29/04/2010

Le goût de la Clarté

saint_paul.jpgEn France, on prône volontiers la clarté, en littérature, dans le langage; on finit même par croire qu'elle est la condition nécessaire de la Vérité - de la correspondance du langage à la réalité. Mais je me souviens d'un bon mot d'un avocat auquel on opposait, précisément, la clarté du récit d'un accusé que lui croyait coupable: C'est clair, mais c'est faux. On a tellement l'habitude de vénérer la clarté qu'on peut être tenté d'oublier que même une fiction peut être claire, si elle est effectuée par un esprit habile!

Du reste, le réel, lui-même, est-il toujours si clair? Il faudrait être bien dogmatique, je crois, pour affirmer d'emblée que toute énigme, en ce monde, n'est qu'illusion. Or, si cela n'est pas, l'excès de clarté ne devient-elle pas un mensonge?

On pourrait se satisfaire d'un discours qui reculerait devant le mystère; mais sait-on jamais vraiment où celui-ci commence? On affirme si souvent qu'une chose est évidente simplement parce qu'on est certain d'une opinion! Même si on affiche qu'on s'arrêtera toujours à la porte du mystère, on n'en sera pas empêché de pouvoir se montrer clair sur des choses en soi obscures: l'évaluation de l'endroit où commence le mystère est elle-même aléatoire.

Saint Paul, indirectement, nous éclaire, sur l'origine du souci de clarté. Dans ses lettres, il dit que le prophète hermétique, celui qui s'exprime d'une façon mystérieuse, a une place légitime, dans la communauté des fidèles, mais qu'il est souhaitable de trouver des gens susceptibles d'expliquer ce que sa parole signifie. Le prophète hermétique peut tout à fait, en soi, transmettre la parole de Dieu, et dire la vérité, mais il n'en demeure pas moins souhaitable que tout un chacun puisse en profiter.

Sartre.jpgLa clarté n'est donc pas le vrai, mais le moyen de le partager avec autrui. Elle est souhaitable d'un point de vue social, mais n'a pas de valeur philosophique en soi.

Amiel l'a exprimé en comparant les Français et les Allemands dans leurs œuvres philosophiques respectives: à ses yeux, seuls les seconds étaient d'authentiques philosophes, mais les premiers avaient mis leurs concepts en forme, les rendant accessibles à tous. On a pu dire que François de Sales avait clarifié les mystiques rhénans; c'est aussi Sartre adaptant Heidegger au goût français, sans doute.

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25/04/2010

La dérive du Réveil

Rousseau.jpgEtienne Dumont, dans la Tribune de Genève de ce week-end, qualifie de dérive le mouvement du Réveil, au motif qu’il faisait passer le cœur avant la raison, dans la vie religieuse. Le Réveil est un mouvement protestant de l’époque romantique qui trouvait que l’héritage de Calvin était excessivement froid et didactique. Si c’est une dérive, il faut avouer que le Romantisme est tout entier dans ce cas. Car Etienne Dumont fait comme si la philosophie des Lumières avait fait triompher définitivement le culte de la Raison dans tous les domaines de l’activité humaine. Mais en religion, et même en poésie, est-ce qu’un tel postulat ne serait pas absurde?

Le plus paradoxal est que c’est Jean-Jacques Rousseau qui a été, indirectement, le premier à se plaindre du rigorisme protestant, en prônant, davantage que les belles raisons de Calvin ou d’un autre théologien, quel qu’il soit, les élans du cœur, et en prenant à cette fin pour modèle son vicaire savoyard qui laissait la nature parler dans son âme pour y créer d’abord de l’émotion. Or, Rousseau a été condamné, dans sa philosophie, aussi bien par les protestants que par les catholiques. Amiel.jpgLa vérité est qu’ici, le philosophe des Lumières est beaucoup plus du côté du cœur que Jean Calvin. On sait bien que le Romantisme en découlera - même à Genève: Amiel en sera l’héritier.

Pour Rousseau, le cerveau ne renvoie pas à Dieu: les idées de l’homme ne sont liées qu’à l’homme; seul le cœur renvoie à l’âme de la nature et à ce qu’il appelait l’Être suprême: il bat à l’unisson de l’univers, quand le crâne enferme les idées des hommes dans un réduit obscur. Or, c’est un point de départ qui est apparu comme une révélation aux spiritualistes, à un moment où précisément la foi religieuse s’était figée dans des positionnements intellectuels stériles.

Rousseau s’est du reste contenté d’affiner une tendance inhérente au christianisme, qui dès l’origine avait mis la foi en avant: le sentiment. Notre philosophe laissa celui-ci absolument nu, épuré de tout concept, face à la nature, dont l’âme, pressentie dans la perception du tout, était précisément l’Être suprême.

Ce qu’ont apporté les Lumières, ce n’est pas la religion de la Raison, mais la Liberté - laquelle s’enracine dans le sentiment de chacun.

Pour le culte de la Raison, si j’ose dire, il y avait déjà eu Descartes.

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23/04/2010

Commémoration de l’Annexion au château de Villy

Chateau_de_Villy_1.pngVendredi 30 avril prochain, à 20 h, je donnerai mon habituelle conférence sur l’état d’esprit des Savoyards à l’époque de l’Annexion au château de Villy, à Contamine-sur-Arve, près de Bonneville, à l’invitation des Amis de la Grande Maison, la société savante de Contamine-sur-Arve, un joli village au pied d’une butte verdoyante et face au Salève; le soleil couchant y luit toujours d’une façon belle et sereine, sur l’herbe verte, les pâturages gras.

De surcroît, le château de Villy abrita la dame qui occasionna l’écriture de l'Introduction à la vie dévote, par François de Sales, qui commença par lui écrire des lettres François de Sales.jpgdestinées à la consoler de la mort de son mari, un cousin du pieux évêque, et à la sauver de l’ennui, voire de la dépression nerveuse. Elle était originaire de Normandie, avait fréquenté la cour de France, et l’éclat de son domaine de Contamine était moins vif.

François de Sales serait venu célébrer la messe plusieurs fois, dans ce joli château depuis plusieurs fois restauré, et aussi augmenté, ou déformé, selon les goûts. Ce sera l’occasion de le voir, et de tâcher de s’imprégner des effluves restants de la présence du Saint.

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19/04/2010

Synthèse française

J’ai lu un jour dans Le Monde des Livres que le philosophe Emmanuel Levinas avait réussi à convaincre que le Talmud pouvait à bon droit entrer dans le patrimoine culturel français. Celui-ci, sur le plan religieux, on le sait, a longtemps eu comme base le Nouveau Testament, le livre des apôtres du Christ. Mais la France a précisément vocation à embrasser la culture de façon universelle, en relativisant ce qui sépare les différents courants.

Dolmen de Hugo.jpgOr, Henry Corbin, dans ses écrits, a pu montrer ce qui rapprochait l’Islam de l’ancienne gnose, et on peut certainement dire que la culture, en France, est appelée à admettre, dans de futures synthèses, cette gnose, telle qu'elle peut encore être transmise aujourd'hui. Elle est d’ailleurs déjà présente, je crois, dans sa littérature, notamment à travers toute la part des écrits de Victor Hugo qui ressortit à l’ésotérisme: Ce Que Dit La Bouche d’ombre, La Fin de Satan, par exemple.

Pour l’Afrique noire, sa littérature orale a souvent traduite en français et mise par écrit par des locaux issus des colonies françaises: j’ai lu l’épopée formidable de Soudndjata.jpgSoundjata, transmise par les griots, traduite par un écrivain contemporain de l’Afrique reconnu et c’est digne de nos chansons de geste.

J’ai lu aussi des contes initiatiques du Cameroun traduits en français par un prêtre originaire du lieu, et c’était fabuleux, mythologique, grandiose, fréquemment proche de notre Roman de Renart, ou de mythologies séculaires mises en récit par exemple au XIIe siècle. Et puis il y a la fantastique Anthologie nègre de Blaise Cendrars, qui révèle un monde. La littérature africaine traditionnelle est en fait digne de la littérature médiévale française, et si on intègre la seconde dans le patrimoine culturel de la France, il faut le faire avec la première, aussi, puisque la colonisation l’a fréquemment amenée à être mise en français.

Ainsi, la France peut se donner de nouvelles ambitions, et conquérir l’univers, non pas en imposant ses traditions propres comme si elles étaient universelles, mais en accueillant l’univers en son sein et en rebondissant sur les courants qu’elle accueille et qu’elle renvoie vers l’extérieur après les avoir filés en pelote, pour ainsi dire: et il va de soi que c’est une pelote qui brille de mille feux. C’est un soleil.

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16/04/2010

Culture de l’écrit: France & Savoie

LourdesGr.jpgJe voudrais revenir sur ce que je disais à propos d’Éric Zemmour, l’autre jour. Je disais que la France est un pays où socialement on ne favorise pas tant telle ou telle origine ethnique, mais plutôt, indirectement, le lien que le milieu familial entretient avec la tradition de l’écrit, des livres. Je voudrais, aujourd’hui, comparer à cet égard non pas ce que compare plus ou moins explicitement Éric Zemmour, mais la Savoie et la France.

Il est de fait remarquable que la figure religieuse et populaire de la Savoie ait été en même temps un écrivain: François de Sales. Même dans les familles modestes, on possédait un volume de l'Introduction à la vie dévote, laquelle on était invité à lire au moins par bribes. L’instruction a toujours eu un bon niveau, en Savoie. On pourrait dire la même chose de Genève et du Pays de Vaud, avec Calvin.

Il faut comparer cela avec la dévotion populaire telle qu’elle se pratique en France: on vénère fréquemment des gens qui n’étaient certainement pas des écrivains: Bernadette Soubirous, saint Vincent de Paul, l’abbé Pierre… Ils étaient vénérés surtout pour leurs actions concrètes, sociales, ou alors leur foi pure et dénuée de fond savant.

pascal3.jpgEn France, cependant, il y a toujours deux mondes: au-dessus de cette dévotion populaire, il y a les instruits qui lisent Bossuet et Blaise Pascal, encore plus intellectualisés que les lecteurs de François de Sales. C’est une sorte d’élite. A la rigueur, le seul écrivain français rappelant, à cet égard, François de Sales est la Normande sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus: mais elle lui est postérieure de trois siècles.

On a pu dire qu’en Savoie, il n’existait pas d’élite glorieuse; mais on a pu dire aussi que la société y était bien plus soudée qu’en France, et que le niveau moyen était supérieur, si l’élite avait moins de magnificence.

Personnellement, je suis opposé à l’élitisme: je pense qu’il faut s’appuyer sur les classes moyennes, comme on le faisait en Savoie, ou même en Suisse romande. Au fond, c’est plus démocratique.

Calvin était lui-même plus aride et plus rationaliste que François de Sales, soit dit en passant: la Savoie était plus populaire que Genève. Mais tout le monde le sait.

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14/04/2010

Intégration à la française

Zemmour.jpgOn parle beaucoup d’Éric Zemmour, ces temps-ci: la parution de son livre à la gloire de la France éternelle lui a donné l’occasion d’intervenir publiquement d’une façon qui a choqué. Pour ma part, je ne le connais que par un débat qu’il a un jour eu à la Télévision avec Tariq Ramadan et dont il faut avouer que ce dernier n’est pas sorti forcément diminué. L’intransigeance du précédent a pu l'aider, notamment. Il a vanté les mérites de l’assimilation culturelle comme il assure qu’on la pratique depuis toujours en France et, implicitement, s’est posé en exemple, ou a posé en exemple ses ancêtres qui, venus d’Algérie, ont accepté l’assimilation complète.

J’ai moi-même eu un arrière-grand-père israélite qui venait de l’Empire ottoman, et mon avis est qu’Éric Zemmour fait trop tourner ses idées autour de la question ethnique. Dans les faits, mon arrière-grand-père était médecin et fils de médecin, et le sacrifice de sa culture propre, qu’il a bien effectué, a été compensé par une insertion dans la bourgeoisie de Limoges, Limoges.jpget une vie tranquille et relativement aisée. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire, la France n’est pas un pays qui favorise telle ou telle ethnie, mais les activités qui sont liées aux sciences et à la culture telles qu’elles peuvent être présentes dans les livres. Or, chacun sait qu’au sein du judaïsme, la culture de la lecture et des livres est fondamentale.

Inversement, au sein de l’Islam, les versets du Coran peuvent être appris par cœur, il n’est pas indispensable de savoir les lire. Pour l’Afrique noire, ce n’est pas une région du monde au sein de laquelle la civilisation et le culte de l’écrit sont séculaires. La question n’est donc même pas celle de la langue, contrairement à ce qu’a pu dire Bourdieu, et à ce qu'on croit souvent: je la crois seulement sociale, et liée à une culture familiale plus ou moins liée à la tradition écrite. Je trouve donc que les discours d’Éric Zemmour n’ont pas beaucoup de sens.

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10/04/2010

Journée du livre de Bonneville, 18 avril 2010

MB aav.jpgPour ceux qui n’auront pas pu se rendre, le 16 avril, au récital de poésie de Bonneville dont j’ai parlé hier, ils pourront se rattraper en se rendant à Bonneville le dimanche 18, car, à l’Agora, a lieu la journée annuelle du livre et des écrivains, toute la journée (entrée libre). Je ne sais pas qui sera présent, mais je sais que j’y serai, notamment pour présenter mon livre consacré aux grands écrivains qui ont évoqué Bonneville dans leurs textes: d’abord François de Sales, qui fit l’éloge des citoyens de la capitale du Faucigny parce qu’ils l’avaient accueilli en allumant des centaines de flambeaux, alors qu’il était tard, et que la nuit était tombée, comme il le raconte dans une lettre à sa bonne amie Jeanne de Chantal.

Puis, dans Bonneville, est passé Horace-Bénédict de Saussure, ainsi que le poète anglais Percy Shelley: ils ont surtout parlé du château, alors massif. Goethe a, de son côté, passé une nuit, dans la cité des bords de l'Arve; il en dit néanmoins peu de chose. Rodolphe Töpffer, quant à lui, a parlé de ses auberges et de sa petite bourgeoisie, qu’il a plutôt raillée.

MB aax.jpgCelui qui a le plus abondamment évoqué cette digne cité dont les toits s'élèvent vers le noble Môle, c’est Théophile Gautier, qui a décrit la colonne Charles-Félix et la nymphe de l’Arve qui est représentée sur son socle: Bonneville est le temple de la déesse de l’Arve; quand l’Arve se jette dans le Rhône à la Jonction, il y a un peu dans ses eaux jaunes de l’âme de la cité savoyarde. Gautier a aussi dit que l’église de Bonneville, par son intérieur chamarré, rappelait que la région était passionnée dans sa pratique religieuse, comme l’Espagne ou l’Italie - et pas comme la France septentrionale.

Cette année, je dois l’ajouter, la journée du livre n’est plus organisée par son fondateur, Tim Plottier, qui nous a quittés. Ce sera l’occasion de lui rendre hommage: il a toujours cherché à animer culturellement la cité de Bonneville.

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09/04/2010

Récital Clairs-obscurs à Bonneville

Médiathèque Bonneville.jpgVendredi 16 avril, à la médiathèque de Bonneville, aura lieu, à 20 h (entrée libre), un récital de poésie du Cercle des Poètes savoyards, sur le thème Clairs-obscurs. Je lirai moi-même trois de mes poèmes, mais d’autres poètes de ce Cercle lié à la Société des Auteurs savoyards seront présents, à commencer bien sûr par sa présidente, Marie-Jo Thabuis, sa secrétaire, Denise Gal-Sarni, mon vieil ami Marcel Maillet, mon bon ami Jacques Grouselle, mon aimable camarade Daniel Lévy, le jeune Guillaume Riou, mon ancienne camarade Sylvie Domenjoud, Sylvette Dvizia-Bayol également d’ancienne mémoire, et Josette Tholomier, que je connais un peu. Intermèdes musicaux à l’accordéon avec Gisèle Allamand.

Ce sera certainement un beau récital, car c’est dans le clair-obscur que naissent les figures crépusculaires, les images de rêve, reflets des sphères supérieures: dans la ligne qui sépare le clair de l’obscur, pour ainsi dire.

Le recueil des poèmes, édité, sera en vente à 4 €.

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05/04/2010

Mamco

Pour la première fois de ma vie, j’ai visité le Musée d’Art moderne et contemporain de Genève, poursuivant au fond mon exploration de la noble cité de Calvin depuis le pays de François de Sales - car la Haute-Savoie n’est pas autre chose que cela. J’ai été élevé à Paris, puis à Annecy, et Genève n’est pour moi une cité de référence que depuis que j’ai quitté Annecy, dont la culture me paraissait trop orientée vers son statut de station balnéaire.

Eraserhead.jpgCe musée d’art contemporain de la Jonction a un bâtiment impressionnant, qui crée déjà un monde décalé, bizarre, étrange: on y est dans le monde réellement nouveau, mais mal connu, qu’a créé la Révolution industrielle, ce monde d’usines où David Lynch filma Eraserhead et qu’il prit souvent en photo.

Cela a son côté grandiose: on se croirait dans un rêve. Les trois ascenseurs côte à côte donnent vraiment l’impression qu’on est dans un film. Pour les œuvres exposées, elles prolongent cette impression; elles sont assez insolites. On est vite dans un univers bizarre. Comme tout est grand et un peu vide, c’est d’autant plus étrange. Le gros cercle rouge en toile de l’artiste allemand principalement présent (son patronyme est Walther, le reste je l'ai oublié), au dernier étage, m’a comme médusé.

Einstein on the Beach.jpgPour prendre une autre comparaison, cela m’a fait penser à l’époque expérimentale de Philip Glass, celui de son Einstein on the Beach; les personnages y récitaient des paroles étranges, comme sorties de la nuit de la terre, comme chuchotées par des esprits de l’Inframonde. La répétition à l’infini des mêmes thèmes créait une atmosphère spéciale. Mais Glass a ensuite assoupli son style pour toucher plus directement la sphère émotionnelle prise dans son entier, au lieu de ne toucher que ce que traduit, dans la Civilisation, ou même dans l’âme humaine, cette époque de la Révolution industrielle. Je pense qu’il n’a pas eu tort.

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01/04/2010

Amplitudes du rythme végétal

bachelard.jpgOn m’a gentiment envoyé le dernier bulletin (année 2009) de l’Association des Amis de Gaston Bachelard, consacré aux relations entre le philosophe champenois et la musique, et je dois dire que j’ai été complètement séduit. Je l’ai été d’autant plus que le spiritualisme de Bachelard a eu parfois tendance à m’agacer, parce qu’il me paraissait tourner autour du pot et ne pas se reconnaître comme une forme pure et simple de spiritualisme: comme si le poids du matérialisme et du langage laïque, en France, était tel qu’il fallait se justifier en nommant Dieu par des périphrases - pour ainsi dire.

Je crois qu’on peut constater cette orientation aussi dans la poésie française contemporaine. Mais cela me semble compliquer inutilement l’expression, la rendre excessivement et stérilement intellectuelle.

Cependant, cela n’empêche évidemment pas - une fois qu’on a pu traduire le langage abscons des initiés aux mystères du pur néant que sont devenus souvent les poètes - la présence de sublimes beautés, de merveilleuses merveilles, si j’ose dire. Et ce qu’a pu énoncer Bachelard sur la musique est réellement éblouissant. Il évoque tout ce qui dans la nature a un rythme, et dans le même temps s’élance vers la lumière: Alouette.jpgl’alouette, par exemple, devient chant de l’âme comme elle le fut aussi chez François de Sales, ou les troubadours.

Bachelard parle également du rythme de la vie végétale, qui reflète le rythme de la vie cosmique même, et qui, poétiquement écouté, unit l’homme à l’univers: il tend à imprégner l’âme du rythme ample, majestueux, lent et grandiose de la nature tout entière. De fait, les rythmes trop rapides sont forcément hachés, étant en décalage avec les rythmes normaux. Même quand on apprend la grammaire, il ne faut pas aller trop vite, sinon, on jette un fatras de connaissances qui encombrent le cerveau plus qu’elles ne le construisent. Il faut laisser le temps à la connaissance de s’enraciner dans l’âme et de vivre, d’évoluer dans l’être humain, si on veut qu’elle donne de vrais fruits. La pédagogie moderne, orientée au fond vers le productivisme, quoi qu’on dise, ne le comprend guère, je crois. C’est l’enseignement à la chaîne.

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