21/05/2010

Postures de l’amour

kama_sutra_2.jpgLe catholique carougeois François Velen a récemment, sur son blog, évoqué les dérives sexualistes actuelles, en faisant néanmoins remarquer que ce n'était pas à l'Église romaine de déterminer quelles positions il fallait pratiquer - d'entrer dans les considérations du Kâma-Sûtra.

Cependant, il sait bien qu'en premier lieu, les prélats les plus pudiques, à cet égard - disons, François de Sales -, ont rappelé le principe selon lequel il fallait rester dans les voies susceptibles de procréation, même quand on savait que celle-ci n'adviendrait pas. Car il s'agissait, par exemple pour saint Paul, d'appliquer en pratique l'idée que l'homme et la femme sont complémentaires: la spécificité de la femme et de l'homme, sur le plan physique, est dans l'organe génital.

Certains prélats, je crois, sont bien entrés, tout de même, dans des considérations liées aux positions, en suivant le fil de la complémentarité et de la réunion du principe féminin et du principe masculin, dans un sens du reste assez platonicien. Le Yin et le Yang - également - se complètent en se mettant l'un dans l'autre totalement. Pour les anciens philosophes, les deux principes avaient été malencontreusement séparés, à l'origine. L'amour y remédiait.

brillatsavarin.jpgOr, Vâtsyâyâna et son Kâma-Sûtra, en réalité, vont globalement dans le même sens. Il ne s'agit néanmoins pas d'un ouvrage mystique, mais d'un traité pratique - une sorte d'équivalent de la Physiologie du goût de Brillat-Savarin.

Évidemment, pour les religieux, les livres doivent avant tout édifier, et non renseigner. On avait fait ce reproche à Vâtsyâyâna, de son temps, déjà: le sujet était indigne, disait-on, d'un traité de science. A cela, Vâtsyâyâna répond que la connaissance sert aussi à améliorer le monde ordinaire tel qu'il est, et que son traité est équivalent aux ouvrages sur l'art de la guerre, ou de la cuisine.

Or, dans les faits, il tend bien à rejeter les pratiques non conformes au principe de complémentarité énoncé précédemment, même s'il n'en donne pas d'explication particulière. Il s'exprimait selon le sentiment de l'amour qu'il pouvait avoir: l'idée de suivre des règles clairement conçues - et de jeter l'anathème sur ce qui s'en écarte - est plus occidentale.

Le fait est que Joseph Joubert a dit, de son côté, que le visage exprimait seul l'individualité, le reste du corps exprimant davantage l'espèce. Or, la complémentarité en principe se joue entre deux individus, deux âmes-sœurs.

A cet égard, comme au reste, le Kâma-Sûtra est un livre profane, mais pas forcément un livre impie.

16:20 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

De l'exclusion des voies non susceptibles de procréation à la rigueur du face à face, il y a là une escalade quasiment missionnaire, cher Rémi. De quoi faire exploser la verve de nos amis soucieux de liberté masculine... Mais vous, quel est donc votre point de vue préféré ?

Écrit par : Philippe Souaille | 21/05/2010

L'opinion sur ces questions des prélats n'est pas une grande nouveauté, à mon avis. Mais j'apprécie personnellement la tradition qui s'appuie sur le sentiment de la chose plus que sur des règles préétablies. Si on veut faire de ce qu'on pratique de fait un art, plus qu'une simple technique (qu'il s'agisse d'accomplissement du devoir conjugal ou d'assouvissement du désir), il faut bien s'appuyer sur ce sentiment, et donc, sur la liberté des uns et des autres. Ensuite, pour moi, il s'agit d'affiner le sentiment par la connaissance. Si la connaissance des choses affine assez le sentiment pour faire évoluer les pratiques, on ne peut pas s'en étonner. Cela dit, il y a des habitudes, non pas seulement de pratiques, mais aussi d'idées, c'est à dire de fantasmes, pour le sujet dont il s'agit. Je ne veux pas me poser ni comme soumis à ces fantasmes, ni comme n'agissant que selon une pure connaissance, et donc, cher Philippe, je ne vous dirai pas ce que je fais le plus souvent, ni même ce que je préfère, ou ce que mon corps tend à préférer, c'est selon, car ce n'est pas tous les jours la même chose: je n'approuve pas tout le temps mon corps. Mais sinon, je suis comme tout le monde. Je vous laisse donc deviner d'après vous-même.

Écrit par : Rémi Mogenet | 21/05/2010

Bonne réponse :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 21/05/2010

Excellente promenade à travers la poésie et la fluidité de l'amour, tout en restant bien ancré dans son corps!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 21/05/2010

Merci Marie-France!

Écrit par : Rémi Mogenet | 21/05/2010

Les commentaires sont fermés.