09/03/2011

Des hommes et des dieux et l’honneur des moines

des-hommes-et-des-dieux-1.jpgComme on en parlait abondamment, j'ai regardé le film Des Hommes & des Dieux, de Xavier Beauvois, et ce qui m'a frappé, c'est le rapport étroit qu'il entretient avec Le Cid de Corneille. Rappelons que cet immense succès du théâtre de 1630 est fondé sur le dilemme de don Rodrigue qui ne sait pas s'il doit venger son père, comme son honneur l'exige, ou préférer, comme son désir le lui suggère, l'amour de Chimène, puisque c'est sur le père de celle-ci, en le tuant, qu'il doit venger le sien. On s'en souvient, il décide de venger son père parce que, dit-il, Chimène ne pourra pas aimer un homme sans honneur. Et il parvient, ainsi, à épouser la fille de sa victime. Car même si elle aussi doit en principe chercher à se venger, le roi d'Espagne, providentiellement, intervient pour l'obliger à épouser Rodrigue, ce qui l'arrange bien, puisque, de cette façon, son honneur est sauf, et comblé, son désir secret!

On a reproché à Corneille d'avoir créé ce dénouement artificiel et quasi miraculeux, et on ne pourra pas le reprocher à Xavier Beauvois, car il n'a pas montré le roi de toute chose accueillant au paradis les moines tués: on ne sait pas s'ils y vont. Mais, sinon, il s'agit encore d'un dilemme: le devoir des moines est de rester, leur désir personnel est de partir; l'honneur convaincra peu à peu, au nom de l'amour divin qui prévaut sur tout et conformément à la règle que les moines se sont donnée, jusqu'aux plus désireux de partir de demeurer sur place. On pourra d'autant moins reprocher à M. Beauvois d'avoir montré la main de Dieu sous une forme trop prodigieuse qu'un des deux futurs rescapés déclare, en évoquant son choix de rester, qu'il compte sur cette main de mystère: la chance l'a aidé, puisqu'il n'a pas été emmené par les islamistes et est resté vivant. Si babieca2.jpgDieu a agi, c'est dans le respect du réalisme le plus pur, quand Corneille conservait quelque chose des mystères médiévaux.

Quoi qu'il en soit, comme dans le Cid, la trame suit ce que la rhétorique antique appelait le discours délibératif.

Les paysages étaient très beaux. J'ai été moins enthousiasmé par la manière dont ces moines occidentaux semblaient tellement plus intelligents que les indigènes, quel que soit le camp auquel ceux-ci appartenaient: ils rendaient mille services à la population locale, refusaient la violence, et étaient compatissants comme ne l'étaient pas les soldats algériens. Pour moi, cela avait légèrement l'odeur des missions catholiques de l'époque coloniale.

Pour ce qui est de la spiritualité, j'ai plus ressenti l'enjeu moral que la vie intérieure: on n'est pas vraiment entré, de mon point de vue, dans l'âme des personnages; on n'est pas entré dans un monde secret. Aucune image n'en est montrée. Même Harry Potter montre plus volontiers des monstres manifestement intérieurs créant des images liées à la jalousie. Mais cela n'en est que plus digne, diront les puristes. Plus conventionnel aussi, je dirai.

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