31/10/2010

Georges Haldas

couv480.jpgGeorges Haldas est mort, et je l'ai lu (notamment le recueil édité par Jean Romain dans la collection Orphée) et beaucoup aimé. J'aime ses images fabuleuses, qu'il tirait du plus profond de lui-même, et en même temps de la simple perception du monde, pour créer des couloirs menant à des mondes obscurs et divins à la fois, pleins d'une lumière faite d'esprit pur. Je parle de sa poésie. J'ai également lu un volume de ses Chroniques, et même si l'on percevait l'appréhension du mystère, de l'énigme du monde, et du problème que posent les désirs irrépressibles de l'homme, même si l'on sentait la profondeur dont l'obscurité dissout l'entendement, je trouvais que le tableau en restait trop réaliste. Je préférais ses vers, plus suggestifs.

Il existe peu de poètes contemporains qui soient pour moi de vraies références, et l'éditeur de mon premier recueil de poésie, La Nef de la première étoile, me les demandant, j'ai cité, parmi quelques noms, celui de Georges Haldas - qui d'ailleurs a été plutôt bienveillant, vis-à-vis de ce recueil, car je le lui avais envoyé, et il m'avait écrit une lettre dont les termes étaient favorables. Mais mon éditeur a été, de son côté, plein de mépris, à l'égard de Haldas: cette référence ne lui a pas plu du tout. Il était parisien, situé près de Saint-Germain-des-Prés, et la tendance mystique et chrétienne de Georges Haldas devait lui déplaire souverainement. Plus tard, lorsque je lui ai montré un écrit sur la poésie au sein duquel je citais le Christ, cet éditeur s'est exclamé qu'on ne pouvait pas citer le Christ à propos de la poésie, car c'était priver celle-ci de liberté. Je crois que la haine du christianisme l'aveuglait. Mais il m'a paru que la liberté qu'on se donne, en Suisse, de tâter de la théologie haldas_03.jpget d'afficher sa foi religieuse, est une des choses qui irritent le plus les intellectuels français. Cela explique peut-être que Haldas n'ait jamais eu un immense succès à Paris.

Il n'en était pas moins un grand poète, un de mes préférés, parmi les vivants. Comme, à Genève, il était célèbre et reconnu, il était aussi, pour moi, l'illustration de l'indépendance des Genevois, sur le plan culturel, vis-à-vis de Paris. En Haute-Savoie, pourquoi ne pas l'avouer, nous sommes au fond plus suivistes. Parmi les poètes, ce que je pourrais appeler le dogme de l'agnosticisme est plus clair.

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28/10/2010

18e salon du livre du château de Ripaille

evenements3_sdl2010.jpgComme chaque année, je me rendrai dimanche 7 novembre prochain au château de Ripaille, à Thonon, pour présenter mes livres, lors de la dix-huitième rencontre autour du livre savoyard qui y aura lieu. Le château de Ripaille, je le rappelle, a été bâti par le duc Amédée VIII pour abriter l'Ordre qu'il avait institué, des saints Maurice & Lazare.

Le seul nouveau livre que je pourrai présenter est celui que mon père a fait sur Samoëns en mai, et dont j'ai écrit la partie consacrée à la littérature, à travers Gerdil et Biord! Je n'ai plus d'exemplaire des Mémoires du prince Eugène de Savoie: les quelques-uns que j'avais se sont facilement vendus.

Mais il y aura toujours des exemplaires des ouvrages dont j'ai déjà parlé.

Les autres écrivains présents auront des ouvrages souvent bien aussi intéressants à présenter, si ce n'est davantage! Mais je ne sais pas qui expose, mis à part le poète Jean-Vincent Verdonnet, le romancier - célèbre Clusien - Jacques Grouselle, et ma camarade historienne Catherine Hermann (auteur de plusieurs livres sur la Savoie d'autrefois et d'un ouvrage sur Mickael Jackson), qui représentera la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie. Je ne connais pas l'invité d'honneur de cette année, mais je sais qu'il est président de la Fondation du château de Chillon, jadis bâti par le comte de Savoie Pierre II pour un frère de santé fragile (selon Charles-Albert Cingria).

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25/10/2010

Le rêve de Descartes

ABL descartes.jpgLéo Gantelet est un écrivain porté au mysticisme, et il a eu du succès notamment avec son récit de pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Dernièrement, il a publié un ouvrage sur son jardin de Seynod, près d'Annecy, rempli de sculptures très belles, et où il a lui-même tracé un parcours initiatique.

Or, l'autre jour, après ma conférence de Cran-Gevrier consacrée à mon livre Portes de la Savoie occulte, il nous a dit que Descartes même eût eu en rêve, en dormant, la révélation de son Discours de la méthode, laquelle eût été entièrement écrite à son réveil. Car la fin de mon intervention portait précisément sur l'idée que, d'un point de vue mystique, même les découvertes scientifiques s'enracinent dans les profondeurs de l'âme humaine, naissent d'intuitions dont l'origine demeure mystérieuse, cachée. Le paradoxe étant que les idées, même lorsqu'elles sont d'orientation rationaliste, peuvent elles aussi dépendre d'un sentiment qui est en deçà de la raison, lorsque pour la première fois elles surgissent dans la conscience! Joseph de Maistre allait jusqu'à dire que les techniques avaient pour origine des Intelligences célestes parlant en secret aux hommes et faisant naître, dans leur esprit, des idées complètement nouvelles, y compris dans le domaine pratique. Cela a un rapport avec le mythe de Prométhée, comme Léo Gantelet l'a bien vu, et je me suis plu à raconter une légende savoyarde - dont Pierre Assouline, en son temps, s'est moqué - selon laquelle l'art du fromage a été enseigné aux hommes par les fées!

ABW Faery queen.jpgLe paradoxe de la science-fiction est tout entier contenu dans ces ébauches de mythologies: il s'agit de créer un cycle de fables à partir d'une pensée qui en principe rejette le fabuleux! Dans cette optique, même les idées rationnelles sont venues de l'intuition, ont été comme dictées par des extraterrestres, et elles ne sont pas forcément issues d'expériences répétées qui eussent fini par créer des représentations par le biais d'observations statistiques, comme on croit souvent que ce fut le cas pour les inventions premières.

Au demeurant, un tel tâtonnement va en principe dans n'importe quel sens: il rend impossible qu'on ne fasse même que pressentir une direction particulière. Or, je crois bien que, pour le coup, cela ne correspond guère à l'expérience réelle et personnelle des savants. C'est une part de la recherche qu'on oublie de mentionner, parce qu'elle ne s'exprime pas matériellement; mais à mon sens, il est difficile de dire qu'elle n'existe absolument pas. Les savants suivent volontiers des pistes qui leur parlent. Les faits eux-mêmes semblent dire quelque chose! Le phare est fréquemment vu avant qu'on sache sur quelle côte il se dresse!

S'il n'en était pas ainsi, le tâtonnement ne pourrait-il pas durer indéfiniment? Il serait comme une explosion dans le vide: il ne serait soumis à aucun courant dominant, aucun pli ne serait donné à ses mouvements! Or, dans les faits, je crois, la philosophie n'a pas procédé de cette façon même quand elle a été rationaliste: elle a senti, ou cru sentir, qu'elle suivait une voie juste.

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22/10/2010

Récital des Poètes de la Cité à Plainpalais

Florilege.jpgSamedi 30 octobre prochain, à 14 h 30, aura lieu, à la Maison de Quartier de Plainpalais, 1, rue de la Tour, à Genève, un récital des Poètes de la Cité, et j'y participerai d'abord parce que deux de mes poèmes seront lus, ensuite parce que je serai l'un des deux lecteurs, l'autre étant ma camarade Marlo (Charlotte Mylonas-Svikovsky), également poétesse, et peintre, et qui a assuré la réalisation globale. Nous serons accompagnés par le guitariste Nicolas Lambert (qui jouera des morceaux de Billie Holliday, Bill Frisell, Thad Jones, Django Reinhardt, Michael Brecker, Miles Davies, Antonio Carlos Jobim - morceaux dont je dois dire que je les ai découverts hier, lors de la répétition générale! mais qui m'ont paru créer une atmosphère belle et tout à fait appropriée, à la fois douce et saisissante, pleine de force de suggestion).

Les autres poètes dont des textes seront lus sont en général ceux du Florilège genevois paru aux éditions Slatkine: Émilie Bilman, Jean-Martin Tchaptchet, Galliano Perut, Georgina Mollard, Roger Chanez, Anne de Szaday, Yann Chérelle, Bakary Bamba, Linda Stroun, Sandra Coulibaly, Denis Meyer, Albert Anor. Mais on trouve aussi des poètes qui nous ont rejoints depuis que le recueil a été fait: Jacques Herman, Michaud Michel, Robert Fred, Valérie Barouch, Béatrice Labarthe. Que du beau monde, donc!

Après le spectacle, il y aura des tréteaux libres, et plusieurs poètes se sont déjà annoncés.

Il faut forcément venir. Le style est très varié.

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18/10/2010

Tous uniques, tous semblables

l-armee-clones-266674.jpgJ'ai vu passer, dans la noble institution éducative dont je suis membre, une campagne contre le racisme dont le slogan était Tous uniques, tous semblables. Je suppose qu'on a voulu dire que les êtres humains étaient tous humains, et qu'à ce titre, ils disposaient tous des mêmes droits. Mais que les êtres humains soient tous des êtres humains n'a rien de mystérieux: cela n'apprend rien à personne. Dans les faits, à l'intérieur de l'humanité, je ne pense pas que beaucoup d'enfants des collèges puissent réellement croire que nous soyons tous semblables.

Il ne suffit pas de créer des slogans: il faut aussi qu'ils résonnent dans les âmes. Or, en réalité, non seulement il est difficile de faire croire que nous soyons tous semblables, mais, de surcroît, il l'est au moins autant de faire souhaiter que nous le devenions! Les adolescents cherchent au contraire à marquer leur spécificité individuelle, en général. Ceux qui acceptent l'uniformité sont une minorité. Et je ne pense pas que cela puisse jamais changer. Je ne crois d'ailleurs même pas que ce soit spécialement un mal.

On peut bien sûr marteler un slogan en espérant qu'il finisse par passer pour le vrai. Après avoir bien relativisé l'idée de vérité grâce à l'existentialisme, pour ainsi dire, on peut finir par donner le sentiment que le bien et le mal émanent au fond de la société - c'est-à-dire de l'État. yab_06.jpgMais en fait, chacun a bien sa propre notion du bien et du mal, et les adolescents sont fréquemment prêts à affronter la société et à se mettre à la marge, quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, lorsqu'on essaye de leur imposer une notion toute faite, et qu'ils ne ressentent pas à l'intérieur eux-mêmes, du bien et du mal.

Ensuite, il est un peu stérile de se plaindre: si, au moins, nous sommes tous semblables, en tant qu'êtres humains, c'est bien dans le désir d'être libres, individuellement. Et donc, nous sommes tous semblables dans la possibilité que nous nous donnons d'être différents!

Le fait est qu'il faut parler en réalité d'égalité: nous sommes tous uniques, et nous sommes tous égaux. Mais qu'est-ce qu'être unique, si on n'a pas le droit d'être différent?

Je crois qu'il y en a qui volontiers assimilent l'identité à une somme de dispositions règlementaires. Réduisent l'humain à sa place dans la société! Dans les faits, l'individualité existe en soi. Les adolescents le ressentent en tout cas de cette manière, et, par conséquent, je doute que cette campagne ait un slogan très efficace.

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14/10/2010

L’histoire en France

de-gaulle.jpgA l'école de la République, en France, on évoque assez tôt les rois de France, en cours d'histoire. Mais je n'ai pas souvent vu les enseignants de Haute-Savoie préciser à leurs élèves que le territoire où ils se trouvent n'a pas été gouverné par ces rois.
Sans doute, il est nécessaire, en tant que citoyen français, de connaître l'histoire de la France, car il est évident que la République est la continuation plus ou moins transformée du royaume de France: même De Gaulle se regardait comme le successeur de Louis XIV, on ne l'ignore pas. Néanmoins, si on ne dit pas aux habitants de la Haute-Savoie que le territoire de leur département ne fut pas gouverné par ce même Louis XIV, ils le croiront spontanément. Cela deviendrait donc un mensonge par omission; et il ne s'agit pas de créer une histoire fictive simplement pour donner à la nation une unité factice, mais bien d'entretenir une unité réelle à partir de la vérité historique. Pour moi, il est par conséquent simplement nécessaire de dire à quelle époque s'est rattaché à la France le territoire où l'on se trouve: pour comprendre la façon dont s'est élaborée la citoyenneté, c'est en réalité tout aussi fondamental que de connaître l'histoire des rois de France!
Car sinon, malheureusement, cela tendrait à diviniser Paris, où ont œuvré les rois de France, qui les a faits et qu'en même temps ils ont fait, et donc de passer de la République à un empire sur le modèle de celui des anciens Romains. Un système, on le sait bien, où le pouvoir des citoyens était Titien_Charles_Quint.jpgdevenu extrêmement théorique.
Pour moi, il est démocratique de dire: pendant que le royaume de France avait à sa tête Louis XIV, le territoire de la Haute-Savoie était gouverné depuis Turin par le duc de Savoie.
Il va de soi que de rappeler que la Franche-Comté était, au XVIe siècle, gouvernée par Charles-Quint, et non par François Ier, serait tout aussi indispensable - en Franche-Comté même. La disposition est au fond globale. Elle est vraie dans tous les lieux, dans tous les pays. Il ne serait pas non plus logique que les Vaudois n'apprissent pas que leur pays propre n'a été intégré à la Suisse qu'à l'époque de Jean Calvin, par exemple!

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09/10/2010

De Bonneville au mont Blanc à Bonneville

MB aax.jpgLe vendredi 15 octobre, à 20 h 30, à la médiathèque de Bonneville et de la communauté de communes Faucigny-Glières, je donnerai une conférence sur les écrivains qui ont parcouru la vallée de l'Arve pour se rendre à Chamonix, à partir de mon ouvrage De Bonneville au mont Blanc. Il y aura des images, et je lirai les plus significatifs des textes des écrivains illustres qui ont effectué ce voyage. Je me concentrerai en particulier sur Bonneville, dont a parlé abondamment Théophile Gautier, évoquant notamment la colonne Charles-Félix et le décor de l'église Sainte-Catherine; le poète Percy Shelley a parlé du château, et Rodolphe Töpffer a ironisé sur les notables de la cité, qui se donnaient une importance qu'eux seuls étaient en mesure de connaître: mauvaise langue! François de Sales, de son côté, s'est dit ému d'avoir été accueilli à Bonneville, alors que la nuit était déjà venue, avec des flambeaux et des cris de joie.

Il y aura un chapitre réservé aux merveilles de Chamonix et de ses environs, naturellement: la Mer de Glace, notamment, et, bien sûr, le mont Blanc. Le livre a consacré un chapitre spécial à chacune de ces célèbres curiosité de la nature. Le mont Blanc y apparaît comme étant devenu le principal symbole, ou emblème, de la Savoie, après Napoléon. Joseph Dessaix, l'auteur de l'hymne dit des Allobroges, s'exprime dans ce sens: l'esprit qui dirige la Savoie est celui du mont Blanc même. Il faut dire qu'il était le neveu d'un général thononais qui avait servi sous Napoléon. En tout cas il fait du mont Blanc, tel qu'on peut l'admirer ou le gravir, une sorte d'échelle vers l'Éternité, comme Lamartine l'avait fait pour les montagnes en général, dans ces vers évoquant un voyageur qui erre dans les solitudes alpines:
ascension.jpgIl monte, et l'horizon grandit à chaque instant;
Il monte, et devant lui l'immensité s'étend
Comme sous le regard d'une nouvelle aurore;
Un monde à chaque pas pour ses yeux semble éclore,
Jusqu'au sommet suprême où son œil enchanté
S'empare de l'espace et plane en liberté.
Ainsi, lorsque notre âme, à sa source envolée,
Quitte enfin pour toujours la terrestre vallée,
Chaque coup de son aile, en l'élevant aux cieux,
Élargit l'horizon qui s'étend sous ses yeux;
Des mondes sous son vol le mystère s'abaisse;
En découvrant toujours, elle monte sans cesse,
Jusqu'aux saintes hauteurs d'où l'œil du séraphin
Sur l'espace infini plonge un regard sans fin.
En haut des montagnes, l'âme acquiert l'œil du pur Esprit... Joseph Dessaix disait pareillement que l'air de la liberté et la lumière intérieure venaient lorsque le corps avait atteint le sommet du mont Blanc!

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07/10/2010

Démocratie et vie mystique (selon Victor Hugo)

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Victor Hugo, dans Les Misérables, dit: La grandeur de la démocratie, c'est de ne rien nier et de ne rien renier de l'humanité. Près du droit de l'Homme, au moins à côté, il y a le droit de l'Âme.

Il s'opposait à toute velléité de matérialisme obligatoire. La Convention, qu'il admirait tant, restait théiste. Rousseau et Voltaire eux-mêmes avaient rejeté, à titre personnel, le matérialisme et l'athéisme. Robespierre, on le sait, avait fait reconnaître par la République l'existence de l'Être suprême. Le problème, en 1793, demeurait principalement celui de la Liberté, de l'Égalité et de la Fraternité, acceptées ou non par les citoyens. Même le centralisme était alors regardé comme une simple nécessité pratique.

Pour Hugo, la royauté et le catholicisme matérialisaient la vie spirituelle, et, ce faisant, la bloquaient, l'enchaînaient. A la suite de Rousseau, il rejetait bien le matérialisme. La démocratie fondée sur le matérialisme historique lui déplaisait formellement: il ne fut pas socialiste.

anges-demons-plan-divin-L-5.jpgSa cité idéale, dans Quatrevingt-Treize, est faite de libération spirituelle et matérielle dans le même temps, de progrès des sciences utiles, mais aussi de la vie spirituelle, et de la connaissance des secrets de la nature. Car pour lui, il y avait l'infini au dehors, l'infini au-dedans, et les deux se répondaient. Ils avaient un lien. Étudier la nature physique, c'était aussi se donner les moyens de connaître l'essence morale de l'univers. Les Travailleurs de la mer le précisent: les tempêtes et les colères obéissent aux mêmes lois fondamentales; les tempêtes sont les colères de la nature. Entre l'homme et l'univers, un rapport de correspondance existe: ce qui habite l'homme sur le plan moral vient bien de l'univers, notamment dans ses hauteurs, les hauteurs étoilées! Gilliatt, le héros de son roman maritime, prie les astres, et il est exaucé. Hugo était réellement spiritualiste tout en étant progressiste.

Ainsi, dans Les Misérables, il parle des couvents comme étant un droit, même si, à titre personnel, il désapprouvait leur principe: il s'agissait de répondre à un légitime questionnement sur l'infini, sur l'âme, l'esprit. Les couvents sont une réponse, que certes il trouve fausse, mais dont il admet qu'on a le droit de la donner. Sinon, où serait la liberté? Or, l'esprit véritable ne peut précisément se trouver que dans la liberté. Le courage et la foi des Vendéens lui semblèrent proprement héroïques jusqu'au bout.

Ce qu'il prônait était bien une forme de démocratie ouverte ou de laïcité positive, même si Hugo détestait le catholicisme, et se réclamait d'un spiritualisme entièrement libre des institutions d'État. A cet égard, il prolongeait certainement la religion naturelle de Rousseau - en la reliant aux mythologies et aux traditions religieuses anciennes.

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05/10/2010

Salon du livre de Brison-Saint-Innocent

800px-0509_Lac_du_Bourget.jpgDimanche prochain, 10 octobre, je serai au salon du livre de Brison-Saint-Innocent, près d'Aix-les-Bains, pour présenter mes livres habituels. Les camarades organisateurs du salon, membres de la Société des Auteurs savoyards, m'ont invité, cette année, parce que c'est le 150e anniversaire de l'intégration de la Savoie à la France, et que mes livres ont souvent la Savoie pour sujet.

Le plus général, à cet égard, est Portes de la Savoie occulte. Sinon, il y a Les Prisonniers du Caucase, de Xavier de Maistre, qui était originaire de Chambéry. Je n'ai rien préfacé ou écrit concernant spécifiquement Aix-les-Bains et les environs, sinon des articles sur les voyageurs qui y sont passés, en particulier Lamartine, ou sur Jean-Pierre Veyrat qui a consacré à l'abbaye d'Hautecombe un poème grandiose.

Quand j'habitais Annecy, j'allais souvent à Aix, quoi qu'il en soit. Ce sera l'occasion de renouer avec ses beaux alentours. Et de me ressouvenir de ces vers:

Ô temps! suspends ton vol, et vous, heures propices,
Suspendez votre cours:
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours!

Ce sont les vers les plus connus. Mais ceux qui parlent le plus du lac du Bourget, ce sont ceux-ci:

LamartineLac.jpgÔ lac! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir!

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Ou bien ceux-ci:

Ô lac! rochers muets! grottes! forêt obscure!
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir!

Qu'il soit dans tes repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Sublime. Tout doit résonner de l'amour passé du poète! Ainsi s'éternisera-t-il.

J'aime beaucoup Lamartine. Son ombre plane sur ces eaux, notamment quand la lune y brille: on y voit son visage!

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01/10/2010

Victor Hugo et les jacobins

prise_de_bastille.jpgQuand on lit Quatrevingt-Treize, de Victor Hugo, et qu'on médite sur le déroulement des événements, durant les temps qui ont suivi la prise de la Bastille, on a le sentiment qu'au départ, la Liberté, l'Égalité et la Fraternité impliquaient la fin d'un pouvoir central exclusif et fort, qui était l'apanage de la monarchie absolue. Plusieurs commentateurs ont remarqué les contradictions, à cet égard, de Victor Hugo, qui plaçait la lumière dans la Convention, à Paris, et l'obscurité dans la Bretagne insurgée, la Vendée, et qui défendait, dans le même temps, le principe de la souveraineté des communes contre l'administration centrale. Mais la résolution de cette contradiction est précisément la clef pour comprendre la position de la Convention même, en 1793.

Car dans les faits, les jacobins n'ont-ils pas simplement estimé que le centralisme était nécessaire pour sauver la Révolution? Le modèle helvétique, si prégnant - GuillaumeTell-locksley.jpgGuillaume Tell même ayant été une des figures les plus vénérées par les premiers républicains -, a été jugé impossible dans la France du temps, parce qu'il signifierait la poursuite de la guerre civile: certaines communes refuseraient, purement et simplement, les valeurs de la Révolution, et prôneraient le retour de la royauté. Le dilemme était profond: fallait-il rester dans l'idéal et, comme les fédéralistes (autant admirés par Hugo que les jacobins), préférer la royauté dans les régions qui la voulaient au nom de l'application absolue du principe - démocratique - de la souveraineté des communes, ou fallait-il contraindre au préalable à l'adoption par tous de la République et de ses valeurs fondamentales - en limitant la notion de peuple à la France prise dans son entier?

On sait ce qui s'est produit. Le risque était pourtant grand, en imposant la liberté, de la voir perdue pour ceux qui n'en voudraient pas! Comment imposer la liberté? Et comment résoudre la contradiction qu'implique l'alliance de ces deux termes, c'est le problème de la République depuis ses origines.

La Suisse a du reste le même: lorsque des cantons catholiques ont voulu se détacher, Berne a tiqué. On sait ce qu'il en est advenu.

Il n'existe pas de démocratie totale: pas encore. Cela reste un rêve - celui, dans le roman de Hugo, du révolutionnaire Gauvain, qui finalement est tué, guillotiné, et dont l'être lumineux se fond dans les cieux!

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