23/08/2010

Salon du livre de Faverges

Faverges.jpgDimanche 29 août, toute la journée, je serai à la journée du livre de Faverges, en amont du lac d'Annecy, avec le directeur des éditions Le Tour, pour présenter mes ouvrages en relation avec la région, notamment Victor Bérard et De Bonneville au mont Blanc, les derniers que j'ai produits, mais aussi Portes de la Savoie occulte, et les ouvrages que j'ai préfacés, Alpage de mon enfance, Le Siège de Briançon, Les Prisonniers du Caucase.

Je voudrais mentionner en particulier Le Siège de Briançon, de Jacques Replat, car il se passe précisément à Faverges, en partie: le héros, Raoul de Compey, y passe, pour se rendre en Tarentaise. Et Replat évoque, par conséquent, ce noble bourg de forgerons vers l'an mil. Jacques Replat.jpgCar son livre est aussi une promenade dans la Savoie médiévale - promenade autant psychique que physique: il emmène ses lecteurs dans les mentalités d'alors, dans leurs rêves, leurs visions, et c'est pourquoi j'aime tant ce livre. Cela confine au fabuleux, grâce à la manifestation de ce qui se mouvait dans les cœurs.

Au reste, je ne crois pas qu'il y ait jamais eu d'action qui ne se soit pas enracinée dans l'âme, et par conséquent, à mes yeux, l'histoire complète intègre aussi ces visions fabuleuses qui ont poussé à l'action, et qui ont créé les faits dont se contente l'historien ordinaire - même s'il y pallie volontiers par des sortes de lois auxquelles seraient soumis ces faits, comme l'est la matière en général: lois venues de l'extérieur - ou même tombées de nulle part, à mon avis, lorsqu'il s'agit de sciences qui étudient en réalité l'être humain. Lois qui postulent un progrès, ou le contraire, selon la mode du temps, ou le tempérament individuel des savants! (Car même l'idée d'éternel retour de Nietzsche, qui finalement revient à dire que tout reste pareil, au-delà des changements apparents, est en réalité une conception tragique de l'histoire.) Mais Jacques Replat savait bien que l'action humaine est mue en réalité par des rêves, des désirs, des pensées, et c'est ce qu'il a traduit dans son beau livre.

08:22 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Mais y a-t-il une plus juste conception que la conception tragique de l'histoire ? C'est le sentiment qu'une force universelle domine l'individu et sa liberté qui, jusqu'à assez récemment, disons le XXe siècle, a prévalu dans la compréhension de l'histoire.

Et si l'action humaine était mue par autre chose, mais qui fait croire aux hommes que ce sont leurs désirs et leur rêves seuls qui sont les agents de l'histoire ? Une "ruse de la raison" comme le dit Hegel.

Écrit par : Jean Romain | 23/08/2010

Cet autre chose est malheureusement une pure spéculation, et le plus simple est de considérer qu'au-delà des pensées, le monde ne contient... rien. Pour autant, c'est déjà quelque chose, car le matérialisme pur refuse même aux pensées le statut d'existence à part entière, Sartre les appelant "pur néant". Mais en ce cas, les faits ne sont ni tragiques ni "en progrès" - Sartre l'a logiquement dit -, mais simplement en succession inodore - sans direction qu'on puisse qualifier qualitativement.

Cela dit, je ne pense pas que jusqu'au XXe siècle, la vision tragique de l'histoire ait spécialement dominé, car pour Bossuet, par exemple (dans son "Discours sur l'histoire universelle"), l'histoire, après une période "tragique" qui détachait les hommes du paradis terrestre, définissait une remontée de l'histoire vers la Perfection (qu'il assimilait à la réconciliation avec la divinité); Teilhard de Chardin n'a rien fait d'autre que de reprendre la seconde partie de l'histoire humaine, telle que la définit le "Discours" de Bossuet! C'est inhérent au christianisme: la Providence emmène les hommes vers le souverain Bien. Joseph de Maistre le pensait aussi. C'est l'origine de la philosophie du Progrès, pour moi. Au XIXe siècle, cela s'est peut-être brouillé, parce que cette philosophie du Progrès s'est détachée de l'idée des progrès effectifs de l'Eglise catholique, ou des Eglises chrétiennes en général! Mais il ne faut pas y accorder trop d'importance. Il s'agit toujours de l'Occident!

Quoi qu'il en soit, merci de votre intervention.

Écrit par : RM | 23/08/2010

(De l'Occident d'origine romaine, pour ainsi dire, car les anciens Romains croyaient aussi au progrès universel par le biais des progrès de leur ville immortelle.)

Écrit par : RM | 23/08/2010

je viens de lire ce livre de Jacques Replat : au delà des pensées philosophiques sur le sens de l'histoire, il est tout simplement très intéressant car il fait revivre la Savoie de l'an mil! il se passe entre Duingt, les Bauges, Conflans, Aigueblanche, et Briançon (dans la Tarentaise). Et lorsqu'on voit ensuite la réalité de ces lieux, on comprend ce que pouvaient être tous ces petits seigneurs qui tâchaient de tirer parti de leur position stratégique pour rançonner, faire payer des péages aux voyageurs d'alors! C'est toute l'histoire du duché de Savoie qui est condensée dans ces quelques pages!

Écrit par : GAUTIER | 25/08/2010

Merci de votre commentaire, M. ou Mme Gautier. Je pense aussi que le "Siège de Briançon" fait revivre d'une façon agréable le passé. Il table également sur un sens de l'histoire, quand il fait triompher la justice du comte de Maurienne qui agit à la demande de l'archevêque de Tarentaise contre un seigneur considéré comme hérétique, ou païen, et qui est justement celui qui rançonne les voyageurs et les prêtres. C'est aussi ce que j'apprécie: qu'au-delà des motivations immédiates, il y ait des enjeux de civilisation - dont les acteurs sont plus ou moins conscients.

Écrit par : RM | 25/08/2010

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