26/09/2010

Oncle Boonmee & la science-fiction

19479809-60473.jpgJe suis allé voir Oncle Boonmee, et j'ai beaucoup aimé; cela m'a fait penser à Eraserhead, de David Lynch. Je voudrais néanmoins ici me concentrer sur un seul passage, celui où l'oncle Boonmee, dans la grotte, évoque d'une voix émue et même effrayée un rêve qu'il a fait, dans lequel il était amené par une machine temporelle au sein d'une cité du futur contrôlée par des êtres qui faisaient disparaître les gens en jetant sur eux de la lumière. Cela ressemblait à une vision de Kafka, et en même temps à de l'anticipation classique, créant des futurs inquiétants, dominés par des cités totalitaires. Dans son rêve, Boonmee fuyait une première fois, mais était rattrapé, puis s'entendait demander s'il connaissait les chemins qui s'étiraient devant lui. Comme il répondait que non, il disparut dans la lumière. Ce sont ses dernières paroles: ensuite, il meurt.

Le fait est qu'il s'inquiète pour son avenir au-delà de la mort. C'était bouleversant. La voix de l'acteur était alors magnifique, et elle a résonné longtemps en moi, après que je suis sorti de la salle.

Mais ce qui m'a plu, c'est l'idée implicite que la science-fiction, les visions du futur sont en réalité de nature profondément spirituelle, et renvoient à un monde de l'âme. C'est bien ce que je crois.

Uncle-Boonmee-Who-Can-Rec.jpgIl y avait quelque chose de semblable dans A Straight Story, de David Lynch, quand Alvin Straight, au seuil de sa vie, se souvient qu'avec son frère, quand ils étaient petits, ils regardaient le ciel nocturne en se demandant si des êtres habitaient parmi les étoiles! On pourrait penser que c'est une forme d'affection pour le frère perdu, qui est ici simplement en jeu; mais précisément cette affection renvoie au pressentiment des êtres célestes, et la réponse à la question passe par la réconciliation entre les frères. David Lynch a lui aussi parfaitement saisi que la science-fiction impliquait l'être humain sur le plan spirituel.

Philip Glass, dans son opéra nommé The Voyage, est dans le même cas: les extraterrestres sont l'enjeu d'un choix entre le terrestre et le céleste. Il s'agit, pour Christophe Colomb, de choisir entre le lit de la reine Isabelle et la conquête des étoiles! Or, naturellement, c'était sans machine.

Je trouve sublime cette admission que la science-fiction est de nature fondamentalement mythologique.

(Cela se percevait également chez Andreï Tarkovski, auquel peut-être Apichatpong Weerasethakul doit quelque chose.)

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