11/04/2011

Le sacre de Michel Dunand

dunand-M-200px.jpgMichel Dunand, poète d'Annecy, a récemment fait paraître un nouveau recueil appelé Sacre. Si Jean-Vincent Verdonnet se place dans l'interrogation face au mystère, refusant de créer des images fixées pour représenter ce qui se tient au-delà du seuil, mais n'en suggérant pas moins ce qui peut s'y trouver, évoquant un énigmatique et en même temps magique veilleur blanc, Michel Dunand semble avoir renoncé à se poser des questions auxquelles une réponse définitive ne peut être donnée, en préférant regarder le monde physique, le monde qui s'étend entre la naissance et la mort, et en s'efforçant de déceler ce qui y a de la valeur.

Peut-être bien qu'en soi ce n'est qu'enveloppe vide. Les poèmes de Dunand sont constitués de courtes proses qui essayent quand même de saisir une essence. Car jusqu'aux mystiques les plus grands l'ont remarqué: il est extrêmement difficile de cesser d'accorder à la chair une valeur profonde, et comme Michel Dunand ne veut pas forcément regarder au-delà des apparences, il en arrive bien à dire que la chair de la belle femme est sacrée.

Fréquemment il voyage et découvre de merveilleux paysages: il s'adonne alors à une forme d'adoration. Il effectue également des espèces de pèlerinages qui le font vénérer la tombe de sages qu'il affectionne, tel Sri Aurobindo, que j'avoue ne connaître que de nom. L'Orient attire Michel Dunand, ainsi que l'Afrique.

Je ne pense pas, à vrai dire, que la philosophie de notre ami soit très différente de celle de la plupart des gens, mais il a une sorte d'exigence, il effectue une sorte de recherche.

bv000015_thumb.jpgPersonnellement, je considère qu'en cherchant au sein des apparences, on ne trouve pas de porte de la beauté suprême; les images dont s'illustre celle-ci sont bien sûr puisées dans l'expérience sensible, mais il s'agit d'un simple reflet, une manière de l'exprimer en passant par le sentiment qu'elle inspire et auquel se lie, dans le même temps, un souvenir: l'amour d'une puissance divine lui donnera l'aspect d'une belle femme qu'on a connue, par exemple; pour autant, la chair ne peut pas en être touchée, sinon par la main de l'âme. On reconnaîtra ici la sainte Vierge!

Tout artiste donnera à une déesse l'air d'une femme qu'il a aimée - cela peut être une mère -, mais sans pour autant tomber dans l'illusion qu'elle l'incarna: il s'agit seulement de cristalliser un éclat diffus, de donner forme à un sentiment - comme je l'ai dit, en s'appuyant sur son expérience personnelle. Le réalisme qui tente de substantialiser un souvenir du monde sensible et de lui donner une valeur en soi s'efforce à mon avis de saisir de la brume.

Néanmoins, de quelle façon le subconscient attribue à telle ou telle image du monde sensible une valeur en soi, il serait intéressant de le scruter; et mon avis est que, précisément, cela répond, sous la conscience, à quelque chose qui résonne en soi du monde de l'esprit: si cela y renvoie explicitement, donc, on se rachète; sinon, on tombe dans l'illusion, je crois.

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