15/11/2010

Jacobinisme & fraternité

quatrevingt-treize_victor_hugo5.jpgJ'ai pu donner au centralisme à la française une origine plus pratique qu'idéologique, la Convention ayant pu la reprendre de l'absolutisme monarchique plus par nécessité que par conviction, pour sauver la Nation: on voulait éviter l'éclatement du pays.

La situation actuelle est-elle différente? On sait que François Mitterrand désirait la décentralisation de la France: lui aussi assimilait le centralisme au monarchisme. Il fallait seulement que le peuple fût prêt, et acceptât en principe les valeurs fondamentales de la République. Mais, à Paris, on continue volontiers de penser, comme le faisait Joseph de Maistre, que la plèbe est spontanément monarchiste, et qu'il n'y a qu'une minorité de gens qui seraient capables de vivre dans un régime à la fois parlementaire et décentralisé - de s'entendre et, pour ainsi dire, de se conduire d'une façon civilisée!

Peut-être que cette idée, qu'elle soit fausse ou vraie, en arrange quelques-uns: qu'il s'est formé une élite tendant à l'aristocratie et qui se plaît à se regarder comme seule à même de gouverner l'ensemble. Ce serait comme les descendants des magistrats qui entouraient le roi de France à Paris et l'aidaient à administrer le pays. La Révolution pour ainsi dire ne les aurait pas délogés.

Il n'en reste pas moins qu'à mes yeux, le salut final, sur le plan politique, est bien dans les libertés acquises localement. La fraternité doit certainement devenir un lien suffisant pour assurer l'unité. La liberté ne serait dès lors plus à craindre. Mais comment s'y prendre, pour développer la fraternité? Là est peut-être la plus grande difficulté. Je ne pense pas qu'on pourra faire, à cet égard, l'économie d'une éducation tournée vers l'éthique non plus d'une façon intellectuelle et théorique, comme on le fait aujourd'hui, mais en s'adressant au sentiment, et en lui donnant une forme qui épouse l'élan propre à la fraternité. Par exemple, en faisant vénérer la figure de Jean Valjean! Celui, dit Victor Hugo, qui devint capable de rendre le bien pour le mal. Le personnage de Gauvain, de Quatrevingt-Treize, peut certainement être assimilé aux héros antiques, Hugo en faisant du reste la manifestation de l'archange saint Michel, l'esprit de la justice universelle... Il en est une figure et peut être aimé en tant que tel.

Il faut certainement créer une sorte de panthéon héroïque, même fictif, incarnant l'idée de fraternité humaine. La simple diffusion d'une doctrine réputée républicaine non seulement est par principe contraire à la liberté de conscience de chacun, mais de surcroît restera inefficace.

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