07/03/2011

Pestalozzi & la culture contemporaine

schloss-Yverdon.jpgDans le n° 34 (année 2010) du bulletin du Centre Pestalozzi d'Yverdon, on trouve un texte du maître rejetant en principe la culture contemporaine: La culture contemporaine est en général un résultat des exigences collectives de notre espèce, telles qu'elles s'expriment dans le caprice et l'arbitraire de leur variation perpétuelle, bien plus qu'un résultat de la sollicitude vouée aux besoins universels de la nature humaine. Notre culture contemporaine est en général infiniment plus curieuse de ce qui nous est étranger, que formatrice pour ce que nous sommes nous-mêmes, pour nos besoins propres et individuels d'êtres indépendants.

Je trouve que c'est assez juste, et c'est la raison pour laquelle il m'a généralement semblé que, dans l'enseignement, il était plus formateur d'enseigner la substance des livres écrits autrefois, que celle de ceux qu'on écrit maintenant. Ce n'est pas que, aujourd'hui, on écrive des livres moins bons qu'autrefois, mais que les bons livres sont perdus dans la masse de ce dont parle Pestalozzi, et qui ne fait que répondre à des caprices, à de futiles mouvements de curiosité sans objet, à des illusions animées par l'excitation publique et à des appétits d'ordre instinctif.

matrix.gifOn est ébahi par de nouvelles techniques, de nouvelles façons de s'exprimer, et on fait tourner ses préoccupations culturelles, littéraires, autour de formes qui en elles-mêmes sont la plupart du temps creuses, dénuées de substance - de moelle. Comme le dit aussi Pestalozzi, la culture contemporaine telle qu'elle s'élabore au jour le jour n'est en fait pas tant liée à l'esprit humain qu'à sa chair, qui s'exprime par le biais de pensées au fond immergées dans l'éphémère des formes qui à tout instant se modifient.

Plus le temps passe, et plus l'attrait qu'on ressent arbitrairement pour telle ou telle forme s'estompe, plus la sympathie qu'inspire ou non telle apparence devient dérisoire. L'émotion s'enracine alors dans des profondeurs plus obscures, plus mystérieuses, et répond à une substance plus authentique.

Ce n'est jamais parfait: même pour de vieux auteurs, des présupposés idéologiques, des préjugés nationaux, des postulats arbitraires de toute sorte voilent toujours la réalité; mais le temps n'en a pas moins une valeur, n'en a pas moins la faculté de faire apparaître ce qui a de la substance. C'est pourquoi on peut s'appuyer sur lui et enseigner de préférence la littérature ancienne.

En France, Victor Hugo devrait servir de base à l'enseignement officiel.

A Genève, Amiel.

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