16/02/2011

Culte des images (dans l'Antiquité)

pythagore-plpv7.jpgOn croit souvent que le refus de peindre ou de sculpter les dieux est le propre du judaïsme et de la loi mosaïque, mais à vrai dire, l'expérience fait éprouver une réalité bien plus complexe. Plutarque assure en effet que le premier grand législateur de Rome, Numa, interdisait, pour des raisons qu'on retrouve dans la bouche de Moïse, les dieux peints ou sculptés: ce qu'il ordonna touchant les images et représentations des dieux, se conforme du tout à la doctrine de Pythagore, lequel estimait que la première cause n'était ni sensible ni passible, mais invisible et incorruptible, et seulement intelligible. Et Numa semblablement défendit aux Romains de croire que dieu eût forme de bête ou d'homme: de sorte qu'en ces premiers temps-là il n'y eut à Rome image de dieu ni peinte ni moulée, et furent l'espace de cent soixante-dix premiers ans, qu'ils édifièrent bien des temples et des chapelles aux dieux: mais il n'y avait dedans statue ni figure quelconque de dieu, estimant que ce fût un sacrilège de vouloir représenter les choses divines par les terrestres, attendu qu'il n'est pas possible d'atteindre aucunement à la connaissance de la divinité, sinon par le moyen de l'entendement.

On le sait, les Romains, peu à peu, firent représenter les dieux. Cependant, ils demeurèrent surtout attachés à la représentation des empereurs, des grands hommes - des hommes qui avaient, à leurs yeux, contenu la force divine durant leur vie.

mosaique-grande.jpgOr, dans le temple de Salomon, on le sait peut-être aussi, il y avait deux grands chérubins ailés, statues de bois d'olivier feuilleté d'or, dont les ailes étendues se touchaient et touchaient les murs de part et d'autre. L'Arche de l'Alliance avait aussi deux chérubins d'or sur sa partie supérieure, et les murs extérieurs du temple de Salomon avaient encore des représentations sculptées, en bas-relief, de chérubins, parmi des palmiers, des lions, des taureaux et des volutes, pour ainsi dire. C'est ce que dit l'Ancien Testament. On pouvait donc représenter les anges, comme des images émanées de Yahvé, même si Yahvé était interdit de représentation: on estimait que l'image des chérubins le portait, sans se confondre avec lui.

La réalité des religions antiques est donc bien plus complexe qu'on ne s'en rend compte en général. Si on doit effectuer une synthèse globale, on dira que les statues ne pouvaient pas représenter le divin directement, mais seulement y renvoyer, par une sorte de reflet dans le monde des sens. Jean Calvin, lorsqu'il rejetait jusqu'aux images d'anges, était plus proche de Numa que de Salomon, au fond, et même de Moïse. Il se pensait tributaire de ce dernier, mais la vogue de Plutarque à la Renaissance suggère que François de Sales n'errait pas, en prenant celui-ci pour cible, lorsqu'en réalité il songeait au protestantisme. Le modèle de la Rome primitive était plus présent en Calvin qu'il ne voulait bien l'admettre.

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