14/10/2010

L’histoire en France

de-gaulle.jpgA l'école de la République, en France, on évoque assez tôt les rois de France, en cours d'histoire. Mais je n'ai pas souvent vu les enseignants de Haute-Savoie préciser à leurs élèves que le territoire où ils se trouvent n'a pas été gouverné par ces rois.
Sans doute, il est nécessaire, en tant que citoyen français, de connaître l'histoire de la France, car il est évident que la République est la continuation plus ou moins transformée du royaume de France: même De Gaulle se regardait comme le successeur de Louis XIV, on ne l'ignore pas. Néanmoins, si on ne dit pas aux habitants de la Haute-Savoie que le territoire de leur département ne fut pas gouverné par ce même Louis XIV, ils le croiront spontanément. Cela deviendrait donc un mensonge par omission; et il ne s'agit pas de créer une histoire fictive simplement pour donner à la nation une unité factice, mais bien d'entretenir une unité réelle à partir de la vérité historique. Pour moi, il est par conséquent simplement nécessaire de dire à quelle époque s'est rattaché à la France le territoire où l'on se trouve: pour comprendre la façon dont s'est élaborée la citoyenneté, c'est en réalité tout aussi fondamental que de connaître l'histoire des rois de France!
Car sinon, malheureusement, cela tendrait à diviniser Paris, où ont œuvré les rois de France, qui les a faits et qu'en même temps ils ont fait, et donc de passer de la République à un empire sur le modèle de celui des anciens Romains. Un système, on le sait bien, où le pouvoir des citoyens était Titien_Charles_Quint.jpgdevenu extrêmement théorique.
Pour moi, il est démocratique de dire: pendant que le royaume de France avait à sa tête Louis XIV, le territoire de la Haute-Savoie était gouverné depuis Turin par le duc de Savoie.
Il va de soi que de rappeler que la Franche-Comté était, au XVIe siècle, gouvernée par Charles-Quint, et non par François Ier, serait tout aussi indispensable - en Franche-Comté même. La disposition est au fond globale. Elle est vraie dans tous les lieux, dans tous les pays. Il ne serait pas non plus logique que les Vaudois n'apprissent pas que leur pays propre n'a été intégré à la Suisse qu'à l'époque de Jean Calvin, par exemple!

13:02 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Pour la Suisse, on sait tous que les cantons ne sont pas entrés simultanément dans la Confédération. D'ailleurs Genève, l'un des derniers arrivés, n'y est pas encore tout à fait.
Le nom de "Confédération" (qui veut bien dire que ce sont des entités plus petites et préexistantes qui se sont fédérées) est à ce titre moins ambigu que celui de "République" (qui donne l'impression d'une entité abstraite et éternelle).

Écrit par : Till Eulenspiegel | 14/10/2010

Oui, le terme de République tend à effacer les singularités, il uniformise. Les Suisses naturellement connaissent mieux l'histoire locale que les Français, et c'est logique, puisque les cantons ont des prérogatives pédagogiques. Il faut donc souhaiter que les régions, en France, en aient aussi. Cela dit, la tendance à l'effacement des singularités existe toujours, un ami qui vit dans le Pays de Vaud me disait que dans sa commune, on avait fêté le pacte des trois cantons sans savoir qu'en 1291, le Pays de Vaud dépendait du comte de Savoie, en étant plus ou moins persuadé que le Pays de Vaud avait activement participé à ce pacte, lui aussi! Il y en a qui ne vont pas chercher bien loin, qui assimilent simplement l'histoire à l'organisation administrative et à son édification, qui détachent complètement l'organisation politique du territoire. Indirectement, on a l'impression que pour eux, le territoire concerné est celui du monde entier. C'est aussi le syndrome romain, qui fait de l'empire romain l'univers entier!

Écrit par : RM | 14/10/2010

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