Internet et Liberté, II

carto-internet.jpgOn dit souvent qu'Internet est un formidable outil pour l'expression libre, mais je pense que cela ne sera vrai que pour un temps; je crois qu'il viendra un moment où les États l'utiliseront pour leur intérêt propre, et qu'alors, Internet sera en réalité un moyen de répandre plus efficacement encore qu'autrefois les idées qui arrangent ces États. La phase de l'absence de réglementation de la parole publique, de ce point de vue, est nécessaire pour que, chez les peuples, le goût pour Internet et l'habitude de s'en servir s'imposent. Car cela ne peut avoir lieu, précisément, que si cela apparaît comme un outil d'expression personnelle.

Je crois qu'on commence à voir cela advenir. On peut déjà faire l'expérience d'espaces de discussion électroniques créés par des institutions qui peu à peu interdisent les débats, et ne s'en servent que pour diffuser plus rapidement et plus efficacement les informations que les responsables de ces institutions jugent utiles. Dans son propre milieu professionnel, je pense que chacun a déjà pu fréquemment constater ce phénomène.

big_brother_theater.jpgInternet est à mon avis déjà plus contrôlé - souvent par des voies détournées - qu'il n'y paraît. Parfois, il l'a été ou l'aura été trop tôt, et cela peut avoir pour conséquence une désaffection qui réduira finalement l'efficacité de cet outil, pour les dirigeants. Mais il faut voir que les États qui subissent plus qu'ils ne gouvernent Internet, pour le moment, sont forcément fébriles. A cet égard, une compétition existe, car certains États ont d'emblée plus d'influence que d'autres sur cet outil.

On peut bien sûr parler de démocratie, et se griser de jolis mots de ce genre; quand on est lié à des États qui tendent à modeler Internet plus qu'à le subir, c'est un peu facile. Toute technologie diffusant des images et des informations peut faire et fait effectivement l'objet de manipulations. Toute machine nouvelle accroît le pouvoir des particuliers en proportion de celui qu'ils possèdent déjà; les dirigeants s'en trouvent toujours renforcés.

Commentaires

  • Je ne suis pas totalement d'accord, au sens où il est très difficile sans passer par des moyens extrêmes (je pense à la Chine) de contrôler ce qu'il se passe sur Internet au niveau d'un pays : contrairement au minitel, il n'y a pas de point de centralisation qu niveau duquel exercer un contrôle.
    Empêcher la communication de citoyen à citoyen est quasi impossible. En cas de surveillance généralisée, les moyens pour chiffrer ses communications et les anonymiser sont courants, bien que techniques.

    À ce sujet, les débats politiques sur le neutralité du Net, c'est-à-dire le fait pour les fournisseurs d'accès à internet de gérer les communications de la même manière quel qu'en soit leur contenu sont primordiaux.

  • Mais je n'ai pas dit que le contrôle était d'ores et déjà total, j'ai dit au contraire qu'il fallait laisser du mou pour attacher les gens à l'outil, car les possibilités mécaniques en soi ne suffisent pas à en donner le goût. Je dis qu'à terme, Internet sera pour l'essentiel un outil pour les Etats, et que la liberté, en son sein, sera de plus en plus illusoire. Il faut d'ailleurs voir que cet outil profite naturellement aux plus forts et à ceux qui l'ont créé, et qui, par conséquent, sont les premiers à réclamer sa libre utilisation partout, non pas parce qu'ils sont tellement attachés à la liberté individuelle universellement répandue, comme ils le disent, mais parce que réellement cela va dans le sens de leurs intérêts.

  • Je me suis mal exprimé, je suis d'accord avec votre avis. D'ailleurs, la tentative de contrôle d'internet se fait bien sentir dans la politique actuelle française, via les lois HADOPI et LOPPSI notamment.
    Par contre, je doute qu'un tel contrôle soit viable, sans passer par des extrêmes.
    Les solutions pour contourner les tentatives de surveillances et de bridage sont nombreuses, et commencent à apparaître des versions plus simples à mettre en place comme par exemple la « Freedom box ». ( http://philippe.scoffoni.net/freedombox-foundation-initiative-communiquer-securtie-sur-internet/ )

    Par contre, je ne suis pas sûr de saisir à qui vous pensez dans votre deuxième point. À des organisations plus ou moins gouvernementales ? Aux informaticiens-bidouilleurs (hackers) à l'origine de la plupart des protocoles et des logiciels-clés du réseau ?

  • Je pense en particulier aux Etats qui sur le plan culturel sont en phase avec ce que véhicule généralement Internet, parce que ce sont des Etats déjà dominants sur le plan économique et donc culturel, les produits étant toujours plus ou moins liés à des cultures. Je dis que les Etats dominants se trouvent encore renforcés par Internet, globalement. Or, les peuples ne sont pas forcément contre les Etats: pas du tout. Cela dépend. Certains Etats séduisent plus que d'autres, pas directement, mais à travers les images qu'ils véhiculent, ou qui les représentent. Par exemple, la police américaine est appréciée dans le monde entier grâce à des séries télévisées. Je pense qu'Internet ne fait que renforcer cette tendance. Plus l'Etat est dominant, plus son intervention consciente sur Internet est décisive, a d'influence. Je pense qu'Internet peut facilement aider à soulever le peuple égyptien contre son Etat, mais qu'il ne pourra jamais susciter des réformes profondes aux Etats-Unis, par exemple, parce que ce que véhicule Internet est en réalité globalement en phase avec ce qui prévaut aux Etats-Unis.

  • M. Mogenet a parfaitement raison. La liberté sur Internet, c'est "trop beau pour être vrai"... et durable !

    En Italie, les clients de cybercafés doivent déjà montrer patte blanche avant de de s'asseoir au clavier. Sans pièce d'identité: pas le droit de transformer ses idées et opinions en messages ...

    Prenons le cas de ce pauvre manipulé de Julian Assange. S'agit-il vraiment du chevalier blanc qu'on nous présente ? La foule le croit, l'admire et l'applaudit !

    Le Département d'Etat américain veut sa peau, dit-il...

    Or, nous savons qu'Assange (qui ignore tout des forces qui le manipulent) est un pur produit d'un habile stratagème de la CIA.)

    Quoi ? Incroyable ?

    Regardons le phénomène de plus près: à quelques exceptions près (Les videos de l'abattage à l'arme lourde de citoyens désarmés à partir d'un hélicoptère), ses "révélations" ne sont que roupie de sansonnet qui n'ont eu AUCUNE conséquence sur la marche du monde ou la politique des Etats.

    Parmi les paquets de dépêches diplomatiques qu'on lui a fourguées via l'innocent soldat Manning, certaines sont de la pure intoxication.

    Maintenant que la légende du justicier Assange est bien établie (les plus grands quotidiens EUROPEENS s'y sont laissé prendre !) , nous pouvons nous attendre à d'autres pseudo-révélations.

    En invoquant à nouveau des "dommages irréparables" liés à ces fuites controlées par Washington, il sera très aisé d'imposer une police du Net universelle: seuls y auront accès ceux qui auront fait allégeance à l'Hydre et qui seront contraints de s'identifier par un code personnel délivré à vie aux "ayant-droit".

    Quelques bons scénarios de bébés échangés par erreur dans les pouponnières et nous aurons droit, de sucroît, à une puce RFI sous la peau dès la naissance.

    Les ficelles sont trop grosses pour passer inaperçues à un esprit aussi lucide que celui de M. Mogenet.

    En agitant le spectre des pédolphiles, des cybercriminels sur le Net, on a déjà fort bien préparé le terrain. La survenue d'Assange ne peut que confirmer nos doutes.

    Assange, oui, est bel et bien un pur produit de la CIA.

    Pourtant, la nature des pseudo-viols qu'il aurait commis devrait nous mettre la puce à l'oreille.

    Ce pion naïf qui croit avoir le meilleur scoop jamais recueilli dans l'histoire du journalisme est l'instrument rêvé d'une machination fort habile.

    Pourtant, "on ne saurait mentir à tout le peuple tout le temps."

  • Je viens de voir un commentaire semblable ici:

    http://www.lesdissidentsdegeneve.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=1658:julian-assange-qpur-produit-de-la-ciaq-&catid=1:nouvelles-quotidiennes

  • Oui, je pense que peu à peu, sous divers prétextes, et par divers moyens détournés, on limitera assez la prise de parole, sur Internet, pour rendre en fait inaudible et purement privée la prise de parole des citoyens ordinaires, et que seule sera bien audible la prise de parole d'utilisateurs patentés. Il faudrait comparer avec l'histoire de la presse en général, et mesurer, par exemple, l'enjeu que les titres dominants représentent pour les Etats. Les journaux américains peuvent critiquer le gouvernement américain, ils défendront toujours les Etats-Unis face aux autres pays. Or, Internet reste polarisé par les Etats-Unis, non pas absolument, mais relativement, et cela suffit déjà à créer une orientation, je pense.

  • Une préaution minimale consiste à utiliser un VPN (Virtual Private Network)

    Celui-ci est excellent et ralentit très peu le fonctionnement du PC:

    http://www.safetyoverip.com/

    Ca coûte quelque CHF 50.- par année. Qualité suisse.

    A bon entendeur, salut !

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