03/01/2011

Jean-Henri Fabre et l'esprit des insectes

fabre60.jpgJean-Henri Fabre est un excellent écrivain qui a étudié avec poésie les insectes et écrit des odes en provençal, en son temps. Il a eu du succès, et comme il était assez libre de ton, il a commencé par devoir démissionner d'un poste de professeur de lycée qu'il occupait, parce que ses développements sur la sexualité des guêpes avaient choqué des mères de famille liées au clergé local. Mais comme il était également assez libre de ton pour rejeter le matérialisme ambiant et voir dans la nature des impulsions qui touchaient à l'esprit, à l'âme des choses - dans une ligne assez fidèle à Rousseau, somme toute -, il a ensuite été rejeté par les inspecteurs de l'Éducation nationale, qui ont déconseillé l'étude de ses livres en classe, parce qu'ils étaient objectivement considérés comme support de l'Église pour les fréquentes allusions spirituelles qui s'y trouvent.

Tels sont les génies: en dehors des dogmes, même de ceux qui pensent s'être affranchis des dogmes parce qu'ils se sont affranchis de ceux qui viennent d'être officiellement abandonnés, sans voir qu'ils sont en train de les remplacer par le leur propre, le besoin qu'il y en ait un demeurant une forme de cause nationale. C'est par le dogme, n'est-ce pas, qu'on unit les esprits, en leur faisant à tous adopter les mêmes idées majeures, qu'on peut toujours présenter comme universelles en soi: cela ne mange pas de pain, et quand cela vient de l'État, on n'ose pas forcément répliquer, surtout quand cet État conquiert des territoires aux quatre coins du monde. Et on se souvient que Jules Ferry a lui aussi pensé utile, en tant que ministre des Affaires étrangères, de sakura+1.jpgciviliser le monde en annexant les bords du Tonkin. L'universalisme devient alors une réalité politique, comme dans l'ancienne Rome.

Au Japon, on adore Fabre, parce qu'on continue, je pense, de voir dans la nature une forme d'âme, des esprits, comme quand au printemps on vénère réellement les cerisiers en fleurs, et pour autant, on ne s'y rattache pas à une doctrine religieuse précise. L'Occident, entre dogmes officiellement rejetés et valeurs posées comme universelles, n'a pas encore vraiment trouvé sa voie, je pense; dans ses évolutions, il est pour le moment encore trop resté à la surface. Il a créé plus de machines nouvelles que de concepts nouveaux, en fait!

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