03/03/2011

Culte matriarcal à Delphes

31000FGommkibml9kQdZ2Os3o1_500.jpgEn Grèce, récemment, j'ai entendu un guide professionnel dire qu'à l'origine on n'adorait à Delphes qu'une déesse. La preuve en étant les statuettes très anciennes retrouvées sur le site et qui datent d'avant l'institution du culte d'Apollon.

Mais ces statuettes tantôt lèvent les bras au ciel, tantôt les croisent sur le ventre, et ce sont précisément des postures de vénération. L'archéologie peut induire en erreur en faisant oublier ce qui n'a pas laissé de trace. Si on se réfère à ce que Plutarque dit de Numa et de Pythagore, et dont j'ai parlé dernièrement, il apparaît qu'en Grèce aussi, à l'origine, on estimait que représenter la divinité était impossible. Cela signifie, à mes yeux, que les statuettes peuvent aussi bien renvoyer, en réalité, à l'âme tournée vers les dieux, et non à une déesse à proprement parler. L'âme humaine ouverte à la lumière divine pouvait être représentée sous la forme d'une femme, parce que les dieux fécondent l'âme en déposant en elle le germe spirituel qui leur est propre: elle est un principe féminin.

D'ailleurs, ces statuettes ont des formes abstraites, que pour ma part, je considère comme voulues. Elles ne renvoient pas à la divinité directement, mais à l'attitude qu'il fallait avoir pour la recevoir en soi. Si elles renvoient à la divinité, c'est à la façon d'un reflet.

Apollon-Sauroctone-Louvre.jpgQuant aux premières statues de divinités masculines, elles peuvent être celles d'hommes s'assimilant à un dieu après l'avoir tellement vénéré qu'il s'est confondu avec lui. Le regard des statues les plus anciennes renvoie à un monde divin qu'elles seules peuvent voir. Elles se posaient au départ comme reflet de la divinité habité par elle, plutôt que comme représentations directes, je crois.

Cela dit, à l'époque de Phidias, la forme du dieu dépendait aussi de ce qui trouvait, dans la forme d'un homme, une résonance particulière avec une qualité divine. L'effort de sculpture devenait plus abstrait, et s'appuyait sur une connaissance profonde de l'homme, mais de l'homme du point de vue de la forme. Par exemple, un buste imposant renvoyait à la puissance d'un dieu; des hanches larges, à sa fécondité; la minceur, à sa grâce. On sait que l'art grec de l'âge classique était de cette nature; mais auparavant, il suivait plus volontiers, me semble-t-il, le principe de l'impression que créait un dieu sur un homme qui, en sa présence, s'unissait à lui, se confondait avec lui, s'immergeait en lui. Dans l'Égypte ancienne, on peignait les rois sous les traits d'Osiris, et on leur donnait l'air de la béatitude céleste: du bonheur parfait.

Je pense que l'art des premiers temps est moins naïf qu'on se plaît à l'imaginer. Il était lié aux mystères, et ses techniques en dépendaient; leur but n'était pas de représenter fidèlement le monde tel qu'on le concevait, mais de produire un effet particulier sur l'âme. La conception qu'on avait du monde ne peut pas directement s'en déduire.

08:55 Publié dans Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.