme profond. C’est pourquoi elle était si admirable.

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13/11/2009

L’esprit de Saint-Germain

Saint Germain.jpgRécemment, Pierre Assouline, sur son blog, a évoqué la communauté d’exception que constituent les gens de lettres qui logent à Saint-Germain-des-Prés, et qui, se voyant sans cesse, peuvent diriger la culture universelle de la République depuis un tout petit lieu.

Saint Germain l’Auxerrois n’est pourtant pas patron des écrivains, ni des éditeurs. Peut-être qu’au sein de la République laïque, c’est Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qu’on a canonisés, dont on a fait les saints patrons des littérateurs français, et en même temps de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés.

En tout cas, c’est un lieu béni. Le temple du bon esprit des lettres s’y trouve, et l’ange concerné ne va guère ailleurs.

Sartre.jpgCela dit, j’ai moi-même publié un recueil de poésie dans ce cher quartier. Mais j’ai trouvé que mon éditeur d’alors se référait trop à des règles, à des conventions. Je me souviens, aussi, qu’il m’avait reproché d’avoir parlé du Christ, dans un écrit sur la poésie que je voulais publier. Selon lui, cela privait de liberté la poésie, que de la mêler au Christ. Cela lui était peut-être inspiré par l’esprit de Sartre.

Mon impression est que Saint-Germain-des-Prés est devenu le temple d’une forme de classicisme nouveau, d’un académisme prorogé, quoique sous des formes postérieures à l’instauration de la République. C’est une forme de classicisme républicain. Elle est liée à une aristocratie républicaine.

Le mot de républicain ici lave de tous les péchés, comme la fontaine de Lourdes.

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10/11/2009

Âmes dévotes au château de Ripaille

Tintagel.jpgDimanche à venir, comme chaque année, je serai au salon du livre qui aura lieu au château de Ripaille, et à cette occasion, je voudrais faire part d’idées qui me sont venues sur ce château, qui fut, comme on sait, plus grand qu’à présent, et construit par le duc Amédée VIII, qui gouverna les deux rives du Léman.

Mais ce château avait été bâti pour favoriser la prière et la méditation, auxquelles voulait s’adonner Amédée, en compagnie des chevaliers de l’Ordre des saints Maurice et Lazare, qu'il avait créé. Ensemble, ces gens se rassemblaient dans une salle du château, et ils priaient et méditaient, et souvent, je le crois, ils sentaient près d'eux la présence d'êtres grandioses, qui étaient liés au Ciel. Leur âme tressaillait de cette présence, et ils nourrissaient ainsi en eux-mêmes des pensées d’une profonde piété.

Indubitablement, Amédée assimilait ces présences justement à saint Maurice, qui était le patron de la Maison de Savoie, et à saint Lazare, qui avait été ressuscité par Jésus. Car il cherchait, avec ses compagnons, la voie de la résurrection par l’abnégation et le sacrifice de soi-même, sur le modèle de saint Maurice, qui s’était laissé tuer plutôt que de faire le mal. Et de fait, dans son château des bords du Léman, Amédée avait renoncé à exercer son autorité de Prince.

Roi Arthur.jpgJ’ose dire que les figures étranges et colorées de quelques saints célestes ont pu apparaître à ces hommes pieux dans les brumes pleines de lumière du lac, et que la situation de ce château de Ripaille n’est pas sans rappeler celle du château du roi Arthur, à Tintagel, au bord de la mer, et où tant de chevaliers fées sont venus! De beaux sylphes ont pu être vus marchant sur l'eau, qui avaient la figure d’anges, ou de saints du Ciel.

Ce fut une époque magique, la dernière peut-être où des hommes pieux ont pu sentir la présence autour d’eux des êtres immortels, en priant et en méditant. Je suis donc content de me rendre dans ce qu’il en reste: c’est comme une vieille relique - que je vénérerai, en tant que telle.

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08/11/2009

Joseph de Maistre et l’universalisme mystique

Soirées.gifOn assimile fréquemment le christianisme aux communautés, ethnies et nations qui l'ont adopté, et ainsi, il est pour beaucoup lié au nationalisme, ou au traditionalisme, et il exclut spontanément les autres religions. On croit volontiers que seul le culte de la raison est universel. Or, Joseph de Maistre eut cette remarquable qualité d'être un fervent catholique tout en considérant que toutes les religions reflétaient, à différents degrés, la vérité divine. Pour lui, toutes étaient issues d’une façon plus ou moins pure d’une révélation première, datant de l’aube des jours.

(Et en ces temps de difficulté relationnelles entre certaines religions, je voudrais signaler qu’il n’excluait pas l’Islam, qu’il regardait comme étant d'origine chrétienne, comme étant une branche détachée du christianisme.)

Sans doute, cet universalisme est lié à son appartenance à la franc-maçonnerie, qui lui a fait dépasser l'appartenance simple à un courant religieux défini. Il a vu, au-delà même de l'institution religieuse, l'Esprit qui lui avait donné naissance. Et pour lui, l'universel était dans le sentiment qui reliait partout l'Homme à Dieu. Il croyait en une relation vivante avec la divinité, passant par le cœur humain, voire par son instinct.

Saint Pierre.jpgIl eut ainsi un débat avec les théologiens du Pape qui lui reprochaient de faire de saint Pierre même un instrument partiellement inconscient de la Providence, alors qu'eux voulaient qu'il eût créé en toute conscience, dès l'origine, l'institution ecclésiastique. Sur ce point, le philosophe ne céda pas, et ce fut une des raisons pour lesquelles le Du Pape ne parut pas sous le couvert officiel du Saint-Siège: Joseph de Maistre avait l'esprit trop indépendant, et aussi trop poétique.

Était-il plus universaliste que les théologiens du Pape? C'est possible. Mais son universalisme ne reposait pas tant la Raison que sur la Foi.

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06/11/2009

Claude Lévi-Strauss et les souvenirs

Guarani.jpgClaude Lévi-Strauss fait, comme Jacques Chessex, partie des écrivains dont je n’ai lu que le début des livres les plus célèbres - ici, Tristes Tropiques, qui était dans la bibliothèque familiale. Le sujet en principe m’intéressait, car j’aime bien les Indiens de l’Amérique latine, et en particulier leurs mythes, leurs croyances. Mais en l’occurrence, j’ai dû me contenter du Popol-Vuh et de Jacques Soustelle, car j’ai abandonné le livre de Lévi-Strauss avant qu’il soit parvenu à aborder au rivage américain.

Et une raison possible m’en est restée en mémoire. Il était, si je me souviens bien, dans un bateau de réfugiés, pendant la guerre. Et il racontait des aspects privés de sa vie sans relation claire avec son objet d’étude annoncé, en particulier que des amourettes s’étaient nouées, sur le bateau, entre de jeunes femmes mariées et des hommes qui n’étaient pas leurs maris - et dont visiblement lui, Claude Lévi-Strauss, était -, et je me souviens de ce détail insolite, que les femmes attendaient de pouvoir se laver avant de se donner à leurs amants.

Peut-être a-t-il voulu dire que la force de la nature, sous le vernis de la civilisation, était absolue, ou alors, que la civilisation plaçait une forme de vanité par-dessus la nature, ou alors encore, que l’animalité, chez l’être humain, s’accompagne de considérations hygiéniques, mais n’est pas annulée par la raison. Toujours est-il que le destin, continuait l’écrivain, a finalement empêché cette douche nécessaire au bonheur des amants.

Douche naturelle.jpgMais je ne me dépare pas de l’idée que Claude Lévi-Strauss n’a pas raconté cela dans un but réellement philosophique. Il m’a simplement semblé, à l’époque où je l’ai lu, qu’il se souvenait avec complaisance de ses aventures intimes, voire qu’il se laissait présenter par lui-même comme un homme à femmes, incidemment, - un séducteur.

Or, je l’avoue, je m’intéresse aux dieux aztèques, aux esprits que vénèrent les Amazoniens, et aussi à leurs coutumes - ce qu’ils croient et regardent comme juste -, mais je ne suis pas, ou je n’étais pas tellement intéressé par la personnalité de Claude Lévi-Strauss même. Je comprenais qu’il parlât du bateau de réfugiés, car c’est un épisode dramatique de l’Histoire, et j’ai lu avec beaucoup d’intérêt et d’édification Voyage à Pitchipoï et Si c’est un homme. Mais la posture de Don Juan de Claude Lévi-Strauss, pour tout dire, m’a laissé plutôt perplexe, et en plus, je trouvais le détail hygiénique plutôt sordide. Si l’absence de douche est le seul obstacle à l’adultère, alors!

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03/11/2009

Gratitudes transfrontalières

amedeVIII.gifJ’ai lu un jour avec plaisir, sous la plume d’Étienne Dumont, que le comte de Savoie Amédée V avait le premier reconnu la commune genevoise, en lui accordant droits et franchises.

En Pays de Vaud également, les comtes de Savoie ont accordé de nombreuses franchises et reconnu l’existence juridique de nombreuses communes, et il me semble qu’on leur en montre souvent de la reconnaissance, notamment vis à vis de Pierre II, lequel est fréquemment regardé comme un grand homme, un bâtisseur, ou même un fondateur de la patrie vaudoise: c’est ce que disait Charles-Albert Cingria.

L’Escalade a, à Genève, assombri l’image des princes de Savoie, mais l’un d’entre eux, Amédée VIII, fut, à Genève même, un prince-évêque important, représentant une époque fastueuse pour l’art religieux, tel qu’on l’expose aujourd’hui avec fierté au Musée d’Art et d’Histoire: le Christ marchant sur les eaux du Léman est une image connue de tous, mais que dire de ces beaux anges musiciens qu’on a sauvés de l’hostilité de la Réforme, et qui avaient été peints sur les murs de la cathédrale? Ils figurent réellement cette musique des sphères évoquée par Cicéron - et qu’a essayé de traduire le compositeur contemporain Philip Glass, à la suite de Jean-Sébastien Bach! Rien que de les voir semble forger dans l’âme un irréductible atome de lumière.

Ange musicien.jpgQuel bonheur, tout de même, que Genève se soit ouverte à tous les courants qui l’ont formée! La vraie Genève, je crois, est faite de cette synthèse, et non d’un courant donné dans lequel se seraient fondus et dissous tous les autres.

Par ces anges musiciens, en tout cas, on peut établir le lien avec le baroque savoyard, en réalité issu de cet art religieux médiéval. Sans doute, le baroque a perdu une part de l’ancienne dignité, au profit de la couleur et du chatoiement. Pendant ce temps, le réalisme genevois devenait aristocratique et raffiné. Mais ce faisant, il devenait abstrait et perdait de sa vivacité, de sa potentialité - pour l’âme. A présent, on se rend au musée, et on se prend de nostalgie pour une époque qui avait semblé synthétiser les deux forces contraires. Cependant, dans l’avenir, j’en suis persuadé, une autre synthèse surgira, qui aura gagné en intensité grâce aux siècles qui auront fait mûrir chaque force séparément.

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01/11/2009

Victor Bérard à Ambilly

Ambilly Blason.jpgMercredi prochain, le 4 octobre, à cinq heures et demie du soir, je serai à la pâtisserie Le Luhant, d'Ambilly, pour évoquer la mémoire de Victor Bérard, au travers du livre que je lui ai consacré. C’est à deux pas de la frontière. Il n’y a qu’à traverser quelques champs, la douane, puis on se trouve dans l’agglomération annemassienne.

On a déjà souvent parlé de ces champs qui sont entre la cité de Genève et l’agglomération française qui elle-même est sous l’influence économique de Genève et loge nombre de ses salariés. Mais je crois qu’il est un peu vain de louer ou de critiquer à cet égard la politique de la république de Genève. Il est évident que les frontaliers salariés à Genève voient plus d’avantages que d’inconvénients à travailler à Genève, sinon, ils ne le feraient pas.

Le cas difficile est celui des villages traversés par ces salariés. On en a vu qui bloquaient leurs rues. Et après tout, pourquoi pas? Une commune a tout à fait le droit moral de décider de limiter aux riverains telle ou telle de ses voies d’accès.

Que la situation paraisse néanmoins bloquée nous rappelle que la frontière est une réalité, et c’est pourquoi j’ai conseillé à Antoine Vielliard, Conseiller municipal à Saint-Julien, de constituer l’agglomération française en entité autonome, non pas simplement pour parler d’une seule voix face à Genève, mais aussi pour faire ses projets propres en mettant en commun ses moyens. Si la partie française de l’agglomération dite transfrontalière était au bord de la mer, au lieu de longer une frontière, il faudrait quand même bien s’organiser.

Neptune.jpgLe problème de l’accès des frontaliers à leur lieu de travail n’est au fond pas vraiment politique, qu’on s’en plaigne ou qu’on s’en réjouisse, puisque ce n’est pas sur leur lieu de travail que les frontaliers votent. La situation au sein du canton de Genève est à prendre comme s’il s’agissait d’écueils et de récifs que la nature avait créés le long du littoral. Il faut, de mon point de vue, apprendre à se résigner, en s’en remettant au bon esprit des eaux.

Le Neptune de la circulation genevoise n’est pas toujours si âpre, et Jupiter est là pour tempérer son âcreté. De Troie à Ithaque, la piété n’a-t-elle pas constamment conservé Ulysse? Victor Bérard, en traduisant Homère, en a répandu la nouvelle, en tout cas. (Même si on peut préférer la traduction de Jaccottet.)

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