12/01/2010

Madame Guyon et la Révolution

Bastille.jpgOn a pu dire que Jeanne Guyon représentait la dernière forme de mysticisme chrétien qui ait existé en France. L’injuste répression dont elle fit l’objet contribua certainement, en tout cas, à décrédibiliser une Église gallicane qui se vidait de sa force intérieure pour ne plus s’appuyer que sur des principes extérieurs, des idées, et dont il est clair qu’elle penchait du côté inverse de celui de Jeanne Guyon. En se plaçant sur le terrain des philosophes, on s’exposait à se laisser dominer par eux, sans pour autant conserver la spécificité qui consiste à garantir l’exercice de la vie mystique. Lorsqu’on veut épurer une institution jusqu’à en écarter tout ce qui paraît dépasser de la ligne, on assèche cette institution: on n’a plus que le squelette sans vie, pour ainsi dire.

Fénelon.jpgLa prise de la Bastille a bien pu être provoquée, indirectement, par la mise en son sein de Jeanne Guyon, qui était un symbole fort, quoique diffus, d’emprisonnement injuste, puisque sa voie était purement personnelle. On peut bien sûr n’évoquer que les forces naissantes du matérialisme philosophique; mais l’adage Liberté, Égalité, Fraternité - qui le croirait? - a été pris dans les écrits de Fénelon, l’homme qui a le plus défendu Jeanne Guyon, et qui a dans le même temps inspiré le plus les Philosophes, en alliant la défense du mysticisme libre et individuel à la critique de la politique du Roi au nom d’une justice détachée totalement de la volonté royale, ou bien des intérêts de l’Église - quoique enracinée dans la foi chrétienne. Car pour Fénelon, les mots de la célèbre devise avaient un fondement en Jésus même, et c’était au nom d’un christianisme bien compris, fondé sur la liberté des peuples, qu’il rejetait la politique impérialiste de Louis XIV. Jean-Jacques Rousseau n’avoua pas par hasard qu’il eût aimé être le valet de Fénelon.

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