01/03/2011

Pédagogie, sympathie, Misérables

rudolf_steiner.jpgOn fête cette année le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Rudolf Steiner et on sait qu'il a consacré nombre de ses écrits et conférences à la pédagogie. J'ai pu lire récemment dans une de ses conférences retranscrites quelques mots qui m'ont frappé: Quand on sait comme il y va de l'évolution future de l'humanité que s'établissent entre les hommes de véritables liens sociaux, on a maintes fois le cœur serré en voyant faire de ces maîtres d'école qui, sur la foi de certains préjugés, trouvent de prime abord tel élève sympathique par opposition à tel autre qui ne l'est pas. Il y a souvent là de quoi faire frémir, alors que la vraie question, c'est de prendre chaque enfant tel qu'il est et de tirer le meilleur parti possible de ce qu'il est.

Tout professeur a pu ressentir ce dont il est question ici, je pense. Il est même possible de constater qu'on n'a pas pu pleinement dépasser ce stade de la sympathie et de l'antipathie, notamment parce que, aveuglé par ses préjugés et l'amour-propre, on imagine volontiers que ces mouvements de sympathie et d'antipathie correspondent à des vérités objectives, à un sens de ce qui est objectivement juste avec lequel on serait d'emblée en symbiose, et qui animerait l'instinct qu'on abrite. C'est bien sûr une erreur, car cela ne renvoie guère qu'à la subjectivité et à l'arbitraire de l'autorité qui est en fait le même que celui du Prince, avant la Révolution. Peut-être est-ce aggravé lorsqu'on possède beaucoup de diplômes ou de titres, lesquels tendent à sanctifier, en quelque sorte, ce qui vient spontanément au cœur.

On peut aussi, par idéologie, relier le souci de principe qu'on a des relations sociales à l'État, aux règlements qu'il édicte - et d'une certaine manière se décharger sur son autorité -, alors qu'il est évident que le véritable lien social se fait d'âme à âme, Cosette-Jean_VALJEAN-au-petit-Pictus.jpgsans l'intermédiaire que représente l'instance dirigeante soutenue, dans les faits, par la force armée, et qui, par conséquent, s'offre comme contrainte. Le véritable lien social repose sur la libre volonté et donc sur l'effort que chacun effectue vis-à-vis d'autrui.

Quelqu'un qui le comprit bien, en France, c'est Victor Hugo, dans Les Misérables: l'État ne soutient pas Jean Valjean, qui est un modèle, puisqu'il rend le bien pour le mal, et qu'il pardonne même au représentant de l'État - Javert - sa froide obstination, son culte aveugle de la Loi, sa passion pour l'État qui fait de tout homme dont la loi se défie un ennemi, et qui ne regarde plus le bien et le mal pris en eux-mêmes, mais seulement sous l'angle de l'Autorité. Hugo était social, mais il n'aimait guère l'État, au fond. Jean Valjean créait un lien social véritable malgré l'État, en s'appuyant sur sa propre conscience, lui permettant de surmonter ses haines intimes et de vaincre l'antipathie que la police et l'autorité dont elle est le bras lui inspiraient. Pour Cosette, il fut bien sûr le meilleur des éducateurs. Il se dévoua.

09:25 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

Commentaires

Voilà un article fort sympathique, que l'on aime ou non Steiner. En l'occurrence il nous propose un idéal noble et nécessaire, même s'il est souvent difficile à approcher.

Écrit par : Mère-Grand | 01/03/2011

Voilà un article fort sympathique, que l'on admire ou non Steiner. En l'occurrence il nous propose un idéal noble et nécessaire, même s'il est souvent difficile à approcher.

Écrit par : Mère-Grand | 01/03/2011

Et même impossible à atteindre complètement, mais il n'en est pas moins nécessaire qu'on y tende. Le bien, il ne suffit pas de le décider en théorie, pour l'accomplir! Merci de votre intervention.

Écrit par : RM | 01/03/2011

Je peux vous dire que, bon nombre d’entre nous, devons la survie à ces quelques rares professeurs qui ont su voir au-delà des apparences et qui ont su protéger ces petits « électrons libres »

C'est une bel article oui, meilleures salutations ; )

Écrit par : Barbie Forever | 01/03/2011

Comme Cosette a survécu, quand elle était chez Thénardier, parce qu'elle a rencontré Jean Valjean, pendant que Javert arrêtait la mère de Cosette et s'efforçait d'arrêter Jean Valjean... Merci de votre bienveillante appréciation, Barbie!

Écrit par : RM | 01/03/2011

Merci pour votre texte qui fait du bien à l'âme.
Il définit très clairement la relation sociale faite des liens du coeur et non des règlements votés ne fût-ce par la majorité.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 01/03/2011

Merci, Marie-France, je ne pensais pas recevoir autant de compliments avec ce modeste texte.

Écrit par : RM | 01/03/2011

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