19/01/2011

Bachelard et l'ambition sociale en Éducation

gaston-bachelard3.jpgDans le bulletin 2009 des amis de Gaston Bachelard, Julien Lamy, doctorant en Philosophie, a écrit un bel article sur la pensée que Bachelard avait, que toute science s'acquérait non dans l'absolu, mais en fonction du sujet qui appréhendait l'objet de la connaissance. Celui-ci, en effet, crée les conditions de la découverte et de la transmission, et, par conséquent, la connaissance porte sa marque personnalisée.

Or, Bachelard en a tiré des conséquences pour l'éducation. Julien Lamy écrit: L'action sociale névrosante, qui détermine selon la psychanalyse classique des obstacles au développement d'un individu, se trouve un pendant dans la culture scientifique: c'est l'action sociale de l'enseignant, qui peut constituer un frein au développement psycho-culturel du sujet enseigné et bloquer son évolution. Selon Bachelard, la pédagogie classique consiste à adapter l'individu à une société bien définie, à une raison constituée, à un patrimoine intellectuel sûr. Il faut comprendre par là que l'enseignement, de façon traditionnelle, consiste à transmettre des connaissances établies à des sujets considérés comme achevés, du moins en principe. L'image du vase vide que l'on remplit, chère à la sophistique, serait à même de symboliser cette vision classique de la pédagogie.

Montaigne.jpgEn France, le dogme de la culture commune correspond à cela. Cependant, certains parlent davantage d'un apprentissage d'ordre méthodologique. Julien Lamy commente ainsi cette idée: On pourrait alors penser que la célèbre remarque inspirée par Montaigne - une tête bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine - pourrait fonder, sur la base d'une autre imagerie, une éducation alternative: au lieu de remplir un vase, il s'agirait de façonner une matière brute. Mais il n'en est rien pour Bachelard, car une tête bien faite est malheureusement une tête fermée [...], un produit d'école. La structure psychique, loin d'être un contenant en attente d'être rempli ou une matière brute en attente d'une forme, est compliquée, configurée par des complexes et des noyautages.

Former les esprits pour qu'ils entrent dans une structure collective définie à l'avance jusque dans le fonctionnement de la pensée renvoie à l'idée fausse qu'il existerait une méthode universelle (inspirée, avec des ressorts de nouveau très nationaux, par Descartes) pour aborder efficacement tous les problèmes; ce faisant, on soumet les esprits à des mécanismes objectifs contraires, en vérité, au principe de liberté individuelle: la dissertation à la française va dans ce sens, par exemple.

ReneDescartes03.jpgCertains, qui en sont conscients, restent quelque peu cyniques, en disant qu'au moins, cela soude les citoyens, puisqu'ils procèdent tous de la même façon. Mais d'abord, dans le monde, tout le monde ne fait pas cela; et ensuite, en France même, il y a bien des citoyens qui spontanément procèdent différemment tout en parvenant à des résultats: l'effet en est donc la division - par excès de formalisme, tant dans le contenu que dans les démarches. Et même, l'injustice, car pour certains, procéder de cette façon est plus naturel que pour d'autres, je crois.

Pour moi, un problème peut s'aborder de différentes façons, et le reconnaître, c'est libéraliser l'enseignement, mais aussi, s'adapter aux individus. C'est la vraie pédagogie différenciée et individualisée. Ce qui s'appelle ainsi reste souvent du saupoudrage.

Le développement par l'éducation, à mes yeux, c'est d'abord cultiver ce qui est présent dès le départ en germe, l'esprit n'étant pas vide.

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