Harry Potter et les elfes pas beaux

0y0cv6xu.jpgJ'ai vu le dernier volet filmé de Harry Potter - Les Reliques de la mort - et j'ai apprécié le milieu du film, car il ne se passait quasiment rien, on restait avec les personnages, qui sont sympathiques et humains, notamment Harry et Hermione. La scène au sein de laquelle on retourne dans le village natal du héros, enneigé, et où vit une vieille sorcière qui se change en gros serpent, est la meilleure, car un silence pesant, annonciateur de sourds mystères et de dangers obscurs, accompagne une lenteur qui me plaît infiniment, et qui préfigure avec une force paradoxale le déchaînement de violence du serpent géant. Dans la scène suivante, Ron se trouve devant les fantasmes de sa jalousie par l'opération d'un esprit mauvais, et c'est également très bon; auparavant, l'apparition du daim fantôme indiquant l'endroit où se trouvait l'épée magique était assez réussie aussi. Le magique s'enracine ici dans l'intériorité des personnages d'une façon énigmatique, sans que rien ne soit livré trop clairement, et on a le temps d'entendre le souffle des acteurs, de voir leur haleine sortir de leur bouche; ils sont en gros plan, et cela dure. C'est émouvant.

Le problème est dans l'enchaînement des scènes entre elles: la faculté qu'ont les héros d'aller instantanément d'un lieu à un autre les superpose mécaniquement, et efface les dangers encourus. L'ensemble apparaît comme manquant de progression dramatique.

voldemort5.jpgEt puis mis à part le seigneur Voldemort, qui est très réussi, les méchants sont plutôt grotesques, dans leur apparence. Voldemort est beau, comme méchant, parce qu'il est maquillé et semblable à la Mort même: il n'a plus de visage. Les autres méchants restent trop réalistes pour être pris au sérieux. Quant aux créatures fantastiques alliées à Harry Potter, elles ne sont pas forcément plus convaincantes. L'elfe qui le sauve à la fin est plutôt laid, et je trouve que c'est absurde, car ce type d'être fantastique est en réalité une projection fantasmatique, et cela veut dire que dans ce monde purement intérieur, en principe, le beau se confond avec le bon - sauf tromperie délibérée, que les événements révèlent. Or, l'elfe en question n'est pas dit un être méchant se mettant dans le camp du bien, ni un être beau qui aurait reçu un mauvais sort; même en mourant, il reste laid. Alors, ce n'est plus une créature fantastique au sens propre, liée à la mythologie, mais un avatar finalement humain de John Merrick, the Elephant Man. Mais en ce cas, pourquoi en faire un elfe aux pouvoirs fabuleux?

Cela rappelle la manie de mettre du fantastique partout, même quand ce n'est pas nécessaire, afin d'égayer le public, et les réprimandes que Platon adressait au théâtre, le goût pour ce que j'appellerai la fantaisie gratuite, quand précisément le fabuleux n'a plus de lien précis avec la vie intérieure de l'être humain. Harry Potter, c'est un mélange; la fantaisie y tend au mythologique, mais sans y toucher vraiment.

Commentaires

  • Apparemment, vous n'avez pas lu les livres. Les elfes, comme les goblins, n'y sont pas décrits comme de belles créatures, et je ne vois pas pourquoi, à l'écran, il aurait fallu en faire des beautés. Les films trahissent déjà beaucoup l'esprit et la lettre de ces excellents romans sans encore en rajouter une couche.

    Les êtres fantastiques n'ont pas besoin d'être beaux. Il s'agit là d'une conception manichéenne de type "Barbie World" très 20ème siècle. Or, J.K. Rowling puise abondamment dans le folklore européen et mondial, où les créatures fantastiques peuvent être belles et mauvaises, laides et bonnes ou vice-versa.

    Je ne peux donc que vous suggérer de lire les romans et de laisser tomber les films, du moins, après le 3ème. Ils tiennent plus du vidéo clip (avec des séquence durant rarement plus de 2 minutes) que de l'œuvre cinématographique. Et les acteurs y sont de moins en moins convaincants, se contentant de faire acte de présence, d'être beaux (pour les jeunes) et de débiter leur texte appris par cœur en fixant la caméra.

  • En fait, l'idée que les êtres fabuleux sont beaux ou laids en fonction de leur tendance morale propre, a été surtout formalisée dans ce qu'on pourrait appeler le merveilleux chrétien, avec les anges et les démons. Mais je pense que toutes les mythologies ont au départ fonctionné de la même manière, et le fait est que les elfes, dans la mythologie germanique, se distinguent en "elfes sombres" et "elfes clairs", selon qu'ils agissent bien ou mal, la lumière étant liée au bien. Or, cet elfe, dans le film, et je suppose dans le livre, est grisâtre. Je pense qu'avec la mythologie germanique, les écrivains modernes font un peu la même chose que les anciens de l'époque de saint Augustin faisaient avec la mythologie grecque, en mettant sur la scène (ou dans leurs livres) une mythologie en soi vidée de sa substance morale.

  • (Tolkien échappe à ce reproche, bien sûr, en tout cas pour l'essentiel.)

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