28/12/2010

Symboles de la Normandie

Rollon_Falaise_(Calvados).jpgPierre Assouline, sur son blog, a fait l'éloge de la façon dont s'étaient déroulées les cérémonies de commémoration de l'intégration de la Savoie à la France - de façon maîtrisée mais intellectuellement active, les débats entre historiens ayant animé l'ensemble. Il a marqué sa crainte que l'anniversaire de la fondation de la Normandie ne ravive les sentiments autonomistes, parce que, dit-il, le roi Philippe-Auguste l'a conquise par la force, tandis que la Savoie eût été acquise par des voies pacifiques. C'est un peu naïf, à mon avis, car au Moyen-Âge, la guerre était souvent légale, et les conditions du plébiscite de 1860 ne satisferaient sans doute pas aux exigences de la démocratie moderne. D'ailleurs, la commémoration de cette intégration du duché de Savoie au Second Empire français a bien permis aux régionalistes de faire entendre leur voix, et à moi-même, par exemple, de montrer qu'il était légitime d'étudier le patrimoine culturel spécifiquement savoyard. Finalement, tout s'est bien passé: il n'y a pas eu de cataclysme. Le président de la République, lors de sa venue à Chambéry, s'est d'ailleurs montré sensé et pragmatique, en reconnaissant que la Savoie avait été une petite patrie, et en disant qu'elle en avait intégré une plus grande, synthèse de plusieurs petites préexistantes. Cela fait très Teilhard de Chardin, comme discours. Et je l'aime, Teilhard de Chardin.

Est-ce que Pierre Assouline pour la Normandie s'inquiète à juste titre? Si depuis Paris on venait dire aux Normands que la spécificité de la Normandie n'est qu'un leurre et que la Normandie n'est rien d'autre qu'une partie de la Gaule éternelle, que la création du duché de Normandie par Rollon le Norvégien n'est qu'un épisode sans intérêt ou un accident malheureux de l'histoire, à bannir forcément des mémoires, il faut reconnaître qu'on ne prendrait pas le chemin d'une voie pacifique de la commémoration. Car ce qui a longtemps agacé les Savoyards, c'est qu'on parle de la même manière de leurs princes. L'unité regardée comme synthèse, c'est beau; mais par gommage, non.

teilhard-de-chardin.jpgL'histoire crée les nations dans la succession des temps, et non une fois pour toutes à l'aube des temps. Ce qu'on admet pour la nature, qu'elle s'est créée progressivement, pourquoi ne l'admettrait-on pas de l'histoire, qui resterait fixiste? Quelle cohérence y aurait-il? L'homme n'est pas en dehors de la nature. C'est bien ce qu'avait saisi Teilhard de Chardin. Rollon est une sorte de héros fondateur, qui est à respecter comme tel. Il a déversé sa spécificité dans un endroit de la Gaule qui a pris une couleur nouvelle, qui a enrichi la France moderne, qui n'est plus la Gaule antique. Cela venait de l'âme même de ce prince de Norvège! On sait bien que des toponymes et même des patronymes normands en ont gardé le souvenir; il serait ridicule de prétendre que cela ne correspond à rien, dans la réalité. Mais Pierre Assouline a du reste commencé par admettre que cela correspondait à quelque chose, en en parlant. Comme le président de la République à Chambéry au printemps dernier, il s'est montré sensé et pragmatique. Teilhard de Chardin peut bien remplacer les visionnaires gallicans (j'appelle ainsi ceux qui, dans les chroniques royales, reliaient directement les Français à Noé), comme référence.

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26/12/2010

Lares de Noël

Marie Noël, la poétesse catholique bien connue d'Auxerre, en Bourgogne, chanta les fêtes religieuses françaises d'une façon profondément féerique. cent1.jpgL'an passé, j'ai cité un endroit d'un poème qu'elle fit pour Noël; cette année, je voudrais en citer un autre, évoquant le festin joyeux du Réveillon:

Noël! Venez,
La table fume.
Çà, joyeux nez,
Renifle, hume!
C'est fête au fond des escargots
Et dans le jus
Sacré de l'oie...
Vive Jésus!
Et vive joie,
Vous, ô recluses des fagots,
Bouteilles, vieilles mal peignées
En robe de fil d'araignées!

Sans but ni choix,
Ris et paroles,
Tous à la fois
En suites folles
Font des zigzags de papillons.
Noël! Noël!
Le cœur nous saute
Noël! Noël!
Dans la nuit haute,
Jusqu'au battant des carillons...
L'esprit des belles maisonnées
Rit au faîte des cheminées.

L'esprit tutélaire des demeures rit dans la nuit étoilée de Noël, et tout le monde rit à l'intérieur de la maison, dit Marie Noël. La nourriture devient sacrée. Elle porte en elle l'onction du Divin Enfant. Marie Noël peint un peuple heureux. Cela s'exprime par la présence en son sein des bons génies.

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24/12/2010

Cent années de ski à Samoëns

viewer.pngLes éditions Le Tour, de l'association de soutien desquelles je suis l'honorable secrétaire, viennent de sortir un livre nouveau, d'Alain Lachaud, intitulé 100 Ans de ski à Samoëns, pour les passionnés de ski et les amoureux de cette station, où j'ai moi-même fait mes premiers pas à ski, ou alors mes premières glissades, pour mieux dire. A cette époque, pour ne rien cacher, j'habitais encore la région parisienne, et chaque hiver, nous allions faire du ski à Samoëns, le village de nos ancêtres: non pas seulement ma famille la plus proche, mais aussi les cousins, également originaires, pour ce qui est de ma génération, du Val de Marne! C'était une aventure. Un monde nouveau. La neige qui tombait le matin dans le silence, et que je regardais par la fenêtre du chalet des ancêtres, où il n'y avait pas l'eau courante, à plus de mille mètres d'altitude.

Bref, le livre d'Alain Lachaud contient surtout énormément d'images, et rappelle donc des souvenirs. Une atmosphère. La famille, et son culte, qu'on ressent bien, quand on est petit. C'est comme un monde. Les adultes semblent être de véritables Immortels. Les cousins et les frères aînés sont leurs anges! Ils se confondent avec ceux que les anciens Hébreux appelaient des téraphim: les dieux Lares. Trônant au faîte de la maison.

Quand quelque chose disparaissait, mon père disait que cela venait du petit nain de la montagne. Ayant lu Bilbo le Hobbit, je l'imaginais avec une hache et un capuchon et vivant dans des grottes, près des cimes surplombant notre toit. Ce nain de la montagne dut connaître Samo, le fondateur de Samoëns! Il en a vu passer, des saisons, des âges; pour lui, les siècles ont été comme des jours. Chaque vie humaine, ce fut un clin d'œil. Il est l'âme de la vallée.

Mais le livre d'Alain Lachaud est plus réaliste, il parle des champions de ski, des compétiteurs professionnels originaires de Samoëns et de ses environs, et des machines de la station de ski. Il évoque également les travaux et les initiatives des communes concernées, les origines (liées au Club alpin français).

L'ouvrage coûte 22 € (ou 33 francs suisses) et on peut le commander aux éditions Le Tour, ou directement à moi, car le directeur m'en a confié une dizaine. Prévoir 3 € (ou 4,50 FS) pour les frais de port. Le surplus vers la Suisse est offert.

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20/12/2010

Diva International & les Poètes de la Cité

Florilege.jpgA la demande du président des Poètes de la Cité, j'ai rédigé une présentation de l'anthologie Florilège genevois parue aux éditions Slatkine et contenant les poèmes des membres notre noble société; cette présentation a été publiée dans le numéro d'automne de la revue Diva International, éditée par le Palais des Nations. J'ai pu seulement relire mon article il y a quelques jours, et j'avoue que j'en suis assez content. J'étais encore sous l'impression de la lecture de l'ensemble des poèmes du recueil, et pendant que je lisais, je mûrissais ce que j'allais dire, de telle sorte que c'est sorti d'un coup, et avec généralement l'expression qui me semblait appropriée. J'ai pu m'exprimer clairement, et je pense que la chance de la Genève internationale est précisément une diversité telle qu'il est impossible d'y imposer un discours unique. Car contrairement à ce qu'on croit parfois, notamment dans les grandes nations uniformisatrices et assimilatrices, il n'existe pas, par-delà les cultures, un fond d'idées universel: cela n'est pas vrai. Les idées changent aussi selon les lieux, et il n'est pas réellement sensé de dire que certains lieux sont universels, et que d'autres sont purement locaux. Tous sont les deux à la fois. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il n'y ait rien d'universel, dans l'être humain: la poésie, par exemple, l'est. Au fond, tout le monde aime la poésie, et le rejet de la poésie qui peut exister çà et là n'est pas affaire de culture, mais une forme de rejet individuel qui pour moi, je l'avoue, s'apparente un peu à une forme de maladie - de mal-être, comme on dit: en tout cas, d'un problème personnel. En revanche, la forme prise par la poésie peut être très diverse selon les lieux et les cultures, les traditions - et les poètes.

C'est bien ce que j'ai essayé de montrer. L'universel ici réside dans le sentiment que la poésie rapproche l'âme du bien, de la lumière, de la beauté, et l'éloigne de ce qui est mal, laid, obscur. Tous les poètes, consciemment ou non, rédigent leurs poèmes comme si c'était le cas! Ensuite, évidemment, quand ce sentiment se formule en idées, de grandes différences peuvent apparaître. Les êtres humains sont plus liés entre eux par leur cœur que par leur cerveau, je crois.

On peut se procurer cette revue (Issue 3, 2010) au Palais des Nations; la responsable en est Marit Fosse, qui est norvégienne. Mais mon article peut être lu directement ici.

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18/12/2010

Harry Potter et les elfes pas beaux

0y0cv6xu.jpgJ'ai vu le dernier volet filmé de Harry Potter - Les Reliques de la mort - et j'ai apprécié le milieu du film, car il ne se passait quasiment rien, on restait avec les personnages, qui sont sympathiques et humains, notamment Harry et Hermione. La scène au sein de laquelle on retourne dans le village natal du héros, enneigé, et où vit une vieille sorcière qui se change en gros serpent, est la meilleure, car un silence pesant, annonciateur de sourds mystères et de dangers obscurs, accompagne une lenteur qui me plaît infiniment, et qui préfigure avec une force paradoxale le déchaînement de violence du serpent géant. Dans la scène suivante, Ron se trouve devant les fantasmes de sa jalousie par l'opération d'un esprit mauvais, et c'est également très bon; auparavant, l'apparition du daim fantôme indiquant l'endroit où se trouvait l'épée magique était assez réussie aussi. Le magique s'enracine ici dans l'intériorité des personnages d'une façon énigmatique, sans que rien ne soit livré trop clairement, et on a le temps d'entendre le souffle des acteurs, de voir leur haleine sortir de leur bouche; ils sont en gros plan, et cela dure. C'est émouvant.

Le problème est dans l'enchaînement des scènes entre elles: la faculté qu'ont les héros d'aller instantanément d'un lieu à un autre les superpose mécaniquement, et efface les dangers encourus. L'ensemble apparaît comme manquant de progression dramatique.

voldemort5.jpgEt puis mis à part le seigneur Voldemort, qui est très réussi, les méchants sont plutôt grotesques, dans leur apparence. Voldemort est beau, comme méchant, parce qu'il est maquillé et semblable à la Mort même: il n'a plus de visage. Les autres méchants restent trop réalistes pour être pris au sérieux. Quant aux créatures fantastiques alliées à Harry Potter, elles ne sont pas forcément plus convaincantes. L'elfe qui le sauve à la fin est plutôt laid, et je trouve que c'est absurde, car ce type d'être fantastique est en réalité une projection fantasmatique, et cela veut dire que dans ce monde purement intérieur, en principe, le beau se confond avec le bon - sauf tromperie délibérée, que les événements révèlent. Or, l'elfe en question n'est pas dit un être méchant se mettant dans le camp du bien, ni un être beau qui aurait reçu un mauvais sort; même en mourant, il reste laid. Alors, ce n'est plus une créature fantastique au sens propre, liée à la mythologie, mais un avatar finalement humain de John Merrick, the Elephant Man. Mais en ce cas, pourquoi en faire un elfe aux pouvoirs fabuleux?

Cela rappelle la manie de mettre du fantastique partout, même quand ce n'est pas nécessaire, afin d'égayer le public, et les réprimandes que Platon adressait au théâtre, le goût pour ce que j'appellerai la fantaisie gratuite, quand précisément le fabuleux n'a plus de lien précis avec la vie intérieure de l'être humain. Harry Potter, c'est un mélange; la fantaisie y tend au mythologique, mais sans y toucher vraiment.

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16/12/2010

Signature de l’encyclopédie de la Haute-Savoie à Thonon

affiche Haute-Savoie2.jpgSamedi prochain, le 18, de 10 h à midi, je serai à la librairie Majuscule de Thonon (7, rue des Arts), pour signer le volume Haute-Savoie des éditions Bonneton. On pourra se procurer ce livre dont le chapitre sur la littérature évoque plusieurs fois la noble capitale du Chablais, en particulier à propos de Maurice-Marie Dantand, l'auteur du célèbre Gardo et de l'Olympe disparu, mais aussi de Valère Novarina. Mon camarade Mickaël Meynet a consacré un petit chapitre à son père Maurice, architecte lui aussi thononais, et Catherine Hermann a naturellement évoqué la figure d'Amédée VIII, qui dirigea tout le pays du Léman depuis son château de Ripaille. C'est donc un bon lieu, car c'est par Thonon, au fond, que le département de Haute-Savoie tient le plus au duché de Savoie.

A cette séance de dédicaces, il y aura aussi Catherine Hermann, précisément, Marc Bron, et, me semble-t-il, Denis Jordan, le grand spécialiste du monde végétal des montagnes.

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13/12/2010

Les Amis de Lamartine en Savoie

2676926590_90e066ab3f.jpgLa revue de l'association des Amis de Lamartine consacre son numéro de l'année 2010, le 19, aux relations que Lamartine entretint avec la Savoie, qui fut si chère à son cœur. Deux auteurs ont principalement participé: Georgette Chevallier, secrétaire de l'Académie florimontane et membre titulaire de l'Académie de Savoie et grande spécialiste de la place qu'occupa la Savoie dans la littérature - et moi-même.

Pour Mme Chevallier, elle a surtout retracé les lieux qu'historiquement le poète a parcourus dans l'ancien Duché: car on sait qu'il l'aimait profondément, et voulait pouvoir le dire sa patrie véritable. Pour moi, je me suis efforcé de montrer quelle vision de la Savoie se dégage des vers qu'il lui a consacrés. Les deux pôles de ses méditations furent les eaux, d'un côté, les montagnes, de l'autre. Et puis j'ai rédigé un article sur l'influence que Lamartine exerça sur les poètes savoyards; il en fréquenta certains: il les appréciait assez. Enfin, j'ai proposé un poème qui essaye de représenter l'essence de la mythologie créée autour de nos montagnes par ce noble poète, en partant notamment de Jocelyn. Je l'ai composé pour ainsi dire en style lamartinien. J'avoue que j'en suis assez content. J'aime d'ailleurs beaucoup Lamartine, que je crois injustement négligé.

Pour se procurer cette revue, en tout cas, il faut s'adresser à l'association, dont l'adresse est: Pente des Hauts Buissons, 10100 Romilly sur Seine, 06 50 21 85 15. Elle coûte 17 €.

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11/12/2010

Conférence de presse publique « Haute-Savoie »

auton1.jpgMercredi 15 décembre à 18 h, à la bibliothèque d'Annemasse (4, place du Clos Fleury), aura lieu une conférence de presse publique sur la parution de la nouvelle encyclopédie Bonneton sur la Haute-Savoie. Seront présents trois auteurs de cet important volume: Catherine Hermann (pour la partie Histoire), Marc Bron (pour la partie Langue), moi-même (pour la partie Littérature). C'est ouvert à tous, et il y aura des exemplaires à vendre, au cas où. Il y aura sans doute aussi des images projetées. C'est un événement.

Nos amis genevois peuvent s'y intéresser, la Haute-Savoie étant limitrophe et en même temps, pour sa partie septentrionale, aimantée par Genève, ce qui se ressent même sur le plan culturel. Les évocations du mont Blanc par Horace-Bénédict de Saussure sont mentionnées par tous comme marquant d'une pierre blanche le début d'une ère majeure, pour le territoire concerné.

pape.jpgJ'invite donc les lecteurs de la Tribune de Genève à s'intéresser à cette publication nouvelle. En souvenir, au moins, du duc de Savoie Amédée VIII, qui fut évêque de Genève, et demeura généralement à Thonon. Et cela, même si François Bonivard, dans ses Chroniques, en fait un ambitieux qui par égoïsme mit fin aux libertés genevoises. Le même Bonivard rappelle que son petit-fils, Jean-Louis de Savoie, fut un valeureux évêque de Genève - non qu'il fût pieux comme François de Sales, mais qu'en tant que prince, il fut d'une autorité sans faille, et n'admit jamais aucun empiètement d'un pouvoir extérieur sur Genève même. Bonivard affirme qu'il fut despotique entre les murs de celle-ci, également; mais il défendait ses intérêts, qui étaient aussi les siens propres, et le peuple, encore après 1535, gardait, selon le célèbre chroniqueur, un bon souvenir de la vaillance, du courage, de la force d'âme de Jean-Louis de Savoie!

En souvenir de son règne, donc, que l'on n'hésite pas à venir jusqu'à Annemasse à la date précitée.

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09/12/2010

Fred Vargas et la mécanique de la vie

fred%20vargas%20l%20homme%20a%20l%20envers.jpgRécemment, sur le site Internet du Nouvel Observateur, un poète a adressé une lettre à son auteur préféré, Fred Vargas. Or, je viens de lire, pour des motifs professionnels, L'Homme à l'envers, roman de la dame en question, et j'avoue avoir été assez déçu. J'ai trouvé la narration froide et mécanique, faussement animée par un style plutôt ordurier, qui se veut familier, mais qui à mon avis ne l'est pas. Les personnages ne m'ont pas paru avoir eux-mêmes une âme vibrante.

La femme qui occupe l'essentiel du récit manque déjà de force de caractère: elle épouse passivement le désir de plusieurs hommes malgré le sentiment que ce n'est pas la meilleure chose à faire. Elle se veut pourtant indépendante; mais en l'espèce, son choix d'être une femme indépendante ne semble pas assumé par un comportement très solide. Cela arrive certainement dans la vie; mais il s'agit d'un roman policier: on s'attendait au contraire à ce que sa volonté soit assez forte pour assumer le choix de la liberté. Or, finalement la nature la rattrape. Elle n'a pas même la force de résoudre l'énigme des meurtres, qui est résolue par l'homme auquel justement elle n'a pas pu résister. Le roman assume donc, en théorie, l'indépendance de la femme, tout en laissant, en pratique, un homme gouverner les choses! Je ne comprends pas cela: j'aurais voulu que cette femme fût une vraie héroïne.

Mais l'homme qui résout l'affaire ne me convainc pas non plus, car il est présenté comme chaotique dans son esprit, mais de ce chaos, dit Fred Vargas, naît soudain la lumière. Or, dans les faits, la lumière naît toujours d'un astre, et non de l'obscurité des profondeurs! Que la lumière des astres ait besoin, pour arriver jusqu'aux hommes, que les nuages soient effilochés et en désordre, c'est certain, mais Fred Vargas ne parle que des nuages en désordre: eh bien, en soi, cela ne crée pas de lumière! C'est une illusion liée à André Breton, qui croyait qu'en mettant du chaos dans le langage, on provoquait, mécaniquement, une forme de révélation. C'est assez faux,220px-EULENSP.jpg je crois, car si on regarde la brume depuis les hauteurs, ses failles ne montrent que de la ténèbre. Encore faut-il regarder dans la bonne direction. Or, Fred Vargas ne dit pas que son héros en choisit même une. Cela me paraît plutôt absurde. Aucun gouffre ne crée, en lui-même, de la lumière, je crois.

Quant au méchant, il use d'un subterfuge déjà mentionné par Charles De Coster dans La Légende d'Ulenspiegel: il prend un crâne de gros loup, lorsqu'il tue ses victimes, pour en enfoncer les crocs dans leur chair, et faire croire à un loup-garou. Mais comme cela se passe à notre époque, aucun policier n'y croit, et ce meurtrier apparaît donc comme assez stupide. Dans le livre de De Coster, qui se passait au seizième siècle, évidemment, les autorités y croyaient: c'était l'intérêt.

Bref, ce roman ne m'a pas plu.

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05/12/2010

Salon du livre à Viuz en Sallaz

Affiche%20inauguration%20BD.jpgSamedi 11 décembre, aura lieu, de 14 h à 20 h, un salon du livre savoyard auquel je participerai à Viuz en Sallaz, à l'occasion de l'ouverture, à l'écomusée Paysalp, de la Maison de la Mémoire. Je ne connais pas tous les autres auteurs présents, mais il y aura Léo Gantelet, qui est un des écrivains dont j'ai parlé dans mon livre Muses contemporaines de Savoie, et qui a chanté avec beaucoup de grâce le lac d'Annecy, en son temps, et qui évoque à présent plus volontiers, dans des récits, ses pèlerinages, tant à Saint-Jacques-de-Compostelle que sur l'île japonaise de Shikoku (où l'on accomplit un chemin bouddhiste inspiré par Kobo Daïshi, le fondateur de l'école Shingon), ou dans son propre jardin, à Seynod, car il y a mis des sculptures à la portée symbolique profonde. Il y aura également Gilbert Taroni, journaliste au Dauphiné libéré et grand spécialiste de l'ancienne ligne de train qui joignait Annemasse à Samoëns.

Il faut d'autant plus s'y rendre que Viuz en Sallaz ayant abrité François de Sales, qui lui appartenait en propre, c'est un village d'une portée littéraire majeure! Pour ma part, du reste, je présenterai mes livres qui évoquent la Savoie, et dont certains parlent du même François de Sales et le citent - par exemple, De Bonneville au mont Blanc, ou Portes de la Savoie occulte, ou certains livres collectifs auxquels j'ai participé, comme celui que les éditions Le Tour ont sorti sur Samoëns en juin dernier. Viuz-en-Sallaz peut être le début d'un pèlerinage en Savoie littéraire, avec le mont Blanc comme symbole ultime! Jules Michelet n'en a-t-il pas fait un moine géant, en méditation depuis des millénaires sous son capuchon blanc? Celui qui s'approche de lui sent la force de ses hautes pensées! Il se sent emporté, lui-même, dans un tourbillon. S'il en sort indemne, c'est grandi. Lamartine en a souvent parlé! Pour lui, les sommets blanchis par la neige étaient le seuil des cieux.

On aurait tort, de n'accorder qu'aux Orientaux, ou aux religions traditionnelles, une vie spirituelle intense.

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02/12/2010

Les écrivains savoyards depuis 1900

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Mon prochain livre paraîtra courant décembre: Muses contemporaines de Savoie, les écrivains savoyards depuis 1900, écrit d'après la chronique que j'ai tenue durant cinq années dans Le Messager et L'Essor savoyard sur la Savoie dans la littérature et chez les écrivains. On peut d'ores et déjà le commander aux éditions Le Tour (dont le site donne également la liste des écrivains évoqués et le nombre de pages).

Tous les genres sont représentés: poésie, roman, théâtre, histoire, philosophie. Toutes les tendances, aussi: on trouve des écrivains très spiritualistes, d'autres assez matérialistes, et tous les degrés intermédiaires. Le français n'est pas non plus la seule langue présente: j'ai évoqué plusieurs fois des écrivains dialectaux, et une fois un Anglais, John Berger. Tous les écrivains ne sont pas enracinés au même degré dans le territoire: certains n'y vivent que depuis plusieurs années, sans y être nés. Quelques-uns sont illustres, comme Michel Butor, d'autres le sont moins - et je ne nommerai personne.

071209_0027.jpgLa proximité de Genève est mentionnée plusieurs fois, car nombre des écrivains vivant dans la région sont en réalité venus travailler à Genève; mais même ceux qui sont dans la région pour une autre raison profitent certainement du dynamisme économique local, dû en grande partie, directement ou non, à la proximité de la Suisse. La littérature reste en effet un art bourgeois: il faut, pour la pratiquer, se sentir à l'aise dans la civilisation de l'écrit, et avoir quelque loisir.

Je dois dire qu'il existe une forte tendance à la poésie: j'en lis fréquemment. Et la raison en est qu'elle tend toujours à participer du monde de l'âme. J'ai voulu prendre la littérature sous son angle essentiellement artistique, plus que technique.

Je n'ai pas tellement cherché à juger, mais plutôt à restituer des démarches d'écrivains, sans gommer rien de leurs aspirations profondes, sans choix de demeurer à la surface, comme je crois que cela se fait si souvent dans la critique, y compris universitaire. Même quand l'écrivain tendait au mysticisme, je n'en ai pas diminué l'importance. Or, à mon avis, le point de vue agnostique, dans les milieux littéraires, est devenu tellement dominateur que, fréquemment, soit on renonce à parler des auteurs qui s'en écartent, soit on feint qu'ils ne s'en sont pas écartés. Je n'ai pas procédé ainsi: j'ai estimé que même au sein des pensées ou des tendances intérieures des écrivains, on pouvait essayer d'y voir clair, et qu'il ne fallait rien cacher ou édulcorer. C'est même un enjeu authentique, pour la pensée, de pénétrer dans les âmes des écrivains et leurs démarches intimes; tout ramener à des idées simples n'occasionne jamais aucune expérience littéraire ou philosophique digne de ce nom. Globalement, les écrivains m'ont su gré d'oser donner le fond de leurs pensées même les plus étranges, et m'ont remercié d'avoir pu les présenter de façon assez claire. C'était justement mon ambition.

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