26/01/2011

Dogme catholique & prophètes modernes

911-1-28f38.jpgDans un article récent de son blog, Jean-François Mabut a évoqué la figure de Hans Küng, théologien catholique qui croyait qu'il pouvait y avoir des prophètes après Jésus, faisant allusion notamment à Mahomet - et qui a été rejeté à cause de cela et d'autres choses par la hiérarchie romaine. Henry Corbin parle assez souvent du problème que constitue le refus des religions instituées d'admettre un prophète après celui qui leur sert de référence. Cependant, dit-il, les sages font une différence, fréquemment, entre les prophètes législateurs, et ceux qui sont simplement touchés par le Saint-Esprit, et révèlent les mystères de l'Esprit. Moïse était l'ultime législateur, dans la tradition juive, mais cela n'empêcha pas les prophètes qui ont suivi. Les apôtres eux-mêmes pouvaient prophétiser voire légiférer, après Jésus, ayant été touchés par le Saint-Esprit. Mais Corbin fait remarquer qu'après les apôtres, les catholiques le refusent à tout le monde, et le fait est que même Joseph de Maistre, qui pourtant défendit l'Église latine, n'est pas admis comme ayant sondé les desseins de Dieu par les catholiques, alors qu'il s'est volontiers présenté comme l'ayant fait. Je ne parle même pas de la façon dont est regardé le don de voyance prophétique que Victor Hugo s'attribuait: le problème est d'autant plus facile à résoudre que Hugo s'opposait à l'Église catholique; du coup, Barbey d'Aurevilly, par exemple, le détestait.

Pour l'Islam, Corbin évoque les Amis de Dieu, liés à la tradition chiite, et qui pensaient avoir un lien intime avec l'Esprit, et renouveler la prophétie, sans pour autant se poser comme de nouveaux Medieval_Persian_manuscript_Muhammad_leads_Abraham_Moses_Jesus.jpglégislateurs, ce qui ne les empêcha pas d'être pourchassés par ceux qui pensaient que l'activité humaine devait désormais se borner à apprendre et à comprendre la parole du Livre, sans prétendre pénétrer les mystères divins. Corbin, néanmoins, rapporte une idée que ces Amis de Dieu énonçaient pour se défendre: Dieu ne pouvant pas être injuste, il était autant dans l'âme des hommes actuels que dans celle des hommes de l'ancien temps. Où se trouve-t-il? Chez ceux qui le manifestent, et qui peuvent bien rester cachés, ils n'en compensent pas moins le défaut apparent d'Esprit dans le monde en général, car Dieu n'étant pas injuste, il crée forcément les conditions de l'équilibre: le monde n'est jamais sans Esprit, même s'il est plus ou moins dissimulé selon l'époque.

Corbin dit que là se trouve certainement la source d'un véritable œcuménisme mystique: l'âme qui se relie à l'Esprit vivant, quand les livres portent la marque du lieu et du moment de leur apparition, parce qu'ils sont des matérialisations de la Parole, et qu'en tant que tels, ils ne peuvent pas être dégagés des contingences du monde. Cela rappelle saint Augustin disant que selon les temps, Dieu donnait des lois différentes, parce que, selon les temps, l'homme avait besoin de lois différentes pour son évolution. La justice est en amont des lois, et l'esprit, en amont des livres. La volonté, bien sûr, en amont de ce qu'elle manifeste.

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