25/10/2010

Le rêve de Descartes

ABL descartes.jpgLéo Gantelet est un écrivain porté au mysticisme, et il a eu du succès notamment avec son récit de pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Dernièrement, il a publié un ouvrage sur son jardin de Seynod, près d'Annecy, rempli de sculptures très belles, et où il a lui-même tracé un parcours initiatique.

Or, l'autre jour, après ma conférence de Cran-Gevrier consacrée à mon livre Portes de la Savoie occulte, il nous a dit que Descartes même eût eu en rêve, en dormant, la révélation de son Discours de la méthode, laquelle eût été entièrement écrite à son réveil. Car la fin de mon intervention portait précisément sur l'idée que, d'un point de vue mystique, même les découvertes scientifiques s'enracinent dans les profondeurs de l'âme humaine, naissent d'intuitions dont l'origine demeure mystérieuse, cachée. Le paradoxe étant que les idées, même lorsqu'elles sont d'orientation rationaliste, peuvent elles aussi dépendre d'un sentiment qui est en deçà de la raison, lorsque pour la première fois elles surgissent dans la conscience! Joseph de Maistre allait jusqu'à dire que les techniques avaient pour origine des Intelligences célestes parlant en secret aux hommes et faisant naître, dans leur esprit, des idées complètement nouvelles, y compris dans le domaine pratique. Cela a un rapport avec le mythe de Prométhée, comme Léo Gantelet l'a bien vu, et je me suis plu à raconter une légende savoyarde - dont Pierre Assouline, en son temps, s'est moqué - selon laquelle l'art du fromage a été enseigné aux hommes par les fées!

ABW Faery queen.jpgLe paradoxe de la science-fiction est tout entier contenu dans ces ébauches de mythologies: il s'agit de créer un cycle de fables à partir d'une pensée qui en principe rejette le fabuleux! Dans cette optique, même les idées rationnelles sont venues de l'intuition, ont été comme dictées par des extraterrestres, et elles ne sont pas forcément issues d'expériences répétées qui eussent fini par créer des représentations par le biais d'observations statistiques, comme on croit souvent que ce fut le cas pour les inventions premières.

Au demeurant, un tel tâtonnement va en principe dans n'importe quel sens: il rend impossible qu'on ne fasse même que pressentir une direction particulière. Or, je crois bien que, pour le coup, cela ne correspond guère à l'expérience réelle et personnelle des savants. C'est une part de la recherche qu'on oublie de mentionner, parce qu'elle ne s'exprime pas matériellement; mais à mon sens, il est difficile de dire qu'elle n'existe absolument pas. Les savants suivent volontiers des pistes qui leur parlent. Les faits eux-mêmes semblent dire quelque chose! Le phare est fréquemment vu avant qu'on sache sur quelle côte il se dresse!

S'il n'en était pas ainsi, le tâtonnement ne pourrait-il pas durer indéfiniment? Il serait comme une explosion dans le vide: il ne serait soumis à aucun courant dominant, aucun pli ne serait donné à ses mouvements! Or, dans les faits, je crois, la philosophie n'a pas procédé de cette façon même quand elle a été rationaliste: elle a senti, ou cru sentir, qu'elle suivait une voie juste.

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