25/11/2010

La Haute-Savoie aux éditions Bonneton

Couv-HauteSavoie.gifLes encyclopédies Bonneton sortent un volume consacré au territoire du département de Haute-Savoie, et j'ai l'honneur d'y avoir participé par la partie consacrée à la littérature. Mais d'illustres auteurs ont participé, en outre, tel Marc Bron, mon noble collègue, qui a évoqué la langue spécifique à ce territoire; Catherine Hermann, jeune historienne qui a évoqué en particulier l'auguste figure d'Amédée VIII, qui fit bâtir le château de Ripaille, près de Thonon; ou sa propre grand-mère Marie-Thérèse Hermann; ou bien mon camarade Mickaël Meynet, dont les éditions Le Tour ont publié deux livres; ou bien encore Claude Barbier, un des principaux animateurs de la société d'histoire La Salévienne, sise à Saint-Julien-en-Genevois. Pour les autres, je ne les connais pas.

Pour nos amis genevois, évidemment, le lien avec la cité de Calvin est omniprésent, et dans le chapitre sur la littérature, cela se traduit en particulier par des développements sur la façon dont Jean-Jacques Rousseau et plus encore Horace-Bénédict de Saussure ont rendu célèbres certains lieux de ce territoire, à commencer bien sûr par le mont Blanc, pour le second, et les bords du Léman, AAD Saint François de Sales, Eglise dite des Italiens (Saint-François), Annecy.jpgpour le premier, ainsi qu'Annecy. Mais n'oublions pas que, de toute façon, Annecy fut la capitale que se choisit le comte de Genève quand l'Empereur donna à l'Évêque la ville même de Genève, et cela signifie qu'auparavant, celle-ci domina presque tout le territoire de Haute-Savoie, le Chablais excepté, qui fut dès l'origine rattaché à la Savoie, et qui même dans l'Antiquité était, je crois, détaché du royaume des Allobroges: il se rattachait aux principautés alpines qui sont au fond le socle premier du comté puis du duché de Savoie.

Mais je m'égare: ce n'est pas moi qui ai écrit la partie historique! Ma partie ne commence qu'au quinzième siècle, en fait. Elle s'achève à notre époque. Le plus jeune écrivain présent est Valère Novarina. Le plus ancien, Guillaume Fichet. (Le plus important est François de Sales.)

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19/11/2010

Yves Bonnefoy et le regard de l'enfant

enfer-dante-rita-L-1.jpgDans Le Monde du 11 novembre 2010, le prince des poètes français, Yves Bonnefoy, s'est exprimé. Un poème de lui, un sonnet, a également été cité. Consacré à un ami défunt, il se terminait par ce tercet:
Qui fut-il? Qu'aura-t-il espéré? Je n'entends
Que son pas qui se risque dans la nuit,
Gauchement, vers en bas, sans main qui aide.
C'est bien rythmé.

Néanmoins, dans son interview, ce noble poète a déclaré, entre autres choses, que la poésie consistait à retrouver le regard de l'enfant et, par conséquent, à déconstruire les idéologies. Or, mon avis est que ce tercet ne montre en rien l'application de tels principes. Qui peut prétendre que l'enfant, lorsqu'il scrute l'obscurité, ne s'attend pas à une main qui aide, celle de la mère? Et que, si cette main ne lui apparaît pas, il voit surgir la patte griffue d'un monstre? Chez Bonnefoy, il n'en est pas du tout ainsi. Il a du regard de l'enfant, je crois, une conception matérialiste, car il s'imagine que l'enfant a un regard tellement nu, si l'on peut dire, qu'il ne voit que le monde sensible, et que les images de la mère protectrice et du loup monstrueux qui menace sont tirées des idées données par les adultes. louve_rome.jpgMais la vérité est que François de Sales a démontré que le sentiment maternel et la peur des prédateurs existaient même chez les animaux, et qu'au fond, le culte de la Mère de Dieu, de la Vierge sainte, de la Reine des anges et des cieux, était le prolongement de celui de la mère charnelle, et que l'absence de cette mère faisait naître spontanément d'effrayantes images, au sein de ce vide: celles non pas de Dieu, comme le disent certains adeptes de la théologie négative théorisée par le même Bonnefoy, mais des monstres de la mythologie et des démons du merveilleux chrétien - des formes infernales qui peuplent les craintes des fidèles de toutes les religions, au fond.

Sans doute, arrivé à l'âge adulte, l'être humain n'assimile plus spontanément sa mère à la reine des cieux, son père à un roi divin! L'image, en germe et comme répandue sur la présence des parents physiques au sein du premier âge, s'en détache et puis se théorise. Mais pour autant, il n'est pas vrai que ces images naissent des idées de la théologie, ou de la philosophie mystique: elles naissent des rêves des enfants eux-mêmes; elles naissent de leur regard. Car ce n'est pas des idées que naissent les images; ce sont les images qui au contraire produisent lesGrandeVanite_Stoskopff_sebastien-500x348.jpg idées.

En supprimant l'image sortie du rêve, de la vision, Yves Bonnefoy ne retrouve pas réellement le regard de l'enfant: il impose à sa poésie une philosophie qui n'est pas celle qu'aurait l'enfant s'il pouvait raisonner, mais celle qu'a l'adulte qui a tellement raisonné qu'il s'en est lassé, et qui a décidé de balayer tout, de supprimer de son esprit tout ce qui a pu faire naître en lui des idées qu'il ne parvient plus à organiser. Son regard n'est pas celui de l'enfant, mais du vieillard qui a renoncé à toute croyance.

Mais est-ce à toute idéologie? Non, car le renoncement à toute croyance est bien un choix d'ordre philosophique et idéologique.

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15/11/2010

Jacobinisme & fraternité

quatrevingt-treize_victor_hugo5.jpgJ'ai pu donner au centralisme à la française une origine plus pratique qu'idéologique, la Convention ayant pu la reprendre de l'absolutisme monarchique plus par nécessité que par conviction, pour sauver la Nation: on voulait éviter l'éclatement du pays.

La situation actuelle est-elle différente? On sait que François Mitterrand désirait la décentralisation de la France: lui aussi assimilait le centralisme au monarchisme. Il fallait seulement que le peuple fût prêt, et acceptât en principe les valeurs fondamentales de la République. Mais, à Paris, on continue volontiers de penser, comme le faisait Joseph de Maistre, que la plèbe est spontanément monarchiste, et qu'il n'y a qu'une minorité de gens qui seraient capables de vivre dans un régime à la fois parlementaire et décentralisé - de s'entendre et, pour ainsi dire, de se conduire d'une façon civilisée!

Peut-être que cette idée, qu'elle soit fausse ou vraie, en arrange quelques-uns: qu'il s'est formé une élite tendant à l'aristocratie et qui se plaît à se regarder comme seule à même de gouverner l'ensemble. Ce serait comme les descendants des magistrats qui entouraient le roi de France à Paris et l'aidaient à administrer le pays. La Révolution pour ainsi dire ne les aurait pas délogés.

Il n'en reste pas moins qu'à mes yeux, le salut final, sur le plan politique, est bien dans les libertés acquises localement. La fraternité doit certainement devenir un lien suffisant pour assurer l'unité. La liberté ne serait dès lors plus à craindre. Mais comment s'y prendre, pour développer la fraternité? Là est peut-être la plus grande difficulté. Je ne pense pas qu'on pourra faire, à cet égard, l'économie d'une éducation tournée vers l'éthique non plus d'une façon intellectuelle et théorique, comme on le fait aujourd'hui, mais en s'adressant au sentiment, et en lui donnant une forme qui épouse l'élan propre à la fraternité. Par exemple, en faisant vénérer la figure de Jean Valjean! Celui, dit Victor Hugo, qui devint capable de rendre le bien pour le mal. Le personnage de Gauvain, de Quatrevingt-Treize, peut certainement être assimilé aux héros antiques, Hugo en faisant du reste la manifestation de l'archange saint Michel, l'esprit de la justice universelle... Il en est une figure et peut être aimé en tant que tel.

Il faut certainement créer une sorte de panthéon héroïque, même fictif, incarnant l'idée de fraternité humaine. La simple diffusion d'une doctrine réputée républicaine non seulement est par principe contraire à la liberté de conscience de chacun, mais de surcroît restera inefficace.

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11/11/2010

Almanach des Pays de Savoie n° 12

Pour mes plus inconditionnels lecteurs, je signale que L'Almanach des Pays de Savoie n° 12, année 2011, contient trois articles de moi: François de Sales à Viuz en Sallaz (qui lui appartenait en propre, et où il mit fin à une corvée consistant à faire taire les grenouilles durant le temps que l'évêque séjournait dans son manoir de Viuz, comme il le raconte dans une lettre à Jeanne de Chantal que je cite), Blaise Cendrars et les noyaux de pruneau de Jacques Balmat (car selon l'écrivain suisse, Balmat eût mangé, sur le plan de l'Aiguille, trois pruneaux dont les noyaux, retrouvés par les ouvriers de Janssen, possèderaient des vertus magiques), et Jacques de Savoie, comte de Genevois, duc de Nemours, dans La Princesse de Clèves (madame de Lafayette s'étant appuyée, pour construire son héros, sur un personnage historique qui a souvent vécu à Annecy, dans son château, et où il est du reste mort).

Ce magazine peut être acheté en ligne par le biais de la librairie Decitre.

Il contient beaucoup d'articles intéressants, et je ne peux pas citer tous les auteurs. Sur le plan personnel, je connais, parmi eux, Michel Germain, le président de la Société des Auteurs savoyards, Gilbert Taroni, qui a participé au volume que les éditions Le Tour ont consacré à Samoëns, et Gilles Hiobergary, un botaniste que l'association de la Jaÿsinia, également à Samoëns, a souvent invité à ses manifestations. J'ai rencontré Michel Etiévent une fois. La même chose pour Joseph Ticon, le président de l'Académie chablaisienne.

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08/11/2010

L’Hippocampe noir

apsf-05-4-image-01-thumb-1-.jpgA Plainpalais, au récital des Poètes de la Cité, le 30 octobre, nous avons pu découvrir un nouveau jeune poète, Léo Chabrier, surnommé l'Hippocampe noir, qui est venu lire, durant les tréteaux libres, un de ses excellents poèmes.

Je l'avais rencontré près d'Aix-les-Bains, quelque temps auparavant; lui-même est d'Annecy. Il m'avait envoyé plusieurs de ses poèmes. Je les ai lus.

On y sent une énergie rageuse: je me suis dit, en les lisant, que c'était le feu de Rimbaud dans le style de Mallarmé. Cela m'a fait du coup assez penser aux Surréalistes, et notamment au jeune Malraux, à l'époque où il faisait justement dans le surréalisme, avec Royaume farfelu: c'était une nuée noire traversée d'images pleines de feu!

On croirait que ces images peignent un monde mystique, mais décadent, ruiné, comme une Olympe dévastée et épuisée! Cela a de la force.

Comme j'aime Lamartine, peut-être que cette force m'a paru manquer de langueur, de mélancolie, de phrasé, mais elle ne manque pas de suggestivité et d'énigme pour autant.

J'aime son style enflammé et imagé.

Léo Chabrier écrit en vers classiques, accumulant les images symboliques, et les soumettant à un rythme serré et sonore, et il m'a semblé, à tort ou à raison, que les poètes contemporains de France, qui tendent au raffiné et à l'abstraction, à l'élan mystique qui se dissout dans le pur néant, ne l'accueilleraient pas forcément à bras ouverts. Je l'ai donc invité Léo Chabrier à Genève, pensant qu'il n'y serait pas en butte au rejet dont fait volontiers l'objet, montVentoux-450.jpgen France, le symbolisme en même temps que la forme classique. Et le fait est que son poème a été très apprécié.

J'ai moi-même adoré ces vers, rappelant Hugo ou Rimbaud:
C'est un mont provençal dont s'écoule la cime
Indubitablement dans le gouffre des cieux.

Sublime!

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04/11/2010

La Révolution et l'Esprit

BAPTME~1.JPGPour Victor Hugo, la Révolution était l'Esprit qui se révoltait contre la prétention du Roi et du Clergé à le manifester entièrement: ils limitaient la vie de l'esprit à eux-mêmes, et Victor Hugo ne l'admettait pas; pour lui, l'Homme était relié à l'Esprit individuellement.

Au reste, la noblesse française, à cette époque, était volontiers athée: Costa de Beauregard dit qu'elle lisait surtout Voltaire et Diderot. Or, face à cela, certains révolutionnaires étaient nourris de la Profession de foi du Vicaire savoyard de Rousseau, qui y avait mis l'être individuel en relation intime avec l'Être suprême, dont la Convention, par conséquent, reconnut solennellement l'existence, et auquel la Nation, sous la Première République, créa un culte. Le divin était considéré comme libre d'accès, pour le Peuple.

La monarchie absolue, reflet du monothéisme, faisait de la personne du Roi la manifestation de la volonté de Dieu; le Clergé, pendant ce temps, assumait Ses célestes pensées. Or, pour Hugo, le divin ne s'arrêtait dans aucun homme en particulier, mais se communiquait à tous. Il fallait voir le centre de la vie spirituelle de la Nation dans la nature globale, dans l'atmosphère qui baignait tous les citoyens - voire tous les êtres humains -, et non dans des corps physiques distincts.

Il faut avouer que si son espèce de républicanisme mystique avait fonctionné, on n'aurait pas, en France, sous la Quatrième République - et même déjà sous la Troisième -, ressenti comme un cruel manque l'absence de tête dirigeante, au sein de l'assemblée du Peuple. Cette tête eût été celle de l'Être suprême, manifestée dans la chaleur des débats de l'Assemblée! Mais la civilisation d'alors n'avait pas renoncé au matérialisme, lequel place l'esprit dans le cerveau de l'homme seulement. 1888759219.jpgOn peut dire que la culture française a poursuivi l'évolution qui avait amené la noblesse du dix-huitième siècle à lire Diderot et Voltaire, et le Roi à placer le sentiment du sacré sur sa personne physique et la volonté qu'il manifeste. Charles de Gaulle a bien placé l'Esprit dans sa propre âme, comme ses mémoires le montrent - et ses choix se sont imposés comme étant la seule voie de cohérence et d'unité. Ce que Victor Hugo rejetait dans ce qu'avait provoqué Napoléon III en 1851 se retrouvait dans le régime présidentiel créé par De Gaulle: il faut l'avouer. On revenait à la forme classique de l'État; on était dans une forme de néoclassicisme.

On l'est toujours, et même plus que jamais, puisque, pour assurer au gouvernement une puissance d'action décisive, le régime, en France, est de plus en plus présidentiel - de plus en plus monarchique, disent certains. Le fait est qu'on n'a pas évolué, culturellement, dans le sens du romantisme et du spiritualisme de Victor Hugo et de Jean-Jacques Rousseau - qu'on s'en plaigne ou qu'on s'en réjouisse.

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