09/02/2011

Gaston Bachelard et la nouvelle pédagogie

gaston-bachelard.jpgSi on peut saisir aisément ce que Gaston Bachelard critique, je crois qu'il n'est pas toujours facile de savoir ce qu'il défend. Certains l'en louent, parce qu'il aurait ainsi évité tout dogmatisme; mais en réalité, sur un plan moral strict, il est un peu facile de critiquer sans rien proposer - et, d'un point de vue pratique, assez inutile.

Julien Lamy, commentant Bachelard, a magnifiquement synthétisé les idées sur la pédagogie la plus courante qu'avait le maître de la façon qui suit: Dans le cadre d'un enseignement réduit à la transmission de savoirs positifs, à la diffusion des résultats de la science, sans mise en perspective de leur genèse épistémologique, la pédagogie se contente de transmettre des connaissances particulières et d'inculquer des règles qui deviennent vite des automatismes de la raison. Fort bellement dit! Et ici, une ébauche de piste est donnée: pour former la pensée, il ne faut pas inculquer des règles toutes faites, mais refaire le chemin qui a permis l'acquisition de la connaissance, seule manière véritablement créative de l'acquérir soi-même.

Mais alors, il me semble que soit Bachelard, soit son disciple retombe dans un présupposé qui en réalité ramène inéluctablement vers la pratique qui consiste à livrer une connaissance dans son résultat, de façon plutôt accablante pour l'élève: c'est que l'acquisition de la connaissance se serait, sur le plan historique, effectuée par tâtonnements et que, par conséquent, il faut accepter les erreurs des élèves sur la voie de l'acquisition de la connaissance. Il faudrait donc juste se montrer tolérant dans la méthode inductive, et accepter que la connaissance à intégrer soit provisoirement fallacieuse.

art-intuition_coeur.jpgJe ne pense pas que ce soit très sérieux, car au bout du compte, cela revient à dire que les élèves d'eux-mêmes ne peuvent découvrir que des erreurs, les découvertes étant somme toute réservées à quelques génies dont finalement l'enseignant est obligé de répercuter les pensées - et on en revient au point de départ, à ce que Bachelard entendait contester.

On avait déjà vu que malgré sa propension à encourager l'imagination, celui-ci n'osait pas remettre en cause le culte des sciences exactes. Cela se recoupe avec le problème qui précède. Car dans les faits, l'imagination n'est pas une erreur: la connaissance s'est bien d'abord traduite par des images, mais ces images n'étaient pas forcément fallacieuses, contrairement à ce que dit habituellement le matérialisme: elles laissaient simplement le concept précis qu'elles contenaient dans un brouillard, elles le diluaient pour ainsi dire dans les couleurs. La connaissance n'est pas forcément allée de l'erreur à la vérité: c'est un leurre. Elle est d'abord allée de l'image diffuse au concept précis. Si erreur il y avait au départ, il n'est pas sûr qu'on en soit revenu; si vérité il y a eu à l'arrivée, il n'est pas vraisemblable, à mes yeux, qu'on n'ait pas été guidé vers elle par les images anciennes un tant soit peu remplies d'intuition. C'est bien celle-ci qu'il faut développer, et non la capacité à se tromper! Comment? Nous en reparlerons, si nous pouvons.

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