28/03/2010

Jean Cocteau à Evian

Palais Lumière.jpgOn sait que le Palais Lumière d’Evian a consacré à Jean Cocteau une exposition à la fois chère et courue, et comme j’apprécie l’innovation quand elle a lieu localement, je suis allé la voir.

Je trouve que les gens qui ont mis en place l’exposition (sortes d’artistes qu’on pourrait appeler metteurs en place) ont fait un bon travail. C’est assez inventif. On pénétrait dans un monde.

Pour le fond, j’ai trouvé le symbolisme de Jean Cocteau un peu convenu. Il reflétait une certaine atmosphère spirituelle qui a animé les artistes à Paris au début et au milieu du vingtième siècle, et qui suscite toujours un sentiment fort de nostalgie à l’égard d’une époque dont certainement il reste beaucoup, dans la capitale française, de traces sensibles, mais qui, en soi, me paraît plutôt révolue.

A Evian, Cocteau avait filmé dans les environs des scènes de son Éternel retour, qui réincarnait l’histoire de Tristan et Iseut, et en cela, il imitait Rousseau, qui avait placé sur le Léman, également à cet endroit, la fictive répétition, au dix-huitième siècle, des amours d’Héloïse et Abélard!

Mais je n’ai jamais été un grand admirateur de Jean Cocteau, malgré son goût sympathique pour le merveilleux et les agréables scènes finales de La Belle & la Bête. Le féerique de certains de ses poèmes et tableaux est agréable, mais je l'ai en général trouvé trop évanescent, manquant de force, excessivement décoratif. Il matérialisait de jolis décors, mais il n'introduisait que superficiellement au mystère: il y introduisait de façon plutôt intellectuelle, abstraite. Il était toujours chargé de discours, un peu comme le fantastique du Septième Sceau de Bergman.

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26/03/2010

Kannon au Musée d’Ethnographie

Kannon expo15_icone.jpgJe suis allé voir l’exposition sur Kannon - déité, comme on dit, du Bouddhisme dont la figure est souvent féminine - du Musée d’Ethnographie de Genève et c’était magnifique: cela donnait vraiment envie de se convertir au Bouddhisme. Kannon fait luire son regard sur le monde des hommes depuis le paradis de l’Ouest, dont elle garde l’entrée en compagnie de Bouddha et d’un autre Immortel de l’Ouest dont j’ai oublié le nom, et cela apaise et réjouit leur cœur, car elle est l’âme de la Compassion universelle; cela favorise aussi les gens dans le malheur. On ne peut rien faire de plus beau.

Comme la doctrine bouddhiste est que toute pensée liée à ce qui est au-delà de toute conception et de toute représentation se déploie sous forme d’images, l’exposition propose, notamment, des statues d’une noblesse incroyable; la principale d’entre elles est massive et semble vraiment contenir une force divine: la statue en est comme un réceptacle exceptionnel forgé par la magie des artistes!

kannon 3.jpgChez les anciens Égyptiens, les statues des Dieux demeuraient cachées, parce qu’elles sont d’une force trop grande: les fidèles devaient se contenter de petites reproductions. Il en est de même pour les plus belles statues des célestes Saints du Bouddhisme - si l’on m’autorise à appeler ainsi les Bodhisattvas -, parmi lesquels Kannon. Mais le musée de Genève a montré la sublime statue même; et moi, depuis que je l’ai vue, je suis resté médusé, stupéfait, et je ne parviens plus à m’intéresser durablement à la politique. C’est donc vrai, que la vue en est dangereuse!

La grève de mardi dernier, qu’ont faite beaucoup de fonctionnaires français, me serait par exemple passée complètement au-dessus, si elle n’avait occasionné nombre d’absences d’élèves, dans mon établissement de l’Éducation publique. Je suis allé faire cours sans penser à rien - sauf bien sûr à refléter sur les élèves la chaleur du regard de Kannon même lorsque je leur parlerais de la proposition subordonnée!

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22/03/2010

Le collège de Boëge au théâtre du Caveau

Boege.jpgHier, mes élèves du collège de Boëge, en Haute-Savoie, ont produit leur petit spectacle, au théâtre du Caveau, et cela a été, je crois, très apprécié, grâce notamment à une excellente mise en scène de Magali Fouchault, et aussi grâce à l’enthousiasme et à la motivation des élèves présents.

Je remercie les Poètes de la Cité d’avoir eu cette idée et de me l’avoir proposée, et les élèves d’avoir montré autant d’allant. Pour l’enseignant, c’est plutôt flatteur, car on prétend souvent que la poésie est passée de mode, et on m’a dit hier qu’à Genève, à l’école, on ne lui consacrait pas beaucoup de temps. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je sais qu’en France, certains collègues de français m’ont dit qu’ils ne faisaient étudier la poésie qu’après les derniers conseils de classe, à la toute fin de l’année, lorsqu’on n’a plus rien à apprendre d’important pour son avenir.

Florilege.jpgJe considère évidemment que c’est une erreur fondamentale, parce que la poésie donne forme à la pensée: au sein du jeune âge, ce ne sont pas les enchaînements logiques abstraits, qui peuvent être formateurs, mais le sens allié à la musique, aux rythmes. De fait, la pensée a son rythme, il est impossible de penser d’une manière saine - de penser d’une façon authentiquement pensée - sans avoir acquis en son sein la faculté de rythmer l’exercice de l’intelligence grâce à la musique et à ce qui lie celle-ci et la pensée, et qui est la poésie, qui est donc forcément centrale dans l’enseignement non seulement des lettres, mais de l’ensemble des disciplines enseignées à l’école ou au collège.

C’est à peu près ce que j’ai essayé d’expliquer dans ma propre présentation, hier. Les poètes ont évidemment approuvé.

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19/03/2010

Pédagogie de l'impôt

les-miserables.jpgDans Les Misérables, Victor Hugo a une réflexion amusante: il dit qu’on voit que les gens sont heureux et satisfaits de leurs dirigeants quand l’État n’a que peu de dépense à faire pour recouvrer l’impôt. Quand la situation est différente, dit le célèbre écrivain, l’impôt lui-même coûte cher à recouvrer!

Peut-être que les programmes d’enseignement centralisés de France sont liés précisément à ceci qu’en France, on paie surtout ses impôts en direction de l’État central: qui sait?

Mais la liste conduite par Jean-Jack Queyranne intègre des personnes favorables à l’enseignement public de la culture régionale et donc à l’accroissement de l’importance des régions, ce qui permettra du reste de limiter l’abstention lors des élections locales: j’en suis convaincu. On peut toujours penser que comme l’histoire officiellement enseignée renvoie aux rois de France, cela amène les citoyens à ne s’intéresser qu’aux élections présidentielles!

Il faut cultiver son jardin, disait Voltaire - qui a développé l'économie du Pays de Gex en la libérant en partie du poids de l'administration centrale. Je crois qu’à l’école, en Haute-Savoie, quand on parle des guerres de religion, on entend parler de Ravaillac, mais pas de François de Sales. C’est bien le meilleur moyen d’empêcher la compréhension des enjeux des élections locales, à mon avis.

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15/03/2010

Jacques Ancet, prix Guillaume Apollinaire 2009

On parle trop du prix Goncourt et pas assez de son équivalent pour la poésie, le prix Guillaume Apollinaire, le plus important prix de poésie francophone qui existe. Jean-Vincent Verdonnet l’a eu il y a quelques années, et la dernière fois, en 2009, il a été donné à l’Annécien d’origine lyonnaise Jacques Ancet, qui est un des premiers poètes contemporains que j’aie lus.

Lao-Tseu.jpgJacques Ancet a livré récemment à Annecy un récital consacré à l’œuvre qui a reçu le prix, L’Identité obscure, titre qui reprend Lao-Tseu:
Fusionne toutes les lumières,
Unifie toutes les poussières,
C’est l’identité obscure.

Ce livre est comme un stream of consciousness en vers blancs de treize syllabes, et en treize chants: le poète y vit le réel en essayant de déceler sous les mots qui s’enchaînent au rythme de la vie le secret de celle-ci, l’éclat obscur qui l’éclaire, notamment en embrassant l’univers entier. Il y a parfois de la nausée de Sartre, dans cette poésie, comme une expérience du vide de la matière, mais il y a aussi l’accès au pur néant qui contient la lumière unique du divin, comme cela doit être le cas chez les Ancet.jpgpoètes. De belles images évoquent souvent l’élan de l’âme vers ce pur monde:
je l’appelle le présent, ce feu, il est partout,
il est insaisissable, la main se tend, ne touche
rien d’autre que le vide, une sorte d’ombre claire,
l’envers des choses qui s’effacent et elles jaillissent,
dessinent sur les yeux le leurre de la présence

Quand il récite sa poésie, Jacques Ancet enchaîne à l’infini la parole, comme un flot, et c’est une psalmodie sortie d’un état qui est à moitié celui du rêve. C’est beau, émouvant. J’aime beaucoup. Il a lu chez Michel Dunand, dans sa Maison de la Poésie, passage de la Cathédrale. Annecy aussi est une belle ville, une pure et noble cité.

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12/03/2010

Jean-Vincent Verdonnet à Lucinges

Verdonnet.jpgMon ami le poète Jean-Vincent Verdonnet fera sous peu l’objet d’une exposition nommée A Tire-d’Ailes, présentant concrètement des peintures autour de son œuvre, réalisées par Martine Jacquemet, en vue de l’édition d’un livre d’artiste. Cela se passe dans l’atelier de Martine Jacquemet, 57, place de l’Église, à Lucinges, en Haute-Savoie. Lucinges est comme un centre d’où rayonnent de puissants esprits, car on sait qu’y habite Michel Butor, et on sait sans doute moins qu’y demeure aussi un jeune écrivain que j’apprécie, Adrien Soulat.

Jean-Vincent Verdonnet est quoi qu’il en soit un poète que j’aime profondément, et qui a su donner à voir l’éclat sourd et obscur, si je puis dire, de la nature telle qu’elle lui apparaît depuis l’enfance dans son pays savoyard, de cet éclat qui semble créer le cycle infini des saisons et des ans, d’où semblent venir les couleurs et les formes de la Savoie même! Il faut donc se rendre à cette exposition. Elle a lieu les 26, 27, 28 mars prochains de 17 h à 20 h.

crepuscule-en-vanoise-visoterra-28647.jpgEt voici un tercet de Verdonnet que j’aime:
Au crépuscule une clarté
invite ceux qui vont partir
à laisser leur laine aux buissons

La nature y parle de l’homme. François de Sales disait qu’il fallait regarder la nature de cette façon, en tâchant de deviner ce qu’elle disait à l’homme de lui-même. Verdonnet, en vrai poète, applique cette recommandation.

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07/03/2010

Fête de la poésie au Caveau

Theatre Caveau.jpgLe dimanche 21 mars, dans deux semaines, les Poètes de la Cité, dont j’ai l’honneur d’être, organisent au théâtre du Caveau, dans le quartier de la Jonction, une journée poétique, avec, dès le matin, une présentation de poèmes composés par les élèves d’une classe du Collège Jean-Marie Molliet de Boëge, en Haute-Savoie, que j’ai l’honneur d’avoir en charge pour ce qui est de ce qu’on nomme le français. Tous les élèves ne pourront pas venir, mais ceux qui le pourront assureront le spectacle à partir des poèmes que tous ont écrits. La poésie n’a pas de frontière!

Collège de Boëge.jpgEnsuite, il y a aura une présentation des poèmes des Poètes de la Cité, dont un mien. La mise en scène sera assurée par Magali Fouchault, qui m’a fait l’honneur de venir jusqu’à Boëge pour faire répéter les élèves. Je dirai moi-même quelques mots sur l’importance de la poésie au Collège, ou plus généralement à l’École. Car elle est fondamentale, bien sûr.

Le thème commun à ces deux spectacles du matin est les saisons. L’après-midi, des poètes viendront réciter eux-mêmes leur production. L'entrée est libre. Une belle occasion.

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02/03/2010

Valère Novarina et Roald Dahl

Bon Gros Géant.jpgL’autre jour, pour des raisons domestiques, je lisais une version française du Bon Gros Géant, de Roald Dahl, et la manière de parler du géant en question m’a rappelé celle des personnages du théâtre de Valère Novarina: C’est milborolant! Absolument faramidable! J’en suis tout bègue! dit-il; ou: Toi, la seule chose qui t’intéresse, c’est de t’empiffrer d’hommes de terre.

Je ne sais pas si Valère Novarina a lu, petit ou grand, ce roman. Certains personnages burlesques de Shakespeare mêlent aussi les mots, et Alice au pays des merveilles est rempli de ce genre d’inventions: c’est très anglais. Les Anglais sacralisent moins les mots que les Français, et Novarina a bien compris que si les Français rejetaient ces écarts, c’est par une forme idolâtrie: il en parle, dans son recueil d’aphorismes Lumières du corps.

Dahl.jpgCependant, si cette liberté des poètes et écrivains anglais peut être regardée avec envie par les Français, je me demande jusqu’à quel point il n’est pas également typiquement français de retourner la chose en retombant dans le même état d’esprit, c’est-à-dire de systématiser le procédé nouveau. Car il est clair que c’est une liberté que les Anglais se donnent, et dont ils usent selon les circonstances, mais qu’ils ne transforment pas en nouvelle règle, en nouveau langage organisé. Il est étrange que dès que les Français découvrent une liberté nouvelle, il se sentent comme obligés d’en faire une règle, de s’en créer une habitude, de l'insérer dans un système. C’est dans leur tempérament.

D’un autre côté, comment le leur reprocher? Si le procédé n’est utilisé que de façon sporadique, les censeurs - ou les critiques - vont se gausser: seule une règle nouvelle peut leur en imposer. C’est ce qu’inconsciemment avait compris André Breton. Ce qu’il faudrait, c’est une action générale contraignant les fonctionnaires de la culture à accepter le principe de liberté individuelle: car pour le moment, ils n’accordent, je crois, qu’à la collectivité de pouvoir créer librement de nouvelles dispositions!

S’il est un seul domaine où le libéralisme à l’anglaise doit être imité, c’est bien celui de la culture, à mon avis.

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